Si on te demandait : « Qu’est-ce que ça veut dire aimer pour ALLAH ? » Serais-tu capable de répondre ?
En effet, aujourd’hui, on entend souvent la phrase : « Je t’aime pour ALLAH » . C’est une formule qui circule beaucoup, parfois même un peu trop facilement.
Je pense que beaucoup de personnes l’emploient sans réellement comprendre la profondeur de ce qu’elle implique, ni les enjeux qui se cachent derrière.
Et inversement, certaines personnes vivent sincèrement cet amour pour ALLAH ﷻ, sans même s’en rendre compte, tant cet amour est transcendant.
Aimer pour ALLAH ﷻ, une posture spirituelle
Aimer pour ALLAH ﷻ, ce n’est pas une formule religieuse bateau qu’on prononce comme une politesse. C’est une posture à la fois religieuse et spirituelle.
Et c’est surtout l’une des expressions les plus hautes de la foi.
Le Prophète ﷺ a dit, dans le sens :
« Celui qui aime pour ALLAH, déteste pour ALLAH, donne pour ALLAH et retient pour ALLAH, a certes atteint la perfection de la foi. »
C’est un ḥadīth impressionnant, mais aussi exigeant. Parce qu’en vérité, la plupart du temps, notre manière d’aimer n’est pas pour ALLAH ﷻ.
Est-ce que cela veut dire que c’est mal ? Non. Si aimer pour ALLAH ﷻ est un haut degré spirituel, cela ne veut pas dire que ne pas aimer uniquement pour ALLAH ﷻ soit un péché.
C’est simplement reconnaître que ce type d’amour est rare et précieux . On ne peut pas aimer tout le monde pour ALLAH ﷻ.
Un amour récompensé au Jour dernier
Aimer pour ALLAH ﷻ fait partie des plus hauts degrés de la foi. Et ce type d’amour sera récompensé d’une manière unique au Jour du Jugement.
Le Prophète ﷺ a cité, parmi les sept catégories de personnes qui seront ombragées sous le Trône d’ALLAH lorsque tout le monde souffrira de la chaleur et de la sueur :
« Deux personnes qui se sont aimées pour ALLAH, se sont réunies pour Lui et se sont séparées pour Lui. »
C’est immense. Et cela nous montre que ce n’est pas un amour qu’on peut distribuer à tout le monde.
Ce n’est pas parce qu’on apprécie quelqu’un profondément qu’on peut lui dire :
« Je t’aime pour ALLAH. »
Personnellement, dans ma vie, je ne l’ai pas dit à beaucoup de personnes. Non pas parce que je ne le pensais pas, mais parce que j’ai compris que ce n’était pas une mince affaire que d’aimer quelqu’un pour ALLAH ﷻ.
Et quand cela arrive réellement, on le reconnaît tout de suite… et on s’y accroche !
Quand notre manière d’aimer n’est pas pour ALLAH ﷻ
La plupart du temps, nous aimons pour nous-mêmes, pour notre ego, pour nos besoins, parfois même à travers nos blessures. Et c’est ce qui rend cette notion d’amour fīLLĀH si exigeante et si belle à la fois.
Avant d’aller plus loin dans ce sujet, je te laisse avec la āyah qui a inspiré l’épisode du jour :
وَٱلَّذِينَ تَبَوَّءُو ٱلدَّارَ وَٱلْإِيمَـٰنَ مِن قَبْلِهِمْ يُحِبُّونَ مَنْ هَاجَرَ إِلَيْهِمْ وَلَا يَجِدُونَ فِى صُدُورِهِمْ حَاجَةًۭ مِّمَّآ أُوتُوا۟ وَيُؤْثِرُونَ عَلَىٰٓ أَنفُسِهِمْ وَلَوْ كَانَ بِهِمْ خَصَاصَةٌۭ ۚ وَمَن يُوقَ شُحَّ نَفْسِهِۦ فَأُو۟لَـٰٓئِكَ هُمُ ٱلْمُفْلِحُونَ
« Quant à ceux qui les ont pourvu d’un foyer et d’un refuge et étaient croyants avant eux, ils aiment ceux qui ont émigré vers eux, et ils ne ressentent dans leur poitrine aucune envie pour ce qui a été donné à ces personnes. En fait, ils leur donnent volontiers la priorité sur eux-mêmes, quand bien même ils ont besoin de ce qu’ils donnent. En vérité, ceux qui surmontent leur avarice naturelle, ceux-là sont ceux qui réussissent. » (Sourate Al-Ḥashr, verset 9)
Aimer pour ALLAH : le cas des Ansar
Ce verset parle des Anṣār, les habitants de Médine, qui ont accueilli le Prophète ﷺ et les Muhājirūn, ceux qui ont émigré de La Mecque vers Médine. ALLAH ﷻ les décrit comme des croyants dont la foi s’est manifestée par l’amour et par le don sincère.
Ils ont ouvert leurs maisons, partagé leurs biens, et parfois donné plus de la moitié de ce qu’ils possédaient : pas par ostentation, ni par pitié, mais par amour pour ALLAH ﷻ.
Les savants expliquent que lorsque ALLAH ﷻ dit :
« Ils leur donnent la préférence sur eux-mêmes »,
cela ne signifie pas qu’ils donnaient parce qu’ils avaient en trop, mais parce qu’ils donnaient même lorsqu’ils en avaient besoin. C’est ce qu’exprime la suite du verset :
« Même quand eux-mêmes ont besoin de ce qu’ils donnent. »
Cela révèle la pureté de leur amour pour ALLAH ﷻ : ils donnaient sans attendre, aimaient sans retour, et préféraient sans condition.
Ibn Kathīr, dans son commentaire, explique :
« Ils n’ont donné que pour rechercher la satisfaction d’ALLAH, non pour reconnaissance ni compensation. » Ils n’ont jamais rien demandé en retour.
Une comparaison avec notre époque
Et si on se mettait à leur place ? C’est difficile à imaginer. Aujourd’hui, même dans le contexte moderne, on voit bien que l’accueil de l’étranger crée des tensions.
Dans beaucoup de pays, quand l’immigration augmente, les habitants se sentent menacés : ils disent “on nous prend nos emplois , nos ressources , notre sécurité” .
Tout dépend de qui arrive, de ce que cela implique économiquement ou socialement, et de la perception qu’on en a.
Un Français qui émigre au Maroc ou en Tunisie n’a pas du tout la même image ni les mêmes conséquences économiques qu’une personne venant d’Afrique ou d’Asie qui s’installe en Europe. Ce ne sont pas les mêmes infrastructures, pas les mêmes réalités.
L’impact sur le pays
Prenez un Français qui va s’installer à l’étranger, dans un pays où le PIB par habitant est inférieur. Il faut se dire que ce Français, quelle que soit sa culture d’origine, arrive avec un certain statut, un certain pouvoir d’achat, et cela a forcément des conséquences.
