Ce que le Prophète ﷺ disait des autres prophètes

Temps de lecture estimé : 19 min

Nous vivons dans un monde de comparaison et de compétition, et cela, je pense, n’étonne personne. Pourtant, lorsque l’on observe le Prophète ﷺ, on découvre qu’il nous a transmis une leçon d’une grande beauté : celle de savoir reconnaître la grandeur des autres. Reconnaître la valeur d’autrui n’enlève rien à la nôtre.

Sommaire

Le Prophète ﷺ savait qu’il était le meilleur des hommes, le sceau des prophètes. Et pourtant, il n’a jamais cessé d’élever ses frères prophètes, de citer leurs qualités et de mettre en lumière leur mérite. Ils étaient unis dans une même mission : celle du tawhid.

Le Prophète ﷺ a dit : 

« Les prophètes sont des frères de père. Leurs mères sont différentes, mais leur religion est une. »

Cette parole montre leur unité à travers la foi en l’unicité d’ALLAH ﷻ et leur fraternité dans l’admiration mutuelle qu’ils se portaient.

L’admiration du Prophète ﷺ pour Ibrahim عليه السلام


Le Prophète ﷺ a dit :

 « Je suis le plus digne d’Ibrahim parmi les hommes. » 

Il appelait Ibrahim عليه السلام — qui n’était autre que son arrière-arrière-grand-père — Khalilullah, ce qui signifie « l’ami intime d’ALLAH ﷻ ». Ce surnom, c’est le Prophète ﷺ lui-même qui le lui a donné. C’est profondément touchant de voir cette reconnaissance adressée à un prophète qui l’a précédé dans la mission divine.

Ibrahim et la Ka’ba céleste

Lors de son ascension, al-Isrâ wa al-Mi‘râj, le Prophète ﷺ a vu Ibrahim عليه السلام adossé à la Ka‘ba céleste. 

Nous savons qu’il existe ici-bas une Ka‘ba, mais il en existe aussi une dans les cieux, située exactement au-dessus de celle de la Terre. Les anges y tournent constamment autour, effectuant un tawaf ininterrompu : un groupe termine, un autre prend la relève, et ainsi de suite, sans jamais d’arrêt.

Quand on fait le tawaf — ces tours autour de la Ka‘ba — il faut se rappeler que nous ne sommes jamais seuls. C’est un moment accompagné, réellement entouré par les anges. 

Le Prophète ﷺ a vu Ibrahim عليه السلام adossé à la Ka‘ba céleste, entouré d’enfants.

Le Prophète ﷺ, dans son humilité, a reconnu en Ibrahim عليه السلام le modèle du monothéisme pur, celui dont il suivait les traces. Ibrahim عليه السلام était à la fois son frère en prophétie et son ancêtre dans la lignée.

L’admiration du Prophète ﷺ pour Moussa عليه السلام

Lorsqu’on pense au Prophète Moussa عليه السلام, on perçoit également toute l’admiration que le Prophète ﷺ lui portait.

Pendant al-Isrâ wa al-Mi‘râj, il a dit :

« J’ai vu Moussa debout, en train de prier dans sa tombe. » 

Il l’a rencontré à plusieurs moments : dans sa tombe, mais aussi lors de l’ascension céleste, où il fut l’un des prophètes qu’il rencontra dans les sept cieux.

La prescription de la prière

Parmi les scènes les plus admirables de cette rencontre, il y a celle de la prescription de la prière. Lorsque le Prophète ﷺ est monté recevoir le commandement d’ALLAH ﷻ, la prière fut d’abord prescrite cinquante fois par jour. En redescendant, il croisa Moussa عليه السلام, qui lui demanda : 

« Qu’a prescrit ton Seigneur ? »

 Le Prophète ﷺ répondit : 

« Cinquante prières par jour. »

Moussa عليه السلام, fort de son expérience avec son propre peuple, lui dit alors : 

« Retourne voir ton Seigneur et demande-lui d’alléger ce fardeau, car ton peuple ne pourra pas supporter cela. »

Le Prophète ﷺ remonta, et ALLAH ﷻ diminua le nombre de prières de cinq. Puis il redescendit, raconta à Moussa عليه السلام, qui lui conseilla de remonter encore. Cela se répéta plusieurs fois : quarante-cinq, quarante, trente, dix… jusqu’à ce qu’il n’en reste plus que cinq.

