Comment parler à Allah ?

Dans une conversation, une personne qui écoute a besoin à son tour de s’exprimer et d’être écoutée. Mais as-tu conscience à quel point, la personne en face, après avoir parlé, aime tout autant pouvoir écouter son interlocuteur et savoir ce qu’il a à dire ? On avait parlé la dernière fois de l’art d’écouter Allah ﷻ. Et lorsqu’on sait écouter Allah ﷻ, on saura écouter tout le monde. Cette semaine, on continue notre réflexion autour du fait de converser avec Allah ﷻ. Aujourd’hui on va parler de l’art de s’adresser à Lui. Voyons ensemble comment parler à Allah ﷻ.

 

Le verset qui a inspiré l’épisode du jour

وَإِذَا سَأَلَكَ عِبَادِي عَنِّي فَإِنِّي قَرِيبٌ أُجِيبُ دَعْوَةَ الدَّاعِ إِذَا دَعَانِ فَلْيَسْتَجِيبُواْ لِي وَلْيُؤْمِنُواْ بِي لَعَلَّهُمْ يَرْشُدُونَ

Traduction rapprochée du sens du verset :

« Et quand Mes serviteurs t’interrogent sur Moi… Alors Je suis tout proche : Je réponds à l’appel de celui qui Me prie (M’appelle) quand il Me prie (M’appelle). Qu’ils répondent à Mon appel, et qu’ils croient en Moi, afin qu’ils soient bien guidés.⁠ »

Sourate Al Baqarah, verset 186

Je chéris particulièrement cette ayah. Elle fait vraiment partie de mes préférées ! C’est la preuve directe et irréfutable de l’invitation d’Allah ﷻ à Lui parler, à s’adresser à Lui, à converser avec Lui. C’est aussi la preuve incontestable que lorsqu’on Lui parle, Il nous répond. Donc, se priver de discuter avec Allah ﷻ, c’est véritablement un crime contre soi-même. C’est une perte, c’est un manque. C’est vraiment quelque chose dont on ne doit pas se priver. L’écouter, c’est primordial, mais Lui parler l’est tout autant.

 

L’importance de l’écoute

 

Dans l’article précédent, nous avons appris ensemble en quoi il était important de savoir écouter Allah ﷻ. Lorsqu’on sait L’écouter, on comprend beaucoup de choses.

La conversation requiert deux parties : l’écoute et la parole. Nous ne pouvons pas écouter et parler en même temps. Lorsqu’on parle, on n’écoute pas, car la seule chose qu’on peut vraiment entendre c’est alors notre propre voix. Quand on écoute, il nous est impossible de parler en même temps. Sinon, on n’entendrait pas ce que l’autre tente de nous dire. D’ailleurs, qu’est-ce que tu as tendance à faire quand tu veux écouter quelque chose ou quelqu’un et qu’il y a du bruit autour ? Tu demandes à l’entourage de faire moins de bruit, parce que tu ne peux pas entendre, alors encore moins écouter attentivement.

 

Que dire à Allah ?

 

Nous avions vu qu’Allah s’est exprimé en premier, à travers le Coran. Il nous a dit tout ce qu’il fallait entendre et savoir. Ensuite, Il attend de nous :

  • qu’on s’exprime ;
  • qu’on détaille nos peurs ;
  • qu’on partage nos joies ;
  • qu’on communique nos peines ;
  • qu’on fasse part de nos questions ;
  • qu’on Le consulte ;
  • qu’on Le remercie ;
  • qu’on Lui demande pardon quand on faute ;
  • qu’on Lui fasse confiance ;
  • qu’on Lui reprête allégeance de temps en temps.

On a l’impression que la shahada, on ne la dit qu’une fois, par exemple lorsqu’une personne se convertit à l’Islam. Pourtant, c’est bien de faire la shahada régulièrement, pour notre propre cœur. Ça permet de renouveler ce pacte, cette allégeance qu’on a envers Allah ﷻ.

C’est important de Lui signifier qu’on souhaite Le rencontrer un jour. Aussi, de lui confier nos affaires, notre famille, nos biens, etc. En réalité, tu as beaucoup de choses à dire à Allah ﷻ, bien plus que tu ne le penses.

Petit à petit, tu apprendras à Lui parler et surtout à Lui parler en premier en cas de besoin ! Parfois, ce sera juste pour Lui dire merci ou pour Lui dire des choses comme « j’ai bien dormi » ou encore « il fait froid dis donc aujourd’hui ! Allah, facilite à ceux qui vivent dans le froid toute l’année ! ». Le champ des choses que tu peux dire à Allah ﷻ est très vaste, il ne s’agit pas seulement de Lui demander et faire des dou’aas.

