illustration d'un domaine luxuriant

L’histoire de l’homme aux deux jardins

Temps de lecture estimé : 18 min.

L’histoire de l’homme aux deux jardins et de son compagnon est un passage que tu lis chaque vendredi dans la sourate al-Kahf. Il s’agit d’une conversation entre deux hommes au sujet de leurs richesses agricoles. Et si je te disais que c’est une conversation qui se tient tous les jours parmi les gens aujourd’hui ? En effet, on aurait tort de penser que c’est une conversation ancienne, historique. Allah ﷻ parle de cette conversation comme d’un exemple. Tu verras, en te concentrant sur les mots, sur l’aspect, sur le contexte, que c’est une scène habituelle aujourd’hui parmi les gens. Dans cette conversation, on tient la recette du matérialisme : une chose délétère dans notre vie d’ici-bas et pour laquelle Allah ﷻ a jugé utile de nous prévenir. C’est en effet une des beautés de la sourate al-Kahf : nous protéger contre les fitnas de ce monde et de Dajjal. La leçon sur le matérialisme est capitale pour se sauver au moment venu. Voyons cela ensemble, toujours à la lumière du Coran.

Sommaire

Les versets qui ont motivé l’épisode du jour

Traduction du sens rapproché :

Donne-leur l’exemple de deux hommes. À l’un Nous avons assigné deux jardins de vignes que nous avons entourés de palmiers. Et entre les deux Nous avons mis des champs cultivés. 
Chacun de ces deux jardins donnait sa nourriture sans jamais manquer. Et Nous avons fait jaillir entre eux un ruisseau. 
Et il en récolta des fruits. Et il dit alors à son compagnon, avec qui il dialoguait : « Je possède bien plus de biens que toi et je suis plus puissant que toi grâce à mon clan ».
Il entra dans son jardin, injuste envers lui-même et il dit : « je ne pense pas que ceci puisse jamais périr. 
Et je ne pense pas que l’Heure viendra .Et si on me ramène vers mon Rabb, je trouverais certes meilleur lieu de retour que ce jardin.»
Son compagnon lui dit: “ tu Nies Celui (Allah) qui ta créé de terre, ensuite d’une semence, et qui ta façonné en homme ? » 
Quant à moi, c’est Allah mon Rabb. Et moi, je n’associe personne à mon Rabb. 
Et en entrant dans ton jardin, que ne dis-tu « Telle est la volonté d’Allah, il n’y a de puissance que par Allah ».
Et si tu me vois moins pourvu que toi en biens et en enfants, il se peut que mon Rabb, bientôt, me donne quelque chose de meilleur que ton jardin. Ou qu’Il envoie sur ce dernier, du ciel, une calamité, et que son seul devienne glissant.
Ou que son eau se tarisse de sorte que tu ne puisses plus la retrouver.
Et sa récolte fut entièrement détruite et il se mit alors à se tordre les deux mains à cause de ce qu’il avait dépensé, cependant que ses treilles étaient complètement ravagées. Et il disait: «Que je souhaite n’avoir jamais associé personne à mon Rabb !»
Et il n’ y eut aucun groupe de gens pour le secourir contre la punition d’Allah. Et il ne put se secourir lui-même.
En l’occurrence, la souveraine protection appartient à Allah, le Vrai. Il accorde la meilleure récompense et le meilleur résultat.

Sourate Al Kahf – Versets 32 à 44

C’est le genre de récits du Coran que l’on lit vite. Comme la scène a l’air parlante, on en conlut qu’il ne faut pas :

  • être trop imbu de sa personne,
  • se vanter de ce que l’on a,
  • penser que la vie d’ici-bas ne va pas se terminer.

C’est vrai que l’on retrouve tout cela… En surface. En profondeur, il y a plein de leçons très intéressantes à décortiquer. Retiens toujours qu’on parle d’une conversation qui arrive tous les jours, encore à notre époque.

