Les sept catégories de personnes qui seront sous l’ombre d’ALLAH ﷻ le Jour de la Résurrection
Dans un hadith authentique, le Prophète ﷺ a cité sept catégories de personnes qui bénéficieront de cette ombre unique, le jour où il n’y aura d’ombre que celle d’ALLAH ﷻ.
Un imam juste : le dirigeant qui applique la justice avec droiture.
Un jeune qui grandit dans l’adoration d’ALLAH ﷻ : de l’enfance à l’âge adulte, il évolue dans la piété.
Un homme dont le cœur est attaché aux mosquées .
Deux personnes qui s’aiment en ALLAH ﷻ, qui se réunissent pour ALLAH ﷻ et qui se séparent pour ALLAH ﷻ : Les savants expliquent que la séparation évoquée ici est la mort. Tout au long de leur vie, leur lien est uniquement fondé sur l’amour en ALLAH ﷻ. Cette notion d’’amour fi-lLAH est immense, et mériterait un épisode à part entière.
Un homme qu’une femme de haut rang et de grande beauté invite à commettre un péché , et qui répond : « Je crains ALLAH. » Malgré l’attirance et la tentation, il choisit la crainte d’ALLAH ﷻ plutôt que de céder à ses passions. Cette situation est fréquente, et encore plus difficile à affronter aujourd’hui.
Celui qui donne une aumône discrète , au point que sa main gauche ne sait pas ce que sa main droite a donné. L’aumône peut être faite en public ou en privé, mais ce qui compte ici, c’est la sincérité et l’intention. Et là le prophète ﷺ dit que ce degré est immense, parce qu’ALLAH ﷻ en parle dans le Coran :
« Ceux qui dépensent de leurs biens, de jour comme de nuit, secrètement et ouvertement, recevront leur récompense auprès de leur Seigneur. Ils n’auront ni crainte ni tristesse. » (Sourate al-Baqara, 2:274)
Donc donner en public ou donner en secret sont deux actes valides. Mais celui qui parvient à donner de manière si discrète que sa main gauche ne sait pas ce que sa main droite a donné, lui, entre dans une catégorie particulière. C’est un degré de sincérité et de pudeur dans l’acte, qui le place sous l’ombre d’ALLAH ﷻ, le Jour où il n’y aura d’ombre que la Sienne.
Celui qui, lorsqu’il évoque ALLAH ﷻ dans la solitude, voit ses yeux se remplir de larmes.
C’est sur cette catégorie de personnes que nous allons nous arrêter aujourd’hui. Elle peut paraître « facile » à atteindre pour certains, alors que pour d’autres, qui n’ont pas la larme facile, ce sera beaucoup plus difficile. Pourtant, cette catégorie est immense.
Le lien entre chaque catégorie
Ce hadith est vraiment beau. En effet, il cite sept catégories de personnes. Et si l’on regarde bien, il va du plus public au plus intime : on commence par le dirigeant, la tête de la société, pour finir par les moments de solitude du croyant.
Certains savants ont expliqué que les différentes catégories se complètent entre elles.
Un dirigeant juste permet d’établir un terrain favorable où des enfants peuvent être bien éduqués et grandir dans l’adoration d’ALLAH ﷻ.
Celui qui grandit dans l’adoration d’ALLAH ﷻ attache naturellement son cœur aux mosquées.
À la mosquée, lieu de rencontre, l’amour en ALLAH ﷻ se développe.
Des gens qui s’aiment en ALLAH ﷻ sont des gens qui Le craignent, et donc, lorsqu’ils se retrouvent face à une tentation, ils mettent en avant cette crainte. Cela les empêche de tomber dans ce qui est répréhensible.
Et quand on craint ALLAH ﷻ, qu’on s’éloigne du péché, il devient plus simple de donner de l’aumône. En même temps, l’aumône efface des péchés, attire la baraka dans la vie, soigne des malades, etc.
Enfin, celui qui a pris l’habitude de donner une aumône discrète cultive sans doute davantage ses moments de solitude et de recueil avec ALLAH ﷻ. Ces moments de solitude ont souvent lieu dans le calme de la nuit, loin des distractions. On est seul, vulnérable, en prière, et ce sont des instants propices pour que les larmes coulent.
J’ai trouvé cette interprétation très intéressante.
