Le Prophète ﷺ pratiquait l’istighfar , le fait de demander pardon à ALLAH ﷻ, et c’est une habitude qu’il a intégrée parfaitement à son quotidien, avec une constance exemplaire.
Ce qui rend cette pratique encore plus impressionnante, c’est qu’elle était réalisée par celui qui était déjà garanti du Paradis, le Prophète ﷺ, celui qui est exempté de péchés. Et pourtant, il disait :
« Par ALLAH, je demande pardon à ALLAH et je me repens à Lui plus de soixante-dix fois par jour. »
(Hadith rapporté par Al-Bukhari)
Dans un autre hadith, il dit :
« Ô gens, repentez-vous à ALLAH, car je me repens à Lui cent fois par jour. »
Que ce soit plus de 70 fois, 100 fois ou davantage, ce qu’on retient, c’est que le Prophète ﷺ, pratiquait l’istighfar quotidiennement, et même plusieurs fois par jour.
Nous allons va voir pourquoi il le faisait avec autant d’intensité et surtout ce que cette pratique peut nous apporter à nous, aujourd’hui, dans notre vie spirituelle, émotionnelle et même matérielle.
Le sens profond du mot istighfar
Avant tout, il est important de comprendre que l’istighfar n’est pas le fait de dire mécaniquement أَسْتَغْفِرُ اللَّهَ – “astarfighullah”.
Le mot istighfar vient de la racine arabe غ ف ر « ghafara » , qui signifie couvrir. C’est le fait de recouvrir quelque chose, ici nos fautes et nos péchés, pour qu’ils ne soient plus visibles.
En arabe ancien, ce mot était aussi utilisé pour parler de la teinture, car une couleur vient en recouvrir une autre. On couvre, on atténue, on amoindrit, on voile quelque chose.
C’est pour cela que dans le sens religieux, ghafara n’est pas simplement « pardonner » au sens vague : c’est le fait de couvrir nos fautes de manière à ce qu’elles ne soient plus visibles, ni aux yeux des autres, ni constamment dans notre propre champ de conscience.
Il existe d’autres mots pour désigner le pardon en arabe, chacun avec une nuance. Par exemple, dans la célèbre invocation du Ramadan :
« Allahumma innaka ‘afuwwun tuhibbul ‘afwa fa‘fu ‘anni » « Ô ALLAH, Tu es Al-‘Afuww, Tu aimes le pardon, alors pardonne-moi. »
Ici, c’est le mot ‘afw qui est employé, et non ghafara. ‘Afw, c’est l’effacement pur et simple. Ghafara, au contraire, c’est la couverture. Elle n’est donc pas visible, ni des autres, ni de moi.
L’istighfar : une couverture de miséricorde
Quand une faute est visible en permanence, elle agit sur nous. Elle affecte notre regard sur nous-mêmes, notre motivation, nos actions. Si j’ai sans cesse devant moi une image de mes erreurs passées, je risque de me décourager, de me dénigrer ou de sombrer dans la culpabilité.
Beaucoup de gens continuent à porter la charge psychologique de leurs fautes alors qu’ALLAH ﷻ, par Sa miséricorde, a la capacité de les couvrir.
Lorsque je prononce « astaghfirullah » sincèrement, ALLAH ﷻ me permet de ne plus avoir en permanence devant les yeux cette montagne de péchés. Je peux avancer.
Cela ne veut pas dire que j’oublie mes fautes au point de me croire sans défaut. Cela signifie simplement que je reconnais leur existence, mais je ne les laisse pas m’écraser ou définir ma valeur.
C’est un acte immense de miséricorde divine : ALLAH ﷻ nous permet d’oublier certaines de nos fautes ou de ne pas en avoir constamment conscience. Car si nous avions devant les yeux chaque erreur commise depuis notre naissance, nous ne pourrions pas vivre normalement.
Grâce à l’istighfar, ALLAH ﷻ couvre nos manquements pour nous permettre d’avancer, de réparer, de grandir.
Mais cela ne veut pas dire que la faute n’existe plus. Mes fautes existent toujours, et elles ont un impact réel sur mon quotidien, jusqu’à ce que je les corrige.
Ce que je demande à ALLAH ﷻ à travers l’istighfar, c’est qu’Il les couvre, qu’Il tourne la page, afin que je puisse avancer sans avoir cette faute constamment sous les yeux. Cela me permet de me corriger sans être continuellement ramenée à cette image.
La différence entre istighfar et ‘afw
On demande souvent ‘afw dans des moments particuliers, solennels, comme pendant Ramadan. Ce mois est une véritable station d’essence spirituelle, un moment privilégié pour renouveler sa relation avec ALLAH.