La richesse de l’homme aux deux jardins

Imaginons la scène. On parle d’un homme aisé, riche, qu’Allah ﷻ décrit comme ayant deux jardins, deux domaines. Il ne faut pas imaginer le petit jardin. Tel qu’Allah ﷻ le décrit, il y a une sorte de symétrie, d’harmonie, d’agencement, qui est assez époustouflant.

C’est un domaine où il y a des vignes. On sait donc qu’il va y avoir une récolte, qu’il va pouvoir en tirer quelque chose : des fruits, de la boisson…

Il dit que ça a été entouré par des palmiers. On parle ici d’arbres très solides, qui servent de sécurité. Allah ﷻ dit qu’Il a placé en plus de cela, un ruisseau entre les deux. Le système d’irrigation est aussi présent.

On a donc :

  • Récolte
  • Sécurité
  • Irrigation

Un commerce très lucratif

Ces deux domaines produisaient leurs récoltes et n’en manquaient jamais. Ce sont deux propriétés avec un haut standing, il faut du personnel pour s’occuper de tout cela. De plus, il y a énormément de bénéfices.

Allah ﷻ utilise la parabole de l’agriculture, mais c’est une image pour qu’on puisse s’imaginer un “business plan” palpable. Si Allah ﷻ avait parlé d’un autre type de commerce, ça aurait été moins parlant. Ici, c’est duplicable à n’importe quel commerce, n’importe quelle entreprise d’aujourd’hui.

Il faut imaginer un système qui propose des choses qui se vendent à 100% :

  • il n’y a pas de perte,
  • il n’y a pas d’invendus.
  • 100% de production de qualité.
  • 100% de bénéfice.

Aujourd’hui, quel commerçant ou agriculteur peut prétendre vendre 100% de sa marchandise, sans retour client, sans perte ?

L’utilisation du “Nous” de majesté dans le Coran

À chaque fois qu’Allah ﷻ parle de son jardin, de ces domaines, de la production, Il ne parle jamais de l’homme en question. Il ne dit pas “il avait”, “il avait bénéficié”, etc. Non, il parle de Lui. En plus, Il parle de Lui par la forme “Nous”. C’est le “Nous” de majesté, de prestance, de politesse.

C’est comme lorsque tu rédiges un texte dans un langage soutenu, tu n’emploies pas “je” mais “nous”. Tu emploies le « nous » par rapport au contexte et au respect que tu accordes aux gens qui sont en face de toi. Le “Nous” de majesté, c’est un “nous” de grande prestance.

Lorsqu’Il dit “Nous”, Allah ﷻ insiste sur Sa puissance. Quand Il dit “Je”, Il insiste sur Sa proximité avec Son serviteur. Parmi toutes les raisons qui Lui incombent, on sait que lorsqu’Il veut insister sur Sa puissance, sur le caractère exclusif de ce qu’Il fait et insister sur le fait qu’Il est le seul à pouvoir faire ça, Il dit alors souvent “nous”.

Ici, quand Il parle de ces jardins, il dit :

“Nous avons assigné deux jardins”,
“Nous avons entouré de palmiers”,
“Nous avons mis entre les jardins des champs cultivés”,
“Nous avons fait jaillir entre les deux un ruisseau”.

C’est très important, à aucun moment on a la notion de l’homme.

Tu as donc le contexte de cette conversation.

Des paroles pleines de sens

L’homme aux deux jardins dit donc à son compagnon qu’il possède plus de biens que lui, et qu’il est plus puissant que lui. Un peu plus loin, son compagnon lui dit qu’effectivement il a plus d’argent, il a plus d’enfants que lui, comme pour dire qu’il a plus dans beaucoup de choses.

Là aussi, c’est très important d’étudier les mots.

Allah ﷻ dit :

وَهُوَ يُحَاوِرُهُ

Alors qu’il conversait avec lui.