Si plusieurs personnes se trouvent dans la même situation, cela change la dynamique du pays :
cela crée de nouveaux emplois,
cela fait grimper les standards de vie,
les écoles deviennent plus sélectives,
les attentes professionnelles évoluent.
Ainsi, tout cela influe sur le coût de la vie, sur la société, sur la manière de consommer. Et souvent, les personnes qui accueillent finissent par en avoir assez.
On le voit bien aujourd’hui, notamment en France, qui est complètement dans la tourmente à ce sujet. Le traitement de l’immigration crée des divisions profondes, et dans d’autres pays aussi, c’est pareil : les habitants se révoltent, ils disent qu’il y a trop d’immigration, etc.
Les Ansar, des croyants d’exception
Ce sont des réactions humaines, mais cela nous permet de mesurer à quel point les Médinois qui ont accueilli les Mecquois émigrés étaient des personnes exceptionnelles.
Ces Ansar, ces habitants de Médine, ce sont – mashā’Allāh – de véritables guerriers dans la foi. Parce qu’ils n’ont pas seulement ouvert leur porte et partagé leur bien : ils l’ont fait pour ALLAH ﷻ.
Et là, ce n’est même pas eux qui le disent, c’est ALLAH ﷻ qui les décrit. Ce n’est pas un narrateur, ce ne sont pas des témoins : c’est leur Créateur. Et s’Il les décrit ainsi, c’est qu’Il connaît ce qu’il y a dans leurs cœurs.
Imagine ton Créateur dire de toi que tu as offert un refuge à quelqu’un, que tu étais croyant avant même que cette personne n’arrive, que tu l’as accueillie en état de foi.
Imagine ALLAH ﷻ dire de toi que :
tu aimes ceux qui ont émigré vers toi,
tu ne ressens aucune envie, aucune jalousie pour ce qu’ils ont reçu,
tu leur donnes la priorité sur toi-même,
tu donnes de ce que tu possèdes, même lorsque tu en as besoin.
Et à la fin, ALLAH ﷻ dit que ce sont ces personnes-là, qui réussissent vraiment.
Une parenthèse sur la hijra
Je fais une petite parenthèse ici : peut-être que ce sera un sujet à traiter un jour, celui de l’immigration, de la hijra. C’est un sujet vaste, complexe, parfois même tabou aujourd’hui. Mais je veux profiter de ce passage pour saluer certaines personnes, parce que c’est quelque chose que je vois dans la communauté, à travers des amis, des proches, des connaissances.
Ceux qui facilitent l’installation des autres
Il y a des gens qui ont déjà émigré dans un pays, ou qui sont natifs d’un pays, et qui voient arriver d’autres musulmans. Et ces personnes leur facilitent la vie en les aidant à :
s’installer,
comprendre les démarches,
trouver leurs repères.
la scolarisation de leurs enfants,
rechercher un logement,
comprendre la culture locale.
Ces personnes partagent leurs astuces, leurs erreurs, leurs bons plans. Elles préviennent, conseillent, orientent.
Et moi, ça, ça me touche profondément.
Parce que je me dis que ces gens ne se rendent même pas compte du bien qu’ils font. Il n’y a rien de plus difficile que d’arriver dans un lieu où on ne connaît rien, ni personne, où tout est à reconstruire. On perd ses repères, ses habitudes, et quand il y a des enfants, c’est encore plus difficile, parce qu’il faut gérer leurs émotions, leur adaptation.
Alors quand, dans tout ça, tu tombes sur quelqu’un qui t’accueille, qui t’explique, qui t’épargne des erreurs, c’est un immense bienfait. Ces personnes facilitent, apaisent, et allègent le fardeau de ceux qui arrivent — et souvent, elles ne réalisent même pas à quel point elles sont en train de faire du bien.
Un parallèle flagrant
J’ai déjà croisé des personnes comme ça, qui facilitaient la vie d’autres musulmans, qui accueillaient, qui aidaient sans rien attendre. Ces gens me rappellent cette āyah. Ce sont des moments où on voit littéralement le Coran vivre sous nos yeux, au quotidien.
Tout de suite, je me suis dit : quelle différence entre les Médinois qui ont accueilli les Muhājirūn et cette personne qui, aujourd’hui, agit de la même façon sans même savoir qu’elle reproduit ce même geste ? Il faut voir la joie, la lumière, la quiétude dans le visage d’une personne à qui tu dis : “Tu te rends compte que tu marches sur les pas des Ansar ? Tu te rends compte que tu fais quelque chose qu’ALLAH ﷻ Lui-même a décrit dans Son Livre ?”
C’est bouleversant. Parce qu’à ce moment-là, tu réalises que cette personne doit s’attendre à la même récompense. Et c’est magnifique, tout simplement.
Qu’ALLAH ﷻ récompense tous ceux et celles qui font cela.
Ce que révèle cette ayah sur l’amour en ALLAH
Aimer quelqu’un pour ALLAH, c’est vouloir pour lui ce que tu veux pour toi-même.
Le Prophète ﷺ a dit :
“Aucun d’entre vous ne croira vraiment tant qu’il n’aimera pas pour son frère ce qu’il aime pour lui-même.”
Cet amour-là n’est pas un simple sentiment : c’est une dimension spirituelle de la foi. On peut vouloir du bien à quelqu’un sans forcément parler d’amour, mais c’est déjà un signe de foi. Et parfois, aimer pour ALLAH va encore plus loin : c’est préférer que l’autre reçoive avant toi.
L’amour désintéressé
L’amour en ALLAH, c’est aimer sans dépendre de la personne. C’est aimer sans rien exiger d’elle, sans l’attacher à soi, mais en l’attachant à ALLAH ﷻ. C’est dire dans son cœur :
“Ya Rabb, si Tu lui donnes, je suis heureux. Si Tu ne me donnes pas à moi, je suis en paix.”
Parce qu’à ce stade, ton amour n’est plus une transaction : il devient une adoration.
Pourquoi les Ansar ont été élevés à ce rang ?
Les Ansar ont été élevés à un rang immense parce qu’ils ont aimé pour ALLAH et non pour eux-mêmes, ni pour leur nafs, ni pour la dounia. Et si ALLAH ﷻ a choisi de le mentionner dans le Coran, c’est parce qu’Il veut que cela allume quelque chose en nous. C’est comme s’Il disait : “Tu veux la même réussite ? Alors fais comme eux.”
Une réussite à la mesure du cœur
Si, ne serait-ce qu’une seule fois dans ta vie, tu as aimé quelqu’un de cette manière — sincèrement, sans attente, pour ALLAH ﷻ uniquement — alors sache que tu as réussi ta vie. Parce que cette personne-là sera peut-être celle avec qui tu seras ombragé sous le Trône d’ALLAH ﷻ, le jour où il n’y aura d’ombre que Son ombre.
Et si tu as déjà vécu ça, alors je te dis : félicitations, mille fois.
