Le Prophète ﷺ et l’élégance de son silence

Temps de lecture estimé : 15 min

Parlons d’un trait du Prophète ﷺ que l’on connaît la plupart du temps, mais que je trouve qu’on oublie. En effet, il se manifeste dans le quotidien et dans le comportement de beaucoup d’entre nous malheureusement.

Ce trait, c’est que le Prophète ﷺ ne critiquait jamais la nourriture.
Et c’est à partir de cela que j’aimerais que l’on explore plusieurs sagesses cachées derrière un comportement en apparence très simple.

Ce geste nous enseigne plusieurs choses :

  • ne pas imposer son goût personnel,
  • ne pas blesser ceux qui ont fait un effort,
  • savoir se retirer avec discrétion lorsqu’on n’aime pas une chose.

Sommaire

Le hadith qui a motivé l’épisode

Ce hadith est rapporté par Abû Hurayra رضي الله عنه. Il nous rapporte que le Prophète ﷺ n’a jamais critiqué une nourriture :

« S’il aimait un plat, il en mangeait. S’il ne l’aimait pas, il le délaissait. »
(Bukhârî et Muslim)

On y apprend que le Prophète ﷺ avait des préférences alimentaires comme tout être humain. La preuve : la formulation du hadith distingue entre les plats qu’il aimait et ceux qu’il n’aimait pas.

Certaines narrations mentionnent des plats qu’il n’aimait pas particulièrement, mais jamais il n’a dit : « C’est mauvais », ou « Pourquoi as-tu cuisiné ça ? », ou encore « Il y a trop de sel ».
Il se contentait de ne pas en manger. Il délaissait simplement, sans blesser, sans gaspiller, sans imposer son goût.

L’élégance dans le silence

Ce geste est discret. Il n’amène aucune parole blessante, et pourtant il est suffisant. Ses proches comprenaient ses goûts simplement en observant son comportement, sans qu’il ait besoin de les exprimer directement.

Il y avait là une forme d’élégance dans le silence. Derrière ce comportement, on retrouve plusieurs valeurs :

  • Le respect du travail de la personne qui a cuisiné.
  • L’absence de gaspillage, car on ne rejette pas bruyamment la nourriture préparée.
  • La gratitude implicite envers l’effort fourni, même si l’on n’aime pas une partie du plat.
  • Et enfin, le respect des différences de goût, sans transformer une préférence personnelle en jugement universel.

La vie quotidienne dans le foyer

Pour illustrer cela, prenons un exemple simple : la vie quotidienne dans un foyer.
Un membre de la famille cuisine : cela peut être la mère, le père, une jeune fille ou un jeune homme de la maison. Chacun a ses goûts, et généralement, dans une famille, on sait qui aime quoi.

Mais il arrive que la recette change un peu, qu’une épice soit ajoutée, ou qu’un légume particulier soit intégré sans savoir que quelqu’un n’aime pas cet ingrédient. Ce sont des choses qui arrivent naturellement.

Cela ne veut pas dire que tous les plats cuisinés vont plaire à tout le monde : c’est impossible. Les goûts et les couleurs ne se discutent pas.

Deux réactions fréquentes face à un plat qu’on n’aime pas

Quand cela arrive — lorsqu’un plat contient un ingrédient ou une épice que l’on n’aime pas — il y a généralement deux scénarios classiques :

  • Le premier scénario, c’est la critique directe :
    « Moi, je n’aime pas ça », « Pourquoi tu as mis ça ? », « Il y a trop de sel », etc.
    Cela peut même tourner au petit scandale pendant le repas, parfois sur un ton agacé ou moqueur.
  • Le deuxième scénario, c’est la critique indirecte :
    la personne mange tout de même, mais elle commente en même temps. Elle dit :
    « Il y avait trop de ça », « La prochaine fois, fais plutôt comme ça », etc.
    Elle donne son avis en temps réel, pendant que tout le monde mange.

Et puis il y a l’option du Prophète ﷺ, qui est de loin la meilleure : il s’abstenait simplement. Il ne disait rien. S’il n’aimait pas, il n’en mangeait pas, tout simplement.