 

Comment parler à Allah : la place des invocations

 

On a tendance à penser que les seuls moments de dialogue avec Allah ﷻ, c’est lorsqu’on fait des invocations. Elles sont certes un gros pôle de notre conversation avec Allah, mais c’est bien plus que cela. Il y a aussi le remerciement, la consultation, la demande de pardon, ou parler uniquement pour parler. Pas besoin de grande dissertation pour s’adresser à Lui.

Le Messager d’Allah ﷺ a dit :

« La différence entre celui qui invoque Allah et celui qui ne l’invoque pas est semblable à la différence qu’il y a entre le vivant et le mort. »

[Sahih al-Bukhari 6407]

Le sens de ces paroles est époustouflant. Je ne sais pas si tu mesures la différence : le fait de ne pas demander à Allah ﷻ c’est comme être mort ! Est-ce que tu imagines la portée de ces mots ? Inversement, parler avec Allah, L’invoquer, discuter avec Lui, c’est assimilable à quelqu’un de vivant. Tant que tu t’entretiens avec Allah ﷻ, que tu Lui demandes, que tu te réfères à Lui, que tu Lui formules un besoin, ou peu importe, tu es vivant ! Tu te rajoutes de l’humanité, c’est comme de l’oxygène. Tu apportes du vivant à ta propre vie lorsque tu invoques Allah ﷻ.

« Est-ce qu’on est obligé, est-ce qu’on n’est pas obligé ? Qu’est-ce qu’il se passe si je ne le fais pas ? » Ici, ces questions n’ont pas leur place. En fait, je n’ai pas d’autre choix ! Je tiens à ma vie, j’ai envie de vivre et j’ai envie de bien vivre.

 

La place primordiale de la prière pour s’adresser à Allah

 

Dès l’enfance, on me disait souvent :

« Si tu veux qu’Allah te parle, lis le Coran. Et si tu veux parler à Allah, fais la prière. »

 

La salat, le premier moyen de communication

 

La prière, c’est le premier canal de communication avec Allah ﷻ. Pour répondre à la question « comment parler avec Allah ? », il y a évidemment plein de façons, mais j’ai presque envie de te les résumer en une phrase : si tu veux parler avec Allah, fais la prière ! Célèbre même la salat ! Certes il y a d’autres manières de parler avec Allah ﷻ que la prière. Effectivement, pour faire une invocation, on n’est pas obligé d’être en prière.

 

Comprendre la prière

 

On va rentrer dans le vif du sujet de la prière et tu vas redécouvrir des choses, des délices de la prière. Plutôt les prémices, parce que je pense que je vais réserver un article à la prière, tellement c’est important.

Ça me peine beaucoup quand des personnes avouent qu’elles n’ont pas de connexion profonde avec Allah ﷻ pendant la prière. Certaines se posent aussi la question de comment être concentrée pendant la prière. Tu verras que c’est la mauvaise question à se poser. Lorsque tu as compris les tenants et aboutissants de la prière, quand tu comprends les délices de la prière, tu ne penses même pas à ces questions-là. Mais on espère toutes arriver à cette étape !

Très souvent, quand on parle avec quelqu’un, on appréhende la réaction de cette personne et ce qu’elle va faire de cette parole plus tard. Je ne sais pas si tu fonctionnes comme moi, mais si je m’adresse à une personne et que j’ai un soupçon sur le fait qu’un jour elle pourrait employer cette chose contre moi, ou qu’elle l’utilise dans des circonstances où je n’aurais pas aimé qu’elle en parle, ça me paralyse. Ça me suffit à ne pas parler à cette personne de ce sujet. On a souvent peur de s’adresser à une personne lorsqu’on sait pertinemment que cette personne est capable d’utiliser ça contre nous. Si l’on a cette crainte, généralement on se retient.

L’avantage avec Allah ﷻ c’est qu’Il ne te jugera pas. C’est important de préciser ce point-là avant d’entrer dans le sujet de la prière. Il ne te jugera pas sur ce que tu Lui dis ; Il le fera le Jour du jugement dernier. Et même durant ce moment, quand Il devra te présenter tes comptes, Il commencera par te demander de lire toi-même ton propre livre de comptes et de faire toi-même ton propre bilan.

Comme dans le verset où Il dit :

ٱقْرَأْ كِتَٰبَكَ كَفَىٰ بِنَفْسِكَ ٱلْيَوْمَ عَلَيْكَ حَسِيبًا

« Lis ton livre. En ce jour, tu te suffis à toi-même comme ton juge ».