ALLAH ﷻ nous parle d’ailleurs, dans le Coran, des pleurs.
Le verset qui a inspiré l’épisode du jour
أُو۟لَـٰٓئِكَ ٱلَّذِينَ أَنْعَمَ ٱللَّهُ عَلَيْهِم مِّنَ ٱلنَّبِيِّـۧنَ مِن ذُرِّيَّةِ ءَادَمَ وَمِمَّنْ حَمَلْنَا مَعَ نُوحٍۢ وَمِن ذُرِّيَّةِ إِبْرَٰهِيمَ وَإِسْرَٰٓءِيلَ وَمِمَّنْ هَدَيْنَا وَٱجْتَبَيْنَآ ۚ إِذَا تُتْلَىٰ عَلَيْهِمْ ءَايَـٰتُ ٱلرَّحْمَـٰنِ خَرُّوا۟ سُجَّدًۭا وَبُكِيًّۭا
Voilà ceux qu’Allah a comblés de faveurs, parmi les Prophètes, parmi les descendants d’Adam, de ceux que Nous avons transportés avec Nuh, et parmi la descendance d’Ibrahim et d’Israïl, et deceux que Nous avons guidés et élus. Quand les versets du Tout-Miséricordieux, Ar Rahman, leur étaient récités, ils tombaient prosternés et en pleurs.
Sourate Maryam, ayah 58
Les exégètes expliquent que cette ayah vient conclure une série de récits dans sourate Maryam : les récits de Zakariya, Yahya, Maryam, ‘Issa, Ibrahim, Moussa, Haroun, Ismaïl, et enfin Idriss عليهم السلام.
ALLAH ﷻ rappelle ici que ces prophètes et élus ne se sont pas distingués seulement par leurs miracles ou leurs responsabilités, mais surtout par leur soumission totale et rapprochée à Lui. Et Il termine en traduisant cette soumission par deux gestes :
la prosternation
les pleurs
Quand la ayah commence :
أُو۟لَـٰٓئِكَ ٱلَّذِينَ أَنْعَمَ ٱللَّهُ عَلَيْهِمْ « Ce sont ceux-là qu’ALLAH a comblés de faveurs »
cela fait directement écho à sourate Al-Fatiha, quand nous demandons :
ٱهْدِنَا ٱلصِّرَٰطَ ٱلْمُسْتَقِيمَ صِرَٰطَ ٱلَّذِينَ أَنْعَمْتَ عَلَيْهِمْ
« Guide-nous sur la voie droite, la voie de ceux que Tu as comblés de Tes faveurs. »
On pourrait alors se demander : « Qui sont ceux que Tu as comblés de Tes faveurs ? »
Ainsi, sourate Maryam nous apporte la réponse. Elle nous montre qui sont ces gens qu’ALLAH ﷻ a gratifiés de Ses faveurs. Et ce ne sont pas seulement les prophètes : ce sont aussi les personnes qui prient, qui se prosternent, et qui pleurent par crainte et par amour pour Lui.
C’est ce que j’aime le plus : le tafsir al-Qur’an bil-Qur’an , quand le Coran s’explique par lui-même. C’est le tafsir le plus fort, où la valeur est la plus grande.
Et c’est magnifique, parce que cela montre bien qu’Al-Fatiha — l’Ouverture, le Prologue — est le résumé et l’introduction de tout le Coran. C’est comme si, en lisant Al-Fatiha, nous restions en suspens, dans l’attente : « Qu’a voulu dire ALLAH ici ? » Puis tout le reste du Coran vient répondre à cette introduction.
Et ça, je trouve ça splendide.
Les versets d’Ar-Rahman
ALLAH ﷻ nous montre donc qui sont ces personnes : les prophètes, les descendants d’Ibrahim et de Ya‘qub, ainsi que tout croyant sincère et guidé. ALLAH fait d’eux des « élus » pour Lui.
Le verset précise : « ayāt Ar-Rahmān » , « quand les versets du Tout Miséricordieux leur sont récités » . ALLAH ﷻ n’a pas employé ici Son nom « Allah », mais a choisi ce nom parmi Ses 99 noms : Ar-Rahmān .