Qu’est-ce que cela signifie réellement d’aimer pour ALLAH ?
Les savants expliquent que dire à quelqu’un “je t’aime pour ALLAH” signifie que même s’il n’y avait aucune autre raison d’aimer cette personne, en dehors d’ALLAH ﷻ, tu continuerais à l’aimer. C’est ça, le sens profond de cette expression.
Parce qu’il ne faut pas tout mélanger. On peut aimer quelqu’un pour ALLAH et, en plus, l’aimer pour d’autres raisons humaines. Par exemple, cette personne est :
gentille,
serviable,
compréhensive,
belle,
une source de bien pour toi, etc.
Ce sont des raisons naturelles, humaines, mais elles sont en plus .
Ici, ce que les savants précisent, c’est que si on supprimait tout cela — la beauté, la richesse, le statut, l’aide, la compagnie, tout ce que cette personne représente dans ta vie — et qu’il ne restait qu’ALLAH , tu continuerais à l’aimer. Voilà comment on mesure, en réalité, l’amour fillāh .
Un amour pur et indépendant
Cet amour ne dépend ni de ce que la personne t’apporte, ni de la place qu’elle t’accorde, ni du rôle qu’elle joue dans ton existence.
Tu l’aimes parce qu’en sa présence, ton cœur se souvient davantage d’ALLAH ﷻ. Et même en son absence, ton cœur continue à invoquer ALLAH ﷻ pour elle.
Et c’est là que ça devient fort. Parce qu’en sa présence, tu te sens plus proche d’ALLAH ﷻ; mais surtout, en son absence, tu continues à la mentionner dans tes dou’a, discrètement, sans intérêt, sans attente, sans qu’elle ne le sache jamais.
L’amour qui invoque en silence
Quelqu’un qui t’aime pour ALLAH ﷻ, c’est quelqu’un qui t’invoque sans te le dire, juste parce que son cœur se souvient de toi dans sa relation avec ALLAH ﷻ. Cet amour-là est profond.
Et aujourd’hui, c’est rare. Parce que notre attention, notre concentration, sont happées par des distractions constantes. On vit dans un monde qui aspire notre temps, notre énergie, notre concentration. Comme je dis souvent : quand un service est gratuit, c’est ta concentration qui devient le produit.
Alors, quelqu’un qui, malgré tout ça, trouve le temps d’invoquer ALLAH ﷻ pour toi, de penser à toi sans intérêt, de te confier à Lui dans ses prières — c’est le signe le plus clair de l’amour fillāh .
L’amour pour ALLAH ﷻ, une adoration
Aimer pour ALLAH n’a pas besoin d’une motivation extérieure. C’est un amour qui se suffit à lui-même, un amour d’adoration. Et le Prophète ﷺ a même encouragé à le dire. Il a dit que lorsque l’un de vous aime son frère ou sa sœur fillāh , qu’il le lui dise .
C’est donc une adoration à part entière, une forme d’amour qui, lorsqu’elle est sincère, élève celui qui la ressent autant que celui qui la reçoit.
La réponse de la sunna quand on te dit “je t’aime fillāh”
Quand quelqu’un te dit : “Je t’aime pour ALLAH”, il y a une manière précise de répondre, enseignée par le Prophète ﷺ. Ce qu’il faut savoir, c’est que cet échange se fait entre personnes du même sexe : un homme à un homme, une femme à une femme.
Si un jour quelqu’un te dit : “Je t’aime fillāh”, la réponse que la sunna nous enseigne, c’est :
أَحَبَّكَ اللَّهُ الَّذِي أَحْبَبْتَنِي فِيهِ
“Qu’ALLAH, pour qui tu m’as aimé, t’aime en retour.”
Et cette réponse, subhânAllāh, je la trouve d’une beauté incroyable.
Un amour réorienté vers ALLAH
Regarde la différence avec nos réactions habituelles. Aujourd’hui, quand quelqu’un nous dit “je t’aime ”, on s’attend à entendre “moi aussi ”. C’est presque automatique. Dans un couple, par exemple, l’un dit “je t’aime”, l’autre répond “moi aussi”. On attend une réciprocité.
Mais ici, la réponse de la sunna ne dit pas “moi aussi”. Elle s’élève bien au-dessus. Parce qu’en réalité, tu ne renvoies pas ton amour à la personne : tu le renvoies vers ALLAH ﷻ.
Et c’est là toute la beauté de cette réponse. Elle ne parle pas de toi, ni de moi, mais d’ALLAH ﷻ. C’est comme si tu disais :
“Ce que je veux pour toi, ce n’est pas que tu sois aimé par moi, mais que tu sois aimé par ALLAH.”
C’est magnifique, parce qu’en disant cela, tu offres à cette personne le plus grand cadeau qui soit : tu lui souhaites d’être aimée par ALLAH ﷻ. Et il n’existe rien de plus précieux.
Le sens profond de cette réponse
Dire “Qu’ALLAH, en qui tu m’as aimé, t’aime en retour ”, c’est formuler une dou’a d’une puissance immense. Tu es littéralement en train de demander à ALLAH ﷻ d’aimer cette personne — et quand ALLAH ﷻ aime quelqu’un, tout change.
Ce qu’il faut savoir, c’est qu’à chaque fois que quelqu’un te dit “je t’aime pour ALLAH”, et que tu réponds “Qu’ALLAH, pour qui tu m’as aimé, t’aime en retour”, un ange se joint à la conversation. Il vient prendre part à votre échange et dit : “Et toi aussi, qu’ALLAH t’aime.”
SubḥānALLĀH… Est-ce que ce n’est pas magnifique ? Réalise un instant ce qu’il se passe : toi, ton frère ou ta sœur en ALLAH, et un ange présent pour sceller cet amour spirituel. Ce petit monde-là fera partie de ceux qui seront ombragés le Jour où il n’y aura d’ombre que celle d’ALLAH ﷻ . Que veut-on de plus, franchement ? C’est trop beau.
Une parole, un cercle vertueux
C’est une parole simple, mais qui contient toute une bénédiction. Si un jour tu aimes quelqu’un, tu sais maintenant quoi lui dire. Et si quelqu’un te le dit — et c’est une chance qu’on te le dise — tu sais aussi quoi répondre. Et tu peux très bien, à ton tour, dire ensuite : “Moi aussi, je t’aime fillāh.”
Parce que ce n’est pas une simple formule : c’est un cercle vertueux. Une parole qui devient dou’a, une dou’a qui attire l’amour d’ALLAH, et un amour qui ramène la paix dans les cœurs.
Un hadith sur l’amour en ALLAH
Le Prophète ﷺ nous a enseigné la beauté de cet amour à travers un hadith que j’aime particulièrement. Il raconte l’histoire d’un homme qui sortit de chez lui pour rendre visite à un frère, uniquement pour ALLAH .