Sourate Al Isra  ; verset 14

Il pourrait te présenter tout ce que tu as fait et te donner ta destination. Non, Il prend le temps de t’écouter, mais aussi de te permettre de t’écouter toi-même. Toi, en train de lire ton livre de comptes et de faire ton propre bilan. Ensuite, Il prononce le verdict : la sentence ou la récompense.

Au début, Il s’est exprimé en premier en prenant la parole à travers le Coran. Tu ne savais rien, tu démarrais de zéro, tu n’avais encore rien accompli dans ce monde.

À la fin, au Jour du jugement, tu auras la parole en premier. Il t’écoutera puis te donnera Sa conclusion.

Donc en analysant cela, on voit qu’Il est le Premier, et le Dernier à parler. Au milieu, le champ est pour toi. C’est une manière magnifique de converser avec Allah lorsqu’on comprend cela.

 

Un scénario à notre disposition

 

Revenons à la salat, ce fameux canal de communication privilégié avec Allah ﷻ. La prière entre dans la même logique que la lecture du Coran. On avait vu qu’en écoutant le Coran, on écoute Allah ﷻ, et ainsi on a toutes les informations nécessaires pour mener notre vie sur Terre.

On sait :

  • qui est Allah,
  • ce qu’Il fait pour nous,
  • tout ce qui peuple la Terre,
  • notre mission.

Tout le reste du Coran va ensuite s’articuler autour de ça. En nous donnant les bonnes solutions, en nous expliquant qui nous sommes, la genèse de nos ancêtres, le futur.

On a déjà la mise en scène du Jour du Jugement, du Paradis et même le trajet que l’on va faire jusqu’au Paradis, ce que les gens du Paradis vont dire, les discussions qu’ils vont avoir lorsqu’ils vont croiser les gens qui iront en Enfer, etc. Tu as tout le déroulé jusqu’au moment où l’on va ouvrir la porte et que l’on va rentrer. Tu sais même ce qui sera dit quand on rentrera au Paradis.

derniers versets de la sourate al fajr

Traduction rapprochée du sens du verset :

Ô toi, âme apaisée,
Retourne vers ton Seigneur, satisfaite et agréée ;
Entre donc parmi Mes serviteurs,
et entre dans Mon Paradis.

Sourate al Fajr ; versets 27 à 30

 

Ces versets, consignés dans le Coran, sont le spectacle de notre potentiel futur. Sans parler de tout ce qu’on va trouver dans le Paradis ! Dans le Coran, on a donc : notre passé, notre présent, notre futur. On a TOUT. Cela t’a été offert lorsque tu as pris la peine d’écouter le Coran, d’écouter ce qu’Allah a à te dire.

Vient ensuite un moment où tu parles, où tu t’exprimes à Allah. Lorsque tu t’adresses à Allah ﷻ, ce sera différent en fonction de si tu as écouté ou non.

Lorsqu’on s’adresse à quelqu’un, notre discours sera différent si on l’a écouté au préalable ou non. En l’écoutant, on a eu des éléments, des informations sur ce que la personne pensait. On pourra analyser le ton employé, l’émotion dans laquelle elle se trouve à cet instant… Ces éléments vont finir par conditionner ce que l’on va dire. Même si l’on avait une idée de départ ainsi que certains sentiments, tout ça va être agrémenté par l’écoute qu’on vient d’effectuer. C’est aussi ça qui est beau avec le Coran, on y trouve aussi la partie où l’on parle.

 

Le statut privilégié de la sourate Al Fatiha

 

Si l’on souhaite comprendre certaines choses dans notre vie et dans notre Coran, la sourate Al Fatiha est un incontournable. Sans l’étudier, on va louper beaucoup de choses !

 

La structure

 

On observe certains éléments. Le premier verset vient présenter toute la vie, c’est la parfaite introduction.

Les versets qui vont suivre dans la première partie de la sourate, c’est Allah qui parle :

ٱلرَّحْمَٰنِ ٱلرَّحِيمِ     |  Ar-Rahmāni Ar-Rahīmi
مَٰلِكِ يَوْمِ ٱلدِّينِ      |  Māliki Yawmi Ad-Dīni

Ensuite, une transition entre toi et Allah :

إِيَّاكَ نَعْبُدُ وَإِيَّاكَ نَسْتَعِينُ    | ‘Īyāka Na`budu Wa ‘Īyāka Nasta`īnu

Allah et nous, présents dans le même verset. C’est une introduction à ce que nous, nous allons apporter à la conversation.