La fausse « critique constructive »

Pour certains, critiquer le plat est une forme de critique constructive :

« Si je ne dis pas qu’il y a trop de sel, la personne ne pourra pas s’améliorer. »

Ils voient la critique comme nécessaire au progrès culinaire. Et c’est une idée très répandue aujourd’hui : on pense qu’il faut forcément verbaliser ses goûts pour que les autres s’adaptent.

Mais cette logique part d’un postulat erroné : elle ne prend pas en compte la sagesse de l’exemple prophétique ﷺ.

Suivre l’exemple prophétique : une sagesse cachée

Notre problème aujourd’hui dans la Oumma, c’est qu’on a tendance à dire : « Oui mais… » dès qu’on nous invite à suivre l’exemple du Prophète ﷺ.

Pourtant, quand on observe réellement son comportement, on se rend compte à quel point il était d’une intelligence subtile.

Même quand on ne comprend pas entièrement une de ses attitudes, le simple fait de la suivre nous fait gagner des hassanât.

En évoquant ce sujet, une personne m’avait répondu :

« Oui mais s’il ne dit rien, par exemple si une de ses épouses avait mis trop de sel, comment ça va se passer ? Elle va continuer à en mettre ! »

Autrement dit, selon elle, si on ne dit rien, on souffre en silence, et la situation ne change pas.

Mais en réalité, le Prophète ﷺ ne s’est jamais imposé une souffrance inutile : s’il n’aimait pas, il ne mangeait pas, tout simplement. Il ne se forçait pas, mais il ne critiquait pas non plus.

Je lui ai dit :

« Mets-toi dans la peau de Rasulullah ﷺ au moment où il fait cela, et analyse l’itinéraire de son comportement. »

Un exemple concret … chez soi

Imaginons la scène dans ta propre maison.
Prenons l’exemple classique de la maman — parce que c’est souvent le plus délicat à critiquer, par respect.

Ta maman prépare un plat. Ce jour-là, elle a un peu forcé sur le sel, ou elle a mis plus de piment que d’habitude, ou encore… elle a ajouté du navet, alors que tu n’aimes pas ça.

Le navet, ce n’est généralement pas l’élément principal du plat : c’est un légume parmi d’autres, un accompagnement. Il y a d’autres choses dans l’assiette que tu apprécies.

Si on suit l’itinéraire comportemental de Rasulullah ﷺ, la solution est simple : tu n’en manges pas. Tu ne fais aucune remarque. Tu te contentes d’ignorer ce que tu n’aimes pas.

Si le plat est commun et que d’autres aiment le navet, tant mieux : ils le mangeront. Si vous avez chacun une portion individuelle, ta maman te sert du navet, et toi, tu le laisses dans l’assiette.

Quand l’assiette revient en cuisine, elle contient encore le navet. Tu n’as rien dit, mais un message silencieux a été envoyé.

Le pouvoir du silence

Plusieurs explications sont possibles dans la tête de ta maman :

  • Tu n’avais plus faim et il ne restait que le navet.
  • Tu n’aimes pas ce légume.
  • Tu n’as pas eu envie de le manger aujourd’hui, tout simplement.

Généralement, cela suscite une question naturelle :

« Tu n’as pas fini ton assiette ? Tu n’avais plus faim ? »

Et c’est à ce moment-là seulement que tu peux répondre calmement, sans jugement ni critique :

« Non, c’est juste que le navet… ce n’est pas mon légume préféré. »

Et c’est terminé. Pas de blessure, pas de tension.

Si ta maman te connaît bien — par exemple, elle sait que tu finis toujours ton assiette et que tu avais faim — elle comprendra tout de suite :

« Ah d’accord, tu n’aimes pas le navet, je ne t’en mettrai pas la prochaine fois. »

Si elle ne sait pas, la petite discussion se fera naturellement, sans heurt.

Une communication naturelle et intelligente

Et c’est probablement ce qui se passait dans le foyer du Prophète ﷺ :

  • Quand il aimait, il mangeait et faisait même des éloges.
  • Quand il n’aimait pas, il ne disait rien et délaissait simplement.

