Tu as compris que, parmi mes passions, il y a le fait d’observer comment le Prophète ﷺ agissait dans certaines situations. Aujourd’hui, mon regard se tourne vers ses khutbah : comment se déroulaient-elles, et comment les gens se comportaient-ils pendant ces moments-là ?
Qu’est-ce que ça voulait dire, concrètement, assister à une khutbah du Prophète ﷺ ?
Je trouve que, dans la manière de connaître le Prophète ﷺ, dans sa personne, il y a aussi le fait de l’accompagner pendant la jumu‘a, la prière du vendredi.
J’aimerais vraiment que tu imagines ce jour-là : tu vas à la mosquée, tu anticipes que le Prophète ﷺ est sur le point de sortir pour donner la khutbah… et tu te demandes, à ce moment précis :
Comment tu te sens ?
Comment est ton cœur ?
À quel point tu es impatient de l’écouter ?
Comment tu vas le regarder ?
Comment tu vas l’écouter,
De quelle façon tu vas « boire » ses paroles ?
Comment tu vas appliquer ce qu’il dit pendant la khutba ?
Le vendredi, une occasion spéciale
Le Prophète ﷺ nous a vraiment enseigné que le vendredi doit être traité comme une occasion particulière.
Il a dit quelque chose que je trouve très beau :
C’est un jour de ‘aïd qu’ALLAH ﷻ a donné aux musulmans (…)
et il a demandé de le traiter d’une manière spéciale.
Il a donc recommandé :
de faire le ghusl (les grandes ablutions),
de se parfumer, surtout pour les hommes,
d’utiliser le siwak pour se brosser les dents, etc.
Et le Prophète ﷺ ne faisait pas que donner des conseils : il les appliquait.
Lorsqu’il venait à la prière du vendredi, il arrivait frais, après avoir fait son ghusl. Ce jour-là, il portait ses meilleurs habits, et son meilleur parfum. Il aimait beaucoup le parfum et veillait à ce que son odeur soit présente, de la tête aux pieds, sans être entêtante, étouffante ou désagréable. Ce n’était pas “trop”, c’était harmonieux.
Il avait aussi un siwak neuf, avec lequel il se brossait les dents le vendredi.
Ses meilleurs habits pour deux occasions
Le Prophète ﷺ avait deux occasions où il portait ses meilleurs habits :
quand il recevait une délégation,
quand il donnait la khutbah du vendredi.
Ainsi, il savait respecter les gens.
C’est pour cela que ‘Umar ibn al-Khattab رضي الله عنه a vu un jour un vêtement en soie sur un marché, et il s’est dit que ce vêtement irait bien au Prophète ﷺ pour le vendredi, et pour recevoir les délégations. Il l’a donc acheté pour le lui offrir.
Quand il le lui a apporté, le Prophète ﷺ l’a remercié, mais il lui a expliqué que cela était interdit : les hommes ne portent pas de soie ici-bas. Au paradis, c’est autorisé, mais pas dans cette vie.
Alors ‘Umar رضي الله عنه a pris ce vêtement et l’a offert à quelqu’un qui n’était pas musulman.
Comment commençait la khutbah du Prophète ?
Le Prophète ﷺ sortait de chez lui, se dirigeait vers la mosquée et vers le minbar. Il s’asseyait, et la première chose qu’il faisait, c’était d’adresser le salam après s’être assis.
Il portait un bâton, comme on le connaît, et Bilal رضي الله عنه se levait pour faire l’adhan, l’appel à la prière.
À ce moment-là, toi, tu es assis dans la mosquée du Prophète ﷺ.
Se rapprocher de l’imam
À cette époque-là, les gens ne s’asseyaient pas contre les murs comme on le fait parfois aujourd’hui. De nos jours, certains aiment s’installer contre un mur, s’adosser, etc. Mais au temps du Prophète ﷺ, ce n’était pas comme ça.
Le Prophète ﷺ a encouragé les gens à assister à la khutbah et à s’asseoir le plus près possible de l’imam. Il a expliqué qu’un homme continue de se tenir à l’écart jusqu’à être laissé en arrière au moment d’entrer au paradis, même s’il y entre.