Dans ح و ر ha-wa-ra on a vraiment la notion de personnes qui prenennt le temps de discuter.

Il n’est pas venu auprès de son compagnon pour lui dire uniquement cela. Non, il a amené ce sujet de manière subtile. Allah ﷻ dit que c’était “en pleine conversation”, donc ils discutent, et en milieu de conversation, il glisse de manière subtile ces bienfaits.

Il voit que son compagnon n’aborde pas ce sujet, n’en parle pas, mais lui a besoin d’amener ce sujet pour s’en vanter, se pavaner de tous ses biens.

C’est quelque chose de très fréquent aujourd’hui. Les personnes qui ont un talent particulier, de la notoriété, ou encore des biens, à un moment donné, il faut qu’ils amènent la conversation à cela.

Quand cette personne voit que l’autre ne l’évoque pas ou ne lui tend pas une perche, il va réussir à le glisser.

Il y a plein de possibilités, quand on veut qu’un sujet soit abordé, pour le faire venir, sans que ce soit un peu “rentre-dedans”, trop évident. Il emploie une manière détournée de pouvoir étaler sa richesse. Quelqu’un qui répète :

“Ce n’’est pas facile de devoir gérer des domaines, j’ai 20 employés, il y a beaucoup de choses à faire, à penser…”

C’est une manière détournée de dire aux gens “j’ai beaucoup de choses”, comme pour dire à l’autre “ah oui, toi tu es salarié”, ou” tu es tout seul”.

On peut y voir une manière de rabaisser l’autre en lui rappelant sa condition.

C’est une conversation standard parmi les personnes riches. Attention, je n’associe pas le fait d’être riche, aisé, au fait d’être vantard. On parle d’une catégorie de gens aisés, des gens à qui Allah ﷻ a donné des richesses, des commerces, et qui ont oublié que ça vient d’Allah ﷻ. Ils prennent le loisir de s’en vanter, de rabaisser les autres, pour pouvoir se hisser, ils ont besoin de dire ces choses.

Il aurait pu dire “je suis riche, j’ai beaucoup”, mais là il compare avec l’autre et dit “j’ai plus que toi”. Allah ﷻ ne fait pas mention de la richesse exacte de l’autre. Il ne dit pas que c’est quelqu’un de pauvre ou de démuni, de modeste. On sait juste qu’il a moins que son compagnon qui ne fait que se vanter.

Cela montre que la comparaison de cet homme est stupide à partir du moment où l’on sait que c’est Allah ﷻ qui lui a donné tout cela.

Le manque de reconnaissance de l’homme aux deux jardins

Quand on entend cet homme se vanter auprès de son compagnon, on se rend compte qu’il n’a rien compris. Avant même d’entendre parler cet homme, Allah ﷻ est déjà avec nous en train de nous montrer dans quoi l’homme aux deux jardins s’aventure.

Allah ﷻ lui a donné tout cela, et il se permet de se vanter de ça auprès de quelqu’un qui a moins que lui. En sachant que cette autre personne, qui a moins, c’est aussi par la volonté d’Allah ﷻ.

S’il a tout ça, c’est qu’il y a un but précis. Quand la personne oublie que c’est Allah ﷻ qui lui a donné, elle finit par penser que tout vient d’elle. Ainsi, cette personne ne peut pas employer ça de la manière qu’Allah ﷻ avait prévu pour les autres :

  • pour faire du bien dans ce monde,
  • pour évoluer,
  • pour se rapprocher encore plus d’Allah ﷻ par son don, son talent, etc.

Cette personne sera plus occupée à le faire fructifier, le rendre visible, s’en vanter, à expliquer aux autres comment avoir le même business que lui alors qu’au fond, il ne veut pas que les autres aient le même ! Il est tellement occupé à ça qu’il ne peut pas réaliser ce pour quoi Allah ﷻ lui avait donné cette chose.

