L’humiliation dans l’Islam : l’exemple du Prophète ﷺ

Temps de lecture estimé : 15 min

Aujourd’hui, je veux parler d’un vrai fléau.
Un fléau de notre monde, et je ne sais pas s’il y a une époque où ce fléau a été pire. Peut-être qu’avant, il était moins présent, peut-être que demain il sera encore pire – qu’ALLAH ﷻ nous en préserve – mais aujourd’hui, nous avons atteint des sommets.

Dans cet article, nous allons évoquer la notion d’humiliation dans l’Islam, et notamment le fait que le Prophète ﷺ n’humiliait jamais personne, même pour dénoncer un mal.

Sommaire

Dans notre communauté, dénoncer un mal ou corriger une erreur ressemble trop souvent à une lapidation publique.
Un frère ou une sœur commet une erreur ? On filme, on expose, on humilie.
Quelqu’un ne pense pas comme nous ? On le rabaisse, on l’étiquette, on le salit.

Sur les réseaux, le clash est devenu presque un mode de da‘wa. L’humiliation est devenue un outil de pédagogie.

Pourtant, le Prophète ﷺ n’a jamais humilié pour corriger. Jamais.

Il n’a jamais exposé une personne fautive devant les autres quand ce n’était pas nécessaire.
Il lui est arrivé d’exposer, mais dans des cas très précis. Et c’est lui ﷺ qui le faisait.

Et même lorsqu’il exposait, il ne cherchait pas à humilier. Le style prophétique, c’est de dénoncer sans détruire. C’est corriger en protégeant la dignité de la personne.

Le hadith de ‘Aïcha (رضي الله عنها)

Je pense à un hadith rapporté par Oumunâ ʿAïcha (radiya ALLAH ʿanha).
Elle dit que le Prophète ﷺ, lorsqu’il apprenait quelque chose de négatif sur une personne, ne disait pas :

Qu’avez-vous à dire de Untel ?

Il disait plutôt :

Que se passe-t-il avec certaines personnes qui disent ceci ou cela ?

Il choisissait de généraliser la critique plutôt que d’identifier ou d’humilier la personne en particulier.

Ainsi, même si quelqu’un se sentait visé, personne d’autre ne pouvait savoir qu’il était concerné.
Le rappel restait doux et collectif, sans entacher la réputation de l’individu.

Une pédagogie du tact et de la réhabilitation

Le Prophète ﷺ connaissait pourtant souvent les personnes concernées, mais il préférait préserver leur dignité. Ce qu’il corrigeait, c’était l’acte, pas la personne. Il ne disait jamais “Untel a fait ceci, untel a fait cela”…

C’est une pédagogie du tact, de la protection et de la réhabilitation. Elle invite la communauté tout entière à réfléchir sur son “cœur collectif”, sans condamner publiquement un individu.

Le hadith du bédouin dans la mosquée

Un autre exemple célèbre illustre parfaitement cette pédagogie du Prophète ﷺ.

C’est l’histoire rapportée dans un hadith où un bédouin est entré dans la mosquée du Prophète ﷺ… et a uriné dans un coin.

Les compagnons ont voulu bondir sur lui. Mais le Prophète ﷺ est intervenu immédiatement :

« Laissez-le. »

Il a calmé la situation et a demandé qu’on le laisse terminer. Ensuite seulement, il l’a pris à part et lui a expliqué doucement que ce lieu est une mosquée et qu’on n’y fait pas ce genre de choses.

Ce bédouin, touché par cette douceur, a même invoqué ALLAH ﷻ pour lui et pour le Prophète ﷺ, en excluant tous ceux qui l’avaient agressé et grondé.

Cet épisode peut faire sourire, mais il nous enseigne beaucoup :

  • Le Prophète ﷺ a d’abord stoppé l’humiliation publique.
  • Il a attendu le bon moment pour corriger.
  • Il a préservé la dignité de l’homme en le conseillant en privé, avec douceur.

Cette réaction est un modèle : le Prophète ﷺ a calmé l’assemblée, expliqué sans violence, et transformé une faute en leçon de vie.

