L’invocation d’Ibrahim عليه السلام
رَّبَّنَآ إِنِّىٓ أَسْكَنتُ مِن ذُرِّيَّتِى بِوَادٍ غَيْرِ ذِى زَرْعٍ عِندَ بَيْتِكَ ٱلْمُحَرَّمِ رَبَّنَا لِيُقِيمُوا۟ ٱلصَّلَوٰةَ فَٱجْعَلْ أَفْـِٔدَةًۭ مِّنَ ٱلنَّاسِ تَهْوِىٓ إِلَيْهِمْ وَٱرْزُقْهُم مِّنَ ٱلثَّمَرَٰتِ لَعَلَّهُمْ يَشْكُرُونَ رَبَّنَآ إِنَّكَ تَعْلَمُ مَا نُخْفِى وَمَا نُعْلِنُ ۗ وَمَا يَخْفَىٰ عَلَى ٱللَّهِ مِن شَىْءٍۢ فِى ٱلْأَرْضِ وَلَا فِى ٱلسَّمَآءِ ٱلْحَمْدُ لِلَّهِ ٱلَّذِى وَهَبَ لِى عَلَى ٱلْكِبَرِ إِسْمَـٰعِيلَ وَإِسْحَـٰقَ ۚ إِنَّ رَبِّى لَسَمِيعُ ٱلدُّعَآءِ رَبِّ ٱجْعَلْنِى مُقِيمَ ٱلصَّلَوٰةِ وَمِن ذُرِّيَّتِى ۚ رَبَّنَا وَتَقَبَّلْ دُعَآءِ
Ô notre Rabb ! J’ai établi une partie de ma descendance dans une vallée sans agriculture, près de Ta Maison Sacrée [Al Ka’bah],
– ô notre Rabb – afin qu’ils accomplissent la prière (As-Salât). Fais donc que se penchent vers eux les cœurs d’une partie des gens. Et nourris-les de fruits. Peut-être seront-ils reconnaissants?
Ô notre Rabb! Tu sais, vraiment, ce que nous cachons et ce que nous divulguons – et rien n’échappe à Allah, ni sur Terre, ni au ciel! –
Louange à ALLAH, qui en dépit de ma vieillesse, m’a donné Ismaël et Isaac. Certes, mon Rabb entend bien les prières.
Ô mon Rabb ! Fais que j’accomplisse assidûment la prière (As-Salât) ainsi qu’une partie de ma descendance ! Ô notre Rabb ! Exauce ma prière !
Sourate Ibrahim, versets 37 à 40.
L’invocation d’Ibrahim عليه السلام qui nous concerne encore aujourd’hui
L’histoire d’aujourd’hui me tient à cœur. Elle parle d’une action que notre père Ibrahim عليه السلام a accomplie — et qui a des conséquences jusqu’à aujourd’hui, et probablement jusqu’à la fin des temps.
La salat
Ibrahim عليه السلام fait une magnifique doua pour sa descendance. Une invocation qu’on peut dire complète. Elle commence par rappeler la raison pour laquelle il a établi sa famille à la Mecque, après avoir construit la Ka’ba — pour qu’ils accomplissent la salât. Et le terme qu’il emploie, c’est réellement le fait de célébrer, d’établir la salât. Quand on établit quelque chose, on part de ce qui n’était pas accompli et on le met en place. Ce n’est pas seulement faire la salât — c’est la parfaire.
La reconnaissance
Après, il parle de la reconnaissance — peut-être seront-ils reconnaissants. Par cette phrase, il nous enseigne que parmi les plus grandes leçons qu’il aimerait transmettre à sa descendance, c’est d’apprendre à être reconnaissant. Et lui-même en donne l’exemple en exprimant sa gratitude à ALLAH ﷻ pour avoir reçu Ismaïl et Ishaq à un âge très avancé — alors que sa femme Sarah n’avait pas pu avoir d’enfant.
Et par cette phrase — mon Rabb entend bien les prières — il sait qu’ALLAH ﷻ entend. Mais il le Lui réitère quand même.
Yâ Rabb, Tu entends.
Une syntaxe magnifique
Il termine cette partie en disant :
Ô mon Rabb, fais que j’établisse assidûment la salât.
Ce qui peut paraître étonnant — comme si Ibrahim عليه السلام lui-même avait besoin qu’ALLAH ﷻ l’aide à mieux établir la salât. Et il précise :
ainsi qu’une partie de ma descendance
— pas toute, une partie. Il est réaliste. Il sait que tout le monde ne pourra pas être un exemple et un guide pour les autres, que ce n’est pas donné à tout le monde d’ouvrir les cœurs à ALLAH ﷻ. Mais s’il y a dans sa descendance des gens qui non seulement établissent la salât, mais en plus servent d’exemple — c’est déjà immense.
