Récemment, je suis passée par un hadith que je n’avais pas lu depuis longtemps. C’est un hadith rapporté par Ibn ‘Abbas رضي الله عنه, où il dit, dans le sens :
Le Prophète ﷺ s’est fait faire une hijama et il paya celui qui la lui pratiqua.
Anas rapporte aussi qu’Abu Taïba a pratiqué la hijama au Prophète ﷺ, et le Prophète ﷺ a ordonné qu’on lui donne deux sā‘, donc des portions de nourriture.
Puis il est parti parler au maître de ce Abu Taïba, celui qu’il servait, pour qu’il cesse de trop le charger de travail. Et il ajoute ensuite :
« Le meilleur de vos remèdes est la hijama. »
[Bukhari et Muslim]
La santé, une amana
Le Prophète ﷺ, quand tu regardes sa manière de vivre, n’a jamais considéré le soin ni le fait de se soigner comme un luxe.
Il ne voyait pas la santé comme un simple confort, mais comme un dépôt qui nous a été confié par ALLAH ﷻ.
Dans ce hadith, qui est court mais grand en sens, il nous apprend quelque chose de fondamental : le croyant a le devoir de prendre soin de lui et de dépenser pour ce soin. Le soin n’est pas une faiblesse, c’est une responsabilité.
Qu’est-ce que la hijama ?
La hijama, c’est ce qu’on appelle aujourd’hui la cupping therapy.
C’est une forme de saignée thérapeutique, connue pour :
purifier le sang,
alléger le corps,
clarifier l’esprit.
Il y a des points en particulier qui sont très intéressants à travailler. Suivant le pays dans lequel on vit, ce n’est pas toujours simple. Par exemple, en France, il fut un temps où les gens pouvaient pratiquer la hijama s’ils étaient formés, puis cela a été réservé aux médecins.
Aujourd’hui, me semble-t-il, c’est devenu délicat, très controversé, et dans certains cas interdit. C’est bien dommage, surtout lorsqu’il s’agit de personnes compétentes qui la pratiquent.
Il n’hésitait pas à rémunérer le soin
Le Prophète ﷺ a donc fait pratiquer la hijama et il a payé celui qui la lui a faite. C’est un détail en apparence, mais il nous enseigne de très belles leçons.
D’abord, il se soigne. Même le Prophète ﷺ, à qui ALLAH ﷻ parlait, savait que le corps avait besoin d’entretien. Il ne faisait pas « qu’adorer » ALLAH ﷻ au sens où nous, on l’entend. Il L’adorait aussi en prenant soin de cette amana qu’était son corps.
Deuxième chose : il rémunérait le soin. Il rémunérait le soin parce qu’il respectait le savoir, le travail et le temps de celui qui contribue à la santé de quelqu’un d’autre.
La difficulté à dépenser pour soi
Aujourd’hui, on a parfois honte de dépenser pour soi.
On se dit que ce n’est pas une priorité, que c’est de l’argent jeté par la fenêtre. On se répète : « Ce n’est pas grave, les autres d’abord. »
Pourtant, le Prophète ﷺ nous a montré que prendre soin de soi, c’est une adoration, si l’intention est de mieux adorer ALLAH ﷻ et d’avoir un corps sain.
Le corps, c’est un dépôt d’ALLAH ﷻ. Le Prophète ﷺ nous l’a déjà dit dans un autre hadith :
« Le croyant fort est plus aimé d’ALLAH que le croyant faible, même s’il y a du bien dans les deux. »
Ce hadith n’encourage pas une compétition sur le plan purement physique. Il parle d’une force globale : la force du cœur, la force de la foi et aussi la force du corps.
La force se cultive
Cette force-là se cultive. Elle demande :
du soin,
du repos,
du sommeil,
une hygiène particulière,
une nourriture licite (halal) et saine (tayyib).