C’est un rappel magnifique d’Al-Fatiha, de la basmala que nous répétons entre chaque sourate. Les pleurs évoqués ici ne sont donc pas seulement des pleurs de crainte, mais d’abord des pleurs de conscience de la Rahma d’ALLAH ﷻ . Ce qu’Il veut que nous voyions en premier chez Lui, ce qu’Il met en avant de Lui-même, c’est : Ar-Rahmān, Ar-Rahīm . Voilà pourquoi nous le disons à chaque récitation d’Al-Fatiha, et avant chaque sourate.
Ainsi, lorsqu’Il dit : « les versets d’Ar-Rahmān » , c’est pour nous rappeler que tout le Coran est en réalité les versets d’Ar-Rahmān. Les larmes mentionnées sont donc aussi des larmes de gratitude et de proximité , avant même d’être des larmes de crainte.
En méditant cela, en passant à la partie tadabbur, on réalise que ces élus ne sont pas décrits comme de grands orateurs, de grands bâtisseurs ou de grands leaders — même s’ils l’ont parfois été. Ce n’est pas cette qualité qu’ALLAH ﷻ a mise en avant.
Ce qu’Il a cité, c’est ce qu’ils avaient en commun : des cœurs capables de se plier et de s’humilier devant Lui . En effet, la prosternation et les pleurs sont deux actes qui expriment cette vulnérabilité devant ALLAH ﷻ.
Les larmes… force ou faiblesse ?
On associe souvent les pleurs à la vulnérabilité, voire à la faiblesse, surtout lorsqu’il s’agit de pleurer pour quelqu’un ou devant quelqu’un.
Dans notre société, pleurer est souvent perçu comme un manque de force — et encore plus lorsqu’il s’agit des hommes. On leur “interdit” presque de pleurer, alors qu’on peut verser des larmes pour de multiples raisons : la joie, la peur, la colère, la tristesse, la surprise…
Mais cette contrainte imposée par la société n’est-elle pas, en réalité, à l’origine du manque d’empathie que l’on reproche souvent aux hommes ? Est-ce vraiment un manque d’empathie… ou simplement le fait qu’on ne leur laisse pas le droit d’exprimer leurs émotions ? Dans certaines cultures, même les femmes sont concernées par ces restrictions : là aussi, pleurer est mal vu.
C’est pour cela que je voulais aborder ce sujet : les bienfaits des pleurs tels qu’ALLAH ﷻ et Son Prophète ﷺ les décrivent . On se rend alors compte que l’on en a bien plus besoin qu’on ne le pense. C’est simple : on ne peut pas s’en passer.
Les larmes ne sont pas ici un signe de faiblesse, mais de force. Quand on s’humilie devant ALLAH ﷻ, on devient fort. Ce qu’ALLAH ﷻ valorise en nous, ce n’est ni l’apparence, ni le statut, mais la capacité à fondre devant Lui et devant Sa Parole. C’est à cela qu’Il mesure la grandeur d’un cœur.
La grande faveur d’avoir la larme facile
Cette ayah parle spécifiquement des pleurs déclenchés par l’écoute, la lecture ou la méditation du Coran. Elle insiste sur le fait que les larmes viennent au moment où les versets sont récités .
Ceux à qui ALLAH ﷻ a accordé cette faveur se rendent compte à quel point ils sont privilégiés.
Parce qu’aujourd’hui, ce n’est pas donné à tout le monde de s’émouvoir à l’évocation d’une ayah. Certaines personnes peuvent lire ou écouter le Coran en entier… sans qu’aucune larme ne coule, ni même qu’un début d’émotion ne naisse dans le cœur.
Or, avant même les larmes, il y a l’émotion intérieure, le tressaillement du cœur. Ne rien ressentir, ce n’est pas normal.
Et cela peut avoir plusieurs causes :
le manque de concentration,
le manque de compréhension,
nos préjugés,
l’abondance de nos péchés,
ou encore le trop-plein de doutes.
Tout cela, il faut le briser.
Cela me fait penser à sourate An-Nur et comment ALLAH ﷻ décrit le cœur, sa lumière, et les couches qui peuvent le recouvrir ou s’enlever.
Quand on parle des pleurs déclenchés par l’écoute du Coran, on voit ici que même sans tout comprendre, il existe un effet spirituel direct du Coran sur le cœur sincère .
