Le hadith
Le Prophète ﷺ faisait cette invocation :
Ô ALLAH ﷻ, je cherche refuge auprès de Toi contre une science qui ne profite pas.
اللَّهُمَّ إِنِّي أَعُوذُ بِكَ مِنْ عِلْمٍ لَا يَنْفَعُ
Allâhumma innî a’ûdhu bika min ‘ilmin lâ yanfa’.
– Rapporté par Muslim.
C’est l’homme le plus savant qui parle — celui qui nous a dit que rechercher la science est une obligation. Et pourtant, il se réfugie auprès d’ALLAH ﷻ contre un certain savoir. Est-ce qu’il existe une connaissance qui ne sert à rien ? Pire : une connaissance dont on doit se protéger ?
Le mot clé de ce hadith
Le mot clé dans cette doua, c’est يَنْفَعُ — yanfa’ — qui vient de la racine nafa. Le profit, le bénéfice. Mais pas un bénéfice théorique, pas du potentiel spéculatif. C’est ce qui se voit dans ta vie. Ce qui fait le trajet jusqu’à toi et qui reste.
Une science qui ne profite pas, c’est une science qui reste en l’air. Tu la sais, tu peux la réciter, tu peux en parler — mais elle ne t’a pas changé. Elle n’a pas touché ton cœur. Elle n’a pas bougé tes actes d’un iota. Elle ne t’a pas rapproché d’ALLAH ﷻ.
La science, à notre époque
On vit à une époque où on peut cumuler énormément :
- des cours,
- des audios,
- des podcasts,
- des lives,
- des posts,
- des livres.
On peut engranger beaucoup de choses, réécouter, re-regarder, relire. Et finir par savoir beaucoup sans que rien ne change.
C’est ça, la science qui ne profite pas. Elle remplit la tête — mais pas le cœur. Et surtout pas les actions qui découlent de ce qu’on a appris.
Les anciens avaient très peur de ça. Savoir sans agir. Ils ne voyaient pas le savoir comme une collection à exposer. Ils le voyaient comme une lampe torche — quelque chose qui sert à avancer dans le tunnel qu’est la vie.
La science, un chemin
Il y a un autre hadith que j’aime beaucoup et qui aurait très bien pu être le hadith du jour. Le Prophète ﷺ dit :
Quiconque emprunte un chemin en y recherchant la science, ALLAH ﷻ lui facilite un chemin vers le paradis.
Rapporté par Muslim.
Ce qui me fascine, c’est le mot chemin. Il n’a pas dit que la science est un stock qu’on entasse. Il a dit que c’est une route qu’on emprunte — une route qui avance, qui mène quelque part, avec un point A et un point B. Et ici, le point B, c’est le paradis.
La vraie science, si on en croit ses mots, ce n’est pas ce qu’on a dans la tête. C’est là où ça nous fait avancer, là où ça nous fait marcher. Le but, c’est de cheminer — pas d’accumuler.
La bonne question à se poser
Je ne suis pas en train de dire d’arrêter d’apprendre, ou que trop lire et trop écouter c’est mal. Chercher la science, c’est parmi les plus belles choses qu’on puisse faire. Le problème, ce n’est pas d’apprendre beaucoup. C’est d’apprendre et de n’en rien faire.
Et dire je vais en savoir moins — c’est le mauvais réflexe. Ça mène au même résultat.
Le but, c’est que ce qu’on sait nous profite — à nous et aux autres. Alors de tout ce qu’on a appris — depuis des semaines, des mois, des années — il faut oser se poser la question :
Qu’est-ce qui a réellement changé dans mes actes ?
Pas dans ma tête, dans ma vie.
Il vaut mieux une seule chose apprise, mise en pratique et bénéfique, que cent choses qu’on connaît par cœur et qu’on a laissées de côté.
Et quand on apprend quelque chose de nouveau, c’est quoi notre intention ? Est-ce qu’on veut savoir — ou est-ce qu’on veut être changé ?
La dou’a à retenir
Le Prophète ﷺ faisait souvent cette invocation :
اللَّهُمَّ انْفَعْنِي بِمَا عَلَّمْتَنِي، وَعَلِّمْنِي مَا يَنْفَعُنِي، وَزِدْنِي عِلْمًا
Allâhumma infa’nî bimâ ‘allamtanî, wa ‘allimnî mâ yanfa’unî, wa zidnî ‘ilmâ.
Ô ALLAH ﷻ, fais-moi profiter de ce que Tu m’as enseigné, enseigne-moi ce qui me profite, et augmente-moi en science.
(At-Tirmidhi)
Tout est là :
- Faire profiter de ce qu’on a déjà appris.
- Apprendre ce qui profite.
- Demander l’augmentation.
- Le tout, dans cet ordre