Alors Moussa عليه السلام lui dit encore :

« Retourne et demande une nouvelle diminution. » 

Mais cette fois, le Prophète ﷺ refusa, par pudeur et par reconnaissance envers ALLAH ﷻ. C’est alors qu’ALLAH ﷻ décréta que quiconque accomplirait ses cinq prières quotidiennes recevrait la récompense de cinquante prières.

Un cadeau immense, fruit de la miséricorde divine et de l’intercession de Moussa عليه السلام, mais aussi de la pudeur et de la gratitude du Prophète ﷺ.

La valeur des prières et la générosité d’ALLAH ﷻ

On ne réalise pas toujours l’ampleur de ce qu’ALLAH ﷻ nous a accordé à travers la prière, notamment quand on va au hajj ou à la ‘omra.

Lorsque nous prions à la Mecque, dans al-Masjid al-Harâm, une seule prière équivaut à plus de 100 000 prières accomplies ailleurs. Et chacune de ces prières, en réalité, vaut 50 prières puisque c’est ainsi qu’ALLAH ﷻ l’a décrété lors de la prescription. 

Autrement dit, prier une seule fois à la Ka‘ba revient à accomplir plus de cinq millions de prières. Et encore, cela représente le minimum, car le Prophète ﷺ a dit qu’une seule prière y vaut mieux que cent mille prières, sans en donner la limite.

À Médine, dans la mosquée du Prophète ﷺ, une prière vaut mieux que mille prières accomplies ailleurs. Si on multiplie par cinquante, comme l’a décidé ALLAH ﷻ, cela fait déjà cinquante mille prières pour une seule prière faite dans cette mosquée bénie. 

Et pour al-Masjid al-Aqsa, la récompense est multipliée par cinq cents, ce qui reste un immense bienfait.

Une pédagogie par la récompense

Tout cela montre à quel point ALLAH ﷻ a tout mis en œuvre pour que l’être humain aime la prière. Il sait que nous aimons le gain, que nous aimons être récompensés. Rien que cet aspect de la prière — sa valeur et sa récompense — devrait suffire à nous motiver à la faire avec soin, à l’heure, et avec amour.

Et pourtant, ce n’est pas seulement une question de récompense. La prière, c’est le lien direct avec ALLAH ﷻ, le moment où l’on Lui dépose tout, où l’on se ressource, où l’on trouve la paix. Mais même en ne considérant que la récompense, c’est déjà un trésor infini.

Le Prophète ﷺ est revenu de cette rencontre céleste avec cinq prières seulement, et par pudeur, il n’a pas voulu retourner une fois de plus vers ALLAH ﷻ pour demander une réduction supplémentaire. Moussa عليه السلام le lui avait pourtant conseillé, connaissant la nature humaine et sa faiblesse. Mais le Prophète ﷺ a choisi la gratitude et la pudeur. Et ALLAH ﷻ, dans Sa miséricorde, a confirmé la récompense de cinquante prières pour seulement cinq accomplies.

L’humilité du Prophète ﷺ face à Moussa عليه السلام

Dans le respect profond qu’il avait pour les prophètes qui l’ont précédé — donc tous, puisqu’il est le dernier — le Prophète ﷺ n’a jamais rabaissé Moussa عليه السلام pour avoir insisté, ni remis en question sa demande d’intercéder auprès d’ALLAH ﷻ. Il n’a jamais contredit ses propos, ni même exprimé de gêne face à sa remarque.

Et pourtant, il aurait pu, d’un point de vue rationnel, s’interroger :

► Comment pouvait-il retourner vers ALLAH ﷻ pour demander une réduction, alors qu’il venait tout juste de recevoir une prescription divine ? 
► Comment discuter un ordre d’ALLAH ﷻ ?