Et parfois, cela nécessite aussi de dépenser pour sa santé. Ce n’est pas du gaspillage, c’est entretenir le véhicule qu’ALLAH ﷻ te laisse utiliser pour L’adorer.
Le Prophète ﷺ payait.
Et je trouve que c’est à la fois un acte d’humilité et une forme d’éducation. Il aurait pu dire au hijam, celui qui l’a soigné :
« Tu m’as soigné, ta récompense est auprès d’ALLAH. »
Il aurait pu lui faire comprendre que le simple fait de lui rendre ce service était déjà un énorme privilège. Cette personne n’aurait probablement jamais osé lui réclamer son salaire.
Une évidence malgré son statut
Le Prophète ﷺ est parti le consulter, il a fait sa hijama, et il l’a payé.
Le Prophète ﷺ, à qui on doit tout, auprès de qui aucun d’entre nous aujourd’hui ne pourrait se tenir comme un égal, a payé pour un soin. Si le Prophète ﷺ entrait dans ta boutique et prenait quelque chose, au moment où il voudrait payer, tu n’accepterais probablement pas son argent.
Tu penserais au Coran, au fait que si tu es musulmane aujourd’hui, c’est par ses sacrifices. Tu penserais à n’importe quel aspect de sa vie, à toutes les hassanat que tu gagnes grâce à son travail.
Pour nous, qui sommes plusieurs générations après, qui avons bénéficié de tout ce que les générations depuis le Prophète ﷺ jusqu’à maintenant ont œuvré, cela paraît encore plus impensable. À la limite, ceux qui vivaient à son époque ont vécu les sacrifices avec lui, ils l’ont vu évoluer, mais même eux n’auraient pas réclamé.
Et malgré tout, le Prophète ﷺ n’a pas attendu qu’on lui demande quoi que ce soit : payer était pour lui une évidence.
Respecter le travail de l’autre
Aujourd’hui encore, les gens débattent malheureusement de ces questions.
On s’offusque lorsque des médecins, surtout les médecins généralistes, demandent à être payés décemment pour leurs consultations. On voit des débats dans les journaux, sur les réseaux, sur le prix d’une consultation qui passe de tel montant à tel montant.
Pourtant, quand on regarde d’autres pays, en Europe, en Asie ou ailleurs, et qu’on compare à ce que fait un médecin en France, aux sacrifices que représente ce métier, aux études, au temps investi, à la responsabilité, cela relativise beaucoup.
Et malgré cela, certaines personnes rechignent à dépenser 25 euros pour une consultation. C’est pourtant la santé dont il s’agit. Dépenser pour sa santé devrait être une évidence. On devrait dépenser plus pour la santé que pour les restaurants ou les loisirs, car ces loisirs et ces restaurants ne maintiennent pas notre santé autant que je sache.
Le Prophète ﷺ n’a pas dit : « Tu m’as soigné, ta récompense est auprès d’ALLAH » avant de partir.
Il a payé, parce que le respect du travail d’autrui, c’est une forme de justice.
Eviter la dépendance et la dette morale
Le Prophète ﷺ ne voulait pas non plus que la baraka du soin se transforme en dépendance ou en dette morale. Il rendait les dépôts.
Il était tellement digne de confiance que les gens venaient lui confier leurs biens, leurs affaires. Il a gagné cette réputation aussi parce qu’il savait, lui, rémunérer le travail des autres.
Il nous enseigne qu’un croyant n’attend pas que tout soit gratuit . Si le Prophète ﷺ agit ainsi, alors qu’on lui doit tout, que dire de nous ?
Il honore les causes de bien et il participe à la circulation du khayr par la reconnaissance et par la juste rétribution de la personne qui fait le bien.
Dépenser pour être un croyant fort
On croit parfois que la pratique de la religion, c’est tout supporter, jusqu’à en venir à s’oublier soi-même. Mais la voie du Prophète ﷺ, la voie droite, c’est celle de l’équilibre.