Les membres de sa famille avaient été éduqués dans cette intelligence émotionnelle, au point que ses goûts étaient compris sans qu’il ait besoin de les imposer.

Et ça peut paraître simple, ce que je viens de dire… mais je suis toujours étonnée de voir le contraire.
Dans certains foyers, c’est presque devenu normal de critiquer les plats, de dire ouvertement « j’aime pas ça », parfois même sur un ton blessant.

On le voit dans nos maisons, chez d’autres, on l’entend chez les enfants… et je trouve que c’est un vrai signal. Parce que si nous-mêmes, adultes, n’avons pas intégré cette élégance dans notre manière de réagir à la nourriture, on ne peut pas espérer que nos enfants le fassent spontanément.

Faire preuve de subtilité

Chez moi, par exemple, il y avait un code bien établi.
Je n’aime pas le mot “tabou”, mais clairement, dire “je n’aime pas” d’un plat… c’était tabou. On n’avait pas le droit de prononcer ces mots à table.

Quand je n’aimais pas un plat, surtout à l’extérieur, on m’avait appris à dire :

« Je n’ai plus faim de ce plat. »

En pulaar (ma langue, car je suis Peule), on dit :

« Mi hâri » — je suis rassasiée.

Mes parents connaissaient la différence entre “je suis repue” et “je n’aime pas trop ça”.

C’était un code discret, respectueux, sans blesser. Et je trouve ça très beau. Je l’ai transmis à mes enfants aujourd’hui.

Quand on devient parent, on comprend autrement

En tant que maman aujourd’hui et que c’est moi qui cuisine les plats principaux, je me rends compte à quel point cette petite phrase “j’aime pas” peut peser.

Quand on s’est cassé la tête à élaborer un menu, à faire les courses, à cuisiner malgré la fatigue, entendre

« Moi j’aime pas ça »
« Moi je voulais autre chose »

…ça pique.

Et je crois que toutes les mamans peuvent se reconnaître dans cette scène.
Même la question “on mange quoi ce soir ?”, qu’on entend parfois 3 ou 4 fois dans la journée, peut devenir lourde quand on est fatiguée. Parce que derrière, il y a une vraie charge mentale.

Alors si en plus, au moment de servir, on se prend une salve de critiques culinaires… ce n’est pas anodin. Ce n’est pas une “petite remarque”. C’est une parole qui peut blesser.

Le langage non-verbal du Prophète ﷺ 

Rasulullah ﷺ a réglé cela simplement et intelligemment.
Il ne critiquait pas la nourriture. Point.
Il ne disait pas “j’aime pas”, ni “pourquoi t’as fait ça”, ni “la prochaine fois mets moins de sel”.

Et certains diront :

« Oui mais… il faut être honnête ! »
« Si on ne dit rien, comment la personne peut s’améliorer ? »
« Si on enseigne cela aux enfants, on ne les laisse pas s’exprimer ! »

Mais dans ce cas-là, le Prophète ﷺ agissait ainsi au sujet des repas. Dans la vie de tous les jours, lorsqu’il n’aimait pas quelque chose, il savait le signifier. Cela se voyait sur son visage, comme le rapportent les compagnons.

Il ne forçait pas un visage neutre ou fermé : sa réaction était naturelle mais non blessante.

Des mots avec un impact

Les mots, en réalité, c’est très difficile à manier. Une phrase peut être reçue de mille manières différentes.

Je me souviens encore très bien, la première fois que j’ai entendu quelqu’un dire :

« J’aime pas ce plat » ou pire encore « C’est dégueulasse » !

C’était à l’école, à la cantine. J’ai été choquée. Vraiment. J’avais l’impression de venir d’une autre planète. Pour moi, cette phrase ne se disait tout simplement pas. Elle était inconcevable.

Et jusqu’à aujourd’hui encore, quand j’entends quelqu’un dire “j’aime pas” en public, que ce soit au restaurant, chez quelqu’un, ou même chez moi… je n’arrive pas à m’y faire.