Tu peux avoir de la notoriété, des commerces qui fonctionnent bien, des richesses… Mais à partir du moment où tu sais que ça vient d’Allah ﷻ, tu sais qu’Il peut les reprendre à tout moment. Si tu te dis qu’Allah ﷻ t’a donné ça, c’est qu’il y a un objectif derrière, pour l’employer à bon escient, pour toi, ta famille, les gens, le monde, etc., et surtout pour tes retrouvailles avec le Paradis. Se souvenir de tout cela, c’est plus de responsabilités, mais c’est mieux que de ne pas avoir de richesses du tout…à condition que ce soit bien employé, bien sûr.

Quand les riches imposent leurs standards

Cette conversation est typique de ce à quoi on assiste aujourd’hui. C’est une conversation de la vie de tous les jours. Une personne qui se vante en se comparant à l’autre, en rabaissant l’autre, et qui étale ce qu’il sait faire, ce qu’il a, etc.

En fait, cette conversation montre cette façon qu’ont ce type de riches personnes, d’imposer leurs standards de vie aux personnes plus modestes. On le voit par exemple dans :

  • l’organisation des mariages,
  • dans les fêtes,
  • dans les voitures,
  • dans le fait d’acheter une maison, etc.

Une personne qui est riche, qui s’étale, qui expose ce qu’elle fait, va créer une frustration car cela crée une sorte de standard pour des personnes aux revenus plus modestes.

C’est le cas aussi avec les voitures ou les téléphones : on veut tellement le dernier cri, on veut des choses qui dépassent ce dont on a besoin. De cette manière, le système de leasing a vu le jour et qu’il a autant de succès.

C’est aussi le cas pour l’achat de la maison. Certaines personnes vivent très bien le fait de louer leur logement chaque mois. Mais le poids des normes, de la société, pousse des personnes à penser que s’ils n’achètent pas et paient un loyer, ils ont perdu leur vie, ils jettent de l’argent par la fenêtre. Ils vont ainsi se mettre dans des situations compliquées, avec du riba, pour s’inscrire dans le rang des personnes qui ont “réussi”, etc.

On se ruine, on prend des crédits, on crée de la jalousie… Ainsi, on alimente une chaîne horrible car on va pousser quelqu’un d’autre à faire encore plus. On finit par détester ces gens-là.

D’ailleurs, les gens qui se pavanent le plus sont ceux qui sont les plus victimes de harcèlement, de messages haineux, etc.

Alors, à quel prix ?

La réalité des mariages aujourd’hui

C’est ce qui fait qu’aujourd’hui des personnes modestes, qui n’imaginaient pas des mariages grandioses, vont commencer à avoir ces complexes-là et vouloir faire pareil.

Avant, l’essentiel pour le mariage c’était de réunir les gens que l’on aime : la famille, les amis, de partager un bon repas. D’ailleurs, c’est ça la sunnah d’un mariage.

Le mariage qui est censé être annoncé, le fait d’inviter des gens… De plus, le Prophète ﷺ conseillait d’inviter des personnes de différentes catégories sociales, puis partager un bon repas. C’est faisable aujourd’hui, mais comme on s’est éloignés de ce standard, les nouveaux standards deviennent le fait de chercher à éblouir les autres par :

  • la décoration du mariage,
  • le standing,
  • le fait d’embaucher un photographe professionnel,
  • l’originalité dans les cadeaux pour les invités…

On s’est créé des standards à partir des codes des personnes qui sont aisées et qui peuvent se permettre de gaspiller leur argent dans des choses qui ne servent à rien. Ce n’est pas parce que je suis aisé que le mariage, la salle, les cadeaux, etc. doivent être plus chers.

