La colère du Prophète ﷺ

Temps de lecture estimé : 6 min

Aujourd’hui, j’aimerais te parler d’un sujet très concret, très humain — et pourtant spirituel au plus haut point : la colère.

Parce qu’on vit une époque où l’on se met facilement en colère. Et parfois, on croit qu’être fort, c’est s’emporter. C’est avoir le dernier mot. C’est celui qui crie le plus fort, celui qui tape du poing sur la table.

Mais le Prophète ﷺ nous a montré autre chose, une autre force. Une colère maîtrisée, rare et juste.

Sommaire

La colère qui perd son poids

Si tu es quelqu’un de constamment en colère, il y a de grandes chances qu’on finisse par te considérer comme une personne colérique — quelqu’un de sanguin, comme on dit. Et le problème, c’est que les sujets qui exigent de la gravité, qui appellent une colère légitime, ne seront plus pris au sérieux venant de toi. Pourquoi ? Parce que les gens se sont habitués à te voir en colère tout le temps.

À l’inverse, quand tu es quelqu’un de naturellement joyeux, souriant, ta colère a du poids. Les gens savent que tu ne t’emportes pas pour des futilités.

C’est pour ça qu’il existe cette expression en arabe que j’aime beaucoup : crains la colère de celui qui est habituellement indulgent. Parce que c’est là que tu sais que tu as franchi une limite grave. Ce n’est pas quelqu’un qui se met facilement en colère — et pourtant, il s’y trouve.

Les signes de l’hypocrite

Ce sujet me fait penser à quelque chose. Parmi les signes de l’hypocrite que le Prophète ﷺ a mentionnés, il y en a un qui m’interpelle.

D’après un hadith rapporté par ‘Abdallah ibn ‘Amr radiAllahu ‘anhu, ainsi que son père, le Prophète ﷺ a dit : 

Quatre caractéristiques, si elles sont toutes présentes chez une personne, font d’elle un véritable hypocrite. Et celui chez qui se trouve l’une d’elles possède en lui une part d’hypocrisie, jusqu’à ce qu’il l’abandonne : lorsqu’on lui confie un dépôt, il trahit. Lorsqu’il parle, il ment. Lorsqu’il conclut un pacte, il ne le respecte pas. Et lorsqu’il se querelle, il se comporte particulièrement mal — il ment, il est grossier, il est de mauvaise foi, il s’emporte.

Ce dernier point m’a particulièrement frappée. Parce que la colère, dans une dispute, dépasse presque toujours les limites. Elle transgresse, constamment.

Quand on renonce à conseiller

Le Prophète ﷺ a aussi mentionné que les pires des gens sont ceux que les gens ne conseillent plus. Et pourquoi ? Parce qu’ils ne veulent plus faire face à leur vulgarité, à leur mauvais comportement — ce que l’on appelle le fouhsh. C’est pour ça qu’on parle parfois de comportement sale. Parce qu’un comportement mauvais, il y a en lui quelque chose de pas propre.

Et quand quelqu’un a un tempérament tellement explosif, que l’on s’attend à ce que n’importe quoi puisse le faire sortir de ses gonds, les gens finissent par se lasser. Ils ne voient plus cette personne. Ils la voient entrer dans des accès de rage, et ils se disent : je vais juste le laisser finir. On ne cherche même plus à corriger.

C’est très grave quand les gens en arrivent là. Pourquoi ? Parce que plus personne ne fait la nasiha à cette personne. Plus personne ne la conseille, ne lui signale ce qui ne va pas. 

Qu’ALLAH ﷻ nous préserve de vivre sans que personne ne nous conseille, sans que personne ne nous dise ce qu’il voit en nous.

Et cette personne, à cause de la colère, devient moins consciente d’elle-même. Puisque plus personne ne lui fait remarquer sa façon de se comporter, par lassitude, elle se retrouve seule avec ses angles morts.

On attribue à ‘Ali — et c’est une parole connue, à vérifier — cette formule sur la colère : son début est une forme de folie, et sa fin est du regret.

J’ai trouvé ça très bien dit. Et c’est simple, en réalité. Ceux qui entrent dans des crises de colère commencent dans quelque chose qui ressemble à la folie, et ils finissent dans le regret. Qu’ALLAH ﷻ nous en préserve.

L’exemple du Prophète ﷺ dans la colère

Le Prophète ﷺ n’a jamais été fahish — jamais vulgaire, jamais grossier, jamais en colère pour des choses mondaines ou futiles. Il n’a jamais rabaissé les gens. Il n’a jamais été celui qui devient méchant ou désagréable dans sa colère. 

Au contraire, sa colère était maîtrisée. Elle était posée. Et c’était toujours pour les bonnes raisons.

Parce que si tu te mets en colère pour ALLAH ﷻ, tu ne peux pas avoir les manières de Shaytan pour une cause juste. Ça ne va pas ensemble. C’est antinomique. Si tu te mets en colère pour ALLAH ﷻ, alors ta colère doit aussi respecter ce qui Lui plaît.

La colère de Moussa عليه السلام 

Quand Moussa est allé à la rencontre d’ALLAH ﷻ pour recevoir les commandements, il s’est absenté quarante nuits. À son retour, il retrouve son peuple en train d’adorer un veau d’or. Il était tellement en colère qu’il a jeté les tablettes. Et ALLAH ﷻ a consigné cela dans le Coran.

Est-ce qu’il s’est mis en colère pour rien ? Pour des futilités ? Non. Pour quelque chose de la plus haute importance. Et à sa place, certains d’entre nous auraient peut-être encore plus débordé. Cette colère-là était légitime. C’est ce genre de colère qu’on veut.