Pourquoi ? Parce que c’est un prisme que j’ai intégré très tôt :
Ce principe simple peut être réinstallé chez nous, aujourd’hui.
On peut faire un “reset” :

  • on commence par soi-même,
  • on l’enseigne à nos enfants,
  • à notre conjoint ou conjointe,
  • et on instaure cette habitude dans le foyer.

Apprendre à choisir le bon moment 

Quand quelqu’un dit une remarque du style :

« Ah j’aime pas ça »,

 en pleine préparation ou au milieu du repas, on peut poser une règle claire :

 « Ne le dis pas maintenant. Si tu veux en parler, on le fera plus tard, autrement. »

Ce n’est pas réprimer une émotion. C’est apprendre à choisir le bon moment et la bonne manière.

Et les enfants ne vont pas développer des “traumas” parce qu’ils ne peuvent pas dire « j’aime pas » à table.
On peut leur expliquer, petit à petit. Moi, je l’ai appris très jeune, donc je sais que c’est possible.

Une règle de vie à généraliser

Ce hadith sur le fait que le Prophète ﷺ s’abstenait lorsqu’il n’aimait pas un plat est, en réalité, une leçon de vie. Ce n’est pas seulement une règle de bienséance culinaire.

C’est une école du silence intelligent :

  • savoir quand se taire,
  • comment se taire,
  • et surtout pourquoi.

Tu as le droit de ne pas aimer… mais pas besoin de critiquer

On a tous le droit de ne pas aimer un plat, un ingrédient, une épice.
Mais on n’a pas besoin de grimacer, de soupirer, ou de commenter à voix haute.

  • Tu manges ce que tu peux.
  • Tu laisses le reste.
  • Celui qui aime mangera.
  • Et s’il n’y a rien d’autre… tu es grand, tu peux te faire autre chose.

Et si la personne pose une question après coup, tu peux répondre avec douceur :

« Je n’ai pas très faim de ce plat-là. »
Et si elle veut que tu développes, tu le fais à ce moment-là.

Au-delà de la nourriture

Ce comportement du Prophète ﷺ — s’abstenir sans critiquer — n’était pas limité à la nourriture.
Quand on observe d’autres facettes de sa vie, on se rend compte qu’il appliquait cette élégance silencieuse dans de nombreuses situations.

Dans les relations humaines, par exemple :

  • Tu n’aimes pas le caractère de quelqu’un ?
  • Tu ne supportes pas certaines manières ?

Tu peux t’en éloigner sans faire la guerre.

En effet, le Prophète ﷺ a dit :

« Le croyant qui se mélange aux gens et patiente face à leurs torts est meilleur que celui qui ne se mélange pas et ne patiente pas. »

Parfois, la patience consiste à rester, à supporter avec douceur, surtout si le fait d’être présent apporte du bien (par exemple dans les liens familiaux).

Et parfois, la meilleure patience consiste au contraire à se retirer dans le calme, sans éclats, sans polémique.

L’exemple flagrant des réseaux sociaux

Aujourd’hui, sur les réseaux sociaux, cette sagesse est souvent oubliée.

Tu n’aimes pas le contenu de quelqu’un ? Ce n’est pas grave. Il existe un bouton très simple : Se désabonner.

Il n’y a aucune obligation de rester. Tu n’es pas prisonnier d’un abonnement.

Et surtout… il n’y a aucun besoin de faire du bruit en partant, donc pas besoin : 

  • d’un commentaire désobligeant,
  • de stories agressives,
  • d’un “je me désabonne” en public.

C’est comme quitter une salle discrètement. Tu n’aimes pas ? Tu sors. Et pas besoin de claquer la porte.

Trace ta route sans bruit

Le Prophète ﷺ nous enseigne cette règle simple à travers son attitude :

Trace ta route, sans bruit, avec dignité.

Dans la vie professionnelle, c’est la même chose. Tu n’aimes pas une méthode, une organisation, un projet ? Tu peux :

  • proposer autre chose si c’est constructif,
  • ou te retirer tranquillement si tu le peux.

Pas besoin de pointer du doigt, de critiquer publiquement, ou de dénigrer. En plus d’ouvrir la porte à la médisance, cela n’a aucun bénéfice concret.