Si je suis plus aisé, je devrais alors davantage miser sur les quantités de repas, sur le fait de nourrir plus de personnes, d’investir dans des cadeaux utiles pour les invités. Si j’étais à la place de ces gens qui font des mariages hors de prix, si j’avais des millions à dépenser, je pourrais offrir des ouvrages en lien avec le Coran qui sont chers ! Ainsi, tous les invités repartiraient avec un package de tout ce qu’il faut pour avoir le Coran comme meilleur ami.

Quand je regarde la facture, c’est cher, mais quand je vois l’impact et ce qui va rester dans leur cœur, ça me convient.

Je vais investir dans le repas, faire de grosses quantités pour que les gens mangent bien et qu’ils puissent repartir avec l’équivalent de ce qu’ils ont mangé, c’est donc le double de la nourriture qui est prévu. Ça, ça me convient aussi.

Il faut se dire qu’aujourd’hui il arrive que des gens, parfois pauvres, se mettent dans des situations compliquées, parfois contractent des crédits, font des prêts. Ils se serrent la ceinture dans quelque chose qui était censé avoir une baraka.

Voilà tout ce que déjà cette conversation soulève.

Une grande injustice

Allah ﷺ nous dit que l’homme aux deux jardins dit :

« Je possède plus de biens que toi, et je suis plus puissant que toi (…)»

On n’entend toujours pas l’autre parler. On se dit qu’il n’a pas réagi.

Allah ﷻ dit qu’il retourne dans son domaine, tout en continuant à parler. Il a certainement invité son ami à rentrer dans son jardin. Il continue à se pavaner et se dire qu’il a tellement travaillé pour tout ça, que ça ne risque pas de disparaître.

Allah ﷻ dit :

وَهُوَ ظَالِمٌۭ لِّنَفْسِهِ

“ (…)tout ça en étant injuste envers lui-même. “

Ça m’a vraiment marqué qu’Allah ﷻ dise ça. Il parle d’une forme d’injustice. Nous savons que l’injustice est gravissime.

Dans un hadith Qudsi, Allah ﷻ nous a d’ailleurs dit qu’Il s’est interdit l’injustice à Lui-même. Il ne se l’autorise pas alors qu’Il est Rabb-al-alamine. L’injustice, c’est une ligne rouge, alors imagine si quelqu’un en fait preuve.

Allah ﷻ parle d’une forme d’injustice qui est gravissime : celle qu’on fait envers soi-même.

On pense généralement à l’injustice commise envers les autres. Cependant, on a parfois plus de péchés en étant injuste envers nous-même.

Ici, on apprend que le fait d’oublier qu’Allah ﷻ est à l’origine de ce qu’on est, de ce qu’on a, c’est une haute forme d’injustice envers soi-même. C’est très grave !

Si je suis injuste envers moi, je ne prendrai pas soin de mon âme, je ne la nourrirai pas de ce qu’elle a besoin. Et comme je ne m’occupe pas correctement de moi, je suis injuste envers moi-même, je suis injuste envers les autres. Si on ne se respecte pas, si on ne nourrit pas notre âme, si on ne soigne pas notre égo, nos maladies, on va faire pareil aux autres. C’est sûr et certain.

Allah ﷻ parle de cette injustice gravissime et à travers cette phrase, on entend comme si la personne disait :

“Mon investissement est sûr”
“Mon business plan est en béton”
“Et si le jour du jugement arrive, je suis sûr de retrouver la même chose”.

Il compare le Paradis, ce qui est révélateur du fait qu’il n’en comprend pas la véritable valeur.

Un paradis dans cette vie…et dans l’au-delà ?

S’il mesurait la valeur du paradis, il ne mentionnerait même pas ces deux domaines. Il ne les évoquerait même pas.

Quand on pense au Paradis, on n’évoque même pas nos biens de ce bas-monde, tant ce n’est pas comparable. On ne pense qu’au Paradis.

Lui, il prend ça comme comparaison, il ne se rend pas compte de ce que renferme vraiment le Paradis.

