Il y a un hadith que le Prophète ﷺ nous a laissé et qui contient, je trouve, un principe capable de révolutionner nos relations et de transformer notre vie quotidienne — littéralement.
Le musulman est celui dont les musulmans sont préservés du mal de sa langue et de ses mains. — Hadith rapporté par al-Bukhari et Muslim.
Il est simple. Il est tout aussi profond. Parce qu’il met en lumière une vérité universelle : le bon croyant, c’est celui dont la présence est synonyme de sécurité, de sakina, de paix et de quiétude pour les autres — sur tous les plans, physique, émotionnel, spirituel.
La langue et les mains…
Le Prophète ﷺ a précisé langue et mains . Ce n’est pas anodin. Ces deux éléments sont souvent à l’origine des conflits, des injustices, des blessures — de toutes les formes de blessures.
La langue est puissante. C’est quelque chose qu’on muscle tous les jours parce qu’on ne fait que parler. Elle est capable de construire ou de déconstruire. Une parole peut apaiser un cœur ou le briser. Elle peut rassembler ou diviser. La calomnie, la médisance, les moqueries, même les paroles inutiles — tout ça passe par la langue. Et tout ça cause des dégâts, parfois irréparables.
Les mains, elles, représentent nos actions physiques. Si nos gestes ou nos actes deviennent une source de nuisance, c’est que nous manquons dans notre devoir envers les autres.
Mais ce hadith ne se limite pas aux aspects superficiels. Il nous invite à réfléchir plus loin : est-ce que les autres se sentent en sécurité — émotionnellement et spirituellement — avec moi ? C’est la vraie question.
La sécurité émotionnelle et spirituelle
La sécurité qu’on offre aux autres dépasse les gestes et les mots. Elle inclut leur bien-être intérieur.
Sur le plan émotionnel, ça veut dire être bienveillant, éviter les critiques inutiles, ne pas diminuer les ressentis des autres. Est-ce que nos proches peuvent se confier à nous sans crainte d’être jugés, diminués ou observés bizarrement ?
Sur le plan spirituel, ça veut dire encourager — et surtout ne pas décourager. Est-ce que nos paroles rapprochent les gens d’ALLAH ﷻ ou leur font perdre confiance en eux ? Parce que parfois, à cause d’une seule parole ou d’un seul geste, on peut faire perdre confiance en ALLAH ﷻ à quelqu’un — ou en lui-même. Et les deux sont liés. C’est dangereux. Qu’ALLAH ﷻ nous en préserve et nous pardonne si on a été acteur de ça.
Le Prophète ﷺ a dit, dans un hadith rapporté par l’imam Ahmed :
Les croyants les plus complets dans leur foi sont ceux qui ont le meilleur caractère.
La foi et le caractère sont indissociables.
La responsabilité de chaque parole
Le Coran dit dans la Sourate al-Isrâ’, verset 36 :
Et ne poursuis pas ce dont tu n’as aucune connaissance. L’ouïe, la vue, le cœur — tout cela, en vérité, sera interrogé.
Cette ayah nous enseigne la responsabilité de chaque parole. Parce que la langue, en réalité, est la traductrice de tout. Elle traduit ce qu’on a entendu, ce qu’on a vu, ce qu’on ressent. On ne peut pas savoir ce que quelqu’un pense tant qu’il ne l’a pas verbalisé. Et même dans ce qu’il dit, il peut mentir, cacher, simplifier. Alors si dans ce qu’il dit, c’est déjà incomplet — imagine la responsabilité de ce qu’on prononce nous-mêmes.
Chaque mot a un poids. Le Jour du Jugement, on rendra des comptes sur tout ce que notre langue a produit — de bien ou de mal. Il n’y a pas d’entre-deux.
Et le Prophète ﷺ a dit — rapporté par Bukhari et Muslim :
Quiconque croit en ALLAH ﷻ et au Jour dernier, qu’il dise du bien ou qu’il se taise.
Combien de conflits, de malentendus, de blessures pourraient être évités si on appliquait ce seul principe ? Si on n’a rien de bien à dire — chut . Dans toutes les langues, dans toutes les cultures, ce mot-là existe. Et c’est à soi-même qu’il faut le dire, pas aux autres. Se dire tais-toi — c’est une discipline. C’est un art. Et c’est important de le maîtriser.
Est-ce que les gens me craignent ?
Je t’invite à te poser cette question honnêtement. Moi, je me la pose à chaque fois.
Est-ce que je suis une source de paix pour les autres ? Ou est-ce que, sans m’en rendre compte, je suis parfois une cause de trouble, de blessure ou de déséquilibre ?