Donc, l’idée, ce n’était pas de se mettre volontairement au fond si on n’en avait pas besoin. Bien sûr, quand on arrive tard et qu’on n’a pas le choix, on se met à la fin, et ce n’est pas grave. Mais choisir le dernier rang, se mettre au fond, ou s’installer “en retrait” sans raison, ce n’était pas la manière de faire au temps du Prophète ﷺ.
Les gens étaient donc rassemblés autour de lui.
L’étiquette dans la mosquée
En revanche, on n’entrait pas dans la mosquée en enjambant les gens, en donnant des coups d’épaule, en poussant, en posant la main sur la tête des autres pour se frayer un chemin jusqu’à l’avant.
Et si le Prophète ﷺ voyait ce genre de comportement, il faisait la remarque.
D’ailleurs, un jour, le Prophète ﷺ avait déjà commencé sa khutbah, et une personne, voulant s’asseoir parmi les premiers rangs, s’est mise à passer au-dessus des gens. Tu vois, quand on est assis, installé, et que quelqu’un te pousse l’épaule, essaie de passer entre les épaules, enjambes, etc., c’est très désagréable.
Cette personne avait fait ça, pour être le plus près possible.
Une intervention nécessaire, même en public
Le Prophète ﷺ lui a dit :
« Assieds-toi là où tu es. »
Il faut savoir que, pendant la khutbah, l’imam est le seul à pouvoir parler . Ce jour-là, le Prophète ﷺ était l’imam, donc il a dit à cet homme de rester à sa place, parce qu’il avait fait du tort aux gens et qu’il était arrivé en retard .
Franchement, je n’aimerais pas être à la place de quelqu’un à qui on dit ça. Mais le Prophète ﷺ était obligé d’intervenir.
Il n’hésitait pas à le dire directement quand il fallait éviter une nuisance. Et ça permettait à tout le monde de comprendre.
Certains pourraient dire : « Ça a été dit devant tout le monde, il aurait pu le dire à part. » Mais là, le dire après, à part, n’aurait pas eu le même intérêt. C’était une règle de comportement qui concernait tout le monde, et c’était nécessaire.
Et malgré tout, il avait toujours l’art et la manière de dire les choses.
Une khutbah vivante, avec une vraie présence
Ensuite, le Prophète ﷺ se levait pour commencer la khutbah.
Une des choses remarquables qu’il faisait, c’est qu’il gardait le regard sur les gens :
►il balayait l’assemblée du regard,
►il établissait un vrai contact visuel avec les personnes devant lui.
Aujourd’hui, dans l’art oratoire, on dit que c’est une règle importante : regarder l’assemblée, ne pas fixer un point unique, et ne pas parler « dans le vide ». Lui, il faisait ça naturellement.
Et quelque part, il ne perdait pas le contrôle de l’assemblée, ni de ce qui se passait autour de lui, même si des gens entraient après.
Il faisait sa khutbah, mais il était là pour les gens.
Il était vraiment l’imam du vendredi.
La khutbah du Prophète : l’attention aux détails
Abu Qays رضي الله عنه rapporte :
Il est entré dans la mosquée alors que le Prophète ﷺ donnait sa khutbah. Il est resté debout, en écoutant, sous le soleil.
Et le Prophète ﷺ lui a fait signe d’aller s’asseoir à un endroit précis, à l’ombre.
Je trouve que cette scène montre une chose : le Prophète ﷺ ne donnait pas la khutbah en étant “déconnecté”, comme si rien d’autre n’existait autour. Non. Il veillait à ce que les gens soient bien installés, à l’aise, et que tout se passe correctement.
Pendant la khutbah, on ne parle pas
Personne donc, à part l’imamc ne peut intervenir verbalement , parce qu’on sait que, pendant la khutbah, il est interdit de parler .
La khutbah remplace, en quelque sorte, deux unités de prière : on a deux khutbah, séparées par une pause, puis on prie deux raka‘at du vendredi.
