La ayah qui a motivé l’épisode
فَتَعَالَى اللَّهُ الْمَلِكُ الْحَقُّ وَلَا تَعْجَلْ بِالْقُرْآنِ مِن قَبْلِ أَن يُقْضَىٰ إِلَيْكَ وَحْيُهُ وَقُل رَّبِّ زِدْنِي عِلْمًا
Que soit exalté ALLAH, le vrai Souverain. Ne te hâte pas de réciter le Coran avant que ne te soit achevée sa révélation, et dis : Rabbi, accrois mes connaissances.
Sourate Tâ-Hâ, verset 114
Un ordre unique dans tout le Coran
Les savants ont relevé quelque chose de remarquable : dans tout le Coran, ALLAH ﷻ n’a jamais ordonné au Prophète ﷺ de demander l’augmentation de quoi que ce soit — sauf de la science. Il ne lui a pas dit demande l’augmentation de ta richesse, ni de ta force, ni d’autre chose. Une seule chose : Rabbi zidnî ‘ilmâ.
Il faut bien distinguer : il ne s’agit pas ici d’un prophète qui demande spontanément quelque chose à ALLAH ﷻ. C’est ALLAH ﷻ Lui-même qui dit au Prophète Muhammad ﷺ quoi demander. C’est un ordre. Et cet ordre ne porte que sur la science. Ça dit tout de la valeur du savoir auprès d’ALLAH ﷻ.
Et il y a quelque chose de beau dans le contexte de cette ayah. Juste avant, dans la même ayah, ALLAH ﷻ dit au Prophète ﷺ de ne pas se hâter avec le Coran avant que Sa révélation soit complète.
D’abord recevoir, et tout de suite après, Il lui dit de demander l’augmentation en science. Comme si recevoir le Coran et demander toujours plus de science étaient indissociables. La meilleure des sciences, celle qu’on demande sans jamais cesser d’en vouloir plus — elle est liée au Coran lui-même.
Les mots de la ayah
Rabbi — Mon Rabb. Une doua qui commence comme ça ne peut que bien se passer. Dans ce mot, il y a :
- le Créateur,
- le Propriétaire,
- le Gérant,
- Celui qui éduque et élève,
- Celui qui donne sans compter,
- Celui qui veut notre bien et notre croissance,
- Celui qui ne veut pas notre chute…
Zidnî — augmente-moi. La racine du surplus, de l’accroissement. Et remarque : ALLAH ﷻ n’a mis aucune limite. Pas de quantité précisée, pas de durée. Ni limité dans le temps, ni limité en quantité.
‘Ilmâ — une science. Et c’est indéfini — pas la science de ceci ou cela. Une science. Ce qui signifie sans restriction. Toute science est concernée. La question n’est pas dans le type de science, mais dans son utilité. Et au premier rang, bien sûr, la connaissance d’ALLAH ﷻ et de Sa parole — la mère des sciences.
Comment mesurer si une science a profité ?
Voilà la vraie question. Et ALLAH ﷻ y répond dans une autre sourate — la Sourate Fâtir, verset 28 :
إِنَّمَا يَخْشَى اللَّهَ مِنْ عِبَادِهِ الْعُلَمَاءُ
Parmi Ses serviteurs, ceux qui Le craignent sont les savants.
Le mot innamâ, en arabe, c’est un outil de restriction — uniquement. La vraie khashiya, la vraie crainte révérencielle d’ALLAH ﷻ, ceux qui l’ont, ce sont les savants.
La khashiya, ce n’est pas la peur brute. C’est une crainte qui est aussi une révérence — celle qui naît devant la grandeur d’ALLAH ﷻ. Plus on connaît ALLAH ﷻ, plus on est subjugué par Lui. Et donc plus on a la khashiya.
L’imam as-Sa’di رحمه الله l’explique très simplement dans son tafsir de cette ayah : plus le serviteur connaît son Rabb, plus il Le craint. Et cette crainte le pousse à s’écarter de ce qui déplaît et à courir vers ce qui agrée. La vraie science produit la khashiya — et la khashiya produit l’action. Tout se tient.
Une boucle qui se ferme
Ce qui est beau, c’est de voir comment ces deux ayat se répondent. D’un côté, Sourate Tâ-Hâ nous dit de demander l’augmentation en science.
De l’autre, Sourate Fâtir nous dit que le fruit de la vraie science, c’est la khashiya. Une science qui n’augmente pas la khashiya — c’est précisément la science qui ne profite pas dont le Prophète ﷺ demandait à être protégé.
Et comme le disaient les anciens — c’est un athar, une parole d’anciens, pas un hadith :
Il suffit comme science de craindre ALLAH ﷻ.
La preuve de ton savoir, ce n’est pas la quantité de ce que tu récites. C’est cette révérence que tu portes pour ALLAH ﷻ.
Attention au contresens
Quand ALLAH ﷻ parle des ‘ulamâ — les savants — dans cette ayah de Sourate Fâtir, ce n’est pas seulement les grands savants avec des titres et des diplômes. C’est quiconque a une connaissance d’ALLAH ﷻ qui produit en lui une certaine khashiya. Une femme discrète, sans grands diplômes religieux, dont la connaissance de son Rabb produit une vraie révérence — elle est de cela. Alhamdulillah.
Et à l’inverse, le danger, ce n’est pas d’étudier sérieusement avec méthode et avec des maîtres — au contraire, c’est nécessaire et précieux. Le danger, c’est de transformer la science en trophée, en sujet de débat, en moyen de se sentir au-dessus des autres. La science n’est pas là pour distinguer. Elle est là pour qu’on s’incline davantage devant ALLAH ﷻ. Paradoxalement, ceux qui en connaissent moins parlent souvent plus fort.
Ce qu’on doit retenir
► La doua à apprendre par cœur : Rabbi zidnî ‘ilmâ. C’est un ordre d’ALLAH ﷻ — Il nous a demandé de le dire. Ça doit être dans notre cahier d’invocations quotidiennes.
► Changer l’unité de mesure : arrêter de se demander combien de chapitres on a appris ou combien de pages on a lues. Se demander plutôt : est-ce que ce que j’ai appris m’a rendu plus humble, plus proche, plus attentif à ALLAH ﷻ ? La quantité appartient à ALLAH ﷻ — c’est Lui qui la gère à partir du moment où on Lui demande. Ce qui nous revient, c’est de mesurer la khashiya.
► Se rappeler du chemin : la science n’est pas faite pour s’arrêter dans la tête. Un chemin, ça fait marcher. Si ça reste dans la tête, c’est un stock — et on avait dit qu’on ne fait pas de stock. La science marche vers des actes meilleurs, vers la khashiya, vers le paradis comme le Prophète ﷺ l’a promis.