Mais le Prophète ﷺ n’a pas raisonné ainsi. Il a compris la sagesse derrière la parole de Moussa عليه السلام.

La sagesse de l’expérience de Moussa عليه السلام

Moussa عليه السلام n’a pas parlé par contradiction, mais par expérience. 

Il connaissait l’être humain mieux que quiconque à ce moment-là. Il avait passé une vie entière à guider Banu Israïl — un peuple difficile, souvent ingrat, têtu, et prompt à se plaindre. Moussa avait observé leurs faiblesses, leurs hésitations, leurs manquements et il savait à quel point il est compliqué, pour l’homme, de maintenir la constance dans l’adoration.

Son avertissement n’était donc pas une contestation de la volonté d’ALLAH ﷻ, mais un conseil empreint de lucidité et de bienveillance. Il savait que cinquante prières quotidiennes seraient au-delà des capacités humaines. 

Et des siècles plus tard, les faits lui donnent raison !

Un échange d’une grande noblesse

Ce dialogue entre deux prophètes est d’une beauté extraordinaire. 

Moussa عليه السلام parle avec l’autorité de l’expérience ; le Prophète ﷺ écoute avec humilité. Pas une once d’orgueil, pas de réaction d’ego. Il ne dit pas :

« Je suis le sceau des prophètes, je sais mieux que toi »,

C’est un ordre divin, je ne peux pas le remettre en question ».

Non, il écoute, comprend, et retourne vers ALLAH ﷻ à plusieurs reprises, avec douceur et respect.

Ce comportement est une leçon d’humilité pour tous.

► Combien, aujourd’hui, refuseraient un conseil sous prétexte de hiérarchie ou de statut ?
► Combien auraient réagi avec susceptibilité ? 

Une scène d’humilité

Dans cette scène, le Prophète ﷺ reconnaît pleinement la sagesse de Moussa عليه السلام. Il reconnaît aussi la profondeur de sa connaissance de l’être humain. Moussa عليه السلام a vécu parmi un peuple difficile, il a observé les faiblesses humaines dans toutes leurs nuances.

Il sait ce que l’être humain est capable de faire — et de ne pas faire.

Ce que je trouve magnifique ici, c’est l’humilité du Prophète ﷺ. On a presque l’impression d’un petit frère qui écoute son grand frère qui lui dirait :

« Va voir les parents et demande-leur. » 

Ainsi, le petit frère s’exécute, et à chaque fois qu’il revient, le grand frère lui demande d’y retourner, puis de demander encore. A la fin, le petit frère indique sa honte de retourner une énième fois demander aux parents.

La bienveillance de Moussa عليه السلام envers la communauté

Le Prophète ﷺ aurait pu rappeler son rang : il est le sceau des prophètes, celui sur qui la Révélation finale a été descendue, le modèle suprême pour toute l’humanité.

Il aurait pu dire à Moussa عليه السلام : 

« Je viens avec un commandement divin, comment pourrais-je demander à ALLAH de le modifier ? » 

Mais il n’a rien dit de tout cela. Il a écouté, compris et accepté le conseil.

C’est une leçon immense : la grandeur spirituelle n’exclut jamais l’humilité. Bien au contraire, elle la manifeste.

Moussa عليه السلام n’était pas obligé d’intervenir. Il aurait pu se taire, observer et se dire :

 « Ils ne tiendront pas, mais tant pis pour eux. » 

Pourtant, il a choisi de parler, de conseiller, de plaider pour nous. Ce geste témoigne de son immense miséricorde et de son amour pour cette communauté, avant même qu’elle n’existe.

Il voulait que les musulmans puissent accomplir des actes d’adoration accessibles, qu’ils puissent adorer ALLAH ﷻ sans se décourager, sans se briser sous le poids de la difficulté.

La grandeur d’ALLAH ﷻ

Dans toute cette scène, c’est ALLAH ﷻ qui est le plus Grand, le plus Majestueux, le plus Magnifique.

Il est al-Malik, le Roi des rois, celui qui sait tout, voit tout, entend tout — et pourtant, Il laisse cette scène se dérouler. 