Et là, quelque chose de magnifique dans la syntaxe. Il commence par Rabbi — mon Rabb — pour ce qui le concerne lui personnellement, ainsi que sa descendance directe. Et il termine par Rabbana — notre Rabb — en disant exauce notre prière .
► Les savants exégètes ont relevé ce passage du singulier au pluriel. Et l’explication la plus souvent retenue : Ibrahim عليه السلام, au moment de terminer son invocation, est tellement convaincu qu’ALLAH ﷻ va l’exaucer qu’il inclut tous ceux qui viendront après lui. Il n’invoque plus seulement pour lui — il invoque pour nous. Il y a un effet de présent dans cette formulation. Quand on la lit, on a l’impression de faire cette doua avec lui, au présent, alors qu’il l’a prononcée des siècles avant nous.
Ibrahim عليه السلام — notre père en religion
Pourquoi parler d’ancêtre, de descendance, d’invocation ? Parce qu’Ibrahim عليه السلام est notre père. Dans le sens le plus profond — notre père en religion. C’est le seul prophète qu’ALLAH ﷻ qualifie ainsi dans le Coran, à la fin de la Sourate al-Hajj :
Millata abîkum Ibrâhîm — la religion, l’héritage, la tradition de votre père Ibrahim.
Quand on entend ça en tant qu’enfant, ça devrait nous faire tilt — il parle de mon père, donc il parle de moi, donc ça me concerne directement.
Et Ibrahim عليه السلام s’est comporté comme un père exemplaire. Il a établi des choses au cours de sa vie dont les conséquences positives nous parviennent encore. Il a construit la Ka’ba sans penser qu’à lui — il a pensé à tous ceux qui viendraient.
En effet, il a demandé à ALLAH ﷻ :
la protection pour la Mecque,
la prospérité pour ceux qui en seraient les gardiens.
Et on en voit les fruits jusqu’à aujourd’hui, notamment quand on voit à quel point l’Arabie est prospère.
Muhammed ﷺ est un fruit de cette invocation.
Et nous sommes un fruit de cette invocation.
Et il y a quelque chose d’encore plus beau. Cette doua a été tellement exaucée que son souvenir nous accompagne à chaque prière — dans le tachahoud, on prie sur Ibrahim عليه السلام, plusieurs fois par jour, chaque jour.
Lui, l’ami intime d’ALLAH ﷻ — Khalîlullâh — celui dont ALLAH ﷻ a dit qu’il a accompli avec brio toutes les épreuves placées sur sa route — fa’atammahunna — a demandé, et ALLAH ﷻ l’a exaucé.
La leçon à emporter
Dis-toi que chaque personne qui prie aujourd’hui, qui établit correctement la salât, donne à notre père Ibrahim عليه السلام une part de bienfaits. Une belle commission, en quelque sorte, sur chaque croyant qui prie.
La leçon de ce jour de Ramadan, c’est de faire comme notre père Ibrahim عليه السلام. L’impact d’une invocation est réel — nous en avons la preuve claire. Il faut prendre soin de notre descendance par l’invocation. C’est peut-être la meilleure façon de prendre soin de ceux qui viendront après nous.
Au-delà de nos enfants qui sont devant nous aujourd’hui, rien ne nous empêche de faire des doua pour toute notre descendance — pour notre arrière-arrière-arrière-petite-fille, notre arrière-arrière-arrière-petit-fils.
Quelle est la différence entre celui qui a de belles pépites parmi sa descendance et celui qui n’en a pas ? C’est peut-être simplement le fait d’avoir demandé.
Demandons à ALLAH ﷻ, à l’image de la doua d’Ibrahim عليه السلام, que dans notre descendance se trouvent le maximum de personnes qui établissent la salât, qui aident les autres à créer un lien de qualité avec leur Seigneur, et qui servent d’exemple.
Qu’ALLAH ﷻ nous fasse rencontrer notre père Ibrahim عليه السلام pour pouvoir le remercier d’avoir fait cette belle invocation et d’avoir pris autant soin de nous.
Âmeen yâ Rabb al-‘âlamîn.
► Je suis Oustadha Zaynab, et voilà plus de 10 ans que j’enseigne aux femmes le Coran. En effet, ce qui m’importe, au-delà de la mémorisation du Coran, c’est que mes sœurs vivent avec le Coran, que leur relation avec le Coran ne soit pas superficielle, mais bien chargée d’émotions. Tout cela, je le souhaite pour toi également, et je te le dis : c’est possible !