Dans de nombreuses cultures, avoir des filles est perçu comme une charge, parfois même comme une déception. Cette perception n’est pas propre à la période préislamique. En effet, dans plusieurs sociétés, les filles étaient considérées comme un fardeau, parfois enterrées vivantes, qu’ALLAH pardonne à ceux qui ont commis cela.
Le Coran décrit cette réalité : lorsque certains recevaient l’annonce de la naissance d’une fille, leur visage s’assombrissait. Dans d’autres cultures, avoir une fille est perçu comme une épreuve sous un autre angle : on pense immédiatement à la dot, au mariage, à la réputation, à la pudeur, à la question de la virginité jusqu’au mariage… Ce sont des préoccupations que l’on ne formule pas de la même manière lorsqu’il s’agit d’un garçon.
Qui étaient les filles du Prophète ﷺ ?
ALLAH ﷻ a voulu que le Prophète ﷺ, l’homme le plus noble, soit père de quatre filles. Il a eu des garçons, mais ils sont décédés en bas âge — rahimahumALLAH .
Ses filles رضي الله عنهن étaient, dans l’ordre :
Zaynab (l’aînée)
Ruqayyah
Umm Kulthum
Fatima
Ce n’est pas un hasard si ALLAH ﷻ a fait de lui le père de ces quatre filles. À travers lui, Il a voulu nous enseigner la valeur et la noblesse des filles , ainsi que celle du père qui les honore.
Hadiths sur le fait d’avoir des filles
Le Prophète ﷺ a dit :
« Celui qui subvient aux besoins de deux filles jusqu’à ce qu’elles atteignent l’âge de la maturité viendra au Jour de la Résurrection avec moi comme cela. »
Et il joignit ses deux doigts pour montrer la proximité.
Dans un autre hadith :
« Quiconque a trois filles et qui patiente en s’occupant d’elles, les nourrit, les abreuve, les vêtit de ce qu’il possède, elles seront pour lui un voile contre l’Enfer. »
Et encore :
« Celui qui a trois filles ou trois sœurs, ou deux filles ou deux sœurs, et qui craint ALLAH à leur sujet, sera avec moi au Paradis comme cela. »
Et il joignit ses deux mains.
Autrement dit, élever des filles n’est pas une perte , c’est une clé pour le Paradis .
Zaynab رضي الله عنها : l’ainée aimée
On connaît souvent les noms des filles du Prophète et leur ordre de naissance, mais on ne prend pas assez le temps de parler de la relation du Prophète ﷺ avec elles . Et au passage, les quatre filles du Prophète ﷺ sont toutes issues de son union avec Khadija رضي الله عنها. Cela donne encore plus de profondeur à ce récit.
C’est un sujet très riche, mais je voulais au moins aborder ici quelques aspects marquants, en commençant par sa fille aînée, Zaynab رضي الله عنها.
Zaynab رضي الله عنها était mariée à Abu al-‘As ibn al-Rabi‘, un homme qu’elle aimait profondément. Zaynab aimait énormément son époux, mais lorsque l’islam a été proclamé, Abu al-‘As ne s’est pas converti immédiatement. Leur couple a alors été séparé, car elle demeurait à Médine tandis que lui était resté à La Mecque. Lors de la bataille de Badr, il a combattu du côté des mécréants. Il n’est pas mort pendant la bataille, mais il a été capturé et fait prisonnier.
Le collier de Khadija رضي الله عنها
À cette époque, il était possible de libérer un prisonnier moyennant le paiement d’une rançon (fidya). Zaynab envoya donc une rançon pour libérer son époux.
Et cette rançon n’était pas quelconque : elle envoya un collier. Un collier qui avait une grande valeur financière, mais surtout une valeur sentimentale immense.
Ce collier appartenait à sa mère, Khadija رضي الله عنها. C’est le Prophète ﷺ lui-même qui le lui avait offert, et Khadija l’avait ensuite transmis à leur fille aînée.
Le Prophète ﷺ, ce jour-là, était en poste pour recevoir les rançons des prisonniers. Lorsqu’il vit ce collier, il ne savait pas encore de qui il provenait. Mais dès qu’il posa les yeux dessus, il fut bouleversé. Il pleura car il reconnut immédiatement le collier de Khadija رضي الله عنها — le collier qu’il avait offert à son épouse bien-aimée, et qu’elle avait légué à leur fille.
Cette scène va bien au-delà d’un simple objet reçu : elle condense l’amour d’un père, le souvenir d’une épouse disparue, et la fidélité d’une fille envers son mari.