Sur son chemin, un ange — sous forme humaine — l’interpella et lui demanda :
“Où vas-tu ?” L’homme répondit : “Je vais rendre visite à mon frère, pour ALLAH.”
L’ange reprit :
“Est-ce qu’il te doit quelque chose ? Est-ce que tu attends de lui une faveur ? Cherches-tu à lui rappeler un bienfait ? As-tu un intérêt derrière cette visite ?”
Et l’homme répondit à chaque fois :
“Non, je n’attends rien. La seule raison de ma visite, c’est que je l’aime pour ALLAH.”
Alors l’ange lui dit :
“Sache que je suis un messager d’ALLAH envoyé vers toi, pour t’annoncer qu’ALLAH t’aime comme tu as aimé ton frère pour Lui.”
C’est d’une beauté à couper le souffle.
Ce hadith, je le trouve tellement clair. C’est une feuille de route pour nous. Quand tu sors de chez toi, que tu mets ton manteau, que tu te dis “je vais rendre visite à quelqu’un pour ALLAH ”, interroge-toi :
Est-ce que j’attends quelque chose en retour ?
Est-ce que je vais lui rappeler un sujet ?
Est-ce que je veux lui demander un service ?
Est-ce que je cherche à me rendre visible, à entretenir un lien par stratégie ?
Si la réponse à tout cela est non , alors ta visite est sincère. Et si ton intention est pure — “je vais le voir parce que je l’aime pour ALLAH” — alors tu es en train de marcher sur les traces de ce hadith.
Un amour qui allège et apaise
Pour avoir déjà reçu ce genre de visite, je peux te dire que ça se sent. Quand quelqu’un vient te voir sans intérêt, juste parce qu’il t’aime pour ALLAH ﷻ, c’est un moment suspendu. C’est doux, apaisant, pur. C’est un amour qui allège le cœur, qui apporte la sakīna .
Et contrairement à ce qu’on pense, ce n’est pas forcément la personne qui est aimée pour ALLAH qui est la plus chanceuse. Pour moi, la vraie privilégiée, c’est celle qui ressent cet amour — parce qu’il faut avoir un cœur pur pour qu’ALLAH t’accorde le privilège d’aimer quelqu’un pour Lui.
Et on Lui demande que cet amour-là ne soit pas unique, qu’il se multiplie dans nos vies, dans nos foyers, dans nos amitiés.
Examiner ses intentions avant d’aimer pour ALLAH
Ce hadith doit vraiment nous pousser à réfléchir : est-ce qu’il t’est déjà arrivé de dire que tu aimais quelqu’un pour ALLAH ﷻ, alors qu’en réalité tu attendais quelque chose de cette personne ?
Quand tu prends de ses nouvelles, quand tu appelles quelqu’un que tu n’as pas contacté depuis longtemps, quand tu rends visite à quelqu’un que tu n’as pas vu depuis des mois… est-ce que, parfois, il n’y a pas une autre pensée derrière ?
Peut-être que tu espères obtenir quelque chose, ou que cette personne pourrait servir tes intérêts d’une manière ou d’une autre. Tu t’en rends peut-être même pas compte, mais tu t’efforces de te rapprocher d’elle, en te disant que c’est juste “pour prendre des nouvelles”. Or, ce simple mélange d’intentions disqualifie l’amour pour ALLAH . Parce qu’un amour “fillāh” doit être purement pour Lui , sans retour, sans attente, sans stratégie.
C’est un indicateur précieux : si tu ressens une attente, une recherche d’intérêt, c’est que ton intention s’est troublée.
La promesse faite à celui qui visite pour ALLAH
Dans une autre version du hadith, le Prophète ﷺ dit :
“Lorsqu’une personne sort rendre visite à son frère pour ALLAH — qu’il soit malade ou non — un ange proclame :‘Que le bien soit à toi, que tes pas soient bénis, et que tu prennes demeure au Paradis.’ ”
SubḥānAllāh, quelle récompense magnifique.
Regarde bien : cette invocation de l’ange englobe tout ce que ton cœur pourrait espérer :
le bien — c’est-à-dire tout ce qui t’apporte sérénité, facilité, réussite.
la baraka — ce bien que tu n’attendais pas, qui vient en surplus, comme un cadeau.
la demeure au Paradis — la récompense ultime.
Une invocation qui ne laisse rien manquer
Si on y réfléchit, même si tu rendais visite à quelqu’un pour une autre raison, qu’est-ce que tu pourrais espérer de plus que cela ? Il n’y a rien de plus grand que d’avoir :
le bien dans ta vie,
la bénédiction dans tes démarches,
et une maison au Paradis.
Tout ce que tu aurais pu rechercher d’autre dans le lien avec cette personne est déjà inclus dans cette invocation.
Le rôle des anges dans nos actes de bien
Et ce qui est encore plus beau, c’est de voir comment ALLAH ﷻ ne te répond pas seul . En effet, il fait intervenir Ses anges. Il les implique dans la transmission de Sa miséricorde.
Ainsi, quand tu sors pour rendre visite à quelqu’un, même sans que ce soit un malade, juste pour le bien, un ange t’accompagne. Il prie pour toi. Et ALLAH ﷻ ne refuse jamais la duʿā d’un ange.
Et peu importe le lieu : que tu ailles directement chez la personne, ou que tu sois simplement en route pour la rencontrer ailleurs, l’ange t’adresse cette invocation sur ton chemin .
Comment savoir si tu aimes vraiment pour ALLAH ?
C’est une question essentielle. Parce que souvent, on pense aimer “fillāh”, alors qu’en réalité, notre amour est encore teinté d’attente, d’intérêt, ou simplement d’attachement humain. Et ce n’est pas grave — mais c’est important de le reconnaître, pour savoir où on en est sur le chemin.
Pour t’aider à y voir plus clair, voici quelques questions-jauges à te poser.
1. Si cette personne perdait tout ce qui fait sa valeur à tes yeux… l’aimerais-tu encore ?
Par “valeur”, il faut entendre :
sa beauté,
sa richesse,
son influence,
sa notoriété,
sa douceur,
sa force,
sa sagesse,
son calme.
Si tout cela disparaissait et que ton cœur continuerait à l’aimer, c’est probablement un amour pour ALLAH ﷻ. Mais si ton amour dépend de ces qualités — si tu aimes tant que la personne t’apporte quelque chose — alors c’est un amour lié à dounya, pas encore purifié.
2. Si ALLAH t’éloignait de cette personne, te soumettrais-tu à Son décret ?
Si tu l’aimes pour ALLAH, tu acceptes Son décret. Tu ressens de la tristesse, bien sûr, mais ton cœur ne se rebelle pas. Tu dis : “C’est ALLAH qui me l’avait confiée, et c’est ALLAH qui la reprend.”
Mais si tu l’aimais pour une autre raison, alors quand elle part, c’est comme si tout ton équilibre s’effondrait. Et là, tu comprends que ton attachement n’était pas purement pour ALLAH.
