Les femmes qu’ALLAH ﷻ veut que nous soyons

Temps de lecture estimé : 10 min

Il faut noter d’emblée que ce qui va être abordé ici n’est pas une question de perfection. C’est une aspiration à incarner les qualités qu’ALLAH ﷻ — qui nous a créées — nous a demandé de développer, pour atteindre le niveau spirituel auquel Il nous appelle, et atteindre notre but dans cette vie et dans l’au-delà.

Sommaire

La ayah et son contexte

عَسَىٰ رَبُّهُۥٓ إِن طَلَّقَكُنَّ أَن يُبْدِلَهُۥٓ أَزْوَٰجًا خَيْرًۭا مِّنكُنَّ مُسْلِمَـٰتٍۢ مُّؤْمِنَـٰتٍۢ قَـٰنِتَـٰتٍۢ تَـٰٓئِبَـٰتٍ عَـٰبِدَٰتٍۢ سَـٰٓئِحَـٰتٍۢ ثَيِّبَـٰتٍۢ وَأَبْكَارًۭا

S’il vous répudie, il se peut que son Rabb lui donne en échange des épouses meilleures que vous — musulmanes, croyantes, obéissantes, repentantes, adoratrices, parcourantes de la terre en quête d’ALLAH ﷻ, déjà mariées ou vierges.

Sourate at-Tahrim, verset 5.

Avant d’entrer dans le cœur du sujet, il est important de poser le contexte de cette ayah — parce qu’ici, ALLAH ﷻ s’adresse aux épouses du Prophète ﷺ.

Il y a eu, au temps du Prophète ﷺ, une situation délicate au sein de son foyer. Il avait confié une information, un secret, à l’une de ses épouses. Ce secret s’était ébruité jusqu’à d’autres épouses. ALLAH ﷻ en a informé le Prophète ﷺ, et s’ensuit ce qu’on lit dans le début de la Sourate at-Tahrim — une remontrance, un rappel à l’ordre.

Mais ce contexte, aussi intime soit-il, nous concerne toutes. Et avant même de parler aux épouses du Prophète ﷺ, ALLAH ﷻ commence dès la première ayah par un rappel adressé au Prophète ﷺ lui-même :

Ô Prophète, pourquoi, en cherchant l’agrément de tes épouses, tu t’interdis ce qu’ALLAH ﷻ t’a rendu licite ? ALLAH ﷻ est pardonneur et miséricordieux.

C’est une grande leçon. Le Prophète ﷺ, par profond respect et par rahma pour ses épouses, avait tendance à céder à certaines choses pour leur faire plaisir. Et là, ALLAH ﷻ lui dit : non. On n’accepte pas, à son propre détriment, quelque chose pour une autre personne, même par amour. On se respecte soi-même d’abord. C’est d’ailleurs l’image de l’avion : tu mets d’abord ton masque à oxygène, et ensuite tu aides la personne à côté de toi.

Et plus loin dans la sourate, ALLAH ﷻ dit : préservez-vous vous-mêmes d’abord, puis votre famille. Le principe est le même.

La complexité de vivre aux côtés du modèle planétaire

J’ouvre ici une parenthèse qui me tient à cœur. Quand cette sourate est révélée, les épouses du Prophète ﷺ sont vivantes. Elles vivent au milieu des gens. Tout le monde est au courant. Les compagnons récitent ces ayat dans leurs maisons. Ce n’est pas de l’histoire lointaine pour elles — c’est leur quotidien.

Et je me dis que ce n’était pas simple à gérer émotionnellement. Ces femmes sont les mères des croyants. Les gens les mettent sur un piédestal. Et là, dans le Coran — la parole d’ALLAH ﷻ, récitée pour l’éternité — il est question d’un secret qui s’est ébruité.

ALLAH ﷻ, dans cette sourate, fait exactement ce travail avec les épouses du Prophète ﷺ. Il protège leur intégrité, leur dignité, leur réputation. Il ne cite pas le secret en question. Il ne donne pas de nom. Il ne précise pas combien d’entre elles étaient concernées, ni dans quelle maison cela s’est passé. Comme pour dire : ça ne vous regarde pas. Tout ce que vous devez savoir, c’est que ce sont des être humaines qui ont eu leur moment. Et ensuite, voilà ce qu’ALLAH ﷻ dit d’elles.

