Le Prophète en tant que père et grand-père 

Temps de lecture estimé : 10 min

Dans cet épisode, on ouvre une nouvelle porte de la maison du Prophète ﷺ : celle du père et du grand-père. On va plonger dans cette pédagogie du cœur qui est la sienne, une pédagogie qui donne de la sécurité intérieure aux enfants et qui laisse une empreinte pour toute une vie.

Sommaire

À l’époque du Prophète ﷺ, avoir une fille n’était pas neutre. C’était un monde qui dévalorisait la naissance des filles, qui associait la masculinité à une forme de dureté, d’honneur mal compris, où la tendresse envers une fille était vue comme une faiblesse. 

Certains enterraient même leurs filles vivantes. Même si cette pratique n’était pas généralisée chez Quraysh, elle existait tout de même.

Dans ce contexte-là, Rasulullah ﷺ a brisé toutes les normes, avec sa lumière. Il a éduqué sa communauté par sa manière de traiter ses filles, et particulièrement Fatima رضي الله عنها.

Honorer ses filles : la première étape de l’éducation

Le Prophète ﷺ avait quatre filles. 

Parmi elles, Fatima رضي الله عنها occupait une place très particulière. 

D’ailleurs, ‘Aïsha رضي الله عنها disait que c’était celle qui ressemblait le plus au Prophète ﷺ dans son comportement. Certains compagnons disaient même qu’elle était comme la jumelle de son père, dans : 

  • les attitudes, 
  • la manière de marcher, 
  • de parler, 
  • de se comporter.

Fatima رضي الله عنها fait partie des quatre meilleures femmes des mondes qu’ALLAH ﷻ a élues : 

  • Maryam bint ‘Imran عليه السلام, 
  • Assiya, épouse de Pharaon et mère adoptive de Moussa عليه السلام, 
  • Khadija رضي الله عنها,
  • Fatima, fille du Prophète ﷺ. 

Dans la maison du Prophète ﷺ vivaient donc deux de ces quatre femmes : sa femme Khadija رضي الله عنها et sa fille Fatima رضي الله عنها. 

À chaque fois que Fatima رضي الله عنها entrait chez son père, le Prophète ﷺ se levait, allait vers elle, l’embrassait, prenait sa main et l’installait là où lui était assis. 

Et elle faisait la même chose quand c’est lui qui venait chez elle : elle se levait, allait vers lui, l’embrassait, prenait sa main et l’asseyait à sa place. 

C’est l’apprentissage par l’exemple, dans les deux sens.

Ce geste-là est un enseignement intemporel. L’éducation commence par l’honneur. Quand j’honore l’autre, j’ouvre la voie à une éducation qu’il pourra recevoir, intégrer. Nos enfants apprennent leur valeur en regardant comment on les regarde. Ainsi, ils apprennent : 

  • leur dignité dans la manière dont on les accueille. 
  • l’amour par notre présence. 
  • que la douceur n’est jamais une faiblesse : elle est un refuge.

Le Prophète ﷺ est un père qui : 

  • console sans humilier,
  • apaise sans écraser, 
  • corrige sans écraser le cœur. 

Sa pédagogie n’a rien à voir avec la pédagogie de la crainte, du chantage affectif, de la menace. 

Elle est basée sur le cœur et non sur la domination.

La visite de Fatima رضي الله عنها 

Un jour, Fatima رضي الله عنها vient rendre visite à son père. 

Plusieurs hadiths rapportent ces visites et le contenu de leurs conversations. 

Mais ce jour-là, elle n’est pas dans son état habituel. Elle est alors mariée à Ali رضي الله عنه, cousin du Prophète ﷺ, et elle est bouleversée. 

Elle a appris qu’Ali رضي الله عنه pensait prendre une seconde épouse.

Ce n’est pas un petit malaise. Ce n’est pas juste “un peu de jalousie”. C’est une douleur profonde. Elle le ressent à l’intérieur, elle est angoissée, très triste, vraiment bouleversée. Elle vient en parler à son père, le Prophète ﷺ. Elle ne vient pas formuler un verdict, elle ne lui dit pas “je suis contre”, elle vient exposer la situation, déposer sa douleur chez lui.

