Le Prophète ﷺ a été entouré.
Il a été entouré d’abord par la présence d’ALLAH ﷻ.
Il a perdu son père avant sa naissance et il a perdu ses fils avant qu’ils aient le temps de grandir. À travers cette absence, ALLAH ﷻ a enseigné au monde entier ce que ça veut dire dépendre seulement de Lui.
Prenons le fait que le Prophète ﷺ soit né sans père. Ce n’était pas vraiment un manque, c’était plutôt un signe, pour le Prophète ﷺ et pour l’humanité.
Naître sans père : un signe d’éducation divine
Le père du Prophète ﷺ, qui s’appelait ‘Abdallah ibn ‘Abd al-Muttalib, fils de ‘Abd al-Muttalib, le grand-père paternel du Prophète ﷺ, est mort alors que son épouse, la mère du Prophète ﷺ, était enceinte. Il n’a donc jamais vu son fils.
Avant même de venir au monde, le Prophète ﷺ a été confié, non pas à son père, mais directement à ALLAH ﷻ. C’est ALLAH ﷻ qui s’est chargé de ce dépôt qu’est le Prophète ﷺ.
Ainsi, ce n’est pas quelque chose qu’ALLAH ﷻ a voulu qu’on regarde comme une tragédie, mais plutôt comme une pédagogie de Sa part.
Comme le disent certains savants, notamment Ibn Kathir ou Al-Qurtubi, ALLAH ﷻ voulait que Son messager ﷺ soit formé directement par Lui, sans dépendre d’une autre autorité humaine. Même si le Prophète ﷺ a été élevé par des adultes, des nourrices, son grand-père puis son oncle et d’autres de ses oncles, même s’il a eu des figures d’autorité, ce n’est pas la même chose que le père.
Le père, c’est celui qui donne le nom, c’est celui qui donne tout.
Une identité rattachée à ALLAH ﷻ
Même quand on parle du Prophète ﷺ, on ne dit pas systématiquement “Muhammad ibn ‘Abdallah”. On dit “Muhammad ﷺ”, on parle de lui comme “Rasulullah ﷺ”. On ne parle pas de lui d’abord comme du fils d’un tel. Et ça rejoint le fait qu’il ait perdu son père avant même de naître.
ALLAH ﷻ voulait qu’il soit formé directement par Lui, sans dépendre d’une autorité humaine. Le Prophète ﷺ n’a peut-être pas appris l’amour paternel via son père, même s’il a eu un substitut. Sans avoir l’amour d’un père qui l’a enfanté et qui se serait très bien occupé de lui, il a pourtant incarné la rahma au sens universel du terme.
Quand ALLAH ﷻ dit qu’Il ne l’a envoyé que comme Rahma pour l’univers, on pourrait se dire : c’est lui qui est révélé pour diffuser la rahma dans le monde.
Et pourtant, une rahma lui a été enlevée, la rahma des parents, très tôt dans sa vie. Il n’a pas eu la main d’un père pour le tenir, le guider en lui disant “viens par ici, viens par là” . Mais on ne peut pas dire qu’il était seul : il a été guidé par ALLAH ﷻ.
C’est ALLAH ﷻ qui a guidé ses pas dès son enfance.
Des signes de tawakkul dès l’enfance
Le Prophète a appris à s’en remettre à autre que ceux qui l’ont éduqué.
On connaît plusieurs événements, des petits miracles et des grands miracles, qui sont arrivés alors qu’il était encore enfant. On voit bien qu’il y avait une force bien au-dessus de lui qui prenait soin de lui. Tous ceux qui l’ont côtoyé ont remarqué qu’il y avait quelque chose de spécial.
ALLAH ﷻ lui a appris un tawakkul pur , un tawakkul qui ne passe pas par des intermédiaires, mais qui va directement vers ALLAH ﷻ. Ce qu’il a perdu dans les bras d’un père qu’il n’a pas eu, ALLAH ﷻ l’a compensé.
Je ne vois pas de sourate qui décrive mieux ce que je suis en train de te dire que la sourate ad-Duhaa. Elle est magnifique. ALLAH ﷻ dit :
“Ton Rabb ne t’a ni abandonné ni détesté.”
Plus tard dans la sourate, Il dit :
“Ne t’a-t-Il pas trouvé orphelin et ne t’a-t-Il pas accordé un refuge ?”
Cette sourate montre, de manière très concentrée, à quel point ALLAH ﷻ était là à chaque instant pour le Prophète ﷺ, de son enfance d’orphelin jusqu’à l’âge adulte, en tant que Prophète et messager établi.
Sourate ad-Duhaa est vraiment fascinante dans cet aspect. Je t’invite vraiment à faire un focus dessus et à la parcourir : elle montre à quel point ALLAH ﷻ ne l’a jamais laissé.
Un prophète sans fils survivants
Le Prophète ﷺ a eu des fils. On connaît l’existence de ses quatre filles, qu’il a vues grandir jusqu’à l’âge adulte, et qui se sont toutes mariées.
Il a eu aussi des fils :
Al-Qasim,
‘Abdallah
Ibrahim.