Dans la dernière partie de sourate al Fatiha, il y a notre parole  :

 

ٱهْدِنَا ٱلصِّرَٰطَ ٱلْمُسْتَقِيمَ    |     Ihdinā As-Sirāta Al-Mustaqīma

صِرَٰطَ ٱلَّذِينَ أَنْعَمْتَ عَلَيْهِمْ غَيْرِ ٱلْمَغْضُوبِ عَلَيْهِمْ وَلَا ٱلضَّآلِّينَ   |    Sirāta Al-Ladhīna ‘An`amta `Alayhim Ghayri Al-Maghđūbi `Alayhim Wa Lā Ađ-Dāllīna

Ici, on parle. Je ne sais pas si tu vois le miracle qui se passe, mais dans ce qu’Allah a eu à nous dire, Il a intégré nos propres mots dans Sa propre parole. Dans l’écoute que l’on fait d’Allah, on s’écoute en train de demander des choses. La partie où l’on parle commence par une invocation : « Guide-nous dans le droit chemin ». Cette demande résume absolument tout ce dont on pourrait avoir besoin dans notre vie.

T’es-tu déjà attardée sur ce concept ?

 

Le droit chemin

 

On pourrait uniquement se dire que le droit chemin est celui de :

  • la vertu ;
  • la piété ;
  • l’adoration d’Allah ;
  • le respect des parents ;
  • faire le bien ;
  • réussir ;
  • avoir une famille ;
  • bien éduquer ses enfants ;
  • être professionnelle ;
  • être en bons termes avec les gens ;
  • avoir un bon comportement avec la création d’Allah, etc.

Bien sûr tout ça entre dans le droit chemin. Mais lorsqu’on parle de chemin, on parle aussi du fait d’aller d’un point A à un point B. On sait d’où on vient, le point A. Mais qu’en est-il du point B ?

Nous sommes d’accord, la destination qu’on veut atteindre, c’est le Paradis. Dans notre histoire, il y a eu un mouvement du Paradis vers la Terre. Maintenant, on cherche à faire un retour de la Terre vers le Paradis.

 

Le Paradis

 

Notre maison, là où tout a commencé. J’aime me dire que c’est mon véritable « chez moi », car mes ancêtres ont entamé leur première vie, même leur vie maritale, là-bas. On est descendus, mais on souhaite y retourner. C’est là-bas, au bout de ce chemin, qu’Allah ﷻ va nous annoncer enfin qu’Il est satisfait de nous. C’est là-bas qu’on va pouvoir retrouver les êtres qui nous ont quittés, qui nous sont chers, et qu’un jour nous allons quitter aussi. Tout se passe là-bas. Le bout de notre chemin, c’est le Paradis.

Lorsque j’entends « Sirāta Al-Mustaqīm », je n’entends pas seulement « le droit chemin », j’entends « le droit chemin, tout droit vers le Paradis ». Alors, tout ce que tu vas faire dans ta vie, tout ce que tu vas penser, vivre, ressentir, avoir besoin, tout va se concentrer sur l’obtention du bonheur. Ce besoin de bonheur ne peut se régler, ne peut être assouvi, que lorsqu’on atteindra le Paradis. Tout ce que tu vas faire sur Terre va être comptabilisé et conditionné pour ton arrivée au Paradis. Quand tu entends « Ihdinā As-Sirāta Al-Mustaqīm», tu dois comprendre « Guide nous dans le droit chemin, tout droit vers le Paradis», tout est concentré dedans.

C’est une phrase que NOUS prononçons, qui est consignée dans le Coran, dans Sa parole, qu’Il a ajoutée à Son temps de Parole, dans notre conversation avec Lui. Allah a l’art de concentrer, en quelques mots, tout ce dont on a besoin, et le reste va en découler. Le reste de ta vie, de ta conversation avec Allah ﷻ, sera une explication de cela.

 

Converser avec Allah par la sourate Al Fatiha

 

Al Fatiha, c’est une conversation en live avec Allah ﷻ. On la récite tous les jours, plusieurs fois par jour, comme un rappel de tout cela :

  • qui tu es ;
  • qui est Allah ﷻ ;
  • ta mission ;
  • ce qu’Il fait pour toi ;
  • ta destination ;
  • d’où tu viens ;
  • la vie que tu dois mener.

Cette vie que tu dois mener jusqu’à atteindre ton objectif, orienté tout droit ; le droit chemin vers le Paradis.
C’est ce que l’on peut entendre et comprendre de cette partie de conversation avec Allah ﷻ.

Pour faire la transition avec la salat, on peut évidemment dire qu’Al Fatiha en est une partie importante. Le Coran, de manière générale, mais la sourate al Fatiha encore plus, car il n’y a pas de salat, sans la sourate al Fatiha.