Un geste rempli d’amour et de finesse
Zaynab رضي الله عنها n’était pas une femme riche. Elle a donc envoyé ce qu’elle avait de plus précieux. Cela révèle à quel point elle tenait à son époux, et combien elle était prête à donner pour le libérer.
Ce geste ravive chez le Prophète ﷺ plusieurs émotions :
la tristesse de voir que son gendre n’est pas encore musulman,
la mémoire de Khadija رضي الله عنها ainsi que son leg,
et l’amour profond pour sa fille.
Touché en plein cœur, il demanda à ses compagnons de libérer Abu al-‘As. Il rendit le collier à Zaynab رضي الله عنها, par amour pour elle et par respect pour la mémoire de Khadija رضي الله عنها.
Autrement dit, c’est comme s’il avait payé la rançon lui-même .
La délicatesse du Prophète ﷺ
Ce passage montre un père d’une immense délicatesse et d’une attention rare.
Combien d’hommes aujourd’hui reconnaîtraient un bijou appartenant à leur fille, dans une telle situation ? Pas beaucoup, sans doute.
Et pourtant, le Prophète ﷺ était un homme extrêmement occupé :
il venait de vivre la première grande bataille de l’islam,
il gérait les prisonniers, les rançons, le butin,
et au lieu de déléguer, il était en poste lui-même.
C’est à ce moment précis, dans le tumulte de la victoire, qu’il remarque un collier unique, qu’il reconnaît immédiatement.
Cela témoigne de son amour profond, de son attention aux détails, et de son regard plein de tendresse sur ses filles.
Il connaissait leurs affaires, leurs habitudes, leurs objets. Il remarquait leurs changements, leurs états. C’est le regard d’un père attentif, pas d’un père lointain.
L’attention délicate du père envers sa fille
Aujourd’hui, beaucoup ne sauraient reconnaître les cadeaux qu’ils ont fait à leurs filles ou leur épouse, et encore moins les bijoux qu’elles possèdent.
Le Prophète ﷺ, lui, avait ce niveau d’attention et de connaissance. Et ce n’est pas comme s’il vivait avec sa fille au quotidien, pourtant il connaissait ces détails-là.
Quand ALLAH nous parle du fait d’éduquer correctement des filles, et qu’Il laisse à Rasulullah ﷺ uniquement des filles, c’est qu’il faut vraiment zoomer sur son comportement avec elles. Ce niveau de délicatesse, d’attention, de finesse, c’est celui que nous devons viser.
Et ce passage avec Zaynab est très fort. On voit à quel point le Prophète ﷺ est attentif. Il connaît les détails. Il comprend la valeur sentimentale des choses pour ses enfants. Cette scène est très représentative de son niveau en tant que père, et du niveau que nous devrions chercher à atteindre.
En vérité, avec Zaynab, on pourrait dire énormément de choses. Mais j’ai voulu capturer ce moment en particulier.
Ruqayya رضي الله عنها, la douce éprouvée
Ruqayya رضي الله عنها a d’abord été mariée au fils d’Abu Lahab, donc à son cousin. Déjà, rien que ça, c’est particulier. En effet, elle a été mariée au fils de celui qui allait devenir plus tard l’un des ennemis les plus acharnés du Prophète ﷺ.
Il faut savoir qu’Abu Lahab n’a pas toujours détesté son neveu. Bien au contraire. Le jour de sa naissance, il était fou de joie. Il a offert des bêtes, il a célébré la nouvelle. Il l’aimait profondément…Jusqu’à ce qu’il devienne Prophète.
Tellement il l’aimait qu’il a marié deux de ses fils à deux des filles du Prophète ﷺ : Ruqayya et Umm Kulthoum رضي الله عنهما.
Mais lorsque la révélation est descendue et que le Prophète ﷺ a commencé à prêcher, l’un de ses fils a divorcé de Ruqayya par hostilité envers l’islam.
Par la suite, elle a épousé un grand homme : Uthman ibn ‘Affan رضي الله عنه, un des plus proches compagnons du Prophète ﷺ et futur troisième calife de l’islam.
Tous deux ont fait partie de ceux qui ont émigré en Abyssinie lors de la première hijra. Elle a donc connu l’exil, la séparation, la maladie.
L’amour paternel avant la gloire militaire
Ce qui est marquant, c’est que même en pleine préparation de la bataille de Badr, le Prophète ﷺ restait préoccupé par l’état de santé de sa fille. Elle était très malade à ce moment-là. Et plutôt que de lui imposer d’aller combattre, il a demandé à Uthman de rester auprès d’elle.