C’est une pédagogie qui restaure la personne plutôt que de l’écraser.

Le règne de l’humiliation

Si on met tout cela en perspective avec notre époque, on peut dire que nous vivons aujourd’hui dans le règne de l’humiliation.

Ce qu’on appelle « dire la vérité » devient trop souvent une excuse pour écraser les gens.

Certains, sous couvert de franchise, en profitent pour se défouler, placer leur rancune ou se venger. Ils disent :

« Moi je dis les choses cash, moi je suis franc, moi je passe pas par quatre chemins. »

Mais à quel prix ?

Si ta « sincérité » humilie ton frère, ridiculise ta sœur, ou déshumanise ton opposant, alors ce n’est pas une qualité. C’est une faute.

Dire la vérité peut devenir une faute si elle est dite de manière humiliante.

Prenons l’exemple des réseaux sociaux :

  • On expose, on critique, on balance.
  • La correction publique devient un tribunal d’opinion.
  • Les captures d’écran, les posts détournés, les rumeurs se transforment en pseudo-conseils publics.

Ce climat n’existe pas seulement en ligne. Dans nos écoles, dans certaines mosquées, parfois même dans nos familles, corriger en public est devenu la norme.

L’erreur est humaine, l’humiliation est inhumaine

On n’a pas besoin d’humilier pour corriger.
Lorsqu’on humilie quelqu’un, on va plus loin que son erreur :

  • Lui, il a fauté en restant humain.
  • Toi, tu perds ton humanité en l’humiliant.

Pourquoi le Prophète ﷺ n’a jamais humilié

Le Prophète ﷺ n’humiliait jamais, parce qu’il savait que l’humiliation tue la repentance.

Quelqu’un qui se sent humilié va :

  • se refermer sur lui-même,
  • s’éloigner d’ALLAH ﷻ,
  • perdre l’espoir de se relever.

L’objectif du rappel est de réformer, de ramener vers ALLAH ﷻ, pas de se venger ni de nourrir son ego.

Aujourd’hui, on a l’impression que certains utilisent la correction comme un placement de produit, et le produit c’est :

  • leur rancune,
  • leur vengeance,
  • leur ego.

Non. Corriger, c’est corriger – pas se défouler sur les gens.

Le Prophète ﷺ nous a montré un chemin clair : corriger pour réformer, jamais pour humilier, jamais pour régler des comptes personnels.

Humilier ou couvrir les fautes ?

Le Prophète ﷺ a dit :

« Celui qui couvre un musulman, ALLAH ﷻ le couvrira dans ce bas-monde et dans l’au-delà. »

C’est une immense bonne nouvelle.

Le Jour du Jugement, nous aurons tous besoin d’être couverts. Personne ne veut voir ses fautes exposées devant toute l’humanité.

  • Certains seront jugés seuls à seuls avec ALLAH ﷻ.
  • Et d’autres encore seront admis directement au Paradis, sans jugement.

Parmi ces privilégiés ? Ceux qui, ici-bas, ont couvert les fautes de leurs frères et sœurs, au lieu de les exposer.

Attention : couvrir les fautes ne signifie pas fermer les yeux sur le mal ou laisser la corruption s’installer.

Il y a une nuance importante :

  • On dénonce le mal, surtout s’il est public, répétitif, et incite d’autres à pécher.
  • Mais on ne diffame pas, on ne salit pas une personne en public pour une erreur qui pouvait être corrigée discrètement.

L’objectif est clair : protéger la dignité, et viser la réforme, pas la destruction de l’autre.

L’humiliation en public : un acte grave

Aujourd’hui, on a inversé les choses.

Sur les réseaux, on pense que corriger, c’est filmer et exposer.
Que préserver la religion, c’est faire des vidéos avec la photo de la personne en couverture, des shorts, des Réels, des lives clash.

Certes, parfois, la personne dénoncée a dit ou fait quelque chose de problématique.
Mais cela justifie-t-il d’en faire un objet de moquerie ?
De déclencher des vagues de commentaires humiliants, de rumeurs, de hashtags qui vont salir sa réputation encore davantage ?