Donc, parler pendant la khutbah, c’est comme parler pendant la prière. Et on ne peut pas parler pendant la prière.
Beaucoup de gens ne le savent pas. Ainsi, ils parlent pendant la jumu‘a alors qu’il ne faut pas.
Et même si quelqu’un te parle pour te dire “on n’a pas le droit de parler ”, tu ne peux pas lui répondre. Le mieux, c’est de faire un signe discret, comme un doigt devant la bouche, puis d’expliquer après la prière.
Le Prophète ﷺ était donc le seul à pouvoir s’exprimer verbalement, et il le faisait. Il était imam dans tous les sens du terme : il dirigeait, il guidait.
Guider sans humilier
Il y a aussi l’histoire d’un compagnon à qui le Prophète ﷺ a ordonné de se lever et de prier deux unités.
Dans certaines narrations, cela suggère que le Prophète ﷺ voulait que les gens voient à quel point cet homme était dans le besoin, pour qu’ils puissent ensuite lui donner de quoi vivre, sans qu’il ait besoin de demander.
C’est subtil, et c’est beau : il attire l’attention sur lui, mais sans exposer une demande explicite. Et comme c’est le Prophète ﷺ qui lui demande, forcément les gens vont s’y intéresser, et ça va ouvrir la porte à leurs bonnes actions.
La posture du Prophète ﷺ pendant le prêche du vendredi
Le Prophète ﷺ avait une grande maîtrise de l’assemblée pendant la khutbah.
Il se plaçait d’une manière précise. C’est intéressant d’étudier comment il se positionnait même en dehors de la khutbah : il ne parlait pas en étant de profil, ni en donnant le dos. Quand il te parlait, il te faisait face. Il se tournait pleinement vers toi.
Et pendant la khutbah, c’était pareil : tout le monde se sentait respecté.
C’est une de ses qualités : n’importe qui avec qui il passe du temps a l’impression d’être important.
L’épisode de ses petits-enfants pendant la khutbah
Il y a aussi un événement très marquant, au sujet de ses petits-enfants : Al-Hasan et Al-Husayn, les enfants de Fatima et de ‘Ali رضي الله عنهم.
Ils étaient jeunes, ils sont venus vers lui pendant qu’il donnait la khutbah. En courant, ils ont trébuché, probablement à cause de la longueur de leurs vêtements.
Tu imagines la scène : toute la mosquée se retourne. Les petits-enfants du Prophète ﷺ courent vers lui, et en plus ils tombent. Ça a peut-être fait mal. Ils ont peut-être pleuré.
Le Prophète ﷺ aurait pu continuer et laisser quelqu’un les relever. Mais non : il s’arrête au milieu de sa khutbah, il descend du minbar, il va les prendre, et il dit :
« Vos biens et vos enfants sont une fitna. »
C’est une reprise d’une ayah du Coran. Et quand on dit “fitna” ici, ce n’est pas dans le sens “mauvais”. C’est une épreuve : ALLAH ﷻ éprouve les gens à travers leurs biens et leurs enfants.
Il n’y a qu’à voir les enfants : l’éducation, l’effort, les hauts, les bas… ce n’est pas évident. Parfois on cède, et en même temps on les aime énormément. Il y a cette rahma naturelle du parent.
Les enfants et les biens : un bienfait, et une épreuve
Avoir un enfant, c’est un bienfait, mais c’est aussi une épreuve. Avoir des biens matériels aussi, c’est une épreuve.
On sera questionné par ALLAH ﷻ à ce sujet. Et l’épreuve de la subsistance, de l’argent, des biens matériels ou immatériels, fait partie de ce sur quoi ALLAH ﷻ nous interrogera.
Le simple fait, par exemple, de ne jamais faire de sadaqah, c’est un problème. Et c’est justement une des épreuves liées aux biens.
Le Prophète ﷺ rappelle cela, puis il dit : « Je n’ai pas pu me retenir. »
Comme pour dire : regardez, les enfants sont une épreuve, un challenge… et moi-même, en voyant mes petits-enfants, je n’ai pas pu me retenir d’aller vers eux.