D’ailleurs, juste avant ce passage-là, Allah ﷻ décrit le paradis. Chaque interlude entre les 4 récits de la sourate al-Kahf nous prépare au récit suivant. Avant de nous parler du récit de ces deux hommes, Allah ﷻ nous décrit le Paradis, comme pour nous placer dans le contexte.

Ici, on voit qu’il se base sur ce qu’il a, il est sûr de ce qu’il possède. Il est vraiment focus sur son investissement. Cela nous fait penser que quelqu’un qui réagit comme lui, le Jour du Jugement, il est tellement habitué à la richesse de cette vie-là, qu’il ne pense pas à la mort et à ce qui vient après. Lui, il l’a évoqué.

On voit qu’il rentre dans une certaine confusion, que beaucoup font aujourd’hui. Souvent ces gens pensent qu’Allah ﷻ doit les aimer plus que les autres, et qu’ils obtiendront donc encore plus dans l’au-delà. Il faut vraiment se dire que ce n’est pas islamique, ce n’est pas dans les standards d’Allah ﷻ, d’associer la quantité de richesses à l’amour qu’Allah ﷻ nous porte. C’est une grosse erreur !

La recette du matérialisme

Avec tous ces éléments, on tient la recette du matérialisme. Quand on te dit :

“Tout vient de toi”,
“Il ne tient qu’à toi de…”
“Si tu veux, tu peux… “
“Tu as en toi la solution… “
“Tu as la recette de…”

C’est un discours que l’on entend beaucoup chez les personnes qui parlent de business.

Il y a une phrase que je trouve grave et qui montre que les gens ont oublié que c’est Allah ﷻ qui donne les matières premières et qui agence tout :

“Si je devais tout perdre demain, je n’aurais pas peur parce que je pourrai le refaire en double, parce que j’ai compris les codes, je sais faire…”

Ce sont des gens qui n’en sont plus à se vanter des richesses, mais ils se vantent que s’ils perdaient ça, ils pourraient le reconstituer facilement car ils ont compris la recette. Parfois, ils se vantent même de se mettre dans des situations à risque, car ils vont tout retrouver.

Tu es en train de dire que si jamais tu perds ça, tu es certain de le retrouver. Cette phrase fait peur !

La réaction du compagnon de l’homme aux deux jardins

À ce moment précis, on commence à entendre la voix du compagnon, qui est l’élément de comparaison.

À quel moment réagit-il ? Quand il entend son ami riche s’emmêler les pinceaux dans ses affirmations erronées vis-à-vis de la religion. Quand il le voit être à côté de la plaque, il réagit.

À titre personnel, interrogeons-nous : à quel moment on réagit ? Quand notre égo est touché ou quand une mauvaise chose, une injustice, un mensonge est proféré au sujet d’Allah ﷻ ?

Quand l’autre lui parlait, il n’a pas réagi. Mais quand il a vu que l’autre s’est mépris au sujet d’Allah ﷻ, de l’au-delà, il s’est senti offensé.

Il n’a pas parlé quand l’autre lui a même manqué de respect. C’est aussi une grande leçon pour nous.

Quand un mensonge est sur le point d’être proféré au sujet d’Allah ﷻ, c’est là qu’on doit se sentir offensé et qu’on doit réagir.

Cet homme est bien dans ses baskets, il est lucide, à l’aise, il a confiance en Allah ﷻ donc Allah ﷻ lui a donné confiance en lui-même. Il n’a pas sourcillé lorsque l’autre se comparait à lui car il a conscience que c’est Allah ﷻ qui donne les richesses. Par contre, quand l’autre a parlé d’Allah ﷻ, qui est à l’origine de ce que chacun a, il s’est senti alors offensé. Alors, il a conseillé son ami.