Mais aucun d’eux n’a survécu à l’enfance. Ça a été une épreuve immense pour le Prophète ﷺ, complètement différente de la première.
Autant le fait d’être né sans voir son père était sa “normalité”, autant être père, voir ses enfants naître et les perdre, c’est une autre dimension de la douleur.
La mort d’Ibrâhîm : une épreuve immense
Son fils Ibrahim عليه السلام est mort alors qu’il était encore nourrisson, avant la fin de ses deux ans d’allaitement. Ça a été une épreuve terrible. On rapporte un épisode de sa vie à ce moment-là.
En effet, à la mort d’Ibrahim عليه السلام, il était tellement triste qu’il pleurait.
Les compagnons étaient étonnés de le voir pleurer ainsi. Il a alors prononcé cette parole connue :
“Les yeux versent des larmes, le cœur est triste, mais nous ne disons que ce qui plaît à ALLAH. Inna lillah wa inna ilayhi raji‘oun.”
C’était une épreuve très difficile pour lui.
Mais derrière cette douleur, il y a une grande sagesse.
Une prophétie non héréditaire
ALLAH ﷻ ne voulait pas que la prophétie devienne une lignée, une affaire de père en fils. Pour d’autres prophètes, ça a pu être le cas, mais pour lui, non. Le Prophète ﷺ est venu comme dernier messager. Il se distingue des prophètes avant lui par cela : c’est le dernier.
Il est venu fonder une communauté, pas une dynastie. C’est pourquoi ALLAH ﷻ dit dans le Coran, dans la sourate al-Ahzab :
Muhammad ﷺ n’a jamais été le père d’un de vos hommes, (au sens biologique) Mais il est le messager d’ALLAH ﷻ et le sceau des prophètes.
Le fait qu’aucun de ses fils n’ait survécu ferme la porte à toute confusion qui pourrait exister. Beaucoup auraient pu jouer de ça et cela aurait pu créer de la fitna. Le fait que ses fils ne lui aient pas survécu fait que personne ne peut prétendre à la prophétie par héritage.
La guidance ne se transmet pas par le sang
La guidance ne se transmet pas par le sang. Elle se transmet par la lumière de la foi et de l’éducation. C’est à travers la lumière de la foi, transmise par une éducation, que la guidance se propage.
Ce n’est pas parce que je suis bien guidé que mon enfant le sera automatiquement parce qu’il est de mon sang. On peut transmettre une lignée, un nom, une réputation, mais on ne transmet pas la guidance de cette manière.
Génération après génération, il faudra faire le travail. Si quelqu’un décide d’arrêter ce travail en se disant :
“Le simple fait que ce soit mon enfant suffit, le simple fait que je sois le fils ou la fille de… ”
Non, chacun doit faire ses preuves.
C’est la sunnah d’ALLAH ﷻ sur Terre.
ALLAH ﷻ lui enlève les appuis humains
On peut voir l’absence de père ou de fils, spécifiquement pour le Prophète ﷺ, comme une école de tawakkul : le fait de se reposer uniquement sur ALLAH ﷻ. À chaque étape de sa vie, ALLAH ﷻ lui a enlevé un appui humain pour consolider encore plus son appui divin :
Son père en moins,
Sa mère en moins,
Un grand-père en moins,
Un oncle en moins,
Son épouse en moins,
Ses fils en moins.
Pas de père, pour que son cœur s’attache directement à ALLAH ﷻ dès la naissance.
Pas de fils, pour que sa mission ne devienne pas une mission familiale.
Si le Prophète ﷺ avait eu des fils, même s’ils n’étaient pas prophètes, ça aurait laissé une ambiguïté : on aurait pu suivre l’islam parce que “c’est la religion de mon père”.
Et si, en plus, ses fils avaient eu un rôle religieux, la confusion aurait été encore plus grande.
Rompre avec “la religion de nos pères”
Dans le Coran, ALLAH ﷻ parle beaucoup de ceux qui disent :
Nos pères, nos ancêtres, la religion de nos pères.”
Même si leurs pères disaient n’importe quoi, surtout pour ceux qui étaient idolâtres, ils s’accrochaient à ça :
“Nos pères, nos pères, nos ancêtres.”
Si, ici, le “père” avait été le Prophète ﷺ, cela aurait été une épreuve particulière. On aurait pu se dire :“Je suis cette religion parce que mon père, c’est lui.”
Cela aurait installé l’idée d’un héritage familial, alors que c’est la religion qu’ALLAH ﷻ a établie sur terre.
Une famille aurait pu être perçue comme ayant le monopole de la foi et du message, simplement parce qu’elle viendrait de cette lignée. ALLAH ﷻ a anticipé tout cela dès le départ, en faisant de lui ﷺ un orphelin. Ainsi, ce n’est pas la “religion de son père” qu’il a reçue et il ne la transmet pas non plus à des fils qui la perpétueraient comme une affaire de famille.
Une mission pour une communauté, pas pour une lignée
Si tu regardes bien, ALLAH ﷻ a aussi fait en sorte que le Prophète ﷺ n’ait pas une richesse qui le stabilise au point d’occuper tout son esprit.