ALLAH ﷻ laisse Moussa عليه السلام parler, conseiller, exprimer sa compassion.

 Il laisse le Prophète ﷺ revenir vers Lui, poser la question, demander encore une fois une diminution, et Il répond, avec une douceur infinie.

ALLAH ﷻ savait depuis le début comment tout allait se passer. Il savait que Son Prophète ﷺ allait revenir, Il savait ce que Moussa عليه السلام allait dire, et Il savait que la prière serait finalement allégée à cinq. 

Mais Il a laissé la scène se dérouler, pour manifester Sa Rahma — Sa miséricorde — et Sa patience.

À chaque retour du Prophète ﷺ, ALLAH ﷻ écoute, accepte, diminue. Et chaque diminution est une preuve d’amour envers cette communauté. 

Aucun roi, aucun parent, aucun être humain n’aurait cette patience pour écouter tant d’allers-retours. 

Mais ALLAH ﷻ, as-Sabûr, le Très Patient, accueille chaque demande avec bienveillance, sans jamais se lasser.

Un moment céleste d’une beauté absolue

On peut imaginer ce moment : le Prophète ﷺ, humble, revient auprès de son Seigneur, demande avec douceur ; ALLAH ﷻ répond avec bonté ; Moussa عليه السلام, de son côté, observe, conseille, prie pour nous.

C’est une scène d’amour, de sagesse et de miséricorde, une conversation qui a façonné l’un des piliers de notre foi : la salat.

Et quand enfin ALLAH ﷻ décrète : 

« Cinq prières, mais la récompense de cinquante »,

Tout devient clair. C’est la manifestation parfaite de Sa générosité.

Cette scène devrait suffire à faire aimer la prière à n’importe quel cœur. Elle montre combien ALLAH ﷻ veut pour nous la facilité, combien Il nous aime, combien Il nous honore. Et elle montre aussi la beauté du lien entre les prophètes : 

  • Moussa عليه السلام qui intercède pour nous, 
  • le Prophète ﷺ qui plaide avec pudeur, 

et ALLAH ﷻ qui accorde, encore et encore.

La grandeur du Prophète ﷺ dans son humilité

Il est : 

  • le dernier des prophètes, 
  • le meilleur des hommes, 
  • le sceau de la prophétie, 
  • celui qui aura le plus grand nombre de fidèles derrière lui le Jour de la Résurrection,
  • celui dont l’intercession sera acceptée par ALLAH ﷻ,
  • celui qui guidera les croyants vers le Paradis,
  • celui sera le premier à qui les portes du Paradis s’ouvriront.

Lorsque l’ange lui demandera : 

« Qui es-tu ? », 

il répondra : 

« Je suis Muhammad ﷺ. »

Et l’ange dira : 

« J’ai reçu l’ordre de n’ouvrir à personne avant toi. »

C’est cet homme-là, honoré, aimé, choisi par ALLAH ﷻ, qui s’est montré humble devant la sagesse de Moussa عليه السلام. Il aurait pu s’appuyer sur son rang, rappeler son statut, mais il a préféré : 

  • écouter, 
  • réfléchir,
  • reconnaître la valeur du conseil. 

Ce n’est pas une baisse de grandeur, c’est une élévation spirituelle.

Et si Moussa عليه السلام n’avait pas parlé, si le Prophète ﷺ n’avait pas accepté ce dialogue, peut-être aurions-nous encore aujourd’hui cinquante prières à accomplir chaque jour. Le Prophète ﷺ, capable de tout supporter, aurait jugé cela faisable — mais ALLAH ﷻ, par Sa Rahma, a voulu la facilité pour nous.

Youssouf عليه السلام : le prophète de la beauté … mais pas seulement !

Parmi les prophètes qu’il a particulièrement honorés, il y a Youssouf عليه السلام. Le Prophète ﷺ a dit de lui qu’il avait reçu la moitié de la beauté de l’univers. Tout ce que la création contient de beau, et bien la moitié de cette beauté s’est concentrée dans une seule personne : Youssouf عليه السلام.