Tu dois la réciter à chaque unité de prière, qu’il y en est deux, trois ou quatre. Il y aura toujours al Fatiha en station debout, avec une autre sourate dans les premières raka’at, et toute seule dans les dernières raka’at. Comme pour nous rappeler cette notion de conversation : c’est quelque part la conversation dans la conversation.

 

Comment parler à Allah dans les différentes phases de la prière ?

 

Les paroles

 

Allah ﷻ nous enseigne quoi Lui dire et comment le Lui dire dans Son Coran. Dans la salat, c’est nous qui parlons. Le Coran est omniprésent, mais il y a aussi nos paroles, celles qui nous ont été enseignées par le Prophète, mais qui sont notre part de la conversation.

Lorsqu’on dit :

سسُبْـحانَ رَبِّـيَ الْعَظـيم    |    Subhâna rabbiya-l-‘azîm
سَمِعَ اللَّهُ لِمَنْ حَمِدَهُ    |    Sami’a l-lâhou liman hamidah
ٱللَّٰهُ أَكْبَرُ   |    Allahu Akbar
سُبْحَانَ رَبَّيَ الأَعْلَى   |    Soubhâna rabbiya-l-a’lâ

 

Lorsqu’on fait le tachahoud intermédiaire et final, puis lorsqu’on fait le salam final, en répétant deux fois :

السٌَلامُ عَلَيْكُمْ وَ رَحْمَةُ الله    |   As Salam ‘aleykoum wa rahmatuLlah

Tout ça, ce sont des parties de notre parole. C’est notre conversation, n’est-ce pas ?

 

Les gestes

 

Pourquoi la salat est-elle une belle part de notre conversation avec Allah ﷻ ? Pourquoi, si l’on ne la savoure pas, on perd une partie de nos interactions avec Allah ﷻ ?

Parce que la salat est un moment privilégié, c’est un échange dynamique avec Allahﷻ. Il y a le mouvement du corps, de la tête, de tous les membres du corps. Il y a aussi la parole qui va avec : on s’entend parler. On a alors l’impression que tous nos sens sont en action pour Allahﷻ. Au moment où l’on s’adresse à Lui, on bouge complètement, on est vraiment entièrement en dynamique dans la conversation avec Allahﷻ.

Analysons ensemble les gestes qu’on trouve dans la prière :

 

On s’incline

Le roukou‘, face à Allah ﷻ, comme pour mimer à la fois l’inclinaison en guise d’adoration et de respect. Mais il y a aussi une notion plus profonde. Le fait que dans la vie, il y aura des moments où tu vas t’incliner face à la dureté des coups. C’est comme si Allah ﷻ te rappelait, en te disant « Subhâna rabbiya-l-‘Azîm », que tu as un Rabb qui est al Azîm, relève-toi !

 

On se relève

On dit alors :

Sami’a l-lâhou liman hamidah

(Allah entend celui qui Le loue).

Tu étais incliné, tu as eu des difficultés, tu M’as invoqué, Je t’ai aidé à te relever. Lorsque tu te relèves, alors n’oublie pas de Me louer.

Que se passe-t-il lorsque tu loues Allah ﷻ ? Il nous dit : « Si vous me remerciez, je vous rajouterai, je vous augmenterai ».

Mais Il ne précise pas ce qu’Il va nous accroître, comme pour nous dire qu’Il nous augmentera dans tout ce dont on a besoin à l’instant T.

Parfois, on peut avoir besoin d’une chose ou d’une autre, en fonction de qui on est. Allah ﷻ ne précise pas. Il va lever tous les niveaux dans ta vie qui sont nécessaires d’être augmentés à ce moment-là. Tout ce dont tu auras besoin, au moment où tu en auras besoin.

La seule condition à ça c’est le remercier, être reconnaissant envers Allah.

 

On se prosterne

Parfois, les coups vont être tellement durs, qu’on va descendre beaucoup plus bas que cette inclinaison : le soujoud. La prosternation mime ces moments de la vie où l’on est au plus mal, au plus bas. C’est difficile, c’est le cœur de l’épreuve. C’est le pic où clairement, on arrive à la limite. Et à ce moment-là, Allah ﷻ fait pleuvoir Son secours. Il arrive qu’il nous pousse jusqu’à nos derniers retranchements. Lorsque vient son secours, on grandit et on est encore plus forts qu’avant.

 

On se relève

D’abord en t’asseyant, puis progressivement, ensuite complètement. Le Salam, à droite puis à gauche, comme pour te reconnecter avec ce qui était autour de toi pendant que tu étais en intimité profonde avec Allah ﷻ.