La sincérité, elle, s’exprime d’abord par la prosternation :
ALLAH ﷻ dit dans le verset « sujjadan wa bukiyya » — se prosterner, puis pleurer. L’ordre n’est pas anodin. D’abord, on s’humilie, on s’abaisse devant ALLAH ﷻ, et c’est cette soumission qui ouvre le cœur et les yeux aux larmes.
C’est pour cela qu’il est essentiel d’exposer nos cœurs quotidiennement au Coran . Même quelques minutes. Même par la simple écoute. Tous les jours.
Pleurer pour ALLAH : des larmes pour Sa rahma
Quand ALLAH ﷻ emploie Son Nom Ar-Rahman dans ce passage, c’est pour nous montrer que ces pleurs ne sont pas seulement liés à Sa crainte, mais à la conscience de Sa Rahma .
Les versets sont présentés comme « les versets d’Ar-Rahman » . Tout le Coran est ainsi : ce sont les versets de Sa Miséricorde.
Ces larmes deviennent une langue du cœur . C’est l’âme qui dit :
« Je T’ai reconnu, Ya ALLAH. Je reconnais Tes bienfaits. Je reconnais Ton aide. Je reconnais Ta présence. »
Cette ayah n’est pas un récit d’une “élite inatteignable”. En effet, ALLAH ﷻ dit :
« Ce sont ceux que J’ai comblés de Mes faveurs ».
Et dans Al-Fatiha, on répète chaque jour :
« Guide-nous sur le chemin de ceux que Tu as comblés de Tes faveurs ».
La sourate Maryam nous montre donc qui sont ces gens . Et ce qu’ils avaient en commun, ce ne sont pas leurs miracles ou leur statut. C’est deux choses simples et accessibles à tous :
la prosternation,
et les larmes.
Et c’est à notre portée. Dans nos prières. Dans nos invocations. Même dans notre quotidien.
Et si je n’ai pas la larme facile ?
Forcément, à ce moment, quelqu’un se dit :
« Oui mais moi, je n’arrive pas à pleurer. Est-ce que je suis condamné à passer à côté de ce bienfait ? »
Le Prophète ﷺ avait anticipé cette question. Dans un hadith authentifié par Cheikh Al-Albani, il dit :
« Récitez le Coran et pleurez. Et si vous ne pouvez pas pleurer, alors efforcez-vous de pleurer. »
Ainsi, si ça ne vient pas naturellement, force-toi à tendre ton cœur vers cela. Un peu comme « l’appétit qui vient en mangeant » !
Ça me fait penser aussi à ce que disent parfois les Américains :« Fake it until you make it » — fais semblant jusqu’à ce que tu y arrives vraiment.
Dans beaucoup de domaines de la vie, on commence par imiter, par s’entraîner, jusqu’à ce que cela devienne naturel. Ici, c’est la même idée : entraîne-toi à pleurer quand tu récites le Coran .
Le Prophète ﷺ n’a pas dit :
« Ce privilège est réservé à ceux qui maîtrisent l’arabe, qui connaissent tout le tafsîr ou qui ont mémorisé le Coran en entier. »
Non. Il a simplement dit :
« Quand vous récitez le Coran, pleurez. Et si vous ne pouvez pas, alors efforcez-vous de pleurer. »
Cela veut dire que tout le monde est concerné. Tu lis, tu récites, tu écoutes… alors pleure, ou essaie de pleurer.
C’est une manière de partager un trait prophétique : si tu arrives à le faire, tu entres dans une pratique qu’il avait lui-même. Et même si les larmes ne coulent pas, ton cœur peut pleurer, ton visage peut refléter l’humilité. Les traits du visage, les émotions du cœur, eux, ne mentent pas.
Les bienfaits physiologiques des larmes
Aujourd’hui, la science confirme que pleurer n’est pas une faiblesse, mais une fonction vitale, aussi essentielle que dormir ou respirer profondément.
Déjà, si on regarde le rôle biologique des larmes, il est double : nettoyer et protéger .
Nos yeux produisent en réalité plusieurs types de larmes :
Les larmes basales : elles lubrifient les yeux en continu, comme un film protecteur. Quand un traitement provoque une sécheresse des muqueuses, on prescrit des gouttes. Normalement, nous n’avons pas besoin d’en ajouter : ALLAH ﷻ a déjà prévu ce système permanent pour garder nos yeux humides et protégés.