En islam, la règle est claire : toute dénonciation publique doit avoir un objectif clair, légitime, et être faite par les bonnes personnes.

Ce n’est pas à monsieur et madame tout-le-monde de se prendre pour le shérif de l’islam.
La correction publique est un acte lourd, grave, et qui doit être entrepris avec science, crainte d’ALLAH ﷻ et sens de la justice.

Les critères pour nommer une personne publiquement

Ibn Rajab رحمه الله explique qu’il n’est permis de nommer une personne fautive publiquement que si :

  • son erreur est publique,
  • elle incite d’autres à la suivre dans cette erreur,
  • son erreur et son incitation persistent,
  • et qu’un conseil privé a déjà été donné et a échoué.

Même dans ce cas, il rappelle que cela doit être fait :

  • avec science,
  • avec crainte révérencielle,
  • sans passion ni vengeance.

C’est un processus qui demande énormément de prudence, de sincérité et de maîtrise de soi.

Quand la dénonciation publique devient permise

L’islam n’interdit pas la dénonciation publique. Mais il l’encadre avec des règles extrêmement strictes.

Les conditions

Les savants expliquent qu’il est permis de nommer une personne fautive publiquement uniquement dans certains cas :

  • lorsque le mal est avéré et récurrent,
  • lorsqu’il est public et documenté,
  • lorsqu’il y a incitation claire à ce mal (par des vidéos, des posts, des enseignements déviants, etc.),
  • et lorsque toutes les autres voies ont échoué : dialogue privé, conseils fraternels, appels à la modération.

Dans ce cas précis, la dénonciation n’a qu’un objectif : alerter et prévenir. Elle doit être portée par les savants, ou bien mandatée par eux. Et même là, il s’agit de protéger la communauté, pas d’écraser la personne.

L’éthique à avoir

Même quand l’erreur est réelle et grave, certaines choses restent interdites :

  • l’intention de nuire : se venger, écraser, ridiculiser ;
  • la recherche d’audience : utiliser la faute d’autrui comme un tremplin pour sa visibilité, surfer sur le bad buzz ;
  • l’ego et la moquerie : transformer une dénonciation en spectacle ou en règlement de compte ;
  • la généralisation et le mépris : dénigrer la personne dans sa globalité, alors qu’on doit se limiter à corriger son acte. Les phrases du type : « lui, de toute façon, il ne dit que des bêtises » « elle n’a aucune science » sont non seulement fausses, mais injustes. Même une personne qui s’égare ou qui dit quelque chose de très grave ne dit pas que des bêtises. Et parfois, elle peut même avoir une vraie science dans d’autres domaines. Dénigrer la personne dans sa globalité devient donc une injustice. On ne doit pas réduire un être humain à son erreur.
  • les insultes, les moqueries, les attaques personnelles. Même en cas d’erreur grave, on ne fait pas d’attaques sur le physique, on n’insulte pas, on n’humilie pas, on ne fait pas d’attaque sur la famille, le style vestimentaire, ou des détails qui n’ont rien à voir. Parce que là, on n’est plus dans la correction, mais dans le défouloir.

Quand ces interdits sont franchis, la dénonciation n’est plus un acte de protection.
Elle devient un péché.

Comment prétendre être dans al-ihsân, si on humilie ?

Trop souvent, on sent que la personne qui dénonce a gardé de la rancune, de la colère, de l’amertume… et que le rappel devient un prétexte pour « vider son sac ».

Et là, la question à poser, c’est :

Était-ce vraiment pour ALLAH ﷻ que tu dénonces ?
Ou bien était-ce le moment rêvé de régler un compte ?

Si on ajoute notre ego, nos blessures, nos rancunes dans la correction, on sort de la voie prophétique.

Le Prophète ﷺ corrigeait les actes, jamais les personnes dans leur dignité. Son objectif était toujours la réforme, pas l’humiliation.

Aujourd’hui, il y a un vrai problème. Ce n’est pas normal. Je le répète : ce n’est pas normal.

On ne peut pas prétendre être la communauté du ihsân, la communauté de l’excellence, tant que ces comportements persistent.