3. Est-ce que cette personne t’élève spirituellement ?
Un amour pour ALLAH te pousse vers le haut : il te rapproche de Lui, te rend plus doux, plus humble, plus obéissant.
C’est une différence fondamentale :
Est-ce un amour qui te ramène à ton Créateur ?
Est-ce un amour qui te ramène à ton besoin ?
4. Est-ce que tu ressens de la jalousie quand cette personne avance ?
Quand elle progresse, dans sa vie, dans sa foi, dans ses projets — est-ce que ça m’agace un peu, ou est-ce qu’au contraire, je ressens une immense joie ?
Et encore mieux : est-ce que je suis profondément heureux(se) quand je la vois se rapprocher d’ALLAH ﷻ ? Quand elle fait davantage d’actes qu’ALLAH aime ? C’est une jauge très fine mais très parlante : la joie sincère face à la réussite spirituelle d’autrui, c’est un signe d’un amour “fillāh”.
5. Est-ce que ton amour s’intensifie quand cette personne devient plus pieuse, ou quand elle t’est simplement plus utile ?
Si ton amour augmente à mesure qu’elle t’est utile dans les choses de ce monde, ce n’est pas un amour interdit, mais ce n’est pas non plus un amour pour ALLAH. Si, à l’inverse, ton amour grandit quand tu la vois prier plus, apprendre, se purifier, s’élever, alors là, c’est un signe d’amour sincère, désintéressé, spirituel.
Ces questions permettent de décanter le cœur . Elles montrent si ton amour vient de ton nafs — ton ego, tes besoins — ou de ta foi en ALLAH.
Les formes d’amour qui ne sont pas “fillāh”
Quand ton amour n’est pas en ALLAH ﷻ, il peut prendre plusieurs formes :
L’amour par admiration : tu idéalises la personne, tu oublies que c’est ALLAH ﷻ qui lui a donné tout ce qu’elle a.
L’amour par dépendance : ton équilibre dépend d’elle, pas de Celui qui l’a créée.
L’amour par intérêt : sa présence te valorise, te réconforte, te sert dans un but précis.
L’amour par projection : tu veux être aimé, reconnu, validé, alors tu offres ton affection dans l’espoir qu’on te la rende.
Et lorsque cet amour devient possessif, il perd toute sa lumière.
Parce que tout amour qui te détourne d’ALLAH ﷻ devient une épreuve. Mais tout amour qui te ramène à ALLAH ﷻ devient une adoration.
Les signes d’un amour en ALLAH ﷻ
On en a déjà évoqué plusieurs, mais rassemblons-les maintenant pour y voir plus clair.
Invoquer pour la personne en son absence.
Le Prophète ﷺ a dit :
“Lorsqu’un serviteur invoque pour son frère en son absence, un ange lui dit : Amîn, et pour toi la même chose. ”
Rien qu’avec cette parole, tout est dit. Celui qui t’aime pour ALLAH ﷻ et qui invoque pour toi sans rien attendre, sans même que tu le saches, t’aime d’un amour sincère.
Tu n’as pas besoin que la personne te rende ton affection
Même si elle s’éloigne, ton intention reste pure. Tu ne cherches pas la réciprocité, parce que tu sais que c’est ALLAH ﷻ qui te rendra cet amour , pas elle. L’amour “fillāh” n’a pas de possessivité, ni de dépendance.
Tu ne cherches pas à tout contrôler
Quand tu aimes pour ALLAH ﷻ, tu laisses ALLAH ﷻ écrire l’histoire de ce lien.Tu n’essaies pas de forcer le destin, ni d’imposer ta présence. Tu dis : Ya Rab, si cet amour est bon pour ma foi, bénis-le. Sinon, éloigne-le.
Et c’est aussi pour ça que la formule de réponse à “Je t’aime pour ALLAH” est si belle :
“Qu’ALLAH, en qui tu m’as aimé, t’aime en retour.” Parce qu’en vérité, si ALLAH ﷻ t’aime, alors tous les cœurs bons t’aimeront, et les mauvais s’éloigneront d’eux-mêmes.
Tu veux son bien éternel avant son bien immédiat
Un amour en ALLAH, c’est souhaiter à l’autre le bien durable, même si ça te coûte quelque chose. Tu veux qu’il soit sous la protection d’ALLAH à chaque instant, dans cette vie et dans l’au-delà. Et ça se ressent dans les duʿā que tu fais pour lui :
“Qu’ALLAH ﷻ t’assiste toujours.” “Que Sa baraka ne te quitte jamais.”
C’est un amour qui ne se limite pas au temps où tu es là. Tu veux qu’il perdure, même quand tu ne seras plus dans sa vie.
Savoir poser une limite pour ALLAH ﷻ
Si la personne que tu aimes s’éloigne d’ALLAH, ou te tire vers le bas, tu peux l’aider, la conseiller, mais tu ne la contrôles pas. Et s’il faut t’éloigner un temps, pour protéger ton cœur et le sien, tu le fais.
Cet éloignement-là n’est pas une faiblesse, c’est une preuve d’amour pur. Parce que l’amour “fillāh” doit rester lumineux. Ainsi, dès qu’il s’assombrit, il faut le purifier.
L’amour en ALLAH ﷻ dans les liens familiaux
C’est important d’en parler, parce que la famille est le premier lieu de l’amour, mais pas toujours de l’amour “fillāh”.
Il faut faire la distinction :
L’amour inconditionnel , c’est celui des parents et des enfants. Il n’a pas besoin de raison.
L’amour conditionnel , c’est celui du conjoint, des frères, des sœurs, des proches.
Le mariage, par exemple, n’est pas un amour inconditionnel : c’est un contrat, un mīthāq qu’ALLAH ﷻ a décrit et encadré. Cet amour a donc des conditions — et tant qu’elles sont respectées, il est bon.
Mais aimer un parent, un enfant ou un conjoint ne veut pas automatiquement dire aimer pour ALLAH ﷻ. En effet, on peut aimer quelqu’un parce qu’il fait partie de notre sang, sans pour autant aimer en ALLAH .
Je trouve que l’amour pour ALLAH ﷻ dans la famille est le plus difficile à vivre. C’est là qu’il est le plus challengeant, le plus éprouvant, le plus exigeant.
Aimer ses parents, son conjoint, ses enfants pour ALLAH — c’est ne jamais les placer au-dessus de Lui. Et même si ça semble évident, c’est justement là que beaucoup chutent.
Quand ton amour devient excessif — trop d’attachement à ton enfant, trop d’amour pour ton époux, ton épouse, ton parent, ton frère ou ta sœur — alors il y a un problème. Parce qu’à ce moment-là, tu places la créature au-dessus du Créateur.