 

Comment être proche d’Allah ?

 

Méditons plus longuement sur la signification de la prosternation dans la prière.

Ce soujoud, où tu prononces « Soubhâna rabbiya-l-a’lâ », Celui qui est le plus haut, quand toi tu es au plus bas !

Lorsque j’étais petite, mon papa me disait  :

« Zaynab, quel est le trajet le plus court entre deux points ? »

En mathématiques, on apprend que c’est la ligne droite, n’est-ce pas ? Mon père me disait alors :

«Sache qu’avec Allah, le trajet le plus court entre Lui et toi, c’est la prosternation. Tu ne seras jamais aussi proche d’Allah que pendant le soujoud

C’est impressionnant comment le sens propre et le sens figuré dans la salat se rejoignent complètement.

Quand tu es en position de prosternation, c’est là où tu es le plus proche d’Allah ﷻ. Pourtant, c’est là que tu es « au plus bas ». Si tu devais te prosterner devant un être humain (chose qui est interdite), ça serait synonyme de bassesse, d’avilissement, de rabaissement. Ça serait clairement une position d’infériorité face à quelqu’un de supérieur.

Devant Allah ﷻ, il n’y a pas ces notions de fort/rabaissé ou supérieur/inférieur. Allah ﷻ t’enseigne à travers cette prosternation que cette position-là, c’est la position la plus élevée devant Lui. On est au plus bas, et pourtant Allah ﷻ nous dit qu’on est le plus proche.

Tout comme la notion de ‘abd (serviteur, esclave) : d’un être humain à un autre être humain, c’est la position la plus basse qu’on puisse obtenir. Mais entre toi et Allah ﷻ, ton statut de ‘abd c’est le rang le plus élevé que tu puisses obtenir.

Apprends à travers cette notion de prosternation, que lorsque tu as des épreuves, des difficultés, que tu te sens au plus bas, qu’au pic de l’épreuve, c’est le moment où Allah ﷻ est le plus proche de toi. C’est une notion très importante à retenir dans notre vie. Nous ne devons pas être de ceux qui se demandent :

“Où était Allah quand ça m’est arrivé ? Pourquoi Il m’a abandonnée, pourquoi il m’a laissée ?”

Lorsqu’un enseignant te donne un examen, il est silencieux pendant celui-ci, pourtant il ne te veut pas du mal. Il n’est jamais aussi proche de toi que pendant tes difficultés. Le soujoud doit te rappeler cela.

 

Apprécier véritablement la prière pour s’adresser à Lui de la meilleure des manières

Lorsqu’on veut vraiment savourer la prière, avoir l’impression d’avoir eu son temps de parole avec Allah ﷻ, on doit savoir que les invocations faites pendant la prosternation et l’inclinaison sont des invocations exaucées. D’ailleurs, il est déconseillé, même interdit il me semble, de réciter des versets de Coran pendant ces moments-là. À part ça, tu peux dire tout ce que tu veux.

 

Prendre son temps

 

Prenons notre temps, prolongeons l’inclinaison, la prosternation. Prenons le temps de dire à notre rythme « Soubhâna rabbiya-l-a’lâ » trois fois. Après, demandons-Lui des choses, expliquons-Lui. C’est le moment de Lui demander de te faciliter, de t’accorder ce que tu veux, de demander la guérison pour les malades, etc. Pourquoi se dépêcher ?

C’est comme si l’on venait à un entretien, qu’on te promettait que tout ce que tu vas demander va t’être accordé. Toi tu arrives, tu bafouilles quelques mots et tu t’en vas. Tu n’as rien récupéré de cette opportunité… Quel dommage, non ?

C’est pareil avec Allah ﷻ, pendant la salat, où chaque moment doit être une célébration. D’ailleurs, dans le Coran, Allah ﷻ parle de la prière en utilisant ce mot. C’est une notion magnifique !

Lorsqu’on parle de la prière comme du premier canal de communication avec Allah ﷻ, comme le meilleur moyen pour nous de parler avec Lui, tu comprends maintenant tout ce que ça englobe :

  • ta part de conversation tirée du Coran;
  • cette gestuelle que tu as dans la prière;
  • toutes les formules que tu prononces.

Tu glorifies Allah ﷻ, tu le remercies, tu fais ces gestes et en plus tu peux faire tes ‘placements’ auprès d’Allah. Je fais alors des demandes, des doléances, je Le remercie, je demande pardon aussi. Pour tout ce que j’ai à dire, c’est LE moment. Il se trouve aussi que ces rendez-vous avec Allah ﷻ, où je sais que je vais Lui parler, c’est 5 fois par jour minimum. N’est-ce pas rassurant ?

