Se libérer du regard des gens

Temps de lecture estimé : 6 min

Il existe une prison très discrète dans laquelle énormément de personnes vivent. Une prison sans murs, sans barreaux, sans chaînes visibles — et pourtant, elle enferme beaucoup de gens. Cette prison, c’est le regard des gens. Le besoin d’être approuvé, validé, aimé, vu comme quelqu’un de bien.

Sommaire

Parfois, sans même s’en rendre compte, on commence à organiser sa vie autour du regard des gens, autour de ce besoin d’être vu. On choisit ce qu’on dit pour plaire, ce qu’on montre pour être admiré, ce qu’on fait pour être accepté. Et petit à petit, la boussole intérieure se déplace — au lieu de chercher la satisfaction d’ALLAH ﷻ, on cherche la satisfaction des gens.

Le Prophète ﷺ a été envoyé comme rahma pour l’Univers. Et cela implique aussi de libérer les cœurs de ce genre de dépendance.

Le piège du regard des gens

La première chose qui me vient en tête avec le regard des gens, c’est son instabilité.

Aujourd’hui on t’admire, demain on te critique.
Aujourd’hui on t’applaudit, demain on t’oublie.
Aujourd’hui on te soutient, demain on peut se retourner contre toi. 

On a tous déjà vu des scénarios comme ça.

Celui qui vit pour le regard des gens vit donc dans une instabilité permanente — parce qu’il confie son équilibre intérieur, son âme, à quelque chose qui change constamment. 

Au lieu de le confier à ALLAH ﷻ, qui est Vivant et ne meurt jamais.

Un hadith sur le regard des gens 

Le Prophète ﷺ a posé un principe important dans un hadith authentique rapporté par Ibn Hibban et d’autres :

« Celui qui cherche la satisfaction d’ALLAH ﷻ, même si les gens sont mécontents, ALLAH ﷻ sera satisfait de lui et rendra les gens satisfaits de lui.  Et celui qui cherche la satisfaction des gens au détriment d’ALLAH ﷻ, ALLAH ﷻ sera mécontent de lui et rendra les gens mécontents de lui. »

La sagesse de ce hadith est grande. Il nous explique qu’il y a deux chemins.

Le premier : tu recherches la satisfaction d’ALLAH ﷻ. Même si certaines personnes ne te comprennent pas, même s’il y a des critiques — ALLAH ﷻ finit toujours par placer l’acceptation dans les cœurs. Ainsi, tu seras accepté des gens qui en valent la peine. Parce qu’on ne peut pas être accepté de tout le monde, et ce n’est pas l’objectif.

Le deuxième : tu cherches à plaire aux gens. Tu ajustes ton comportement pour que les gens soient contents — ce qu’on appelle le people pleasing. Alors, tu fais ce qui est populaire, ce qui est applaudi, ce que tu perçois comme accepté. Même si c’est au détriment de la vérité, de la sincérité, de ce qu’ALLAH ﷻ aime. 

Et pourtant, malgré tout ça, les gens finiront quand même par se détourner. Parce qu’un cœur qui cherche l’approbation des gens ne peut jamais être stable — et il n’est même pas respecté.

L’ostentation

Il y a quelque chose qui vient naturellement quand on parle du regard des gens : la maladie du riya, l’ostentation. Le Prophète ﷺ nous a mis en garde contre elle dans un hadith rapporté par Mahmoud Ibn Labid رَضِيَ اللَّهُ عَنْهُ :

« Certes, ce dont j’ai le plus peur pour vous est le shirk mineur. » 

Les compagnons ont demandé ce qu’était le shirk mineur, et le Prophète ﷺ a répondu : 

« C’est l’ostentation. Le Jour du Jugement, lorsqu’ALLAH ﷻ jugera les gens, Il dira à celui qui pratiquait ça : « Partez vers ceux pour qui vous faisiez de l’ostentation dans la vie d’ici-bas, et voyez si vous trouvez une récompense auprès d’eux. » » 

(Rapporté par Ahmed, authentifié par cheikh Albani)

Ça fait froid dans le dos. L’ostentation, c’est quand l’acte n’est plus fait uniquement pour ALLAH ﷻ — peut-être même plus pour ALLAH ﷻ du tout. C’est quand il est fait pour être vu, admiré, reconnu.

Et cette maladie peut s’installer doucement, pas forcément dans les grandes choses, mais dans les petits réflexes du cœur. Par exemple, vouloir être vu comme quelqu’un de pieux — ce qui est très différent de vouloir être quelqu’un de pieux. On peut et on doit vouloir être pieux. Mais vouloir absolument être vu comme pieux, c’est autre chose. Pareil pour vouloir être vu comme généreux, ou comme quelqu’un de sage.