Le hadith est rapporté par Miswar ibn Makhrama رضي الله عنه. 

Fatima رضي الله عنها dit au Prophète ﷺ : 

« Ton peuple dit que tu ne te mets pas en colère pour tes filles ; et voilà que ‘Alî va épouser la fille d’Abû Jahl. »

Il explique qu’Ali ibn Abi Talib رضي الله عنه est allé demander la main de la fille d’Abu Jahl, qui elle était musulmane. 

Le Prophète ﷺ monte alors sur le minbar et s’adresse à la communauté. 

Alors le Prophète ﷺ se leva ; al-Miswar dit qu’il l’entendit après le tashahhud dire : « Ensuite : j’ai marié Abû al-‘Âs ibn ar-Rabî‘ ; il m’a parlé et il a dit vrai. Et Fâtima est une partie de moi, et je déteste qu’elle soit peinée. Par ALLAH, la fille du Messager d’ALLAH ﷺ et la fille de l’ennemi d’ALLAH ne peuvent pas être réunies comme co-épouses chez un seul homme. »

Il décrit la situation, mais il commence par préciser quelque chose de fondamental : il ne rend pas haram ce qu’ALLAH ﷻ a rendu halal, et il n’autorise pas ce qu’ALLAH ﷻ a rendu haram. 

Il rappelle le cadre : le mariage en soi n’est pas interdit à Ali رضي الله عنه.

Puis, il se positionne comme père. Il dit, dans le sens, qu’il est impossible de réunir dans un même homme la fille du Messager d’ALLAH et la fille de l’ennemi d’ALLAH. 

Il ne veut donc pas que la fille du Messager d’ALLAH ﷺ soit la coépouse de la fille d’Abu Jahl. 

Il met des limites, non pas pour annuler un droit, mais pour protéger le cœur de sa fille.

Dans une autre version du hadith, il dit dans le sens : 

“J’ai peur qu’elle soit éprouvée dans sa foi” 
(Bukhari)

“Fatima est issue de moi, et je crains pour elle que cela ne créé une fitna pour sa religion” 
(Muslim)

La jalousie est instinctive dans le couple, et le Prophète craignait alors que celle-ci pousse sa fille à adopter une attitude indigne de son rang.

Le Prophète ﷺ en tant que père qui protège le coeur de sa fille

Ici, la nuance est précieuse. Le Prophète ﷺ ne dit pas à Ali رضي الله عنه : “Tu n’as pas le droit de te remarier.”

 Il lui dit plutôt : “Tu es libre de prendre une autre épouse, mais dans ce cas, tu laisses ma fille.” 

Il ne lui interdit pas la polygamie en soi, mais il se positionne, en tant que père et mahram, pour préserver la paix intérieure de sa fille, qui a déjà beaucoup souffert : 

  • le décès de sa mère, 
  • le décès de ses sœurs,
  • les épreuves successives.

Des exégètes expliquent que cet épisode a eu lieu après la conquête de La Mecque, à un moment où Fatima رضي الله عنها était la seule fille encore vivante du Prophète ﷺ. 

Dans ce contexte, une jalousie supplémentaire, dans ce cas précis, aurait été une source d’inquiétude de trop pour elle.

Ce qui frappe dans cet épisode, c’est la manière dont le Prophète ﷺ lit la douleur de sa fille. 

Il ne minimise pas. 

Il ne ridiculise pas sa jalousie en disant : “C’est normal, sois forte, patiente, c’est la vie.” 

Il n’utilise pas son propre exemple – lui qui a plusieurs épouses – pour lui dire de “relativiser”. Non, il : 

  • l’accueille, 
  • l’écoute, 
  • comprend sa douleur, avant même qu’elle ne la formule complètement,
  • la rassure, 
  • la défend, 
  • protège son cœur.

Le Prophète ﷺ, un père qui écoute les émotions 

Ce que nous enseigne cette scène, c’est que les émotions d’un enfant méritent toujours d’être entendues, même à l’âge adulte. 

Aux yeux du Prophète ﷺ, Fatima رضي الله عنها reste sa fille, même mariée, même mère.