Il les a pris, il les a caressés, il les a valorisés, il a fait des invocations pour eux. Puis il est remonté sur le minbar, en les plaçant sur ses genoux.
L’acte d’adoration n’efface pas notre humanité
C’est un rappel important : ce n’est pas parce qu’on est dans un acte d’adoration qu’on “perd le nord”, qu’on perd notre humanité, et qu’on met tout le monde à l’écart.
Ce n’est pas : “c’est moi et ALLAH ﷻ, et personne ne doit me perturber”.
Les enfants font partie du paysage. Ils font partie de la vie, et ils apprennent à travers ça.
Imagine ce que cela plante comme graines dans le cœur d’Al-Hasan et d’Al-Husayn : ils ont ce souvenir attaché à la jumu‘a, à la khutbah, au Prophète ﷺ. Et finalement, il associe quelque chose de beau à un moment qui, pour eux, a été douloureux : ils sont tombés, ils se sont fait mal.
À quoi ressemblait une khutbah du Prophète ﷺ ?
On est assis, on est en immersion, et on voit que le Prophète ﷺ a une très belle maîtrise de l’assemblée.
Il est attentionné, concentré. On est en admiration devant lui : il porte ses plus beaux habits, il sent bon, il parle correctement, il se soucie des gens.
Il donne des rappels sur la vie, sur la mort, sur tellement de choses.
Ses khutbahs étaient riches : il maîtrisait le sujet, il savait relier les rappels aux ayat, et il savait expliquer.
Une occasion de mémoriser le Coran
Je pense à une femme qui s’appelait Oum Hicham, la fille d’Al-Harith ibn al-Nu‘man. Elle disait :
Elle a mémorisé la sourate Qaf uniquement en assistant aux prières du vendredi du Prophète ﷺ, parce qu’il parlait souvent de la sourate Qaf.
Ça ne veut pas forcément dire qu’il la récitait entièrement à chaque fois. Elle dit surtout qu’il en parlait.
Et rien que cela, elle explique qu’elle a mémorisé la sourate de cette manière.
C’est dire l’importance de comprendre, l’importance d’expliquer, et la force de l’enseignement.
Et subhanallah, la sourate Qaf parle de la vie et de la mort.
On se rend compte que, simplement en assistant à une jumu‘a du Prophète ﷺ, on peut mémoriser une sourate, parce qu’on en a compris le sens.
Donc ce n’est pas seulement une mémorisation : c’est une mémorisation avec compréhension, et surtout une envie d’appliquer.
Une assemblée totalement concentrée
Les compagnons du Prophète ﷺ sont là, ils l’entourent.
Nous aussi, on est dans l’assemblée, en immersion.
Leurs cœurs sont prêts à recevoir les rappels du Prophète ﷺ sur la vie et sur la mort.
On rapporte qu’ils étaient tellement concentrés, tellement immobiles, qu’on disait qu’ils étaient comme des personnes qui ont des oiseaux posés sur leur tête et qui ne veulent pas les faire s’envoler.
Cela veut dire : ils ne bougeaient pas. Ils étaient hyper attentifs.
Sa gestuelle, sa voix, son regard
Une chose qui me marque aussi dans la sirah, c’est sa gestuelle.
Il utilisait beaucoup ses mains quand il voulait décrire quelque chose. Ses paroles étaient claires, précises, articulées. Il parlait bien.
Et parfois, il répétait plusieurs fois une chose. C’est connu : il répétait par trois fois quand c’était important.
On pouvait voir, dans ses yeux, et entendre, dans sa voix, ce qu’il voulait dire.
Il y avait une correspondance :
On regardait ses yeux, on comprenait.
Ses paroles le confirmaient,
Ses gestes aussi.
Et lorsqu’il parlait de quelque chose qui suscitait de la joie, ça se voyait dans ses yeux, et ça s’entendait dans sa voix.
Une voix qui transmet l’émotion
Moi, j’aime bien les gens qui, quand ils parlent, rien qu’avec la voix, on comprend ce qu’ils veulent dire. On entend les émotions.