On s’en rend compte uniquement quand ça ne fonctionne plus, ou quand il fait froid et que nos yeux pleurent davantage : c’est alors que l’on réalise que ce mécanisme existe, toujours actif, en arrière-plan.
Les larmes réflexes : ce sont celles qui réagissent à la poussière, à la fumée, au froid… ou encore quand on coupe un oignon ! Elles viennent en excès pour protéger et évacuer ce qui est nocif. Ce sont des larmes réflexes : elles apparaissent pour protéger et nettoyer.
les larmes émotionnelles, celles qui nous intéressent ici. Ce sont celles qui coulent sous l’effet d’une émotion forte. Elles ne servent pas seulement à « vider » quelque chose : elles ont un rôle réel et profond dans le corps.Scientifiquement, elles contiennent des protéines et des anticorps, ce qui leur donne un rôle antibactérien et protecteur. Mais elles vont aussi plus loin : elles participent à la régulation du stress.
Un réducteur naturel du stress
Des chercheurs ont montré que les larmes émotionnelles contiennent des hormones liées au stress, notamment le cortisol. Pleurer permet donc littéralement d’évacuer une partie du stress accumulé. On pourrait dire que chaque larme est une goutte de stress en moins.
C’est pour cela que lorsqu’on retient trop ses pleurs, on garde à l’intérieur ce qui devrait être libéré. Et quand le trop-plein ne sort pas, il finit par se transformer en tensions, en maladies, en comportements négatifs : irritabilité, agressivité, ou au contraire indifférence et froideur.
La rahma d’ALLAH ﷻ dans nos yeux
Même d’un point de vue physiologique, pleurer est un signe de la Rahma d’ALLAH ﷻ. Rien que les larmes basales , celles qui lubrifient nos yeux en continu sans qu’on s’en rende compte, sont déjà un bienfait immense.
Nous n’y pensons jamais, sauf lorsqu’un problème nous empêche de produire ces larmes et que nous devons utiliser des gouttes artificielles. ALLAH ﷻ ne nous en tient pas rigueur, alors que chaque jour, Il nous comble de ce bienfait discret et vital.
Pleurer apaise le corps
Les larmes émotionnelles ont aussi un effet neurologique : elles activent le système parasympathique, celui qui contrebalance le stress et favorise la relaxation.
Après avoir pleuré, le corps retrouve plus facilement un rythme cardiaque normal, une respiration régulière, une tension artérielle stabilisée. C’est comme si le corps disait : « ça y est, je peux me relâcher » .
C’est pour cela qu’après des pleurs, beaucoup ressentent un apaisement profond, parfois même un besoin de dormir. Le corps sécrète alors des endorphines qui renforcent cette sensation de bien-être.
Un langage universel
Enfin, il y a le rôle émotionnel et psychologique des larmes.
Pleurer, c’est libérer ce que les mots n’arrivent pas toujours à exprimer. Parfois, face à un trop-plein ou à une émotion soudaine, il n’y a pas le temps de détailler, d’expliquer. Ce sont les pleurs qui traduisent ce que la langue ne peut pas dire.
Et ces pleurs deviennent alors un langage universel, compris par tous, bien plus fort que des discours.
Ce qui me fascine, c’est que pleurer est un langage universel. Dans toutes les cultures, dans toutes les langues, les pleurs signifient quelque chose. Un visage qui pleure avec un sourire peut traduire des larmes de joie. Un sourire nerveux accompagné de larmes traduit autre chose. Le corps parle, les pleurs envoient un message, ils donnent une information immédiate sur notre état intérieur.
C’est aussi ce qui crée du lien. Les pleurs suscitent l’empathie et la compassion. Pourquoi réagit-on si vite aux pleurs d’un bébé ? Parce que ses larmes sont un appel vital. Si un bébé ne pleurait jamais, l’attachement émotionnel entre lui et ses parents ne serait certainement pas le même.
La purification intérieure
Pleurer ne sert pas seulement à attirer l’attention des autres : c’est aussi une purification intérieure. On ne garde pas tout enfermé, on décharge ce trop-plein qui pesait sur le plan émotionnel.
Et c’est là qu’intervient la dimension spirituelle des larmes. Si déjà les pleurs « profanes » nettoient le corps, apaisent les émotions et libèrent le psychique, que dire des pleurs liés à ALLAH ﷻ ? La purification est alors double : tu évacues les toxines, le stress… et en même temps tu gagnes en proximité avec ton Seigneur.