ALLAH ﷻ nous a décrits comme :

« La meilleure communauté suscitée pour les hommes »

Mais comment prétendre à cet honneur si nous passons notre temps à humilier, à exposer, à détruire ?
Ce n’est pas digne de la communauté de Mohammed ﷺ.

Et je me le dis à moi-même avant de le dire à quiconque. Nul n’est à l’abri. On peut tous se laisser emporter :

  • par la colère,
  • par la frustration,
  • par la douleur de voir le mal se propager.

Mais attention : si aujourd’hui ALLAH ﷻ devait peser notre dénonciation dans la balance,
serions-nous en paix avec notre conscience ?

Aurions-nous la certitude d’avoir corrigé sans ajouter :

  • des attaques sur le physique,
  • des paroles sur la famille,
  • des fautes passées dont la personne s’était peut-être repentie,
  • des informations privées que personne n’avait besoin de connaître ?

Le Jour où tout sera exposé, qu’allons-nous répondre à ALLAH ﷻ ?

Tout le monde n’est pas habilité à dénoncer publiquement

Aujourd’hui, tout le monde a un avis sur tout. Et tout le monde peut publier.

On en arrive à une situation où :

  • la parole d’un savant, d’un enseignant, d’une personne légitime, est mise sur le même plan que celle d’une personne sans formation,
  • parfois même, la parole de celui qui a des millions d’abonnés est plus écoutée que celle du savant discret qui n’a pas de compte Instagram.

C’est une inversion des valeurs, et c’est dangereux.

Or, l’islam nous demande d’ordonner le bien et d’interdire le mal, mais dans un cadre précis, avec des règles. Sinon, cela peut faire plus de mal que de bien.

À ce stade, tu pourrais me dire :

« Mais alors, on se tait ? On laisse passer le mal ? Seuls les savants peuvent parler ? »

Non. Ce n’est pas ce que je dis.

Ce que je dis, c’est que la dénonciation publique, nominative et documentée :

  • avec preuves religieuses,
  • preuves factuelles,
  • et preuve que la personne a été conseillée en privé et persiste malgré tout,
  • et que son erreur devient un fonds de commerce,
    est un acte grave et réservé aux gens habilités à le faire : les savants, les personnes de science, ou ceux qui sont mandatés par eux.

Comment dénoncer sans nommer ?

Nous, ce que nous pouvons faire, c’est utiliser la méthode prophétique :

  • parler sans nommer,
  • dire : « Il y a des personnes qui font ceci, cela… »,
  • rappeler ce que dit l’islam sur ce point,
  • redonner les repères.

Cela suffit souvent pour que ceux qui écoutent fassent le lien tout seuls lorsqu’ils rencontreront la situation. Et cela permet :

  • de préserver la dignité de la personne,
  • de protéger son honneur,
  • de laisser la porte ouverte au repentir.

Le risque d’une dénonciation mal faite

Quand on nomme et qu’on expose à tout va :

  • on risque de donner plus de lumière au mal qu’à la solution,
  • on peut créer un effet de soutien autour de la personne, même dans son erreur,
  • on peut la pousser à se braquer et à persister encore plus,
  • et on peut détruire toute chance de tawba, de retour vers ALLAH ﷻ.

Ce n’est pas l’objectif.

Dans le Coran, ALLAH ﷻ associe toujours :

  • « amr bil-ma‘rûf » (ordonner le bien)
  • et « nahy ‘an al-munkar » (interdire le mal).

Et cet ordre est toujours le même :

On ordonne d’abord le bien, puis on interdit le mal. Jamais l’inverse.

Or aujourd’hui, certains ont fait du « nahy ‘an al-munkar » leur unique occupation, en oubliant totalement la première partie :

  • conseiller,
  • montrer l’exemple,
  • proposer une solution,
  • marcher aux côtés de la personne.

Parfois, expliquer le bien suffit pour que la personne délaisse d’elle-même ce qui est blâmable.

Aujourd’hui, soyons honnêtes, même sans sortir de notre communauté, on voit de tout.
Il y a à boire et à manger dans cette façon d’agir – et c’est une mauvaise façon d’agir.