Aimer pour ALLAH ﷻ, c’est :
aimer sans idolâtrer,
conseiller sans écraser,
savoir dire non,
se taire par sagesse,
ne pas chercher à avoir raison ,
chercher à préserver la paix et la foi.
Le cas du couple : le plus visible et le plus fragile
Je pense que c’est dans le couple que ce combat intérieur se voit le plus, parce que c’est la seule relation familiale que tu choisis.
Tu ne choisis pas tes parents, tes enfants, ni ta fratrie. Mais ton époux, ton épouse — ALLAH ﷻ t’a donné la carte du choix. Et quand ALLAH ﷻ te confie un choix, c’est une responsabilité. Ce n’est pas un choix qu’on fait à la légère.
On peut se tromper, bien sûr. Mais il faut reconnaître que ce n’est pas un choix anodin. C’est la seule relation familiale que tu signes, littéralement, devant ALLAH ﷻ.
Le mariage, une cible privilégiée de shayṭān
Et c’est pour ça que Shayṭān s’y invite si souvent : parce que c’est un lien sacré. Il sait que si le couple va bien, la famille va bien. Et si la famille va bien, la communauté va bien.
Alors il attaque à la racine.
Comme le mentionne le Coran dans sourate al-Baqara , certains shayatīn ont pour mission de séparer l’homme et la femme par tous les moyens possibles.
Et franchement, je le dis en pesant mes mots :
Un couple dans lequel il n’y a pas d’amour pour ALLAH ne peut pas durer dans le bien.
Parce que c’est une relation fragile, et sans la présence d’ALLAH, le lien se vide de son sens.
Le mariage, ALLAH ﷻ le décrit comme un mīthāq ghalīẓ , un contrat solennel. C’est un pacte qui se signe auprès d’ALLAH, pas seulement devant les hommes.
Donc si, dans ce contrat, on n’installe pas la conscience d’ALLAH, si on ne met pas SON amour au centre, on met en péril le navire lui-même.
L’amour pour ALLAH ﷻ dans le couple
Mais alors, concrètement, c’est quoi aimer pour ALLAH dans un mariage ?
C’est comprendre que ton rôle auprès de l’autre, c’est de l’aider à mieux obéir à ALLAH.
Un époux n’attend pas de son épouse qu’elle lui obéisse à lui, mais qu’ensemble, ils obéissent à ALLAH ﷻ. De la même façon, une épouse ne se marie pas pour être comblée par un homme, mais pour marcher avec lui vers ALLAH ﷻ.
Tout le reste — les enfants, la baraka, la douceur, les rires, les moments de tendresse — découle de ça.
Tout change quand cette intention s’installe
Quand tu te dis : “Je suis là pour aider cette personne à mieux adorer ALLAH” , tout ton regard change.
Les petits désaccords deviennent secondaires. Les conflits perdent leur intensité. Ce n’est plus moi contre toi , mais nous deux vers ALLAH ﷻ.
L’époux comprendra davantage, il sera plus patient, il fermera les yeux sur certaines choses. L’épouse aussi, elle fermera les yeux, elle participera, elle se retirera quand il le faut. Ils seront présents l’un pour l’autre au bon moment, pour les bonnes raisons.
Au-delà des droits et des devoirs
Quand l’amour “fillāh” s’installe, on dépasse les débats de “droits” et de “devoirs”. L’époux qui agit pour ALLAH devient naturellement protecteur (qawwām ). L’épouse qui agit pour ALLAH devient naturellement vertueuse (ṣāliḥa ).
Et tout ce qu’ils font l’un pour l’autre porte le parfum de la ‘ibāda , de l’adoration.
Leurs reproches changent. Leurs attentes changent. Leur manière de s’aimer change.
Et contrairement à ce qu’on pourrait penser, un couple comme ça n’est pas austère ni ennuyeux. Ce sont au contraire les couples qui s’amusent le mieux, qui se détendent le plus, parce que leur lien est apaisé.
Ce sont les couples qui se rapprochent le plus du modèle du Prophète ﷺ et de ses épouses.
Un amour ancré dans le sens et la mission
ALLAH ﷻ parle du mariage en évoquant la sakīna — la sérénité, la quiétude.
Le Prophète ﷺ parle de “compléter la moitié de la religion”. Et dans d’autres hadiths, il mentionne les enfants élevés dans la foi, qui seront une fierté pour lui le Jour du Jugement.
Tu remarqueras qu’à aucun moment, il n’est question de statut, de richesse, ou de reconnaissance sociale. Ainsi, le mariage n’est pas fait pour combler ton ego, mais pour élever ton âme.
Si l’amour “fillāh” n’est pas encore là
S’il n’y a pas encore cet amour pour ALLAH ﷻ dans ton couple, ce n’est pas perdu. Mais il faut le travailler. Il faut retrousser les manches et se rappeler que la vie ici-bas n’est pas un club de vacances.
C’est un terrain d’efforts, de patience, de sincérité, pour un seul objectif : rentrer “chez nous” — au Paradis.
Et cet objectif-là, il se vit aussi à deux.
L’amour pour ALLAH ﷻ dans la relation parent-enfant
L’amour en ALLAH ﷻ avec nos enfants, c’est un immense terrain d’éducation du cœur. Aimer ses enfants fillāh , c’est les élever vers ALLAH, pas seulement les élever dans la vie. C’est leur apprendre à aimer ce qu’ALLAH aime, à fuir ce qu’ALLAH déteste, à trouver leur joie dans la foi.
“J’aime mes enfants en ALLAH, parce que je veux qu’ils grandissent pour plaire à ALLAH.”
C’est ça, le véritable objectif.
Poser des limites, c’est aimer
Aimer un enfant pour ALLAH, c’est lui poser des limites claires. Parce que shayṭān rôde, et sans limites, il trouve des ouvertures. Dire non, interdire certaines choses, c’est un acte d’amour — quand ce non protège sa foi.
Mais poser des limites ne veut pas dire humilier. C’est dire non avec douceur et bienveillance , parce que tu veux le préserver, pas le dominer.
Valoriser ce qui plaît à ALLAH
Aimer pour ALLAH, c’est aussi valoriser la foi de ton enfant, pas seulement ses résultats scolaires.
On félicite souvent pour les notes, les performances, les comportements qui nous arrangent… Mais combien de fois a-t-on dit à un enfant :
“Tu sais, je suis fier(e) de toi parce que tu pries à l’heure.” “Parce que tu as dit la vérité alors que tu aurais pu mentir.” “Parce que tu as partagé avec ton frère sans qu’on te le demande.”
C’est ça, le vrai compliment fillāh.
Une amie disait qu’un jour, elle avait pris son fils adolescent à part et lui avait dit :
“Tu sais ce que j’admire le plus chez toi ? C’est que tu pries toujours à l’heure, qu’il pleuve, qu’il neige ou qu’il vente.”
Et elle m’a raconté que son fils avait eu les yeux brillants, le visage apaisé. Parce qu’elle venait de valoriser un acte qui plaît à ALLAH ﷻ. Et ce moment-là, c’était un moment de sakīna.