Une guérison de corps, du coeur et de l’âme
Ces larmes ne disparaissent pas : elles sont comptées, gardées, précieuses auprès d’ALLAH ﷻ.
Le Prophète ﷺ a dit :
« Un œil qui pleure par crainte d’ALLAH ne sera pas touché par le feu. »
C’est immense : des pleurs sincères pour ALLAH ﷻ deviennent une protection contre l’Enfer.
Et on pourrait se dire que c’est trop facile… mais si cela nous semble facile, c’est parce que c’est facile pour ALLAH ﷻ.
Quand tu pleures en évoquant ALLAH ﷻ, ce n’est pas seulement une libération physiologique ou émotionnelle. C’est une guérison complète :
du corps, qui se soulage,
du cœur, qui s’apaise,
et de l’âme , qui se rapproche de son Créateur.
Une invocation du Prophète ﷺ
Le Prophète ﷺ connaissait la valeur des larmes. Il répétait souvent cette invocation que l’on devrait, nous aussi, garder sur nos lèvres :
« Ô ALLAH, je cherche refuge auprès de Toi contre un cœur qui ne s’humilie pas, contre un œil qui ne pleure pas, contre une invocation qui n’est pas exaucée, et contre une âme qui n’est jamais rassasiée. »
Il demandait protection à ALLAH ﷻ contre un œil sec, incapable de pleurer. C’est dire l’importance des larmes dans la vie spirituelle.
Dans un autre hadith, il est dit :
« Deux yeux ne seront pas touchés par le feu : – un œil qui a pleuré par crainte d’ALLAH, – et un œil qui a veillé à rester sur le chemin d’ALLAH. »
Le Prophète ﷺ et les larmes de la nuit
Quand on pense au Prophète ﷺ, il y a des mots-clés qui viennent immédiatement : la prière, et plus spécifiquement la prière de nuit. Et la nuit, il pleurait beaucoup. C’était presque automatique.
Quand on regarde aujourd’hui tous les bienfaits des pleurs, des larmes — et encore, je n’ai pas tout dit — ce n’est pas surprenant.
Le Prophète ﷺ passait ses nuits en prière, en récitation du Coran, souvent les larmes aux yeux. Et même avant la révélation, il cherchait déjà cette solitude : il s’isolait dans la grotte de Hira, il méditait, il se déconnectait du monde pour se reconnecter à ALLAH ﷻ.
Aujourd’hui, on sait que pleurer libère du stress, apaise le système nerveux, équilibre les émotions. Alors on comprend mieux pourquoi le Prophète ﷺ était un homme si apaisant. Ce n’est pas étonnant qu’il soit un modèle de rahma , qu’il soit plein de douceur et de miséricorde.
ALLAH ﷻ dit dans le Coran :
« Nous ne t’avons envoyé que comme rahma pour les mondes. » (sourate al-Anbiya)
C’est sa mission. Être une miséricorde pour nous.
Comment aurait-il pu être une rahma pour les autres, s’il avait lui-même été consumé par le stress et les fardeaux ? Il avait une charge énorme sur ses épaules, mais il savait comment se libérer. Et sa libération passait par la prosternation, par les pleurs, par la proximité intime avec ALLAH ﷻ.
Une pratique accessible
Ces moments de larmes n’étaient pas une faiblesse, mais une force. ALLAH ﷻ, dans Sa rahma, a fait en sorte que ce privilège reste accessible à chacun de nous.
Le hadith mentionne celui qui pleure dans la solitude, en évoquant ALLAH ﷻ.
Ce qui est beau, c’est qu’ALLAH ﷻ ne nous demande pas de nous mettre dans une situation gênante. Pas besoin de pleurer devant les gens, d’exposer sa vulnérabilité. Il suffit de pleurer seul, dans l’intimité avec Lui.
Dans cette intimité, il n’y a personne pour se moquer, presser, juger ou contredire. Tu es avec ALLAH ﷻ, et seulement avec Lui. Ce hadith mentionne donc celui qui pleure dans la solitude, quand personne ne le voit, sauf ALLAH ﷻ. Et là, tes pleurs prennent une toute autre dimension : ils deviennent précieux, uniques. Ils ne sont pas un signe de faiblesse, mais une marque de force.