Mais la beauté de Youssouf عليه السلام ne résidait pas seulement dans son apparence : elle se trouvait aussi dans sa noblesse de caractère, dans sa pudeur et dans sa droiture. 

Lorsqu’il fut emprisonné injustement, il resta des années dans la patience. Et quand enfin le roi d’Égypte envoya un messager pour lui annoncer sa libération, il refusa de sortir tant que son innocence ne serait pas publiquement reconnue.

Plutôt que de courir vers la liberté, il choisit la justice. En effet, il a dit :

« Retourne vers ton seigneur et demande-lui : qu’en est-il des femmes qui se sont tailladé les mains ? »

(Sourate Yūsuf, verset 50)

Une leçon d’intégrité

Ce refus, c’est un signe de force intérieure. Il ne voulait pas sortir sur un malentendu, ni retrouver la liberté en laissant planer le doute. Il voulait que la vérité soit rétablie, que sa réputation soit lavée, et que son honneur soit rendu avant même de quitter la prison.

Et le Prophète ﷺ a admiré cela. Il a vu en Youssouf عليه السلام le modèle de la patience, de la maîtrise de soi et de la dignité. C’est cette beauté-là — la beauté du cœur, de la droiture et du tawakkul — qu’il a mise en avant.

La sagesse et la dignité de Youssouf عليه السلام

Il faut se représenter la scène. Cela faisait des années que l’affaire avait eu lieu. Le roi d’Égypte, à cette époque, n’avait même pas conscience de ce scandale : c’était une rumeur, une histoire enfouie dans les murmures de la ville. Lorsque le messager vient dire à Youssouf عليه السلام que le roi souhaite le voir, il refuse de sortir. Il ne veut pas de liberté sans justice.

Le roi apprend alors qu’un homme, emprisonné à tort, refuse sa grâce tant que la vérité n’est pas rétablie. Il convoque les femmes concernées. L’une après l’autre, elles admettent leur faute. Et la femme de l’Azîz — celle qui avait tenté de séduire Youssouf عليه السلام — finit par reconnaître publiquement :

« Maintenant la vérité s’est manifestée, c’est moi qui ai cherché à le séduire, et il est du nombre des véridiques. »

(Sourate Yūsuf, verset 51)

À ce moment-là, Youssouf عليه السلام accepte enfin de sortir.

Il faut une force d’esprit exceptionnelle pour agir ainsi. Rester en prison alors que le roi t’appelle, c’est refuser une faveur royale pour une cause plus grande : la vérité. 

Youssouf عليه السلام savait que sortir sans rétablir les faits, c’était laisser la rumeur continuer à le salir. Il a préféré attendre que la justice éclate au grand jour, que son honneur soit lavé devant toute la cour du roi, afin que plus personne ne puisse douter.

Et c’est ce qui s’est produit. Le roi, convaincu de son innocence, reconnaît publiquement la pureté de Youssouf عليه السلام. Les femmes sont confondues, la vérité triomphe. 

Une intelligence inspirée par ALLAH ﷻ

Cette réaction n’était pas simplement une décision humaine : c’était une inspiration divine. ALLAH ﷻ lui a donné cette sagesse, cette patience et cette lucidité.

Et quand on regarde bien, Youssouf عليه السلام ne cherchait pas la vengeance, ni la gloire : il cherchait la vérité. Il voulait que la justice d’ALLAH ﷻ soit reconnue. Et c’est cette droiture-là que le Prophète ﷺ admirait profondément chez lui.

Le commentaire du Prophète ﷺ sur Youssouf عليه السلام

Le Prophète ﷺ a commenté ce passage du Coran avec des mots d’une tendresse et d’une humilité rares. Il a dit à ses compagnons :

« Qu’ALLAH fasse miséricorde à Youssouf.
S’il m’avait été demandé de sortir,
je serais certainement sorti en toute hâte. »


(Rapporté par al-Bukhārī et Muslim)

Ces quelques mots sont d’une profondeur immense. Le Prophète ﷺ, le meilleur des hommes, le sceau de la prophétie, celui à qui ALLAH ﷻ a confié le dernier message, reconnaît ici la grandeur de Youssoufعليه السلام.