Aimer ses enfants pour ALLAH ﷻ, c’est les guider vers Lui
Quand tu dis à ton enfant : “Je t’aime pour ALLAH ﷻ” , et que tu lui montres que ce que tu aimes le plus chez lui, c’est ce qui plaît à ALLAH ﷻ, tu fais d’une pierre deux coups :
tu lui montres le chemin de la foi ,
et tu lui fais sentir l’amour d’un parent qui relie son amour à ALLAH.
Et si tu es ce parent qui l’a réveillé pour la prière, qui lui a appris à faire ses ablutions, tu participes à ce lien spirituel. Tu gagnes à ton tour une part de cette lumière.
Aimer ses parents pour ALLAH
Aimer pour ALLAH, c’est aussi dans l’autre sens : envers nos parents.
ALLAH ﷻ nous le rappelle dans le Coran, dans sourate al-Isrā’ :
“Et ton Seigneur a décrété de n’adorer que Lui, et d’être bienfaisant envers tes parents.”
C’est al-iḥsān , la bienfaisance, qui est demandée, pas une obéissance aveugle.
ALLAH ne nous ordonne pas de tout accepter, mais de ne pas :
froisser.
lever les yeux au ciel,
soupirer,
couper la parole.
C’est une attitude de douceur, de retenue, de gratitude.
Même si tes parents te demandent quelque chose qu’ALLAH réprouve, tu ne les suis pas dans ce péché — mais tu continues de les accompagner bil-maʿrūf — dans la convenance, dans la douceur.
Être reconnaissant
Aimer ses parents fillāh , c’est d’abord être reconnaissant :
pour tout ce qu’ils ont fait,
même s’ils ont des manques,
parce qu’ALLAH ﷻ t’a choisi pour être leur enfant.
Et quand tu les aimes pour ALLAH , tu fais de ton affection pour eux une adoration.
L’amour pour ALLAH ﷻ dans la parentalité
Ce matin, je me faisais une réflexion.
J’ai passé vingt-quatre heures sans mes enfants, parce qu’ils étaient chez de la famille. Et je me suis posé cette question : Combien de fois, dans une année, une mère peut-elle dire qu’elle a eu vingt-quatre heures à elle, sans aucune sollicitation ?
Se lever sans avoir à préparer les petits déjeuners, sans surveiller les douches, sans presser pour l’école : juste exister un jour sans qu’on dépende de toi. Et ce n’est pas du luxe, c’est une nécessité pour le cerveau et pour l’âme.
Il y a une grande partie de notre vie, quand on devient parent, qu’on hypothèque volontairement. Ainsi, pour qu’un autre être humain puisse s’élever, apprendre, devenir quelqu’un de bien, on offre :
notre temps,
notre énergie,
notre sommeil,
notre espace mental
On aurait pu choisir une autre vie — rester centré sur soi, préserver son confort, ne rien céder — mais on a choisi de donner.
Et ce don-là, c’est de l’amour pour ALLAH. Parce qu’on ne le fait pas pour un retour immédiat. On le fait parce qu’on veut que ces enfants deviennent des serviteurs d’ALLAH.
La reconnaissance envers nos parents
Puis, j’ai pensé à mes parents.
Eux aussi ont hypothéqué leur temps. Ils ont donné leurs années, leur énergie, leur sommeil — pour nous.
Aujourd’hui, on est grands, autonomes, chacun mène sa vie. Et eux, ils retrouvent enfin leur temps.
Alors je me suis demandé :“ Est-ce qu’il y a un autre sentiment que la reconnaissance à éprouver dans ces moments-là ?”
Non, il n’y a rien d’autre.
Aimer ses parents pour ALLAH ﷻ, c’est être profondément reconnaissant. C’est comprendre ce qu’ils ont sacrifié, même sans qu’ils le disent.
Et quand tu réalises ça, tu ne peux plus te permettre de leur parler durement, de lever les yeux au ciel, de soupirer ou de leur répondre avec lassitude.
ALLAH ﷻ dit dans sourate al-Isrā’ :
“Ne leur dis même pas ‘uff’, et parle-leur avec des paroles nobles.”
C’est ça, aimer pour ALLAH : leur rendre leur dignité, même quand ils vieillissent, et se souvenir de tout ce qu’ils ont donné.
Aimer pour ALLAH ﷻ dans la fratrie et la famille élargie
Et c’est pareil pour nos frères, sœurs, cousins, cousines…
On a parfois des caractères qui s’opposent, des chemins de vie qui ne se ressemblent pas du tout, des valeurs, des goûts, des tempéraments tellement différents qu’on se demande : comment peut-on venir de la même famille ?
Mais ALLAH ﷻ, dans Sa sagesse, a choisi ces personnes pour être ta famille. Pas les voisins, pas les collègues : eux. Et il faut accueillir ce choix.
Alors aimer pour ALLAH, ici, c’est vouloir leur bien malgré tout. Ainsi, c’est :
Souhaiter qu’ils progressent dans leur foi, même si on ne les comprend pas toujours.
Refuser de leur nuire, de les humilier, de leur rendre le mal par le mal.
Avoir de la rahma, de la bienveillance, de la justice dans nos liens. Et si on arrive à faire ça — à aimer nos proches fillāh malgré les différences — alors on participe à réparer, dans notre cercle, une part du monde.
C’est aussi une question de reconnaissance. Ces personnes de notre famille — qu’ALLAH ﷻ a placées près de nous, même si tout semble nous opposer — ne sont pas là par hasard.
Elles nous imposent de maintenir les liens de parenté, et ce n’est pas un fardeau : c’est une opportunité spirituelle.
En réalité, ces personnes-là, celles avec qui c’est difficile, celles dont le caractère semble à l’opposé du nôtre, ce sont des exercices de vie envoyés par ALLAH.
Parce qu’en apprenant à composer avec ton frère, ta sœur, ton cousin, tu apprends à gérer les caractères que tu croiseras plus tard dans ta vie — au travail, dans le mariage, dans la communauté.
Ainsi tu :
reconnaîtras ces profils.
sauras poser des limites.
sauras quoi dire et quoi taire.
auras développé la patience, la retenue, la sagesse.
Ces personnes sont, sans le savoir, ton bootcamp spirituel. Une formation grandeur nature à l’amour fillāh.
Accepter le plan d’ALLAH ﷻ
C’est pour ça qu’il faut éviter les phrases blessantes qu’on entend parfois :
“T’es sûr qu’on n’a pas échangé les bébés à la maternité ?”
Même si c’est sur le ton de l’humour, ça revient à remettre en question le plan d’ALLAH. C’est comme si on disait :
“Pourquoi tu as mis cette personne dans ma famille ?”
Mais pose-toi la question inverse :
“Et moi, pourquoi ALLAH m’a placé dans cette famille ?”