On voit ici un père dont l’amour pour sa fille passe avant la gloire militaire ou politique. Il n’était pas absorbé par la bataille au point d’oublier ses enfants. Il avait le cœur tourné vers eux, même dans ces moments-là.
Oum Kulthoum رضي الله عنها, la force dans l’ombre
Après le décès de Ruqayya, emportée par la maladie, Othman ibn ‘Affan رضي الله عنه a demandé la main de Oum Kulthoum رضي الله عنها. Il aimait profondément son épouse, et c’est ainsi qu’il a épousé une seconde fille du Prophète ﷺ.
C’est pour cette raison qu’on l’a surnommé « Dhun Nourayn », l’homme aux deux lumières. Il a fait entrer dans sa vie deux des filles de Rasulullah ﷺ, deux lumières successives.
Et il faut voir aussi la noblesse de cette histoire : ces deux femmes avaient été répudiées par les fils d’Abu Lahab lorsqu’il a rejeté le message de l’islam. Elles se sont retrouvées divorcées à cause de la foi. Et Othman ibn ‘Affan les a épousées successivement, non pas en même temps, mais après le décès de la première.
Il y a moins d’anecdotes rapportées sur Oum Kulthoum que sur ses sœurs, mais son mariage illustre clairement la confiance que Rasulullah ﷺ avait envers son compagnon et envers ses filles.
Donner la main de ses filles à des hommes dignes et protecteurs, c’est le signe d’un père qui veut le meilleur pour elles. Lorsqu’elles ont été répudiées, il les a reprises sous sa protection. Et ensuite, il ne les a confiées qu’à un homme de valeur : Othman ibn ‘Affan رضي الله عنه.
Cet homme était d’une pudeur exemplaire, au point que le Prophète ﷺ a vanté sa pudeur. Il était aussi noble, riche, doux, calme et intelligent. C’est à un tel homme que le Prophète ﷺ a marié ses filles. C’est une très belle leçon.
Fatima رضي الله عنها, la prunelle de ses yeux
On arrive à la dernière, la cadette : Fatima رضي الله عنها. C’est celle dont on a le plus d’informations, celle qui a vécu le plus longtemps après ses sœurs, mais aussi celle qui a été la première à rejoindre son père après sa mort.
Le Prophète ﷺ est décédé, et dans les six mois qui ont suivi, Fatima رضي الله عنها l’a rejoint. Elle était sa prunelle, celle qu’il chérissait profondément.
Une relation de tendresse
Parmi les quatre filles de Rasulullah ﷺ, Fatima رضي الله عنها est celle dont on sait le plus de choses. Elle est aussi celle qui a vécu le plus longtemps après ses sœurs, mais la première à avoir rejoint son père après sa mort.
L’aspect qui me touche le plus dans sa relation avec Rasulullah ﷺ, c’est le respect et la tendresse mutuels qu’ils avaient l’un pour l’autre. Dans un hadith authentique, il est rapporté que lorsque Fatima رضي الله عنها entrait dans une pièce où se trouvait déjà le Prophète ﷺ, il se levait pour aller à sa rencontre, l’embrassait, la prenait par la main, l’installait à sa place et s’asseyait à côté d’elle.
C’est un geste extrêmement fort. On parle ici du père le plus noble de l’histoire, se levant en public pour accueillir sa fille. Ce simple geste dit énormément de leur lien.
Un moment bouleversant
Lorsqu’il a senti sa mort approcher, le Prophète ﷺ a partagé un moment très particulier avec Fatima رضي الله عنها.
Alors qu’il discutait avec elle en présence d’autres personnes, dont ‘Aisha رضي الله عنها, il lui a confié quelque chose à l’oreille. Elle s’est alors mise à pleurer. Puis il a poursuivi et elle s’est mise à sourire et à rire.
Intriguée, ‘Aisha رضي الله عنها lui a demandé après coup ce que son père lui avait dit, mais Fatima رضي الله عنها a refusé de répondre. Elle considérait que ce que son père lui avait confié restait un secret, et qu’elle n’avait pas à le divulguer.
Ce n’est qu’après la mort du Prophète ﷺ, lorsque ‘Aisha رضي الله عنها lui a reposé la question, qu’elle a accepté de répondre. Elle a expliqué :
La première fois, il lui avait annoncé qu’il allait bientôt mourir. Elle avait pleuré, bouleversée à l’idée de perdre son père. Puis il lui avait confié qu’elle serait la première de sa famille à le rejoindre. Cette fois, elle avait souri, emplie de joie à l’idée de le retrouver rapidement dans l’au-delà.