Je suis reconnaissante d’avoir l’occasion d’en parler ici, de rappeler que la dénonciation publique doit être encadrée et que nous devons retrouver les sagesses prophétiques
dans notre manière de corriger les autres.

La dénonciation publique (nominative) doit être faite par :

  • des gens de science,
  • connus pour leur droiture et leur bon comportement,
  • qui ont consulté les savants,
  • et qui connaissent les conditions et objectifs du jugement religieux (al-hukm ash-shar‘î).

➡️ Avoir une page Instagram et une audience ne suffit pas pour s’autoproclamer défenseur de la ‘aqîda et de la Sunna. On ne s’improvise pas « shérif de l’islam » parce qu’on sait bien parler ou qu’on a des abonnés.

L’exemple prophétique : dénoncer avec mesure

Les rares fois où le Prophète ﷺ a nommé publiquement quelqu’un, c’était justifié et encadré.

Exemple : ‘Abdullâh ibn Ubayy, chef des hypocrites à Médine, celui qui a lancé la calomnie contre notre mère ‘Â’isha (qu’ALLAH l’agrée)

(cf. les deux premières pages de sourate An-Nûr et ma série podcast Raconte-moi An-Nûr).

Ici, il y avait un mal grave, public et persistant :

  • calomnie envers l’épouse du Prophète ﷺ,
  • propagation de l’hypocrisie,
  • perturbation de la communauté.

Le Prophète ﷺ l’a nommé publiquement dans certaines situations, parce que son mal était constant, connu, et dangereux pour la communauté.

Et malgré tout cela, le Prophète ﷺ a interdit à `Umar ibn al-Khattâb (qu’ALLAH l’agrée),

qui était excédé par cet homme et lui a dit :

« Ô Messager d’ALLAH, permets-moi de frapper son cou. »

Dans certaines versions :

« Permets-moi de séparer sa tête de son cou. »

Et le Prophète ﷺ a refusé. Regarde la sagesse du Prophète ﷺ : même face au chef des hypocrites, celui qui a sali l’honneur de notre mère ‘Â’isha (qu’ALLAH l’agrée), celui dont les actes sont consignés dans le Coran, il refuse de l’humilier, il refuse de le tuer et il dit à `Umar ibn al-Khattâb (qu’ALLAH l’agrée) :

« Non, ô `Umar, je ne veux pas que les gens disent que Muhammad ﷺ tue ses compagnons. »

C’est fort. Cela montre que même pour un cas aussi grave, le Prophète ﷺ pense à l’image de l’islam, à l’impact sur les cœurs et à la dignité de cet homme malgré tout.

Ce qui nous montre encore une fois :

  • qu’il pensait à l’impact sur la communauté,
  • qu’il évitait l’injustice même envers son pire opposant,
  • et qu’il plaçait l’intérêt général au-dessus de l’émotion.

Défendre l’intérêt de la oumma

Des discours qui doivent nous alerter

Aujourd’hui, il y a des cas semblables – non pas d’hypocrites au sens des textes – mais de personnes très médiatisées qui tiennent des propos graves :

  • remise en question de hadiths authentiques,
  • relativisation ou négation de l’obligation du hijab,
  • discours sur le mariage mixte où l’on suggère qu’une femme musulmane pourrait se marier avec un non-musulman parce que les hommes musulmans l’auraient « déçue ».

Ces discours sont extrêmement dangereux. Celui qui les écoute au moment où sa foi est fragile, où il traverse une dépression, où il se sent rejeté, peut tomber dans l’interdit, voire dans l’apostasie.

Et à ce moment-là, Shaytân jubile. Son objectif est clair : qu’un maximum d’âmes se perdent. Il n’a pas besoin de beaucoup d’efforts, il suffit qu’il trouve une faille et il pousse la personne à la faute.

Quand quelqu’un diffuse massivement ce type de propos — via des formations, des vidéos, des conférences — et qu’il refuse tout dialogue, même après avoir été interpellé en privé par des savants, qu’il persiste et qu’il continue d’appeler les gens à le suivre, alors oui, il devient nécessaire de prévenir contre ces discours.