Ça demande beaucoup d’humilité. Mais tu peux faire l’exercice : la prochaine fois que tu vas croiser quelqu’un — un proche, surtout — pose-toi la question. Est-ce qu’il me craint ? Est-ce qu’au moment où il me parle, il est en sécurité ? Ou est-ce qu’il est dans l’attente, dans l’expectative de ma prochaine remarque ?
Et tu peux même poser la question directement à ton entourage. Il faut aller chercher les vérités. Les proches n’ont pas de raison de mentir, surtout si tu viens avec humilité, en garantissant que tu ne vas pas mal réagir. Tu peux leur dire : je suis dans une quête de m’améliorer. Je ne me vois pas quand je parle. Ce ne sont pas mes mots que je reçois, c’est toi qui les reçois. Est-ce que tu peux me répondre honnêtement ?
On peut aussi demander à ALLAH ﷻ. Et Il montrera. Dans la même semaine, tu verras très bien ceux qui te craignent — et ceux qui se sentent en sécurité avec toi.
Être un refuge pour les autres : le modèle du Prophète ﷺ
Anas ibn Malik رضي الله عنه, qui a grandi au service du Prophète ﷺ, a dit :
Je l’ai servi pendant dix ans. Jamais il ne m’a demandé pourquoi tu as fait ceci ou pourquoi tu n’as pas fait cela.
Je trouve ça très parlant. Il aurait pu mentionner d’autres bienfaits du Prophète ﷺ — et il y en avait beaucoup. Mais ce qu’il retient, c’est l’absence de pourquoi ceci, pourquoi cela . Parce que ces questions — quand elles s’accumulent, quand elles reviennent de la même personne — elles pèsent. Elles mettent l’autre dans une posture de crainte permanente. On est en attente, dans l’expectative de la prochaine question avant même que la personne ait ouvert la bouche.
Le Prophète ﷺ épargnait les gens de ça. Sa douceur, sa patience, son humilité faisaient de lui un refuge — pour les croyants comme pour les non-croyants. Et c’est cela qu’on doit viser. Parce qu’on est des ambassadeurs du message. On ne peut pas se permettre de ne pas être de bons modèles — pas seulement envers la communauté, mais envers l’humanité.
Quelques pistes concrètes
Voici ce que je mettrais en place, à titre personnel — ce n’est pas exhaustif.
Faire l’istighfar
Demander pardon à ALLAH ﷻ pour les moments où notre langue et nos actions ont causé du tort — d’abord à nous-mêmes, et par extension aux autres.
Anticiper avant de parler ou d’agir
Ne plus seulement analyser après coup — j’aurais pas dû dire ça — mais anticiper : est-ce que ce que je vais dire ou faire apporte de la sakina, de la paix ? Ou est-ce que ça apporte du mal, du ressentiment, de l’inconfort ? Quand on s’est posé la question et qu’on fait le bien quand même, ALLAH ﷻ prend en compte cet effort-là. Et si on fait le mal alors qu’on s’est posé la question, on ne sera pas fier de soi — et finalement, on ne le fera pas.
Écouter vraiment
Écouter avec bienveillance, sans ramener à soi. Parce qu’écouter sans ramener à soi, c’est déjà rare. Et parfois, offrir une oreille attentive est plus puissant qu’un conseil. Si la personne ne t’a pas demandé ton avis, elle veut peut-être juste être entendue.
Apprendre le silence
Le silence est parfois la meilleure réponse. Se taire, c’est aussi parler — c’est dire à l’autre : je te laisse la place . Ça peut être sourire, être neutre, prendre dans les bras. Le silence ouvre beaucoup d’autres possibilités. Il est souvent plus éloquent que les mots.
Multiplier les douas
Invoquer ALLAH ﷻ pour qu’Il purifie nos cœurs, nos langues, nos actions. C’est la voie la plus rapide pour évoluer. C’est les points bonus dans l’examen. Mettre ALLAH ﷻ de notre côté — ça passe par L’invoquer, L’appeler, Lui demander.
Ce hadith est une invitation à devenir une source de lumière, de nour, pour les autres. Si chaque croyant prenait la responsabilité de préserver les autres du mal de sa langue et de ses mains, nos relations, notre communauté — et le monde — seraient transformés.
Qu’ALLAH ﷻ nous aide à purifier nos paroles, nos actions et nos intentions. Qu’Il fasse de nous des croyants exemplaires qui répandent la paix et la bienveillance partout où ils vont. Âmeen.