 

Comment parler à Allah dans nos 5 rendez-vous quotidiens

 

Imagine, dans une entreprise, tu as un boss qui te donne 5 réunions, uniquement entre toi et lui, durant lesquelles tu peux dire tout ce dont tu as besoin d’exprimer. Tu lui parles de tes inquiétudes, de tes doléances, tu proposes des suggestions, etc. Si tu as oublié de dire des choses à la première séance, tu sais que tu auras la suivante, et ainsi de suite. Tu es alors rassurée. À la première séance, tu auras des choses à dire, à la dernière, ce sera surement le moment de faire le bilan. Et entre les séances, tu n’es pas inquiétée.

Les prières bercent les moments intermédiaires, d’où l’importance d’organiser ses journées autour de la prière, et non l’inverse. En effet, lorsque la prière est bien menée et savourée, les temps entre les prières le sont tout autant.

Tu auras appris au fur et à mesure du temps, avec l’écoute et la lecture du Coran, à écouter Allah ﷻ. Au fil du temps, tu auras aussi appris à t’exprimer et à parler avec Allah ﷻ. Celui qui sait écouter Allah ﷻ, ne saura-t-il pas écouter les autres de la meilleure des façons ? Celui qui sait comment parler avec Allah ﷻ ne va-t-Il pas être le meilleur interlocuteur avec les gens ? Voilà les miracles de la prière.

 

Savourer la prière

 

Sachant tout cela, est-ce que la question ‘comment se concentrer dans la prière’, a encore du sens pour toi maintenant ?

Lorsqu’on savoure la prière telle qu’elle doit être, on ne se pose pas la question de perdre sa concentration ou non. On est 100 % concentrée.

Lors d’un entretien d’embauche, te poses-tu la question de savoir comment te concentrer ? En réalité, tu es concentrée depuis des semaines avant l’entretien. Tu y penses sans cesse, tu cherches même comment arrêter de stresser. La question de la concentration ne se pose pas : tu es concentrée du début à la fin, et même jusqu’à avoir le verdict.

Avec la prière, c’est pareil… en mieux ! Car c’est un entretien avec Allah où tu es sûre que ça va bien se passer, tu es sûre d’avoir ce que tu veux. Voilà les délices de la prière.

 

Un exemple de conversation dans le Coran

 

J’aimerais te donner l’exemple d’une belle conversation. Comment converser avec Allah ﷻ, comment Lui parler. Forcément, j’ai trouvé l’exemple dans notre Coran. C’est une conversation entre Allah ﷻ et Moussa (‘alayhi salam). J’ai choisi cette conversation car Moussa est le seul prophète dont on sait qu’il a entendu Allah ﷻ directement, qu’il a parlé directement avec Lui. C’est dans la ayah où Allah ﷻ lui dit :

« Et qu’est-ce qu’il y a dans ta main droite, ô Moïse ? »

Il dit : « Ceci est mon bâton. Je m’appuie dessus, regroupe mes moutons avec et je l’utilise à d’autres fins.»

Sourate Ta Ha — versets 17 et 18

 

Les étapes de l’échange

 

Moussa (‘alayhi salam) répond à cette question après qu’Allah ﷻ ai dit qui Il était, qu’il aura une mission et qu’il est dans un lieu sacré. Dans la première partie de la sourate, Allah ﷻ lui parle d’un ton très grave. Il lui parle de sa mission de manière très solennelle puis termine sur un ton beaucoup plus détendu.

J’aime beaucoup ce changement de ton entre le début et la fin. Moussa (‘alayhi salam) aurait pu être tétanisé au début : il arrive sur une montagne sur laquelle il voit du feu, il pensait pouvoir réchauffer sa famille avec ce feu. Une voix lui parle, il apprend alors qu’Allah existe, qu’Il est son Rabb, qu’il a une mission, qu’il va devoir retourner voir Pharaon, retourner sur ses pas alors qu’il s’est enfui, qu’il va devoir libérer son peuple. Ça fait beaucoup d’informations ! Et Allah ﷻ lui parle finalement de choses plus terre-à-terre : ce qu’il tient dans sa main.

Moussa passe par différentes émotions, puis Lui répond simplement. Après avoir attentivement écouté Allah ﷻ, il est à l’aise. Il ne se contente pas de répondre à la question, il explique et entre dans les détails de la fonction de son bâton. Il agit comme quelqu’un qui n’a pas envie que la conversation s’arrête : il formule une réponse ouverte.