Comme je le disais tout à l’heure, peut-être que tu n’as pas la larme facile. Ce n’est pas grave. C’est pour ça que le prophète ﷺ avait dit :
« Si vous n’arrivez pas à pleurer, alors essayez au moins. »
Cela signifie que même si les larmes ne coulent pas, tu peux amener ton cœur à ressentir cette émotion, à s’humilier devant la grandeur d’ALLAH ﷻ.
La peur de la solitude
Aujourd’hui, beaucoup fuient la solitude. On a peur de rester seul avec nos pensées, avec notre cœur, parfois même avec ALLAH ﷻ. Alors, on remplit le vide : lecture, vidéos, réseaux sociaux, contenus en boucle. On croit être seul, mais en réalité on est encore avec ceux qu’on regarde à travers l’écran.
La vraie solitude, c’est quand tu éteins tout. C’est quand tu restes seul face à ton Rabb . Et à ce moment-là, ce n’est plus vraiment de la solitude : tu es avec ALLAH ﷻ.
Se réserver un moment
Franchement, je te conseille d’essayer de te réserver un moment par jour. Pas besoin que ce soit des heures. Juste quelques minutes, par exemple le soir, quand la maison est calme, que tout le monde dort, que les bruits se sont tus.
C’est le meilleur moment pour parler à ALLAH ﷻ. Tu récites quelques versets, tu fais une invocation sincère, ou tu dis simplement du dhikr. Si tu es en état de prier, la prière est la meilleure façon de tout combiner : le Coran, les invocations, le dhikr , la prosternation, la conversation intime avec ton Rabb . Et si tu ne peux pas prier, tu peux toujours évoquer ALLAH ﷻ, réciter le Coran, invoquer en dehors de la prière.
Goûter au secret des gens de l’ombre
Il ne faut pas trop se poser de questions. Commence à parler, commence à confier ton cœur à ALLAH ﷻ. Et si une larme coule, alors félicite-toi intérieurement. Tu viens de goûter à un secret des gens de l’ombre. Tu viens de goûter à ce que ce sera, peut-être, le Jour de la résurrection : être sous l’ombre d’ALLAH ﷻ.
Parce que là, tu as pleuré, et c’était pour ALLAH ﷻ.
Se projeter
Je mets au défi quelqu’un qui se confie à ALLAH ﷻ sur un péché qu’il a commis et dont il n’est pas fier, de demander sincèrement pardon, de supplier ALLAH ﷻ de le couvrir et de l’aider à ne pas y revenir… et de ne pas ressentir l’envie de pleurer.
Je mets au défi quelqu’un de lire des versets sur le paradis, qui parlent des proches qu’on retrouvera, de la paix éternelle, de la fin des douleurs et des bruits… et de ne pas être ému.
Car si tu penses à un parent, à un enfant, ou à un ami que tu as perdu, et que tu sais que ces versets parlent de ce moment où vous serez réunis dans la quiétude… comment ne pas être touché ?
Cultiver les larmes dans la lecture du Coran
Quand on se crée l’atmosphère pour, qu’on choisit le bon moment, qu’on se met dans une situation où l’on ne sera pas dérangé, où l’on peut être vulnérable devant ALLAH ﷻ… alors il est presque impossible que ce que je viens de dire ne porte pas ses fruits.
C’est ce qui nous amène à la question : comment cultiver ces pleurs ?
En lisant le Coran, lentement, posément. Le Prophète ﷺ, parfois, passait toute une nuit sur un seul passage. Dans la même prière, dans la même raka‘a, il répétait un verset, encore et encore.
Cela peut paraître impressionnant, voire perturbant quand on y pense. Mais c’est une voie d’intimité avec ALLAH ﷻ.
La nuit, ce moment privilégié pour pleurer pour ALLAH
Pourquoi la nuit est-elle le meilleur moment ? Parce que la journée est remplie d’occupations. Si tu pries en groupe, tu ne peux pas répéter dix fois le même verset. Les autres n’ont pas le même rythme de méditation que toi.
La nuit, seul sur ton tapis, tu n’as pas à demander la permission, tu n’as pas à expliquer ton choix. Tu n’es pas jugé. Tu es seulement devant ALLAH ﷻ.
