La ayah qui a motivé l’épisode
وَسَارِعُوا إِلَىٰ مَغْفِرَةٍ مِّن رَّبِّكُمْ وَجَنَّةٍ عَرْضُهَا السَّمَاوَاتُ وَالْأَرْضُ أُعِدَّتْ لِلْمُتَّقِينَ
Et hâtez-vous vers un pardon de votre Seigneur et vers un jardin dont la largeur égale les cieux et la terre, préparé pour ceux qui font preuve de taqwâ.
Sourate Âl ‘Imrân, verset 133.
Le verbe qui commence cette ayah, c’est sâri’û — traduit par hâtez-vous ou courez. ALLAH ﷻ n’a pas dit imchû — marchez. Il n’a pas dit dirigez-vous tranquillement. Il a dit : courez.
Le bien ici, ce n’est pas quelque chose vers quoi on s’avance à son aise, quand on aura fini tout le reste. C’est quelque chose vers quoi on se précipite.
Et quand on regarde où cette ayah tombe dans la sourate — elle vient juste après le passage sur la bataille de Uhud. Un moment très difficile pour les croyants. Beaucoup de pertes, beaucoup de regrets. Et au milieu de tout ça, ALLAH ﷻ ne les laisse pas s’enfoncer. Il les relève. Et Il leur dit : courez vers le pardon. Courez vers les jardins. Quelle que soit la chute, la course vers Moi est toujours ouverte — et même urgente. Parce que quelqu’un qui nous dit de courir, c’est qu’il y a urgence.
Une ayah jumelle, encore plus forte
Il y a une ayah presque identique dans la Sourate al-Hadîd, verset 21. Mais elle commence avec un mot encore plus fort : sâbiqû — devancez-vous. Disputez-vous de vitesse. Soyez les premiers. On n’est plus seulement dans la course — on est dans la compétition pour le bien. Ce n’est pas une promenade ou une balade. C’est une compétition.
Et dans les deux ayat, on court vers la même chose : al-maghfira — le pardon. Et al-janna — le jardin.
Couvrir les fautes
La racine de maghfira, c’est ghafara — couvrir, voiler. C’est la même racine que mighfar, le casque qui recouvre et protège la tête.
Le pardon d’ALLAH ﷻ, c’est ça : Il recouvre ta faute. Il la voile. Il la met à l’abri des regards. Tu cours vers Quelqu’un qui va te couvrir. Ainsi, l’image que j’ai, c’est quelqu’un qui ouvre un grand manteau pour t’accueillir dedans. On court vers celui qui va nous cacher.
Al Janna, ce qui couvre et cache
La racine de janna aussi porte ce sens — tout ce qui couvre, tout ce qui cache. Un jardin est tellement dense en végétation qu’il recouvre le sol. Et la même racine donne janîn — le bébé dans le ventre de sa mère. Ce grand bien caché, qui existe bel et bien, mais encore voilé à nos yeux.
Ce serait une aberration de dire qu’un janîn n’existe pas parce qu’on ne le voit pas. Il est bien réel — mais caché. Et le paradis, c’est pareil. En effet, ALLAH ﷻ dit que sa largeur égale les cieux et la terre. Essaie d’imaginer. On ne parle pas du jardin du quartier — on parle de quelque chose qui dépasse tout ce que le cerveau peut contenir.
U’iddat — déjà prêt
Ce mot me fascine.
Tout d’abord, il est au passé. Ce n’est pas il sera préparé mais il a été préparé. Ainsi, le paradis n’attend pas d’être bâti pour le jour où tu y entreras. Il existe à l’heure actuelle. Il est déjà prêt et il attend.
Et la question, ce n’est donc plus est-ce que le paradis existe. En effet, la question, c’est : il attend qui ? Et ALLAH ﷻ répond avant même qu’on pose la question : les gens de la taqwâ.
On avait parlé de la taqwâ comme clé de la baraka. Et maintenant, la voilà comme clé de la janna. Ainsi, tout se recoupe et la boucle se ferme.
Comment courir vers ALLAH ﷻ ?
L’imam as-Sa’di رحمه الله l’explique d’ailleurs très joliment dans son tafsir. On court vers le pardon par ses causes : le repentir — la tawba — et les bonnes actions qui effacent les mauvaises. On court vers le jardin par la foi et les bonnes œuvres.
Donc quand ALLAH ﷻ dit courez, ce n’est pas un élan au hasard. C’est accélérer dans des actions concrètes — se repentir maintenant, faire le bien maintenant, ne pas attendre.
Le portrait des gens qui courent vers ALLAH ﷻ
Juste après la ayah du jour, dans les versets 134 et 135, ALLAH ﷻ décrit ceux qui courent. Ils dépensent dans l’aisance et dans la difficulté. Ils ravalent leur colère et pardonnent aux autres.
Et ensuite — verset 135 — il dit quelque chose de magnifique :
Et ceux qui, lorsqu’ils commettent une faute ou se font du tort à eux-mêmes, se souviennent d’ALLAH ﷻ et demandent pardon pour leur péché.
Remarque : ALLAH ﷻ ne dit pas que ces gens ne commettent pas de fautes. Il dit qu’ils en commettent — et que quand ils tombent, ils ne traînent pas par terre. Ils se relèvent tout de suite, ne s’entêtent pas, ne ruminent pas. Surtout, ils reviennent vite.
Et c’est là que la course se joue aussi — dans la vitesse du retour après la chute. Il ne faut pas laisser une faute s’installer. Il ne faut pas remettre le repentir à demain.
Dans quel état doit-on être pour courir vers ALLAH ﷻ ?
Une chose importante à clarifier. Courir vers ALLAH ﷻ, ça ne veut pas dire attendre d’être parfait. Je reviendrai quand je serai meilleure. Je commencerai quand je serai prête. Ça n’a aucun sens.
La ayah dit que ce sont ceux qui reviennent vite qu’ALLAH ﷻ aime. Pas ceux qui reviennent parfaits. On vient imparfait. C’est là-bas qu’est la solution — pas avant d’y courir.
Courir… et tenir
On pourrait croire que courir contredit ce qu’on a dit ces dernières semaines sur la constance et le fait de ne pas se surcharger. Mais les deux vont ensemble.
La vitesse dont parle le Coran, elle est dans le départ — être rapide à commencer. Et elle est dans le retour vers ALLAH ﷻ quand on tombe — être rapide à revenir. C’est la seule vitesse en question.
Une fois lancé, c’est la constance qui prend le relais. Qui fait tenir la distance. Il faut démarrer vite et avancer régulièrement, avec constance et doucement. L’un ne va pas sans l’autre.
Le paradis est déjà prêt. Il existe, et il attend. Et ce n’est pas lui qui t’attend pour se construire — c’est toi qu’il attend.
Alors toi, qu’est-ce que tu attends ?
► Je suis Oustadha Zaynab. Après plus de 10 ans à enseigner le Coran aux femmes , j’ai cette conviction qui ne change pas : chaque femme peut avoir une relation profonde, vivante et personnelle avec le Livre d’ALLAH ﷻ.