La doua du Prophète ﷺ sur la colère

Il y a une invocation du Prophète ﷺ qui est magnifique. Il demandait à ALLAH ﷻ la capacité de prononcer une parole de vérité dans les moments de satisfaction comme dans les moments de colère :

اللَّهُمَّ إِنِّي أَسْأَلُكَ كَلِمَةَ الْحَقِّ فِي الرِّضَا وَالْغَضَبِ

Allahoumma inni as’alouka kalimata al-haqq fi ar-rida wa al-ghadab.

Dans tous les cas, il voulait le haqq — la parole juste, la vérité, l’équité. Parce que parfois, quand tu entres dans la colère, tu ne conduis plus toi-même. Tu laisses quelque chose d’autre prendre le contrôle.

Le Prophète ﷺ se recentrait ainsi sur la vérité. C’est comme ça qu’il s’ancrait.

La colère du Prophète ﷺ : ce à quoi elle ressemblait

Sa colère n’était jamais pour lui-même. Jamais.

Son épouse ‘Aïsha — et d’autres compagnons rapportent la même chose — disait qu’il ne se mettait jamais en colère pour lui-même ﷺ, sauf lorsque les interdits d’ALLAH ﷻ étaient bafoués. Lorsqu’on s’attaquait à ce qu’ALLAH ﷻ a rendu sacré.

Et voir le Prophète ﷺ en colère était quelque chose de marquant, justement parce que ce n’était pas son habitude. Quand il l’était, on savait que la chose était grave.

Il y a un exemple qui me vient en tête. Le compagnon Oussama ibn Zayd radiAllahu ‘anhu, que le Prophète ﷺ aimait profondément, raconte : lors d’un combat, il a tué un homme qui avait prononcé La ilaha illAllah avant de mourir. Oussama pensait en lui-même que cet homme n’avait dit la shahada que pour échapper à la mort.

Quand il en a parlé au Prophète ﷺ, celui-ci a été extrêmement contrarié. Il lui a dit : As-tu ouvert son cœur, Oussama ?

Oussama dit qu’il était tellement affecté par la colère du Prophète ﷺ ce jour-là qu’il aurait souhaité n’être devenu musulman que ce jour-là — pour que tout ce qui précédait soit effacé, comme c’est le cas pour quelqu’un qui embrasse l’islam.

On voit ici que le Prophète ﷺ ne s’est pas emporté pour une futilité. La question qu’il a posée était solennelle : As-tu ouvert son cœur ? Est-ce à nous de définir si quelqu’un est sincère ? Ce n’est pas notre rôle.

En dehors de ces moments-là, on ne le voyait pas s’emporter. C’était vraiment lorsqu’il y avait une injustice, lorsque les limites d’ALLAH ﷻ étaient franchies.

Une dignité sacrée

Le Prophète ﷺ ne tolérait pas non plus qu’on rabaisse les autres. Parce que cela aussi fait partie de ce qu’ALLAH ﷻ a rendu sacré — la dignité et l’honneur de nos frères et sœurs.

Un jour, des compagnons se moquaient des jambes du compagnon ‘Abdallah ibn Mas’oud radiAllahu ‘anhu, parce qu’elles étaient apparemment assez maigres. Le Prophète ﷺ est intervenu, contrarié. Et même dans sa colère, il n’a pas dit quelque chose de décalé. Il a répondu :

Vous riez de ses deux jambes ? J’ai vu chacune d’elles, le jour du Jugement, de la taille du mont Uhud.

Et dans le même registre, il y a l’histoire du compagnon Abou Dhar. Il avait interpellé Bilal ibn Rabah radiAllahu ‘anhu en l’appelant ibn as-sawda’le fils de la Noire — faisant référence à la couleur de peau de sa mère. Le Prophète ﷺ lui a dit :

Tu l’as offensé en insultant sa mère ? Tu es un homme qui possède encore des caractères du temps de la Jahiliyya.

Quand on lit ça, ça marque. Abou Dhar était un grand compagnon, un compagnon éminent. Et le Prophète ﷺ le regarde et lui dit qu’il lui reste quelque chose de l’ignorance en lui. Là aussi, le Prophète ﷺ a vu que les limites sacrées d’ALLAH ﷻ avaient été franchies — et il est intervenu sans se soucier du regard des autres. Il a vu, il a corrigé.

Une colère au service d’ALLAH ﷻ

La colère du Prophète ﷺ n’était pas impulsive. Ce n’était pas de l’ego. Ce n’était pas une émotion brute. Elle était rare. Elle était propre. Elle était pure. Et elle était au service d’ALLAH ﷻ.

C’est à ça qu’on veut aspirer.

Alors si tu veux te jauger aujourd’hui, pose-toi simplement cette question : est-ce que je me mets en colère pour défendre mon ego, ou pour défendre ce qu’ALLAH ﷻ a rendu sacré ?

Et même si ce qu’Il a rendu sacré, c’est ta propre dignité — alors oui, tu peux te mettre en colère pour la défendre. Tout simplement.

Qu’ALLAH ﷻ nous accorde une colère rare, juste et purifiée. Qu’Il nous préserve de l’emportement inutile et du regret qui s’ensuit. Âmeen.

Partager cet article :
S’abonner
Notification pour
guest
0 Commentaires
Le plus ancien
Le plus récent Le plus populaire
Commentaires en ligne
Afficher tous les commentaires

Quiz gratuit

Découvre ton profil d'apprentissage et des conseils pour mémoriser le Coran

Par ce test, tu en apprendras davantage sur ton profil d’apprentissage, le style que tu préfères utiliser pour recueillir et utiliser les idées et les informations.

Coche les réponses qui correspondent au mieux à tes habitudes et tes préférences. À la fin, découvre tes résultats et les conseils associés.

Retour en haut