Une leçon d’humilité et d’admiration

Ce qu’il exprime, ce n’est pas un aveu de faiblesse, mais une mise en valeur. Il fait ressortir la noblesse du comportement de Youssouf عليه السلام, sa patience, sa maîtrise de soi et sa dignité.

En disant : « moi, je serais sorti », le Prophète ﷺ se met symboliquement au niveau du commun des hommes. Il parle comme l’un d’entre nous, comme pour dire : 

« C’est ce qu’aurait fait la plupart des gens. »

Ainsi, le Prophète ﷺ s’efface pour mieux élever son frère prophète. Il montre ainsi que reconnaître la valeur d’autrui ne diminue jamais la nôtre — au contraire, cela nous grandit.

Youssouf عليه السلام a eu la lucidité et le courage de différer sa liberté pour restaurer la vérité. Peu d’hommes auraient eu cette clairvoyance. Refuser un ordre royal, risquer la colère du souverain, exiger une enquête avant de sortir : tout cela demandait une foi absolue, un tawakkul total en ALLAH ﷻ.

Le roi lui-même, intrigué par tant de droiture, a ordonné une audience. Les femmes ont confessé leurs fautes, la vérité a éclaté, et Youssouf عليه السلام est sorti par la grande porte — libre, honoré, réhabilité.

La beauté du regard du Prophète ﷺ

Ce que cette parole du Prophète ﷺ révèle, c’est la beauté du regard qu’il portait sur les autres prophètes. Jamais il ne s’est glorifié à leurs dépens.

Et c’est en cela que réside sa perfection : il savait reconnaître la lumière chez ses frères, sans jamais chercher à la faire pâlir devant la sienne.

Ce passage montre une dimension extraordinaire du Prophète ﷺ. Il connaissait son rang, sa mission, sa valeur. Il n’avait pas besoin de se comparer ni de s’imposer pour exister. Et c’est justement cette assurance intérieure qui lui permettait d’élever les autres.

Un vrai leader n’a pas peur de la lumière des autres. Il ne se sent pas menacé par leurs qualités. Au contraire, il les met en avant, il les célèbre, il leur donne la place qu’ils méritent. C’est exactement ce que faisait le Prophète ﷺ : il savait reconnaître la grandeur de ceux qui l’avaient précédé.

L’amour du Prophète ﷺ pour ‘Issa عليه السلام

Parmi ces prophètes, ‘Issa عليه السلام — Jésus dans la tradition chrétienne — occupe une place particulière.

En effet, le Prophète ﷺ a dit :

« Je suis le plus proche des gens de ‘Issa, fils de Maryam, dans ce monde et dans l’au-delà.
Les prophètes sont des frères de père.
Et il n’y a pas eu de prophète entre lui et moi. »


(Rapporté par al-Bukhārī et Muslim)

Ce hadith est d’une grande douceur. Il révèle un lien spirituel très fort entre les deux.

‘Issa عليه السلام a été le dernier prophète avant la venue du Prophète ﷺ. Et comme le veut la tradition prophétique, aucun prophète ne quittait ce monde sans annoncer celui qui allait venir après lui.

La continuité de la mission prophétique

Dans le Coran, ALLAH ﷻ rapporte les paroles de ‘Issa عليه السلام :

« Ô enfants d’Israël, je suis pour vous le messager d’ALLAH, confirmant ce qui, dans la Torah, est antérieur à moi,
et annonçant la bonne nouvelle d’un messager qui viendra après moi, dont le nom sera Ahmad. »

(Sourate As-Saff, verset 6)

Ce verset établit clairement la continuité entre les messages : la mission de ‘Issa عليه السلام s’achève sur l’annonce de la venue du Prophète ﷺ.

Mais avec le temps, les textes révélés avant le Coran ont été altérés, modifiés, traduits et retraduits jusqu’à effacer cette mention. Pourtant, ALLAH ﷻ l’a préservée dans le Coran, ultime révélation protégée de toute falsification.