Questionner pour mieux conseiller

Une leçon de communication


Allah ﷻ reprend les mêmes termes :

وَهُوَ يُحَاوِرُه
Alors qu’il conversait avec lui

À la forme interrogative, il lui glisse des conseils, afin qu’il se remette en question. Cela fait partie des bonnes façons de conseiller. Cela laisse la personne face à elle-même. Il aurait pu dire ces choses à la forme affirmative, mais à la place il l’interroge. La question prête à méditation.

“Tu renies ton Rabb?”
“Ne manques-tu pas de reconnaissance?”
“Tu n’oublierais pas que tu n’es rien, que tu étais une semence?”

C’est pour dire qu’il était sous une forme dont personne ne peut se vanter ! On n’en parle même pas à ce stade-là. C’est à Allah ﷻ à qui revient tout ça, ainsi on ne peut rien Lui associer.

Une autre forme de shirk

On pense à l’association par rapport à des idoles. Mais là, la personne s’est associée elle-même à Allah ﷻ. Ce que l’autre lui fait comprendre, c’est que depuis tout ce temps, il est en train de s’associer à Allah ﷻ. Pire encore, il n’évoque même pas Allah ﷻ ! Même s’il dit à un moment que c’est Allah ﷻ qui donne, il emploie tout le reste du temps “Je”, أَنَا۠. D’ailleurs regarde le nombre de fois où il le dit, c’est très parlant.

En plus, il dit :

أَكَفَرْتَ بِٱلَّذِى خَلَقَكَ

Le kufr n’est pas dans la forme de mécréance ici. Il y a plusieurs définitions qui entrent dans le terme kufr :

  • le fait d’être ingrat,
  • de rejeter,
  • de nier,
  • de renier,
  • de mécroire,
  • d’être infidèle,
  • de déprécier,
  • d’enfouir.

Quand quelqu’un est kafir, il enfouit la vérité, le mérite qui incombe à Allah ﷻ, pour ne laisser que lui. Sauf que c’est impossible d’enfouir Allah ﷻ dans quoi que ce soit. La personne est donc injuste envers elle.

Il suffit donc de dire :

“Ça m’appartient”,
“C’est grâce à moi”,
“C’est de mon fait…”,
“Je… je…”

En s’associant à Allah ﷻ, cette personne commet la pire chose qu’elle puisse faire.

Après l’avoir interrogé pour le mettre face à son injustice, il lui dit “pourquoi tu ne dirais pas plutôt :

مَا شَآءَ ٱللَّهُ لَا قُوَّةَ إِلَّا بِٱللَّهِ

Masha’ALLAH Lâ Qûwata illâ biLah

C’est un très bon rappel sur la majesté de ce terme.

Que signifie mashaAllah?

MashaAllah, c’est “Allah a voulu ainsi”, c’est ce qu’Allah ﷻ a voulu.

Ainsi, même nous lorsque l’on dit “mashaAllah”, il faut le dire en conscience. Il ne faut pas seulement le dire pour quelque chose qui nous impressionne.

Le Prophète ﷺ nous a conseillé, lorsqu’on est impressionné par quelque chose que l’on possède, de dire “mashaAllah”. Et lorsqu’on est impressionné par quelque chose qu’une autre personne a, on doit appeler la baraka d’Allah : « BarakAllahu lak ». On sait que celui qui fait une douaa pour son frère ou sa sœur, un ange lui répond :

“Et à toi la même chose”

Dire mashaALLAH, ce n’est donc pas seulement en réponse à un effet “waouh”. En gros, rien n’est garanti dans la vie, Allah ﷻ peut changer d’avis quand Il veut.

👉 C’est Allah ﷻ qui a voulu que tu aies cette richesse.

👉 De la même manière c’est Lui qui a voulu que moi j’ai une autre forme de richesse.

👉 Mais comme Il a voulu ça aujourd’hui, demain Il peut inverser.

Ainsi, il met son compagnon face à sa peur. Lui qui rabaissait pour exister, que fera-t-il si Allah ﷻ inversait ? Lui qui a basé toute sa vie sur ça ? N’est-ce pas triste comme situation, de n’exister que par des richesses ?