Pendant Ramadan, on continue bien sûr de faire istighfar, mais on ajoute la demande de ‘afw. C’est la célèbre invocation enseignée par le Prophète, ﷺ :
« Allahuma innaka ‘afuwwun tuhibbul ‘afwa fa‘fu ‘anni » « Ô ALLAH, Tu es Al-‘Afuww, Tu aimes le pardon, alors pardonne-moi. »
Pourquoi cette insistance sur ‘afw ?
Parce que ‘afw, c’est un pardon total. Ce n’est pas une couverture, ni une page tournée temporairement. Ce n’est pas une faute mise sous un tapis en attendant d’être soulevée.
‘Afw, c’est la disparition complète de la faute. Elle sort des archives. Elle n’existe plus.
Une faute couverte, c’est comme de la poussière glissée sous un tapis. Tant que le tapis est en place, on ne la voit pas. Mais si on le soulève, la poussière est toujours là.
Yawm al-Qiyama, ALLAH ﷻ peut soulever cette couverture. Il peut interroger une personne sur des péchés qu’Il a pourtant pardonnés, car seul ALLAH ﷻ a ce droit. Un être humain n’a pas le droit de revenir sur une faute pardonnée.
Dans le cas de ‘afw , c’est différent. Ce n’est pas une couverture, ni une simple couche de blanc qui pourrait laisser réapparaître l’écriture si on gratte. C’est comme si l’on avait pris un effaceur sur une encre : une fois effacé, le texte a disparu. On peut écrire par-dessus, mais on ne peut plus retrouver ce qui était écrit.
C’est cela, ‘afw : la disparition totale .
Il faut donc demander à ALLAH ﷻ de nous accorder ce pardon total. Mais pour cela, il faut aussi commettre moins de péchés. Plus les fautes sont nombreuses, plus il est difficile d’obtenir le ‘afw total pour chacune d’elles.
Cela ne veut pas dire que c’est impossible, mais cela demande davantage d’efforts et de sincérité dans le repentir. D’où l’importance de limiter les péchés au quotidien, en particulier les grands péchés, afin de ne pas accumuler une charge qui deviendra difficile à effacer.
L’isighfar et le modèle du Prophète ﷺ
Le Prophète ﷺ, malgré sa perfection, faisait istighfar quotidiennement.
Il voyait dans cette pratique une manière de renouveler constamment sa proximité avec ALLAH ﷻ et de rester dans un état d’humilité.
Celui qui fait istighfar régulièrement ne peut pas être orgueilleux. Cette pratique travaille notre cœur, nous adoucit, nous recentre, souvent sans même qu’on en ait pleinement conscience.
Le Prophète, ﷺ, voyait aussi l’istighfar comme un moyen de purifier continuellement son cœur. Il disait dans un hadith :
« Il arrive que mon cœur soit voilé. Et je demande pardon à ALLAH alors cent fois par jour. »
Ce « voile » ne signifie pas que son cœur est aveuglé. Il exprime plutôt une forme de saturation, de fatigue spirituelle ou émotionnelle. Et c’est normal, compte tenu de tout ce qu’il devait gérer.
Lors de ces moments-là, il faisait davantage d’istighfar. D’où la version du hadith qui mentionne cent demandes de pardon. Soixante-dix était sa base quotidienne, cent et plus étaient pour les moments de charge intérieure plus forte.
En disant « plus de soixante-dix fois », il nous montre qu’il ne faut pas se contenter d’un quota figé. Il n’a pas donné un nombre exact au-delà, car le but est de dépasser la mécanique et de cultiver une pratique vivante.
Faire istighfar n’est pas simplement cocher une case. Les dépassements dans le bien sont aimés et récompensés par ALLAH ﷻ.
On voit également par son exemple que l’istighfar n’est pas réservé aux moments de péché. C’est un outil de recentrage, un moyen de réaligner notre cap spirituel et émotionnel. Les bienfaits de cette pratique sont immenses, à la fois spirituels, matériels et émotionnels.
Mais pour les ressentir, il faut l’expérimenter. On peut en parler longtemps, écrire de belles choses à ce sujet, mais tant qu’on ne pratique pas réellement, on ne peut pas en goûter les fruits.
L’istighfar dans le Coran
Dans le Coran, ALLAH ﷻ promet d’immenses récompenses à ceux qui demandent pardon. Le prophète Nouh عليه السلام a dit à son peuple :
« Demandez pardon à votre Seigneur, car Il est grand Pardonneur. Il enverra sur vous du ciel des pluies abondantes. Il vous accordera des biens et des enfants. Il mettra à votre disposition des jardins et des rivières. » (Sourate Nouh, versets 10 à 12)
Ici, il est question d’abondance spirituelle et matérielle. La pluie, la terre, l’eau, les biens, la descendance : tout est cité. L’istighfar ouvre les portes de la baraka dans tous les domaines de la vie.