Dans le couple et la famille : un terrain sensible

Si on regarde au sein du couple ou de la famille, cette attitude devient encore plus cruciale.
Quand quelque chose ne correspond pas à tes goûts ou à tes attentes — que ce soit un plat, une manière de faire, une initiative — tu as toujours la possibilité de laisser passer, de remettre la discussion à plus tard, ou même de passer à autre chose, plutôt que de transformer cela en critique blessante.

Les goûts et les couleurs se comprennent souvent mieux dans un silence respectueux que dans une série de reproches. C’est d’ailleurs un parallèle très fort avec la pudeur.

On pourrait dire que ce hadith est en réalité un exercice de pudeur appliqué à nos goûts.
La pudeur des cœurs, c’est aussi :

  • ne pas imposer son avis comme une vérité universelle,
  • savoir se retirer sans faire de bruit,
  • ne pas transformer son goût personnel en norme pour tous.

La pudeur n’est pas uniquement vestimentaire. Elle s’exprime aussi dans nos paroles, dans nos gestes, dans nos réactions.
Le Prophète ﷺ a dit :

« Si tu n’as pas de pudeur, alors fais ce que tu veux. »

Celui qui n’a pas de pudeur n’a plus de limites. Et dans ce hadith sur la nourriture, on voit la pudeur du Prophète ﷺ à l’œuvre.

Un modèle dont il faut s’inspirer 

Le Prophète ﷺ était plus pudique que la femme la plus pudique, et dans cette pudeur, il nous enseigne une règle de vie : savoir se taire quand il faut.

Et pourtant, s’il y avait bien une personne qui aurait pu exprimer ses préférences sans que personne n’y trouve à redire, c’était lui. S’il avait dit « je n’aime pas ça », tout le monde se serait plié en quatre pour éviter de le lui présenter à nouveau. Mais il ne l’a pas fait.

Pourquoi ? Parce qu’il n’était pas une charge mentale pour les siens.
Il n’était pas une source de stress dans sa maison.
Il ne mettait pas les gens en difficulté avec ses exigences.

  • Quand il y avait à manger, il mangeait.
  • Quand il n’y avait pas, il jeûnait.
  • Quand il aimait, il mangeait avec plaisir.
  • Quand il n’aimait pas, il se retirait simplement, avec qanā‘a — le contentement.

Une leçon pour nos foyers d’aujourd’hui

Beaucoup des tensions dans les foyers modernes viennent de cette incapacité à se taire au bon moment, à faire preuve de pudeur dans les goûts, ou à exprimer les choses avec douceur et timing.

Avant même de parler du travail, des réseaux ou de la société, c’est dans le foyer que ces attitudes doivent être réapprises. C’est dans le foyer qu’on devrait retrouver cette élégance silencieuse héritée du Prophète ﷺ.

Dans beaucoup de foyers, les problèmes viennent du fait que, consciemment ou non, les gens deviennent une charge pour les autres.
Il suffit de voir la différence d’ambiance quand une personne est absente quelques jours.

Prenons l’exemple classique :
Un époux voyage, et l’épouse reste à la maison avec les enfants. Très souvent, dès que l’époux part, une atmosphère de détente s’installe.
Ce n’est pas seulement parce qu’on est seul — la solitude, en soi, est bénéfique pour tout le monde à certains moments, pour se recentrer, se reposer ou méditer.

Mais là, c’est autre chose : il y a comme une décompression qui s’opère.

Moins de pression, plus de légèreté

Et cette décompression se voit souvent dans des détails simples, comme les repas.
Quand « papa n’est pas là », beaucoup de mamans (ou inversement) avouent avec humour qu’elles se permettent un dîner céréales, un repas rapide, une soirée pyjama improvisé avec les enfants. Tout le monde est détendu. Pas de prise de tête, pas de stress.

Pourquoi ? Parce qu’il n’y a pas cette pression diffuse, parfois invisible, que la présence de l’autre peut engendrer.
Ce n’est pas forcément parce que l’époux est dur ou exigeant — al-hamdoulilLAH, bien souvent ce n’est pas le cas — mais cela révèle quelque chose de plus subtil :
Quelle place et quelle pression, même involontaire, cette personne fait-elle peser sur le foyer ?