Une relation profonde
Ce passage est extrêmement touchant. On y voit un père confier deux vérités intimes à sa fille :
l’annonce de sa mort prochaine,
la promesse d’une réunion rapide dans l’au-delà.
Elle réagit d’abord comme une fille aimante, bouleversée par l’idée de perdre son père. Puis elle se réjouit comme une croyante profondément attachée à lui, heureuse de le retrouver bientôt.
Aujourd’hui, si quelqu’un nous disait « tu vas bientôt mourir, et après moi tu me rejoindras », la plupart d’entre nous retiendraient surtout la première partie : « je vais bientôt mourir ». C’est cette information qui marquerait nos esprits.
Mais Fatima رضي الله عنها, elle, a retenu la joie de bientôt retrouver son père. Alors même qu’elle avait un époux et des enfants, cette perspective lui a rempli le cœur de sérénité et de bonheur.
Cela montre la profondeur de leur lien. Car après Rasulullah ﷺ, qu’est-ce que la vie pouvait bien représenter pour ceux qui l’aimaient ? D’ailleurs, beaucoup de compagnons ont mis du temps à se remettre de sa mort.
Pour Fatima رضي الله عنها, l’émotion dominante fut la joie : la joie de le rejoindre et d’être avec lui pour l’éternité.
Le Prophète ﷺ : un modèle familial
Dans ces récits, il y a un message d’ALLAH ﷻ. En effet, ALLAH ﷻ n’a pas voulu que les fils de Rasulullah ﷺ survivent, mais Il a voulu qu’il élève des filles. Son modèle familial repose donc sur l’éducation de quatre filles, et cela n’est pas anodin.
Tout dans la vie du Prophète ﷺ est une leçon. Il n’a pas seulement élevé ses propres filles, mais aussi d’autres personnes :
Ali رضي الله عنه, qu’il a pris sous son aile alors qu’il était encore enfant.
Anas ibn Malik رضي الله عنه, confié au Prophète ﷺ par ses parents pour le servir.
Zayd رضي الله عنه, également élevé au sein de son foyer.
À travers lui, on apprend à élever aussi bien des garçons que des filles. Mais ALLAH ﷻ lui a donné des filles de son sang pour montrer que la fille est une lumière dans la vie d’un homme et d’une femme. Et dans les hadiths, il est clairement dit qu’élever des filles est une protection contre l’Enfer.
La noblesse d’un père se lit dans la manière d’honorer ses filles
Ces récits nous rappellent que la vraie noblesse d’un homme se lit dans la manière dont il honore ses filles. Les filles construisent leur dignité et leurs standards en grande partie en fonction de ce qu’elles reçoivent de leur père.
Aujourd’hui encore, beaucoup de pères dévalorisent leurs filles, ou ne les valorisent pas suffisamment. Certains ne leur montrent pas d’amour, ou ne savent pas comment exprimer cette affection et cette considération. Le résultat, c’est que des filles grandissent en cherchant ailleurs ce que leur père aurait dû incarner. Cela crée des blessures qui se répercutent ensuite dans les couples, dans les foyers et dans la société.
L’exemple prophétique nous enseigne aux pères d’être des refuges, des soutiens et des modèles pour leurs filles. Et il rappelle aux mères d’élever des garçons capables d’honorer les femmes comme le Prophète ﷺ les a honorées.
Avoir des filles en Islam : une rahma et une porte vers le paradis
Ces récits rappellent aussi aux filles qu’elles sont une miséricorde et une porte vers le paradis pour leurs parents. Leur présence est une bénédiction immense.
Zaynab, Ruqayya, Umm Kulthoum et Fatima رضي الله عنهن étaient les filles de Rasulullah ﷺ. Il les a honorées , aimées, respectées et valorisées . À notre tour, honorons nos filles et marchons dans la sunnah.
Élever des filles est un chemin vers le paradis et une barrière contre l’enfer. Être père ou mère de filles est une bénédiction, pas un fardeau.
Qu’ALLAH fasse de nos foyers des foyers remplis de rahma .
Qu’Il accorde à tous les pères d’honorer leurs filles, et à toutes les mères de les chérir comme le Prophète ﷺ l’a fait.
Amin ya Rabb al-‘alamin.
Je suis Oustedha Zaynab, et voilà plus de 10 ans que j’enseigne aux femmes le Coran. En effet, ce qui m’importe, au-delà de la mémorisation du Coran, c’est que mes sœurs vivent avec le Coran, que leur relation avec le Coran ne soit pas superficielle, mais bien chargée d’émotions. Tout cela, je le souhaite pour toi également, et je te le dis : c’est possible !