La mission inachevée de ‘Issa  عليه السلام 

‘Issa  عليه السلام n’a pas dérogé à la tradition des prophètes. Comme ceux qui l’ont précédé, il a annoncé la venue de son successeur : le Prophète Muhammad ﷺ.
Mais à la différence des autres prophètes, il n’a pas quitté ce monde. ALLAH ﷻ l’a élevé auprès de Lui, vivant, et il reviendra un jour pour achever sa mission — non pas en apportant une nouvelle révélation, mais pour confirmer la vérité du message du Prophète ﷺ.

Un retour au service du message de Muhammad ﷺ

Quand il reviendra sur terre, ‘Issa  عليه السلام ne viendra pas avec un autre livre ni une nouvelle loi. Il suivra le message du Prophète ﷺ, il appliquera le Coran.

Ce retour ne contredit donc pas le fait que le Prophète ﷺ est le dernier des prophètes. ‘Issa  عليه السلام ne viendra pas après lui dans la mission, puisqu’il a été envoyé avant, et il reviendra pour affirmer la prophétie de Muhammad ﷺ, non pour la remplacer.

Ainsi, son rôle sera de rétablir la justice, de faire triompher la vérité, et d’unir les croyants autour du message final : celui de l’islam.

Qu’ALLAH fasse qu’au moment où ‘Issa , fils de Maryam, redescendra sur Terre, il trouve parmi ma communauté des croyants sincères, fermes sur leur foi.

La fraternité entre les prophètes

Le Prophète ﷺ parlait souvent d’’Issa  عليه السلام avec une grande affection. Il disait :

« Entre lui et moi, il n’y a eu aucun prophète. »

Et encore :

« Les prophètes sont des frères issus d’un même père ; leurs mères sont différentes, mais leur religion est une. »

Ces paroles traduisent une proximité profonde : celle d’un frère avec un autre frère.
On sent dans les mots du Prophète ﷺ une douceur particulière, comme s’il évoquait un compagnon de mission, un confident spirituel, un grand frère qui l’a précédé dans la même lignée. C’est une belle proximité.

L’humilité du Prophète ﷺ face à Younous عليه السلام

baleine sous la surface de l'eau

À propos de Younous عليه السلام — Jonas — il a dit :

« Ne me préférez pas à Yunus ibn Mattā. »

Cette phrase, d’une simplicité immense, en dit long.
Le Prophète ﷺ, bien qu’étant le meilleur des hommes, refusait qu’on le mette en avant en rabaissant un autre prophète.
C’est une manière de rappeler que tous les prophètes sont frères, que leur mission est une, et que chacun d’eux a porté la vérité avec courage et sincérité.

Le Prophète ﷺ et Daoud عليه السلام : l’éloge de la discipline et de la piété

Parmi les prophètes dont le Prophète ﷺ a souvent parlé avec admiration, figure Daoud عليه السلام. Il le citait fréquemment comme modèle de rigueur, de foi et d’équilibre dans l’adoration.

Le Prophète ﷺ a dit :

« L’acte le plus aimé d’ALLAH est la prière de Daoud, et le jeûne le plus aimé d’ALLAH est le jeûne de Daoud. »
Il expliqua ensuite :
« Il dormait la moitié de la nuit, priait le tiers, puis dormait le sixième.
Et il jeûnait un jour et rompait un jour. »

(Rapporté par al-Bukhārī et Muslim)

Ce rythme reflète une harmonie parfaite entre les besoins du corps et ceux de l’âme. Daoud عليه السلام vivait dans une adoration constante, mais toujours mesurée, équilibrée et durable.

La question du jeûne de Daoud

On pourrait se demander : si le jeûne de Daoud عليه السلام est le meilleur, pourquoi le Prophète ﷺ ne l’a-t-il pas adopté ?
La réponse se trouve dans sa sagesse. Le Prophète ﷺ voulait honorer la pratique de son frère prophète, sans imposer à sa communauté un rythme trop difficile à tenir.

Une sunnah devient rapidement un repère, voire une référence à suivre. Et parce qu’il connaissait la faiblesse humaine, il n’a pas voulu que ses compagnons — ni nous après eux — soient accablés par une pratique qu’ils ne pourraient pas soutenir dans la durée.