Quand on regarde l’exemple du Prophète ﷺ :
Il jeûnait, mais il mangeait aussi, et sainement
Il priait longtemps, mais il dormait aussi suffisamment.
Il se soignait, il marchait, il respirait profondément, il riait, et cela fait aussi du bien à la santé.
Se soigner, un ordre prophétique
Le Prophète ﷺ a dit dans un hadith :
« Ô serviteurs d’ALLAH, soignez-vous, car ALLAH n’a créé aucune maladie sans créer son remède, sauf pour la mort. »
La mort est la seule chose pour laquelle il n’y a pas de remède : lorsqu’elle doit arriver, elle arrive. Il n’existe pas de pilule ni de cachet qu’on puisse prendre pour la stopper.
Donc oui, payer pour une séance de hijama, pour un massage, pour des plantes médicinales, pour une alimentation saine, tout cela peut être un acte de foi.
C’est un acte d’adoration si ton intention est de mieux servir ALLAH ﷻ avec ton corps, avec ton énergie, avec ta clarté d’esprit.
La santé comme moyen d’adorer ALLAH ﷻ
La santé, il faut vraiment la voir comme un moyen d’adorer davantage. Le Prophète ﷺ ne séparait pas le corps de la foi. Il savait que la faiblesse physique pouvait atteindre la patience de la personne, sa concentration, sa constance dans l’adoration. Cela a beaucoup d’effets.
Il le dit aussi dans un autre hadith :
« Il y a deux bienfaits que beaucoup de gens négligent : la santé et le temps libre. »
Quand j’ai lu ce hadith pour la première fois, il m’a vraiment bouleversée. Effectivement, ce sont deux choses que, lorsqu’on les perd, tout l’or du monde ne remplace pas.
Tu peux dépenser tout ton argent pour essayer de te refaire une santé, sans réussir vraiment à la retrouver, parce qu’il y a aussi le choix d’ALLAH ﷻ dans tout cela.
De la même façon, si tu as perdu ton temps, si tu l’as gaspillé, tout l’argent du monde ne te permettra pas de rattraper ces heures perdues.
On voit bien que ce sont deux biens dont la valeur ne peut pas être estimée et qu’on ne peut pas rembourser.
Préserver sa santé
Ce hadith est une invitation claire :
préserve ta santé avant qu’elle t’échappe,
utilise ta force avant qu’elle te quitte
dépense aussi pour maintenir ce dépôt, cette amana, en vie.
C’est aussi simple que ça.
Dépenser pour soi, ce n’est pas de l’égoïsme, c’est une forme de reconnaissance. ALLAH ﷻ t’a confié un corps : c’est pour que tu le respectes et que tu l’utilises à Son service.
Le Prophète ﷺ nous montre que cette dépense-là, pour se soigner, pour entretenir son corps, c’est elle qui te rend plus lucide, plus apaisée, avec plus de sakina, plus forte dans la foi.
Ce n’est pas une perte, c’est un investissement.
Le Prophète ﷺ a donc payé celui qui l’a soigné, non pas parce qu’il en avait besoin, mais parce qu’il devait montrer l’exemple.
Il nous a appris que le soin est une amana, parce que le corps est une amana. La santé est une responsabilité.
Dépenser pour se soigner, c’est s’élever vers ALLAH ﷻ avec toute la gratitude et tout le sens de l’équilibre, du mizān , qui vont avec.
Prends soin de toi, pour ALLAH ﷻ
Alors je ne peux que te dire, à toi qui m’écoutes, et à moi-même aussi : prends soin de toi. Mais pas par culte de toi. Prends soin de toi par amour pour Celui qui t’a confié le corps que tu as.
Dépense.
Soigne-toi.
Nourris-toi sainement.
Repose-toi.
Le croyant fort, c’est celui qui peut encore se lever la nuit parce qu’il a pris soin de son jour.