Tu entends quelqu’un, et tu sais s’il sourit, s’il ne sourit pas. Tu sais s’il blague, s’il ne blague pas.
Il y a des personnes comme ça. Pour moi, ça fait partie des dons d’ALLAH ﷻ : les yeux qui sourient. Il n’y a pas que la bouche qui sourit.
La voix peut sourire, les yeux peuvent sourire.
Le Prophète ﷺ maîtrisait cela. Et ça s’entendait dans sa voix.
Et quand il parlait de colère, de tristesse, ça se percevait aussi : dans sa voix et dans ses yeux.
C’est beau.
Une gestuelle qui rend le message évident
Comme je le disais, il utilisait aussi ses mains pour faire passer un message.
Aujourd’hui, dans l’art oratoire, on donne carrément des cours sur comment placer ses mains, son corps, comment s’exprimer devant un public.
Lui, il faisait ça avec une précision qui donnait du sens.
Quand il décrivait les croyants comme un édifice, par exemple, il joignait ses deux mains et les levait, pour montrer : c’est un édifice.
Au point que quelqu’un de sourd, en le regardant, pourrait comprendre ce qu’il dit grâce à ses gestes.
Quand il voulait mettre en garde contre les méfaits de la langue, on connaît les hadiths où il parle de la langue, il pointait sa langue, il pointait sa bouche.
Quand il parlait de l’ouverture des portes du paradis, il faisait un geste comme pour ouvrir une porte.
Il pointait aussi vers le ciel quand il parlait de certaines paraboles.
Il utilisait des paraboles, des métaphores.
Et je suis contente, en tout cas, d’avoir la même passion que lui pour ça.
Tout cela, pour que son message soit compris.
Il mettait tout ce qu’il pouvait au service de sa mission, au service du message.
L’éloquence du Prophète ﷺ pendant ses prêches du vendredi
Il y a une chose qui me fascinera toujours : c’est le fait qu’il était toujours éloquent.
On disait qu’il était aussi profond que l’océan quand il parlait.
Il faut vraiment s’imprégner de ces moments-là, quand on l’écoute en tant qu’orateur.
C’est l’homme le plus rapporté de l’histoire dans ses paroles. Et pourtant, il n’a jamais eu de discours préparé.
On possède des milliers et des milliers de paroles du Prophète ﷺ. Il n’avait pas de notes devant lui.
Il ne savait pas écrire, il ne savait pas lire.
Donc il n’y avait pas de discours écrit : il sortait simplement les choses de son cœur, et rappelait aux gens les choses depuis son cœur.
Et les gens le connaissaient de lui :
sa personnalité,
sa manière d’être,
l’état de son cœur.
C’est ça qui rendait ses paroles encore plus efficaces.
Il avait leur confiance, leur respect, et il parlait avec le cœur. Forcément, ce sont des cœurs qui entendent.
Le rythme de sa voix
Quand on était assis dans la mosquée et qu’on écoutait le Prophète ﷺ parler de la vie, des réalités de la vie, de la mort, de l’au-delà — parce qu’il en parlait souvent — le ton de sa voix allait avec ce qu’il disait.
Parfois, il diminuait le son. Parfois, il l’augmentait un peu. A d’autres moment, il faisait des silences.
Des silences qui réveillent l’assemblée
Imagine : tu écoutes une khutbah, tu es loin de l’imam, tu ne le vois pas très bien. Il y a un micro, un haut-parleur, et à un moment donné… on n’entend plus .
Quand on n’entend plus le son, on lève la tête. On se dit : “Il y a un bug ? Il se passe quoi ?” Ça attire l’attention.
Comme pour dire que le Prophète ﷺ faisait pareil. Lui, il n’avait pas de micro. Mais il gérait sa voix : il parlait suffisamment pour que tout le monde puisse l’entendre, suffisamment fort sans crier.
Et parfois, il faisait des pauses.
Il s’autorisait même à pleurer, en pleine khutbah, quand le sujet le touchait, au point de faire venir des larmes.