Ainsi, il a encouragé d’autres formes de jeûne surérogatoire :

  • le jeûne du lundi et du jeudi,
  • les jours blancs du mois (13, 14, 15).

Et il a rappelé que ces pratiques, plus accessibles, suffisent pour obtenir la récompense et la proximité d’ALLAH ﷻ.

En citant Daoud عليه السلام, le Prophète ﷺ voulait montrer à quel point il était un modèle de discipline, de piété et de force intérieure.
Et le Prophète ﷺ, en parlant de lui avec autant de respect, montre encore une fois qu’il n’avait aucune crainte d’élever les autres.

Des enseignements essentiels 

À travers ces paroles, le Prophète ﷺ nous enseigne plusieurs vérités essentielles :

  • Un vrai leader élève les autres au lieu de les écraser.
  • On peut être le meilleur sans se sentir menacé par les qualités d’autrui.
  • Honorer ceux qui nous ont précédés, c’est reconnaître la chaîne de transmission voulue par ALLAH ﷻ.

Admiration sans s’effacer

Si l’on transpose tout cela à notre époque, on se rend compte que beaucoup pensent qu’admirer quelqu’un revient à s’effacer. Comme si reconnaître la valeur d’un autre diminuait la nôtre. Pourtant, dire d’une personne qu’elle est excellente ou qu’elle est la meilleure dans son domaine ne signifie pas que les autres sont nuls. Cela signifie simplement qu’elle excelle, point.

Le Prophète ﷺ nous enseigne que l’admiration véritable nourrit la grandeur, elle ne la menace pas. Reconnaître les qualités d’autrui, c’est honorer ce qu’ALLAH ﷻ a mis de beau dans Sa création.

Reconnaître la valeur des autres ne diminue pas la nôtre

L’exemple du Prophète ﷺ montre qu’on peut dire sans gêne :

« Lui, il est meilleur que moi dans ce domaine. »
« Elle, elle est plus douée que moi pour cela. »

Cela ne nous abaisse pas, bien au contraire. Cette humilité élève.
Le fait même que nous parlions encore aujourd’hui de l’humilité du Prophète ﷺ prouve à quel point cette attitude est admirable. Si elle ne l’était pas, personne n’en parlerait.

S’inspirer au lieu de jalouser

Le Prophète ﷺ était exempt de toute jalousie. Il n’y avait en lui ni rivalité, ni envie, ni amertume. Il admirait, il reconnaissait, il aimait. Et cette pureté du cœur n’a fait qu’élever encore davantage son rang auprès d’ALLAH ﷻ, auprès de ses compagnons, et à travers les siècles jusqu’à nous.

Ainsi, apprendre à admirer sans jalouser, c’est marcher sur ses traces.
S’inspirer de la force des autres, c’est bien plus fécond que de les envier.

Le modèle prophétique n’est pas seulement inspirant : il est duplicable.
Pas besoin d’inventer, de réinterpréter, ou de douter. Il suffit de suivre — sincèrement, humblement, fidèlement. C’est une formule qui gagne toujours, ici-bas comme dans l’au-delà.

Honorer les prophètes, c’est honorer ALLAH ﷻ

Le Prophète ﷺ aurait pu tout centrer sur lui. Pourtant, il disait sans cesse :

« Mes frères, les prophètes. »

Il a parlé de Youssouf عليه السلام avec admiration,
de Moussa عليه السلام avec respect et reconnaissance,
de ʿIssa  عليه السلام avec amour et proximité,
et d’Ibrahîm عليه السلام avec fidélité.

En honorant ses frères prophètes, il honorait ALLAH ﷻ Lui-même.

Alors, inspirons-nous de lui :

  • admirons les qualités des autres sans craindre de nous effacer,
  • reconnaissons la beauté dans la création d’ALLAH, 
  • voyons dans cette beauté le reflet de la perfection d’ALLAH ﷻ.


Suivre son exemple, c’est marcher sur les traces du plus noble des hommes, le frère de tous les prophètes.

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