Même quand l’émotion semble démesurée, même quand elle dépasse l’intellect, même quand elle semble sortir de cette fameuse “sensibilité” de l’enfant, de la femme, de la fille ou du garçon, aucune émotion n’est ridicule, aucune larme n’est “trop”, aucun trouble n’est exagéré. 

C’est ce qu’il montre par sa réaction.

Un autre enseignement essentiel ici : c’est un père qui écoute sa fille mariée parler d’un problème dans son mariage, d’un projet de son époux, et qui agit. 

Imaginons si aujourd’hui, le Prophète voyait l’état de la communauté… Qu’une fille ne puisse pas aller voir son père pour se plaindre de son mariage.

Des filles savent qu’une fois mariée, c’est fini. Si elles divorcent, elles seront en marge de la société mais aussi de la famille. 

On connait, on use et on abuse du mot “Sabr — Patience”, mais c’est rarement employé dans le sens qu’ALLAH nous le demande. 

► Combien de pères, aujourd’hui, auraient écouté jusqu’au bout, pris au sérieux ce que leur fille raconte ? 

► Combien de pères se seraient levés pour publier une mise au point claire, devant tout le monde, au risque de froisser un gendre aussi proche et précieux qu’Ali رضي الله عنه ?

Le Prophète ﷺ, un père toujours présent

Le Prophète ﷺ rappelle aussi, par son comportement, que la responsabilité du père ne s’arrête pas au mariage de sa fille. Un père ne “rend pas son tablier” le jour de la cérémonie. 

Tant qu’il est vivant et en pleine santé, sa responsabilité existe, même si elle ne s’exprime plus de la même manière que lorsque la fille est sous son toit.

Il est toujours là, pendant le mariage, après le mariage, comme un repère et un refuge.

  • Il a accueilli sa fille Zaynab رضي الله عنها, alors que son mari ne s’était pas encore converti à l’islam, et qu’elle ne pouvait plus vivre avec lui.
  • Il a accueilli ses deux autres filles, Ruqqaya et Oum Koulthoum, mariées toutes deux aux fils d’Abu Lahab, qui les répudient après la proclamation de l’Islam.
  • Il a accueilli Fatima quand elle est venue se confier à lui.

Ainsi, Ali رضي الله عنه, de son côté, a respecté la décision du Prophète ﷺ. Il ne s’est jamais marié avec cette femme et, de tout le vivant de Fatima رضي الله عنها, il n’a pris aucune autre épouse. Il faut d’ailleurs savoir que Ali رضي الله عنه aimait profondément Fatima  رضي الله عنها. Il écrviait beaucoup de poésie à son sujet, même après le décès de Fatima  رضي الله عنها.  

Il ne s’est remarié qu’après son décès.

► Nous devons, individuellement, revivifier cette sunnah. Nous devons en parler autour de nous, aux membres de nos familles, pour que cet aspect du Prophète ﷺ revienne à l’ordre du jour. 

Le Prophète ﷺ, un grand-père qui éduque par la douceur

En tant que grand-père, le Prophète ﷺ continue cette pédagogie du cœur. Il donne à ses petits-enfants une combinaison rare : 

  • affection visible, 
  • respect, 
  • sécurité, 
  • cadre, 

Le tout dans une grande douceur.

Un jour, pendant la prière en groupe, l’un de ses petits-fils – Hasan ou Husayn رضي الله عنهما – monte sur son dos alors qu’il est en prosternation. Le Prophète ﷺ ne le repousse pas, ne le gronde pas. Il ne lui dit pas : “Ce n’est pas le moment de jouer.” 

Il fait exactement l’inverse : il rallonge sa prosternation. Il reste longtemps en sajda, au point que les compagnons s’inquiètent, craignant qu’il lui soit arrivé quelque chose.

À la fin de la prière, ils lui demandent, et il explique : son petit-fils était sur son dos, et il n’a pas voulu le brusquer. La prière continue, le rituel est accompli, mais l’enfant, lui, s’est senti respecté dans son rythme d’enfant. 

Dans ce même geste, le Prophète ﷺ éduque son petit-fils à l’amour et éduque la communauté à la douceur.

Il montre que la prière peut continuer sans écraser l’enfant, sans le menacer, sans transformer la mosquée en lieu de menace. La spiritualité demeure, la douceur prime. Il fait comprendre à cet enfant : “Même quand je suis en prière, tu restes important.” 