 

La nature réservée de Moussa

 

Allahﷻ lui a seulement demandé ce qu’il avait dans la main. Moussa aurait pû répondre « c’est mon bâton». Mais il s’est étalé, alors qu’on sait de lui que c’était un prophète assez timide et réservé.

Allah ﷻ n’a pas monopolisé la parole, Il a inclus son interlocuteur dans Son discours. Il a terminé Sa parole en témoignant à Moussa un intérêt sincère, même si bien évidemment Il connaissait la réponse. C’est un art qu’Allah ﷻ nous enseigne : le fait de témoigner un intérêt sincère à son interlocuteur en l’invitant à la parole, avec un ton plus détendu. De même lorsque nous interpellons une personne, le ton sera généralement plus sérieux au début, et plus détendu à la fin de la conversation.

Moussa, qui pourtant n’aimait pas parler en public, était peu bavard et quelque peu réservé. Il était également sujet au bégaiement du fait d’une brûlure sur la langue qu’il avait eu en étant bébé. Ce n’est pas quelqu’un qui parlait pour ne rien dire. Ajoutez à ça le fait qu’Allah ﷻ lui a dit quelque chose de solennel, il aurait pu prendre peur. Et lorsqu’on a peur, qu’on est tétanisé, on parle peu ! Pourtant Moussa s’étale ! Lui, spécialement, qui répond à Allah ﷻ en détaillant les fonctions de son bâton et laissant la réponse ouverte à la discussion.

 

Les enseignements des conversations du Coran

 

Ce que tu viens de lire de la conversation entre Allah ﷻ et Moussa, c’est la démonstration que le fait d’écouter Allah ﷻ a aidé Moussa à parler en toute confiance et en toute liberté.

Et des conversations relatées dans le Coran, il y en a beaucoup d’autres. Prends le temps de parcourir les conversations entre Allah ﷻ et un prophète, ou des prophètes entre eux. Analyse aussi les conversations qu’il peut y avoir entre des peuples mécréants et des peuples croyants ou même entre Satan et Allah ﷻ. C’est très intéressant d’analyser tout ça.

 

Comment parler à Allah : la mission à réaliser

 

Dans cet article, on a pu savourer la conversation avec Allah ﷻ en tant qu’orateur :

  • Quand parler à Allah ﷻ ?
  • Comment parler  à Allah ﷻ ?
  • De quelle façon je peux m’exprimer.
  • La certitude que lorsque je parle, je serai entendue.
  • La certitude qu’Il me répondra.

Je te quitte avec une petite mission. Aujourd’hui, tu vas choisir un moment pour parler avec Allah ﷻ ! Oui ! Un moment où tu sais que tu seras au calme, téléphone éteint.

  1. Tu vas commencer par Le saluer, Le remercier de t’écouter, de t’avoir créée, de t’avoir donné de quoi vivre jusqu’à aujourd’hui.
  2. Vide ton cœur, ne réfléchis pas sur le contenu, la langue employée, l’émotion à avoir à ce moment-là. Dépose juste ton cœur devant Lui. Tout ce qui passe par ton cœur à l’instant présent : livre-Lui.
  3. Rappelle-toi que tu ne possèdes que ton présent, alors savoure-le et tu verras ce qui en découleras.

Je parie que des larmes vont couler, que ton cœur va s’apaiser, que tes émotions vont prendre le dessus. Je suis sûre que tu en as gros sur le cœur, même si toi et moi on ne se l’avoue pas. Tu verras que c’est un exercice addictif. Prends le temps de discuter avec Allah ﷻ, sans filtres. Qu’Il soit le premier à qui tu te confies, quelque soit la chose ! Même s’il te manque du sel dans ta cuisine ! C’est à Lui que tu dois t’adresser avant même le reste de ton foyer.
J’espère que tu prendras le temps de faire cet exercice et que tu le feras encore longtemps, encore et encore…

Merci d’avoir pris ce temps de lecture. Si tu penses qu’il peut être utile à d’autres personnes, sens toi libre de partager cet article, et même de laisser un commentaire. Tu peux retrouver aussi davantage de réflexions autour du Coran sur Instagram.

Je confie à Allah le soin de préserver ta foi, ton honneur et ton cœur. Je te laisse désormais passer un bon moment avec ton Coran en attendant le prochain article.

 

Salam aleykoum wa rahmatullah.

Découvre nos formations

Formations, séminaires, accompagnement ou encore masterclass… chez Coran de mon Cœur, nous vous accompagnons vers une relation de qualité avec votre Créateur à travers Sa Parole.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.

Ce site utilise des cookies afin de vous offrir une expérience utilisateur optimale. En y naviguant, vous y consentez. Pour en savoir plus, visitez notre politique de confidentialité.