Quand une épouse ou un époux ne génère pas cette pression, la différence se sent.
Ce sont ces personnes qui sont agréables à vivre, pas parce qu’elles acceptent tout sans rien dire, mais parce qu’elles incarnent cette attitude de qanā‘a — le contentement — et de bienveillance silencieuse que le Prophète ﷺ avait dans son foyer.

Quand il y avait à manger, il mangeait.
Quand il n’y avait pas, il jeûnait.
Quand c’était bon, il en faisait l’éloge.
Quand il n’aimait pas, il se taisait.

Une présence paisible

J’ai vu des couples où l’un des deux rentre fatigué, il n’y a pas de repas prêt ou bien le plat n’est pas très bon. Et pourtant, aucune explosion, aucune remarque blessante, juste une adaptation naturelle, un calme bienveillant.

Ces personnes, qu’elles soient là ou non, tu es à l’aise. Leur présence est paisible, et leur absence n’est pas une libération.
C’est exactement comme était Rasulullah ﷺ dans son foyer : Il n’était pas une pression pour les autres.

Et pourtant, s’il y avait bien une personne dont on aurait pu penser qu’elle devait être « servie à la perfection », c’était lui ﷺ.

Si Rasulullah ﷺ avait voulu être traité comme un roi, tout le monde se serait plié en quatre pour lui. Mais non. Il voulait qu’on le traite comme tout le monde.
Il ne voulait pas être un poids pour les autres — ni par ses paroles, ni dans les tâches du quotidien, ni dans la nourriture, ni dans quoi que ce soit.

Il n’était pas une pression dans son foyer.
Et il n’était pas une pression pour la Ummah.

Nous, parfois, on se fatigue à vouloir changer mille choses dans notre vie, à lancer de grands projets…
Et si on commençait simplement par les bases ?

  • Commencer par arrêter de critiquer à tout va.
  • Commencer par apprendre à se taire quand il faut.

Un exercice pratique 

Je te propose un petit exercice pratique cette semaine :

 À chaque fois que tu sens monter en toi une envie de lancer une pique, une critique, une remarque inutile… tu ravales.

Observe-toi comme si tu te regardais de l’extérieur, comme si tu regardais une scène d’en haut.
« Ah, là… elle allait parler, cette phrase aurait été de trop. »
Et tu te le dis à toi-même, calmement.

Ce n’est pas un exercice de perfection — personne n’est parfait — mais Allah ﷻ attend de nous l’ihsân, l’excellence.
Et l’ihsân commence aussi par la langue.

Les clés pratiques

  • La prochaine fois que tu n’aimes pas un plat, tais-toi simplement, comme Rasulullah ﷺ le faisait. Ne mange pas, et laisse les choses se faire naturellement.
  • Sur les réseaux sociaux : tu n’aimes pas un contenu ? Ne commente pas négativement. Désabonne-toi, ou passe ton chemin. S’il y a quelque chose d’important à dire, fais-le en privé, avec adab.
  • Dans les discussions : si une conversation n’apporte rien, quitte-la sans bruit, sans drame.
  • Dans ta vie en général : adopte ce qui nourrit ta foi, laisse le reste… calmement, avec élégance.

On cherche parfois des concepts compliqués — “femmes de valeur”, “hommes de valeur”…
Mais la voie est déjà là : suivons Rasulullah ﷺ, ses compagnons, ses épouses, les prophètes. Nous avons déjà les meilleurs modèles.

La grandeur du Prophète ﷺ, c’est qu’il faisait la différence entre ne pas aimer et critiquer.
Ne pas aimer, c’est une chose. Critiquer, c’en est une autre. Et lui, il ne mélangeait jamais les deux.

Combien de conflits, de rancunes, de polémiques auraient pu être évités si nous avions appris cet art prophétique :

  • Ne pas aimer en silence,
  • et passer notre chemin avec pudeur.

Parfois, le plus grand respect, c’est justement d’apprendre à se taire.


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