Une khutbah “vivante”
Ça me fait penser à un témoignage de la compagnonne Asma رضي الله عنها. Elle rapporte qu’un jour, les femmes ne pouvaient plus entendre la khutbah du Prophète ﷺ, à cause de l’intensité des pleurs des compagnons devant elles.
Elles étaient tellement désireuses de savoir ce qu’il disait qu’après la khutbah, elles ont arrêté des hommes et leur ont demandé :
Qu’est-ce que le Prophète ﷺ a dit pour vous mettre dans cet état ?
C’est dire à quel point ses khutbahs étaient vivantes. Pas bruyantes, mais vivantes. Il y avait de la vie, il y avait une vraie présence. C’était un vrai rassemblement.
Le vendredi ne doit pas devenir routinier
J’aime bien les khutbahs auxquelles on peut assister aujourd’hui quand elles respectent cela : la jumu‘a ne doit pas être quelque chose de routinier, où les gens viennent, s’assoient, écoutent, et où certains font leur meilleure sieste du jour.
Le choix du sujet est important. Le ton est important. La manière de présenter est importante.
L’espacement entre les mots, entre les phrases, la tonalité, les regards, les silences… tout cela compte.
Et se soucier de son audience aussi, ça compte.
La responsabilité de l’imam
Le Prophète ﷺ avait conscience qu’à ce moment-là, il portait une responsabilité.
Dans ce temps “figé” où l’on écoute un prêche, il avait en responsabilité la concentration de nombreuses personnes.
Bien sûr, si quelqu’un décide de ne pas écouter, de regarder son téléphone, ou de ne pas venir, c’est sa responsabilité, pas celle de l’imam.
Mais l’imam a une responsabilité : dans le choix du sujet, dans son apparence, dans le ton, dans la manière de s’adresser aux gens.
Et quand on regarde de près comment le Prophète ﷺ parlait, comment il se positionnait, comment il regardait, les sujets qu’il abordait, on a beaucoup à apprendre.
Même au-delà de la jumu‘a : dès qu’on doit prendre la parole devant une assemblée et dire quelque chose qui doit réveiller les cœurs.
Lui, il maîtrisait cela.
Et je pense que ça vaut la peine de se concentrer dessus.
Avant de te laisser…
Je n’ai cité que quelques éléments, des passages qui me parlaient. Je pense qu’il est peut-être temps d’étudier encore plus en profondeur.
Donc, j’invite chaque personne qui écoute cet épisode — et peut-être encore plus les hommes de votre famille — à creuser ce sujet dans la sirah du Prophète ﷺ : son jumu‘a, du début à la fin de la journée, ça ressemblait à quoi ?
Je pense que les hommes ont beaucoup à gagner à apprendre cela, et les femmes aussi.
Mais, jusqu’à preuve du contraire, ce sont les hommes qui font la khutbah. Ce sont eux qui sont imams.
Et je l’avais déjà dit dans un autre épisode où je parlais du jumu‘a : je ne pense pas que ce soit un hasard si ALLAH ﷻ a imposé le jumu‘a — le fait de se rendre à la mosquée, d’assister au prêche — aux hommes, et non aux femmes. C’est mon avis.
Pour moi, la sécurité émotionnelle, physique, mentale, et même spirituelle d’une maison où il y a un chef de famille homme dépend beaucoup de ceci : est-ce que cet homme va au jumu‘a, puisque c’est obligatoire ?
Aller à toutes les prières de la journée n’est pas forcément obligatoire. Mais le jumu‘a, lui, est obligatoire.
Une maison où le chef de famille, où les hommes de la famille ne vont pas au jumu‘a, l’ambiance n’est pas la même. L’atmosphère n’est pas la même.
Et j’ai eu beaucoup de témoignages par rapport à ça.
Donc : allez au jumu‘a. Imprégnez-vous d jumu‘a du Prophète ﷺ, qui qu’on soit : homme ou femme, enfant, petit ou grand.
Et si cet article t’a plu, je te propose de te replonger dans un autre sujet immersif, celui des 24h dans la vie du Prophète :