Peut-être qu’un autre membre de ta famille pourrait se dire la même chose à ton sujet. Alors plutôt que de rejeter, accueille. Parce qu’aimer pour ALLAH ﷻ, c’est aimer le décret d’ALLAH ﷻ.
Les liens du sang sont déjà un lien en ALLAH ﷻ
Quand tu aimes un membre de ta famille fillāh, tu combines deux puissances :
le lien du sang ,
et le lien pour ALLAH.
Et il faut se rappeler ce que dit ALLAH ﷻ dans un hadith qudsī :
“Je suis ar-Raḥmān (Le Tout Miséricordieux), et j’ai créé ar-Raḥim (l’utérus, les liens de parenté). Je lui ai donné une part de Mon nom. Quiconque maintient les liens de parenté, J’entretiens le lien avec lui. Et quiconque les rompt, J’interromps Mon lien avec lui.”
Ce hadith montre que les liens familiaux sont déjà un lien spirituel avec ALLAH. C’est à nous de faire notre part : entretenir cet amour fillāh, même quand c’est difficile.
Commencer par aimer pour ALLAH ﷻ dans sa propre famille
Avant de vouloir aimer pour ALLAH ﷻ un ami, un collègue ou une connaissance, il faut commencer à la maison.
Avec qui, dans ta famille, dois-tu instaurer, nourrir et cultiver cet amour fillāh ?
Parce qu’il est plus facile de dire “je t’aime pour ALLAH” à quelqu’un à l’extérieur, qu’à son propre frère, sa sœur, son conjoint, son enfant ou son parent.
Pense à ton fils, ta fille, ton époux, ton épouse, ta mère, ton père, ton frère, ta sœur. Ce sont eux, les premiers destinataires de cet amour fillāh.
Regarde ton enfant — si tu en as un — et demande-toi :
“En quoi est-ce que je l’aime pour ALLAH ?”
Et dis-le-lui. Dis-lui : “Je t’aime pour ALLAH.” Et enseigne-lui la réponse :
“Qu’ALLAH, en qui tu m’as aimé, t’aime à ton tour.”
Et à ce moment-là, un ange dit :
“Et à toi la même chose.”
Imagine cette scène dans ta propre maison : une mère et son enfant qui s’aiment pour ALLAH. Deux êtres qui ont partagé le même corps pendant neuf mois, et qui partagent maintenant le même amour pour ALLAH ﷻ.
Quel lien, après ça, pourrait être plus fort sur terre ?
Le jour où il n’y aura d’ombre que celle d’ALLAH, ne voudrais-tu pas être ombragé avec ta mère, ton père, ton frère, ta sœur, ton fils, ta fille, ton époux ou ton épouse ?
Avant d’être ombragé avec un ami ou une connaissance ?
Alors commence par eux. Parce que c’est au cœur de la famille que se construit l’amour sincère fillāh.
Entretenir et préserver l’amour pour ALLAH ﷻ
Pour entretenir cet amour, il faut :
invoquer souvent pour la personne,
se rappeler son bien , pas seulement ses manquements,
parler d’ALLAH ﷻ ensemble ,
exprimer son affection , comme le Prophète ﷺ l’a recommandé :“Que celui qui aime un frère pour ALLAH le lui dise.”
Et même quand le lien s’efface un peu, garde-le vivant dans tes dou’aʾ. C’est une manière silencieuse, mais puissante, de maintenir la relation.
Le pardon, signe d’un amour sincère
Et enfin, si tu aimes quelqu’un pour ALLAH, tu dois pardonner plus facilement. On ne peut pas prétendre aimer fillāh et, au moindre désaccord, dire :
“Je pardonne, mais je n’oublie pas.” “Je ne lui en veux pas, mais je ne veux plus jamais la voir.”
Parce qu’alors, tu ne parles pas à quelqu’un que tu aimes pour ALLAH, tu parles comme à ton ennemi.
Le pardon ne veut pas dire effacer la mémoire. Mais dans l’amour fillāh, on renonce à la rancune. On préfère la paix du cœur à la revanche du nafs.
Il n’y a rien, dans l’Islam, qui t’oblige à pardonner à quelqu’un. Aucun texte ne t’y contraint.
Mais si tu pardonnes, tu montes en degré auprès d’ALLAH ﷻ, tu gagnes en lumière, en douceur, en proximité.
Le pardon n’est donc pas une obligation, c’est une élévation.
Alors oui, tu peux choisir de ne pas pardonner, mais dans ce cas, tu choisis aussi de rester au même niveau, et de te priver d’une place plus haute auprès d’ALLAH ﷻ.
Et si cette personne que tu refuses de pardonner est justement quelqu’un que tu dis aimer fillāh , alors il y a une contradiction : parce que celui qui aime pour ALLAH ﷻ ne garde pas de rancune. Il peut être blessé, oui, mais il n’entretient pas la rancune.
Aimer pour ALLAH ﷻ, c’est aimer mieux
Aimer pour ALLAH ﷻ, ce n’est pas aimer moins — c’est aimer mieux.
C’est aimer sans posséder, sans condition, sans attente.
C’est aimer comme on prie ALLAH : avec sincérité, avec pudeur, avec pureté d’intention. C’est un amour qui ne cherche pas à prendre, mais à donner, à élever, à purifier.
Le jour où tous les amours s’effondreront, ALLAH ﷻ dit dans Sourate az-Zukhruf (43:67) :
« Les amis, ce jour-là, seront ennemis les uns des autres, sauf les pieux. »
Ce verset nous apprend que l’amour fillāh est le seul qui survivra au Jour du Jugement.
Tous les autres amours — d’intérêt, de passion, de lien terrestre — s’éteindront ou se transformeront en reproches. Les gens fuiront les uns les autres, de peur qu’on leur demande des ḥasanāt, de peur d’être confrontés à leurs manquements.
Mais ceux qui se sont aimés pour ALLAH ne se fuiront pas. Ils se reconnaîtront immédiatement. Ils auront un lien que la mort n’a pas brisé.
Les aimés d’ALLAH
Et ce jour-là, ALLAH ﷻ dira, comme dans le hadith authentique rapporté par Muslim :
« Où sont ceux qui se sont aimés pour Ma Majesté ? Aujourd’hui, Je les couvre de Mon ombre, le jour où il n’y aura d’ombre que la Mienne. »
Imagine entendre ces mots, être appelé par ton Seigneur, non pour être jugé, mais pour être honoré.
Alors pose-toi cette question :
Si mon amour devait être présenté à ALLAH, est-ce que je pourrais Lui dire :“Ya Rabb, c’est pour Toi que j’ai aimé.”
Je suis Oustadha Zaynab et j’aime particulièrement aider mes sœurs à AIMER, APPRENDRE, COMPRENDRE et VIVRE durablement leur Coran, quelque soit leur situation, grâce à une approche efficace et adaptée à leur profil.