Le Prophète ﷺ ne voulait pas que les cœurs deviennent dépendants de ce regard-là. Parce que le regard des gens ne nourrit pas l’âme. Il n’y a que ce qu’ALLAH ﷻ porte sur nous qui nourrit l’âme.

Le Prophète ﷺ avait aussi cet art particulier de valoriser les personnes qu’on pourrait qualifier aujourd’hui d’invisibles — ceux qui n’étaient pas connus, pas célèbres, pas au centre de l’attention. Il les valorisait, les rendait heureux, pour bien montrer que la valeur ne dépend pas de la visibilité, mais de la valeur de la personne auprès d’ALLAH ﷻ.

Ainsi, quand le coeur se libère du regard des gens, on devient plus sincère, plus stable et plus libre. Car on vit pour al-Haqq, la vérité. Ce doit être notre but ultime. Le Prophète ﷺ a construit une communauté qui se doit de faire le bien même quand personne ne regarde. En effet, la vraie sincérité se manifeste quand personne ne voit.

Le piège de notre époque

Ce sujet n’a jamais été aussi important qu’aujourd’hui. On vit dans une époque où le regard des gens est partout. 

Tous les modèles du divertissement sont fondés sur ce regard. Les réseaux sociaux amplifient encore ce besoin — on regarde les chiffres, les likes, les commentaires. Les likes, c’est la caricature du regard des gens. On s’évalue par rapport à ça. Une publication qui fait un flop devient une source d’inquiétude.

Ce n’est pas un reproche — c’est une remise en question. Qu’est-ce qu’on fait de ça ? Qu’est-ce que ça dit de l’attention qu’on porte au regard des gens ? Et il faut faire la distinction selon le contexte — un commerce, un rappel religieux, du contenu lifestyle — la question reste la même : pourquoi est-ce qu’on fait ça ?

Les likes, les commentaires, les validations peuvent créer une dépendance silencieuse — qui petit à petit fait du bruit à l’intérieur. Et certains actes deviennent des performances plutôt que des adorations. Le Prophète ﷺ nous a protégés de ça. Il nous a appris que la valeur réelle ne se mesure pas à notre visibilité, mais à notre sincérité.

Se libérer du regard des gens sans devenir insensible

Se libérer du regard des gens ne veut pas dire devenir insensible. C’est l’autre extrême — et il faut l’éviter aussi. On reste des êtres humains. On aime l’encouragement, on aime la reconnaissance. C’est humain. Mais la différence, c’est que le croyant ne fait pas dépendre son identité de tout ça. Son centre de gravité est ailleurs — il cherche d’abord la satisfaction d’ALLAH ﷻ.

Et quand ce centre est solide, les critiques ne détruisent plus. Les compliments ne font plus tourner la tête. Le cœur reste stable parce qu’il s’allume et se calibre sur la satisfaction d’ALLAH ﷻ.

Est-ce qu’on peut en être certain ? La seule porte qu’on a, c’est de se dire : ALLAH ﷻ aime les gens qui font telle chose — Il le dit dans le Coran. Si je vais vers ce qu’Il aime et que je travaille ma sincérité, j’ai bon espoir d’avoir postulé correctement à Sa satisfaction. La confirmation pleine, la consécration, ce sera le Jour où ALLAH ﷻ nous accueillera — la fin de sourate al-Fajr décrit cela magnifiquement. Mais en attendant, Sa satisfaction se ressent, notamment dans :

  • une facilitation,
  • la sakina qu’Il met dans le cœur,
  • cette intuition qu’Il nous donne et qu’il faut savoir respecter.

Ce qu’il faut retenir sur le regard des gens

Le Prophète ﷺ n’a pas construit des gens obsédés par leur image. Il a construit des cœurs libres — des cœurs qui agissent pour ALLAH ﷻ et qui savent que la vraie reconnaissance ne vient pas des foules. Et comme le hadith nous le dit : si on vise la satisfaction d’ALLAH ﷻ, ALLAH ﷻ fait le travail pour nous.

Une question simple à se poser : est-ce que je fais ça pour ALLAH ﷻ, ou pour le regard des gens ? Et on se dit les choses honnêtement.

Le jour où le cœur arrivera à se libérer de ce regard, on découvrira une vraie liberté — l’une des plus belles que le Prophète ﷺ a offerte à cette communauté. 

On demande à ALLAH ﷻ de nous y amener, de nous libérer du regard des gens, et de nous rendre soucieux — peut-être même obsédés — par le regard qu’ALLAH ﷻ porte sur nous, et pas celui des gens.

Je suis Oustadha Zaynab. Depuis plus de 10 ans, j’aide les femmes à apprendre et à aimer le Coran. Mon but ? Que chaque sœur vive vraiment avec le Coran, qu’elle le ressente profondément et qu’il devienne un repère dans sa vie. Et toi aussi, tu peux vivre cette expérience.
Oui, c’est possible, bi idhnILLĀH !

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