C’est comme ça qu’un cœur grandit dans la sécurité, et qu’il reviendra vers ALLAH ﷻ sans peur.

Dans une autre scène, le Prophète ﷺ appelle son petit-fils. L’enfant court vers lui, trébuche, tombe. Le Prophète ﷺ ne rit pas de lui. 

Il ne lui dit pas : “Tu n’avais qu’à faire attention.” 

Il ne minimise pas en disant : “Ce n’est rien, lève-toi, sois fort.” 

Il marche vers lui, le prend dans ses bras, le serre contre lui et lui dit, dans le sens : 

“Mon fils, mon petit-fils, comme ta démarche est belle !

Une pédagogie du coeur 

Il lui permet de retenir le meilleur de ce qui vient de se passer, il renforce sa confiance, protège son estime de lui, nourrit sa construction intérieure.

Encore une fois, c’est la pédagogie du cœur : jamais de domination. Sa pédagogie repose sur plusieurs piliers :

  • l’affection visible : baisers, câlins, sourire, main posée sur la tête, gestes de reconnaissance, amour exprimé à haute voix, jamais gardé seulement dans le cœur ;
  • le respect : il parle aux enfants comme à des êtres à part entière, il les écoute, valide leurs émotions, les fait participer, donne de l’importance à leurs idées ;
  • la transmission par l’exemple : prière à la maison, invocations à voix haute, patience, véracité, gestion des conflits, habitudes du quotidien. Il n’a pas besoin de “s’imposer”, il incarne les choses.

Il écoute même les “bébés compagnons”, les enfants des compagnons, raconter leurs petites histoires, alors que nous, aujourd’hui, on serait tentés de dire : “Oui, oui, d’accord, viens manger.” Lui écoute, prend ce temps, alors que c’est lui le plus occupé de la communauté.

L’éducation spirituelle du Prophète ﷺ

En découvrant le Prophète ﷺ dans son rôle de père et de grand-père, on comprend que l’éducation spirituelle n’est pas une simple méthode ni une technique parmi d’autres. Ce n’est pas un manuel à cocher. C’est un climat, tout un écosystème : 

  • présence, 
  • affection, 
  • douceur, 
  • respect, 
  • sécurité, 
  • exemple.

Nos enfants n’ont pas besoin de parents parfaits. Ils ont besoin de parents présents, dans le cœur et physiquement. Des parents qui portent la lumière dont ils ont besoin dans les petits gestes, pas seulement dans les grands discours. Les grands discours, on sait les faire. Mais ce que l’enfant retient, c’est ce qu’il voit, ce qu’il ressent, la manière dont il est accueilli, écouté, regardé.

Ce qu’il faut retenir du Prophète ﷺ en tant que père

Le Prophète ﷺ nous montre que la pédagogie du cœur, c’est l’éducation qui se fait par la présence et non par la pression. Il était présent, et pourtant on ne ressentait pas la pression écrasante. Il faisait bon vivre dans sa maison. C’est là que ses enfants et petits-enfants ont appris à revenir vers ALLAH ﷻ sans peur.

Et toi, en regardant cette pédagogie prophétique, tu peux te poser cette question : quel climat je crée, chez moi, dans le cœur de mes enfants ? Est-ce que je leur donne surtout des règles et des discours, ou est-ce que je leur donne une présence qui rassure, un amour visible, une écoute réelle, un exemple vivant ?

C’est là que commence l’éducation du cœur.

Si ce sujet t’a plu, n’hésite pas à consulter cet autre article :

Partager cet article :
S’abonner
Notification pour
guest
0 Commentaires
Le plus ancien
Le plus récent Le plus populaire
Commentaires en ligne
Afficher tous les commentaires

Quiz gratuit

Découvre ton profil d'apprentissage et des conseils pour mémoriser le Coran

Par ce test, tu en apprendras davantage sur ton profil d’apprentissage, le style que tu préfères utiliser pour recueillir et utiliser les idées et les informations.

Coche les réponses qui correspondent au mieux à tes habitudes et tes préférences. À la fin, découvre tes résultats et les conseils associés.

Retour en haut