La balance est parfaitement faite. Et quand on finit de lire tout ça, on ressort avec encore plus de respect et de considération pour les mères des croyants — pas moins.

Avant de citer les huit caractéristiques qu’ALLAH ﷻ mentionne, voici un spoiler important. On connaît la suite de l’histoire : le Prophète ﷺ ne les a pas répudiées. Et ce simple fait est un témoignage supplémentaire de la part d’ALLAH ﷻ. Si elles ne possédaient pas ces caractéristiques, Il les aurait remplacées. Puisqu’Il ne les a pas remplacées, c’est qu’elles les possédaient — pleinement. Et ça, ça ferme définitivement la porte à toute déception ou manque de respect envers les mères des croyants.

Les huit caractéristiques — quatre paires

ALLAH ﷻ cite :

Muslimat, mu’minat, qanitat, ta’ibat, abidat, sa’ihat, thayyibat wa abkarat.

J’aime présenter ces huit caractéristiques comme quatre paires.

Première paire : Muslimat et Mu’minat

Muslimat

► Soumises à ALLAH ﷻ, musulmanes. Être soumise à ALLAH ﷻ, c’est accepter Sa volonté avec humilité, comprendre que chaque événement de notre vie — les épreuves, les défis, les moments de joie, les moments de gratitude — fait partie de Son plan. Ce n’est pas une soumission aveugle. C’est une confiance profonde en ALLAH ﷻ et une conscience de Sa hikmah, de Sa sagesse, qui dépasse complètement notre entendement.

Mu’minat

► Croyantes. La foi en ALLAH ﷻ ne se limite pas aux mots qu’on prononce. C’est croire en Lui comme si on Le voyait, alors qu’on ne Le voit pas. C’est une foi qui se ressent dans le cœur — et qui se transparaît dans les actes. C’est ce qui renforce notre sincérité, ce qui nourrit nos adorations. Une mu’minah vit avec la conviction que cette vie n’est qu’un test, et que sa foi est son bouclier dans ce test.

La question à se poser :

► Comment, en tant que femme croyante, est-ce que je renforce mon islam, mon iman, mon lien avec ALLAH ﷻ ? Comment je fais de chaque acte, même tout petit, un acte de soumission et de foi ?

Deuxième paire : Qanitat et Ta’ibat

Qanitat

► Ce terme est malheureusement souvent faussement traduit par obéissantes à leur époux ou soumises à leur mari. Ce n’est pas ça. Qanata, c’est une soumission totale, entière, à ALLAH ﷻ exclusivement. Cela ne peut pas être envers un être humain, qui qu’il soit. Le dalil est clair : quand ALLAH ﷻ s’adresse à Maryam عليه السلام, il lui dit oqnuti li rabbiki — soumets-toi entièrement à ton Seigneur. Chaque fois que qanitat, qanitin ou qanitat est employé dans le Coran, c’est spécifiquement pour ALLAH ﷻ, et rien d’autre.

Être qanitat, ce n’est pas seulement être soumise dans les moments faciles. C’est rester ferme dans ses adorations, maintenir la salat, être constante dans les actes de bien — y compris quand on doute, quand on est éprouvée, quand tout semble compliqué.

Ta’ibat

► Celles qui se repentent. La racine tâba signifie littéralement revenir. Et ce verbe dit tout. Quand on commet quelque chose de mal, on s’éloigne. Revenir, c’est : je me rends compte, et vite, je retourne à la maison. Ce n’est pas un acte ponctuel après un péché — c’est une posture quotidienne, une démarche d’humilité envers ALLAH ﷻ. On fait des erreurs chaque jour. Chaque jour, on revient. Dans les adhkars, dans les prières, dans les récitations du Coran — il y a plusieurs moments dans la journée pour dire astaghfirullah, wa atûbu ilayk.

Le tawba, c’est aussi développer la capacité à pardonner aux autres. ALLAH ﷻ nous pardonne constamment. Qui sommes-nous pour retenir indéfiniment des choses contre les gens ? Il nous enseigne que celui qui veut être facilement pardonné par ALLAH ﷻ doit lui-même avoir l’habitude de pardonner. Et quand on pardonne, on le fait pour soi — pas pour l’autre. C’est nous qui nous alourdissons quand on ne pardonne pas. L’autre circule et fait ce qu’il a à faire.