Un apaisement profond
L’istighfar apaise le cœur. Ceux qui en ont fait une pratique quotidienne le témoignent de manière concrète.
Certains arrêtent d’écouter des choses nocives, d’autres cessent de ruminer.
Certains gagnent en humilité, d’autres voient disparaître l’anxiété ou les rancunes.
Beaucoup développent une meilleure intelligence émotionnelle.
Certains sont même devenus riches, et sur beaucoup de plans.
Ces transformations ne sont pas théoriques. Elles appartiennent à ceux qui pratiquent réellement.
L’istighfar n’est pas limité à un moment précis. Le Prophète, ﷺ, avait un rythme intense qui infusait chaque moment de sa journée.
Au réveil, avant même de poser le pied au sol.
Après chaque prière, où la sunnah recommande de dire trois fois « Astaghfirullah »
Avant de dormir
Si tu fais déjà ça, tu as donc sept moments consacrés à l’istighfar chaque jour. .
En ajoutant à cela les moments dans la voiture, en marchant, en cuisinant… on multiplie naturellement les occasions.
Quand on s’y engage vraiment, les résultats dépassent ce que l’on imagine. Certains ressentent une telle pluie de bienfaits qu’ils en sont presque étonnés, tant la générosité d’ALLAH ﷻ les dépasse.
Il arrive même qu’on ressente une forme de satiété intérieure, un apaisement complet devant tout ce qui arrive comme bienfaits.
L’impact de l’istighfar dans les relations humaines
L’impact de l’istighfar se fait aussi sentir dans les relations humaines et dans les épreuves. C’est souvent de l’ordre du miracle. Mais là encore, seules les personnes qui en ont fait une habitude peuvent en témoigner pleinement.
Pratiquer l’istighfar rend plus conscient de ses propres imperfections. On demande à ALLAH ﷻ de les couvrir tout en gardant à l’esprit qu’elles existent.
Formuler une demande de pardon, c’est reconnaître ses erreurs, les verbaliser devant ALLAH ﷻ, et poser un acte de réorientation. On ne reste pas figé dans la culpabilité : l’istighfar est un démarrage, un moyen de repartir sur de bonnes bases.
C’est comme si ALLAH ﷻ nous disait : « J’ai couvert. Avance maintenant. » Si Lui couvre, pourquoi continuer à soulever la couverture ?
En période d’épreuve, le Prophète, ﷺ, nous a enseigné que l’istighfar transforme notre regard sur la difficulté. Au lieu de s’y enfermer, on remet la situation à ALLAH ﷻ
L’istighfar est une preuve d’amour d’ALLAH ﷻ
Le simple fait qu’ALLAH ﷻ nous ait donné cette porte ouverte, qu’Il nous invite à revenir à Lui encore et encore, malgré nos fautes et nos faiblesses, est une immense preuve d’amour.
Prends quelques instants dans ta journée pour t’asseoir au calme et prononcer « Astaghfirullah » avec le cœur, sans te soucier du nombre.
Pratiquer avec présence
Utilise un compteur discret si cela t’aide, mais ne compte pas mentalement. L’objectif est d’être présent à chaque istighfar, pas de cocher une case.
À chaque parole, imagine une image de couverture :
une page que l’on tourne,
une porte que l’on ferme,
un couvercle qu’on referme.
Vois la faute se couvrir au fur et à mesure, et entends ce message : « Avance. »
Ne soulève pas la couverture inutilement en ressassant tes erreurs et ne les divulgue pas aux autres : c’est trahir la protection qu’ALLAH ﷻ t’a accordée.
Une pratique accessible à tous
Personne ne peut prétendre ne pas avoir eu le temps de faire istighfar . Le débit de paroles d’une journée suffit largement à placer soixante-dix demandes de pardon.
On peut le faire en marchant, en conduisant, en cuisinant, en silence ou à voix basse. Ce n’est pas une question de temps, mais de présence.
Pratiquer l’istighfar comme le faisait le Prophète, ﷺ, c’est s’offrir un cadeau spirituel. C’est une clé intime entre le serviteur et son Rabb.
Qu’ALLAH ﷻ fasse de nous des serviteurs constants dans l’istighfar, qu’Il purifie nos cœurs, couvre nos péchés et les efface totalement. Amin, ya Rabb al-‘alamin.
J’espère que cet article sur l’istighfar t’a plu, et si tu veux aller plus loin pour profiter d’immenses bienfaits d’ALLAH ﷻ, je te laisse consulter cet article :