Après, il va plus loin, tout en étant progressif. Il dit les choses calmement et monte d’un cran en lui disant des paroles comme :

“Allah ﷻ pourrait faire en sorte que tout soit détruit : plus de récolte, plus de système d’irrigation, plus rien. Tu ferais quoi à ce moment-là?”

La destruction des deux jardins

Quand Allah ﷻ parle de la destruction de son jardin, Il le dit avec une phrase :

وَأُحِيطَ بِثَمَرِهِ
Et sa récolte fut détruite

Allah ﷻ ne donne pas plus de détails ; Il ne précise pas s’il s’agit de la météo, du feu, du passage d’animaux, de la sécheresse, de gens, etc. On ne sait pas comment cela a été détruit, mais effectivement, tout a été perdu. Seul Lui connaît les secrets à ce sujet.

Allah ﷻ décrit qu’il se tord les mains de douleur, d’amertume, de tristesse et de désarroi. Il décrit quelque chose de très visuel, de très parlant, que l’on peut aisément imaginer.

C’est comme s’Il nous disait que de la même façon qu’Il a détruit tout cela sans consulter qui que ce soit et sans l’expliquer, Il crée également les richesses de manière similaire.

Il n’y a pas de plan tout prêt que nous pouvons certifier être fiable pour s’enrichir.

Une leçon primordiale à tirer du récit de l’homme aux deux jardins

Allah ﷻ nous rappelle qu’Il a l’exclusivité. La formule d’Allah ﷻ, Ses plans, ne sont pas duplicables à souhait, ne peuvent être enseignés, transmis et ne peuvent servir à faire de l’argent.

Allah ﷻ le dit, il n’y a eu personne pour l’aider par rapport à cela. Aucun groupe ne peut faire quoi que ce soit.

Bien sûr, face à Allah ﷻ, qui peut t’aider ? Personne ne se frotterait à cela, personne ne s’associerait à Allah ﷻ pour ce genre de choses. C’est comme si aujourd’hui aucune assurance ne pourrait compenser tout ce que tu as perdu, aucun ami, personne. Tu ne pourras pas le reconstituer si Allah ﷻ décide que tu ne peux pas le faire.

L’homme aux deux jardins a regretté. Allah ﷻ nous enseigne de manière forte à travers l’histoire de cette personne. Allah ﷻ veut que nous tirions la même leçon avec douceur, à travers les récits offerts par ton Coran. On aime écouter des histoires, des anecdotes, des témoignages inspirants, etc. On est en extase devant ces parcours. En fait, Allah ﷻ nous dit que les véritables cadeaux, les parcours inspirants, les vrais sujets, se trouvent dans ce Coran. Ce récit fait partie des quatre récits dans la sourate Al-Kahf qui sont censés nous aider à vivre dans ce monde, à nous prémunir, à nous protéger des fitnas de Ad-Dajjal, qui arriveront. Quand on comprend l’histoire du matérialisme, on voit que c’est l’un des plus gros problèmes de notre société.

Qu’Allah nous en préserve, qu’Il fasse de nous des personnes riches dans le cœur de Sa parole, de Son amour, de Son souvenir, de Son adoration, et qu’Il fasse que si nous devions posséder des richesses, autant que cet homme en possédait, que ce soit pour retrouver le Paradis.

illustration de l'épisode de podcast sur l'homme aux deux jardins dans la sourata al kahf
illustration d'une citation extraite de la sourate al kahf
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Oumou

Qu’Allah mette de la baraka dans ce que tu fais ….je suis heureuse de t’avoir dans ma vie …merci pour ton travail

Mariame | TEAM CDMC

Amin BarakALLAHoufiki chère Oumou ✨, toute l’équipe te remercie pour ton joli commentaire 💚.
Qu’Allah nous permette de toujours œuvrer dans le bien, Amin 🤲🏾

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