La question à se poser : quelle est la place de la tawba dans ma vie ? Est-ce que je suis prête à reconnaître mes erreurs et à me tourner vers ALLAH ﷻ avec sincérité, même après de petits manquements quotidiens ?

Troisième paire : Abidat et Sa’ihat

Abidat

► De abd, esclaves d’ALLAH ﷻ, entièrement dévouées à Lui. Ce terme peut sembler fort, mais il reflète une réalité très profonde. Et il ne faut surtout pas avoir de problème avec lui. Rappelle-toi : dès la première ayah de la Sourate al-Kahf, ALLAH ﷻ parle du meilleur de Ses créatures — le Prophète ﷺ — et dit ‘alâ ‘abdihi — sur Son esclave. En parlant du meilleur des hommes, Il utilise ce mot.

Il y a là une leçon fondamentale : d’un être humain à un autre, la position la plus basse qu’on puisse occuper, c’est esclave. Mais auprès d’ALLAH ﷻ, c’est la position la plus haute à laquelle on puisse prétendre. On ne peut pas avoir plus haut que ça. Donc quand ALLAH ﷻ dit que ces femmes sont des abidat, Il est en train de les complimenter. Il dit quelque chose de grand.

Sa’ihat

► Ce terme est souvent traduit par jeûneuses, mais la traduction littérale de sâha est voyager, parcourir la terre en quête d’ALLAH ﷻ. Ce sont celles qui se mettent en route, qui bougent. La traduction jeûneuses vient du fait que les Arabes utilisaient ce terme pour désigner celui qui jeûne — parce que celui qui a jeûné doit se lever et aller chercher sa nourriture. C’est un dérivé subtil.

Mais le sens premier, c’est le voyage. Et ALLAH ﷻ le dit ailleurs dans le Coran : sîhû fî al-ard — parcourez la terre. Ce n’est pas jeûnez. C’est une femme qui se déplace pour ALLAH ﷻ — que ce soit physiquement ou sur un chemin spirituel. Quand tu as progressé dans tel caractère, dans telle adoration, dans telle connaissance, tu voyages aussi. Et sur ce chemin, on attrape des choses, on en partage, on les diffuse, et on repart. Il y a vraiment cette idée de circuler, de transmettre en chemin.

Et dans la métaphore de l’ayah, quand ALLAH ﷻ dit qu’Il pourrait les remplacer par de telles femmes, il dit aussi : des femmes qui viendraient de tous les horizons, de toutes les cultures, qui ont parcouru une partie de la terre.

La question à se poser : est-ce que je me perçois comme une esclave d’ALLAH ﷻ, dans le sens noble du terme ? Est-ce que je suis constante et en quête d’élévation ? Et qu’est-ce que je fais concrètement pour avancer sur ce chemin ?

Quatrième paire : Thayyibat et Abkarat

Et voilà la dernière paire — et peut-être la plus intéressante à méditer.

Thayyibat

► Précédemment mariées, qu’elles soient veuves ou divorcées.

Abkarat

►Jamais mariées, vierges.

Ce qui frappe d’emblée, c’est l’ordre dans lequel ALLAH ﷻ les mentionne. Il cite les thayyibat — les femmes qui ont déjà été mariées — en premier. Et ce n’est pas anodin. Les tafsirs que j’ai consultés — une dizaine — sont remarquablement unanimes sur ce point. Les savants du tafsir disent que les femmes précédemment mariées, veuves ou divorcées, sont mentionnées en premier parce qu’elles ont eu plus d’occasions d’expérimenter et d’appliquer les six caractéristiques précédentes — dans le cadre d’un foyer, avec un époux, avec des enfants parfois. Elles ont pu les vivre à la fois dans leur vie personnelle et dans leur vie conjugale.

Quand j’ai lu ça, je me suis dit : mais est-ce qu’on vit dans le même monde qu’eux ? Parce que dans nos cultures et dans notre société, ce n’est absolument pas ce qu’on observe. Et pourtant, c’est l’islam.

Et il y a quelque chose de très beau dans la façon dont ALLAH ﷻ protège chacune ici. Si les abkarat avaient été citées en premier, les épouses du Prophète ﷺ — dont la grande majorité avait déjà été mariée avant lui — auraient pu se sentir diminuées, comme si leur passé marital les plaçait dans une position inférieure. ALLAH ﷻ ferme cette porte en les citant en premier.