Le Prophète ﷺ n’était pas pauvre, il était en réalité aisé, mais il avait choisi un certain mode de vie. Pareil au niveau du pouvoir : il est toujours resté très humble, même dans la victoire.
Cela me fait penser à un hadith :
Quand ALLAH ﷻ veut élever quelqu’un, Il l’éprouve.
Dans une autre version,
Quand ALLAH ﷻ aime un serviteur, Il l’éprouve.
C’est une belle consolation : quand tu es très éprouvé, c’est un bon signe, un bon présage. Ca montre qu’ALLAH ﷻ aime cette personne.
Le Prophète ﷺ n’était pas seulement aimé d’ALLAH ﷻ, il a été formé par ALLAH ﷻ à travers toutes les pertes qu’il a eues. Chaque absence dans sa vie, c’était comme un atelier qu’ALLAH ﷻ lui faisait traverser pour qu’il progresse encore davantage, pour qu’il devienne un père digne de la communauté.
La proximité d’ALLAH ﷻ avec son prophète orphelin
ALLAH ﷻ lui apprenait, en quelque sorte : quand tout te manque, quand tout est absent, quand tu perds tout, Moi Je suis tout. Je serai toujours là.
La proximité qu’ALLAH ﷻ a avec son Prophète ﷺ est assez unique. Le Prophète ﷺ n’a peut-être pas connu l’amour d’un père biologique, mais il a été, par son comportement, le père de toute l’humanité. Pas au sens biologique, mais dans le sens de celui qui transmet la foi.
Ses épouses sont appelées “les mères des croyants”, c’est la bienséance de les appeler ainsi. Et même s’il n’a pas conservé de fils de son sang, il a formé toute une génération d’hommes et de femmes, depuis son vivant, qui ont porté son message.
Ce ne sont donc pas ses fils biologiques qui ont porté le message comme un héritage familial, mais toutes ces générations de croyants et de croyantes qui l’ont porté. De cette façon, tout le monde est responsable de la transmission du Message. ALLAH ﷻ a remplacé la paternité biologique par une paternité spirituelle, religieuse.
Le Prophète ﷺ est plus proche des croyants qu’eux-mêmes , comme c’est mentionné dans la sourate al-Ahzab.
Les larmes du Prophète ﷺ
Quand le Prophète ﷺ pleurait la mort de son fils Ibrahim, alors qu’il était petit, il a prononcé cette parole d’une grande justesse :
“Les yeux versent des larmes, le cœur est triste, mais nous ne disons que ce qui satisfait notre Rabb. Inna lillahi wa inna ilayhi raji‘oun.”
Ce que j’aime ici, c’est qu’il n’a pas nié la douleur. Il n’a pas caché sa peine. Le Prophète a dit ce qui plaisait à ALLAH ﷻ, mais sans mettre de côté sa tristesse. Ainsi, il a choisi de rester vrai avec ALLAH ﷻ, même au cœur de la douleur.
Il nous apprend qu’une perte, qui va en réalité nous élever, surtout dans son cas à lui, doit toujours être vécue avec ALLAH ﷻ au centre. Il conclut par cette formule de retour à ALLAH ﷻ. C’est une grande leçon pour nous tous.
Une belle filiation
Peut-être que toi, tu n’as pas perdu ton père ou ton enfant, mais tu as forcément perdu un jour un appui dans ta vie, un soutien. Quand tu perds un appui, c’est important que tu te places dans la position dans laquelle ALLAH ﷻ a mis Rasulullah ﷺ : comprendre que lorsqu’un appui humain disparaît, ALLAH ﷻ ne t’a pas privé.
Ce n’est pas forcément une privation. Peut-être qu’ALLAH ﷻ te prépare à quelque chose de mieux encore. Peut-être qu’Il te prépare à te reposer sur Lui encore mieux que tu ne l’aurais fait avant.
Le Prophète ﷺ est né sans père. Il a perdu sa mère. Il a perdu certains de ses proches et de ses enfants. Et pourtant, il a bâti la plus belle communauté, la plus belle fraternité de toute l’histoire.
Plus de père, plus de fils, et pourtant, il a donné au monde le sens même de la filiation, parce qu’on se sent tous liés au Prophète ﷺ d’une manière ou d’une autre. C’est une filiation qui relie les cœurs à ALLAH ﷻ, et c’est la plus belle des filiations.
La plus belle des présences
L’histoire du Prophète ﷺ, c’est celle d’un homme qui a été dépouillé de beaucoup de soutiens humains et familiaux pour devenir le miroir parfait de ce que représente le soutien quand il vient d’ALLAH ﷻ.
On ne peut pas dire que le Prophète ﷺ a été abandonné. À travers lui, ALLAH ﷻ nous apprend quelque chose de très fort : tu peux tout perdre autour de toi, mais tant que tu n’as pas perdu ALLAH ﷻ dans ta vie, dans tes affaires, alors tu n’as rien perdu.
C’est dans ce vide humain, comme celui qu’a ressenti le Prophète ﷺ, que naît la plus belle des présences. C’est peut-être dans la perte qu’on ressent enfin la présence d’ALLAH ﷻ.
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