Et le Prophète ﷺ l’a fait. Des hadiths rapportent qu’il a récité sourate al-Baqara entière dans une seule raka‘a. Cela représente au minimum une heure debout, parfois un peu moins, mais c’est considérable. Il a aussi déjà pris un seul verset et l’a répété sans cesse dans la même prière.
Il nous a montré que dans ces moments de vulnérabilité devant ALLAH ﷻ, on fait ce dont on a besoin. Pas ce qui est correct aux yeux des autres, mais ce qui est sincère.
Savourer et non accumuler
Lire le Coran, ce n’est pas seulement lire pour avancer. Dans ces instants, il faut se dire : « Je ne passe pas au verset suivant tant que je n’ai pas savouré celui-ci. »
Et si tu n’as pas beaucoup de temps, ne t’en fais pas une montagne. Dix minutes suffisent. Une sourate courte suffit. Ce n’est pas un moment pour la quantité de versets, mais pour la qualité des larmes et de la méditation.
Tu peux aussi cultiver ces pleurs dans tes invocations. Parle à ALLAH ﷻ comme si tu te confiais à Lui. Rappelle-Lui tes péchés, demande pardon. Mais fais-le uniquement avec Lui.
Parce que c’est interdit de raconter ses péchés aux autres, surtout après qu’ALLAH ﷻ t’ait déjà pardonné. Toi-même, tu n’as pas le droit de les exposer. Ils doivent rester entre toi et ton Seigneur.
Devant ALLAH ﷻ, tu peux parler de tes fautes. Non pas pour les exposer comme on le ferait devant des hommes, mais pour continuer à demander pardon et surtout pour Le remercier de t’avoir pardonné. Tu dois Lui en parler, pour ne jamais oublier la faveur immense qu’Il t’a faite.
Penser à la mort
Cela me ramène à l’épisode sur la mort . Évoquer la mort, c’est l’un des meilleurs moyens d’être touché et ému par la grandeur et la rahma d’ALLAH ﷻ. Car ce n’est pas nos actions qui nous font entrer au paradis — elles sont insuffisantes — mais uniquement Sa rahma.
Même si tu avais fait un sans-faute (et cela n’existe pas), ce serait toujours Sa miséricorde qui t’ouvrirait les portes du paradis.
Choisir des moments de vulnérabilité
Cherche les moments où tu es vulnérable, où ton cœur peut s’ouvrir. La nuit, dans le calme, quand tu es vraiment seul. Ou encore dans les trajets en voiture, quand tu es tranquille et que tu peux faire du dhikr ou lire du Qur’an sans être interrompu. En réalité, la journée regorge de petits instants qu’on peut consacrer à ALLAH ﷻ.
Et rappelle-toi : même si les larmes ne coulent pas, ton cœur peut pleurer. Le plus important, c’est la sincérité.
Avant de te laisser…
Le Prophète ﷺ a dit :
« Sept personnes seront couvertes par l’ombre d’ALLAH le jour où il n’y aura d’ombre que la Sienne… »
Parmi elles, il a cité celui qui, lorsqu’il évoque ALLAH ﷻ dans la solitude, voit ses yeux se remplir de larmes.
Alors demande à ALLAH ﷻ de t’accorder un cœur vivant, si vivant qu’il peut pleurer facilement pour Lui. Demande-Lui un cœur sensible et des yeux qui pleurent par amour et par crainte. Ne te contente pas de dire « je vais essayer de pleurer » : demande à ALLAH ﷻ ce don.
Le Prophète ﷺ nous a enseigné :
« Demandez refuge à ALLAH contre un œil qui ne pleure pas. »
Ya ALLAH, fais-nous goûter à la douceur des larmes sincères et uniquement pour Toi. Ya ALLAH, fais que nos yeux soient des yeux qui pleurent par taqwa et par amour pour Toi. Ya ALLAH, protège-nous d’un œil sec, protège-nous d’un cœur dur, et accorde-nous Ton ombre le jour où il n’y aura d’ombre que la Tienne.
Amîn, ya Rabb al-‘âlamîn.
Je suis Oustedha Zaynab, et voilà plus de 10 ans que j’enseigne aux femmes le Coran. En effet, ce qui m’importe, au-delà de la mémorisation du Coran, c’est que mes sœurs vivent avec le Coran, que leur relation avec le Coran ne soit pas superficielle, mais bien chargée d’émotions. Tout cela, je le souhaite pour toi également, et je te le dis : c’est possible !