Une méthodologie à appliquer

Mais attention :

  • La dénonciation ne doit pas être centrée sur la personne.
  • On ne cherche pas à détruire sa réputation, ni à humilier, ni à régler des comptes.

Un exemple de formulation saine pourrait être :

« Certains discours circulent actuellement et visent à minimiser des piliers établis de l’islam. On y entend, par exemple, que les hadiths ne seraient pas fiables, que le hijab ne serait pas obligatoire, ou qu’une musulmane pourrait épouser un non-musulman s’il est gentil avec elle. Ces propos sont faux, dangereux et doivent être rejetés. »

Et on s’arrête là.

Pas besoin de citer de nom, ni de faire de publicité à cette personne. Sinon, tu risques d’attirer de nouvelles personnes vers son contenu. Pire : quelqu’un qui ne la connaissait pas pourrait aller voir ses vidéos « pour se faire un avis » et finir par se laisser convaincre.

Dans ce cas, le péché de son égarement pourrait peser sur toi, parce que tu as attiré son attention sur cet individu.

Distinguer l’acte de l’individu

C’est pour cela que le Prophète ﷺ dénonçait les comportements et les idées, sans forcément nommer les personnes, sauf quand c’était absolument nécessaire.

  • On dénonce les actes, pas les individus.
  • On corrige, on n’humilie pas.
  • On n’ajoute pas de moqueries, d’attaques personnelles ou de mèmes.

Comment en est-on arrivé à dénoncer le physique d’une personne, ou des aspects secondaires de sa vie ? C’est une injustice. Et posons-nous la question : aimerions-nous que l’on nous fasse subir la même chose ? Personne ne souhaite l’humiliation publique – et nous ne devrions la souhaiter à personne.

L’objectif doit toujours être de protéger l’umma, pas de nourrir son ego et cela doit être fait avec science et hikma.

Ce droit ne revient pas à tout le monde, il ne peut pas s’exercer n’importe quand, n’importe comment, et encore moins sur des sujets secondaires ou des divergences tolérées en islam. Les quatre écoles juridiques elles-mêmes ont des divergences : ce n’est pas une raison pour s’attaquer. Même dans les cas où il est permis de dénoncer, il reste interdit de diffamer, de ridiculiser ou de humilier.

Et nous, dans tout ça ?

Alors posons-nous sincèrement la question :

  • Quand je corrige, est-ce que je cherche à élever ou à écraser ?
  • Mes conseils ressemblent-ils à des coups ?
  • Suis-je secrètement satisfait lorsque quelqu’un est exposé ou humilié ?

Le Prophète ﷺ n’a jamais agi ainsi. Et nous, nous voulons lui ressembler, n’est-ce pas ?

L’application concrète : si tu dois corriger quelqu’un, fais-le en privé. C’est une sunna oubliée, mais ô combien puissante. Même une critique juste, si elle est faite en public, peut blesser plus que nécessaire. Sépare la faute de la personne :

  • dis « ce que tu as dit me gêne » plutôt que « tu es nul »,
  • dis « ce comportement n’est pas juste » plutôt que « tu es un égaré ».

Et surtout, n’entre pas dans la spirale de la violence verbale. Ne rends pas justice avec les armes de l’injustice.

Le Prophète ﷺ dénonçait le mal sans jamais rabaisser celui qui l’avait commis et tout en protégeant l’honneur des gens, même lorsqu’ils étaient en tort. Il parlait à l’âme, pas à l’ego, et il réformait les cœurs par la douceur et la rahma, pas par la honte.

Si nous faisions de même ?

Et si ce sujet t’a plu, n’hésite pas à lire également cet article :

➡️ Je suis Oustedha Zaynab, et voilà plus de 10 ans que j’enseigne aux femmes le Coran. Ce qui m’importe, au-delà de la mémorisation du Coran, c’est que mes sœurs vivent avec le Coran, que leur relation avec le Coran ne soit pas superficielle, mais bien chargée d’émotions. Tout cela, je le souhaite pour toi également, et je te le dis : c’est possible !

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