Et symétriquement, si seules les thayyibat avaient été mentionnées, Aïcha رضي الله عنها — la seule parmi les épouses du Prophète ﷺ à n’avoir jamais été mariée avant lui — aurait pu penser qu’elle était à l’abri d’être remplacée. ALLAH ﷻ ferme aussi cette porte en ajoutant wa abkarat — et aussi des vierges.

Un message clair 

Le message est limpide : peu importe ton statut marital — mariée, jamais mariée, veuve, divorcée — tu as de la valeur. Et tu peux incarner les six caractéristiques précédentes indépendamment de ce statut. D’ailleurs, quand ALLAH ﷻ cite les six premières caractéristiques, il ne mentionne aucun époux, aucun père, aucun tiers.

Ces caractéristiques sont entre toi et ALLAH ﷻ. Elles t’appartiennent. Elles sont propres à ta relation avec Lui.

Et c’est en dernier seulement qu’Il évoque le statut marital — pour dire que toutes les femmes, dans tous les états de vie, peuvent les posséder.

Alors à toutes celles qui ont déjà vécu un mariage, qui ont divorcé, qui sont veuves, et qui se sont senties en marge, inférieures, pestiférées — ALLAH ﷻ vient de vous parler. Les mères des croyants, les meilleures femmes de leur époque, ont été précédemment mariées. Et elles ont épousé le meilleur des hommes.

Et pour les hommes — c’est aussi un dalil que les savants emploient — les premières caractéristiques à rechercher chez une femme ne sont pas la beauté, ni le statut social, ni le fait qu’elle n’ait jamais été mariée. Ce sont ces six critères-là.

Ce que cette ayah nous invite à faire

Je te recommande vraiment de prendre un papier et un stylo. Tu écris chaque caractéristique, une par une, en arabe. Et tu te poses la question honnêtement : qu’est-ce que ce mot implique concrètement ? Comment est-ce que je me positionne par rapport à lui ?

Muslimat — on l’est toutes, en un sens.
Mu’minat — il faut le mériter.
Qanitat — c’est un degré supérieur.
Ta’ibat — est-ce que je suis quelqu’un qui revient vraiment, tout le temps ?
Abidat — est-ce que je me vis comme esclave d’ALLAH ﷻ, dans le sens le plus noble ?
Sa’ihat — est-ce que je suis en cheminement, en quête, en mouvement ?

Si tu regardes bien, il va crescendo. Et à chaque fois, c’est une perle supplémentaire qu’on enfile.

Et ensuite :

Thayyibat ou abkarat — quelle que soit ta situation, est-ce que tu te sens légitime ? Est-ce que tu te sens à ta place dans ce collier ?

Parce que mariée, pas mariée, précédemment mariée, jamais mariée — tu as un code à suivre. De toi à ALLAH ﷻ. Et ça suffit amplement.

La métaphore du voyage

Je vais terminer sur une image. Nous sommes toutes en train de voyager vers la maison — vers le paradis. Nous essayons toutes de rentrer chez nous. Il y a des personnes qui ont posé leurs valises quelque part en chemin et qui ne repartent plus — elles se sont ancrées dans cette vie. Il y a des personnes qui voyagent mais sans jamais s’arrêter — sans apprécier ce qu’ALLAH ﷻ a mis sur la route pour qu’on puisse se ressourcer. Et il y a celles qui voyagent comme il faut — en faisant des pauses, en priant aux heures de prière, en mangeant, en se reposant, en rencontrant des gens sur le chemin, et en repartant.

C’est comme ça qu’on doit être sur cette terre. Et le mariage, dans ce voyage, n’est pas l’itinéraire lui-même. C’est une station. Un arrêt. Tu t’arrêtes, le mariage se présente, et tu continues d’avancer. Au prochain arrêt, un enfant. Puis une réussite. Puis une épreuve. Et ainsi de suite, jusqu’au terminus — inshALLAH ﷻ.

Qu’ALLAH ﷻ nous compte toutes — muslimat, mu’minat, qanitat, ta’ibat, abidat, sa’ihat — que nous soyons thayyibat ou abkarat. Âmeen yâ Rabb al-‘âlamîn.

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