Dhul Qarnayn : le pouvoir au service d’ALLAH ﷻ

Temps de lecture estimé : 18 min

L’être humain peut être éprouvé dans sa foi, éprouvé dans ses biens, éprouvé dans sa science. Il y a un domaine dans lequel il est aussi très éprouvé depuis la nuit des temps : le pouvoir.

Voyons aujourd’hui ce que la Sourate al-Kahf a à nous confier comme trésor à ce sujet, à travers le récit de Dhul Qarnayn.

Sommaire

Dhul Qarnayn : La quatrième histoire de la Sourate al-Kahf

Aujourd’hui, on va aborder l’histoire de Dhul Qarnayn — la quatrième histoire mentionnée dans la Sourate al-Kahf.

Tu sais que dans cette sourate, il y a quatre histoires : 

  1. L’histoire des jeunes de la caverne — Ashâb al-Kahf — qui donne le titre à la sourate.
  2. L’homme aux deux jardins. 
  3. Moussa عليه السلام avec le savant qu’on appelle souvent al-Khidr, avec qui il a fait un voyage à la recherche de la science et de la connaissance qu’ALLAH ﷻ avait accordée à cet homme. 
  4. L’histoire de Dhul Qarnayn.

Cette histoire est magnifique. Les enseignements qu’on peut en tirer sont immenses. Et ALLAH ﷻ l’a clairement citée pour qu’on y réfléchisse. D’ailleurs, quand Il introduit son histoire — qui n’est présente que dans la Sourate al-Kahf, sur une seule page, l’avant-dernière — Il commence par dire :

Ils t’interrogent au sujet de Dhul Qarnayn. 

En effet, ce sont des gens, notamment parmi les juifs et les chrétiens, qui avaient posé des questions à Rasûlullâh ﷺ à son sujet. Et ALLAH ﷻ répond en disant à Son Prophète ﷺ : 

Dis, je vais vous en citer quelques faits mémorablesatlû ‘alaykum minhu dhikrâ.

Et ce mot dhikrâ — rappel, fait utile, souvenir mémorable — est là pour nous dire d’emblée que ce n’est pas une leçon d’histoire qu’on va faire. 

On ne va pas s’attarder sur qui était Dhul Qarnayn au sens historique — à quelle époque il a vécu, combien d’enfants il a eus, combien de terres il a conquises. ALLAH ﷻ ne voulait pas qu’on s’y intéresse. Et Rasûlullâh ﷺ n’en a pas parlé non plus. 

► Quand ALLAH ﷻ ne mentionne pas une information, et que Rasûlullâh ﷺ ne la mentionne pas davantage, ça veut dire que ce n’est pas utile à la leçon qu’on doit retenir. Ce n’est pas utile à notre avancement. Et il faut vraiment faire attention à ne pas s’alourdir le chemin vers le paradis avec des pierres dans le sac qui ne serviront à rien.

وَيَسْـَٔلُونَكَ عَن ذِى ٱلْقَرْنَيْنِ ۖ قُلْ سَأَتْلُوا۟ عَلَيْكُم مِّنْهُ ذِكْرًا

إِنَّا مَكَّنَّا لَهُۥ فِى ٱلْأَرْضِ وَءَاتَيْنَـٰهُ مِن كُلِّ شَىْءٍۢ سَبَبًۭا

فَأَتْبَعَ سَبَبًا

حَتَّىٰٓ إِذَا بَلَغَ مَغْرِبَ ٱلشَّمْسِ وَجَدَهَا تَغْرُبُ فِى عَيْنٍ حَمِئَةٍۢ وَوَجَدَ عِندَهَا قَوْمًۭا ۗ قُلْنَا يَـٰذَا ٱلْقَرْنَيْنِ إِمَّآ أَن تُعَذِّبَ وَإِمَّآ أَن تَتَّخِذَ فِيهِمْ حُسْنًۭا

قَالَ أَمَّا مَن ظَلَمَ فَسَوْفَ نُعَذِّبُهُۥ ثُمَّ يُرَدُّ إِلَىٰ رَبِّهِۦ فَيُعَذِّبُهُۥ عَذَابًۭا نُّكْرًۭا

وَأَمَّا مَنْ ءَامَنَ وَعَمِلَ صَـٰلِحًۭا فَلَهُۥ جَزَآءً ٱلْحُسْنَىٰ ۖ وَسَنَقُولُ لَهُۥ مِنْ أَمْرِنَا يُسْرًۭا

Et ils t’interrogent au sujet de Dhûl Qarnayn. Dis: “Je vais vous en citer quelque fait mémorable.”
Vraiment, Nous avons affermi sa puissance sur Terre, et Nous lui avons donné un sabab à toute chose.
Il suivit donc un sabab.

Et quand il eut atteint le Couchant, il trouva que le soleil se couchait dans une source boueuse , et, auprès d’elle il trouva une peuplade.
Nous dîmes : « Ô Dhûl-Qarnayn ! Ou tu les châties, ou tu uses de bienveillance à leur égard. »
Il dit : « Quant à celui qui est injuste, nous le châtierons ; ensuite il sera ramené vers son Rabb qui le punira d’un châtiment terrible.
Et quant à celui qui croit et fait bonne œuvre, il aura, en retour, la plus belle récompense. Et nous lui donnerons des ordres faciles à exécuter.

Sourate al-Kahf, ayat 83 à 88.

Qui était Dhul Qarnayn ?

Avant d’entrer dans les enseignements, posons le contexte — ce qui peut être dit d’après les tafsirs, car c’est là qu’on trouve les informations que Rasûlullâh ﷺ et les compagnons avaient en connaissance.

Un serviteur d’ALLAH soucieux des autres.

Ibn Kathir, al-Qurtubi et d’autres nous expliquent que Dhul Qarnayn était un serviteur d’ALLAH ﷻ qui était puissant. Il parcourait la Terre d’est en ouest, du nord au sud, à la recherche de possibilités d’aider les gens et de les appeler vers le bien. Il avait l’habitude de conseiller les peuples qu’il côtoyait, de toujours les guider vers la voie d’ALLAH ﷻ. C’était là son seul moteur, sa seule finalité — guider les gens vers ALLAH ﷻ.

Il était polyglotte — capable de parler plusieurs langues. Il avait beaucoup de richesses, ce qui va naturellement avec le pouvoir. Dhul Qarnayn était gouverneur dans son pays. Il avait plusieurs armées avec lui quand il partait en expédition. Dans son groupe, il y avait des soldats et des gens qui maîtrisaient des compétences variées. 

Il maîtrisait lui-même l’art et la science des machines de guerre et de construction. Il maîtrisait très bien les sciences de manière générale, la géographie, et avait des repères précis sur la Terre.

Un gouverneur reconnu de tous 

C’était donc un homme pieux qu’ALLAH ﷻ avait gratifié de beaucoup de bienfaits — le pouvoir, la richesse, la science, et tout ce qui en suit. Il dominait l’Occident et l’Orient. Et chaque fois qu’il passait par des terres auxquelles il avait apporté son aide et ses enseignements, les rois et les empereurs de ces terres se soumettaient à son pouvoir — d’une manière positive et volontaire, comme on va le voir.

Toutes les nations, qu’elles soient musulmanes ou non — et c’est une information très importante — se mettaient à son service de bon cœur.

Voilà pour le contexte historique. Ce sont les informations qui nous suffisent pour savoir de qui on parle, parce que le Coran, très souvent, ne fonctionne pas comme un livre d’histoire. ALLAH ﷻ ne nous donne pas la date de naissance, l’origine précise, le nombre d’enfants. Il nous donne l’histoire, les actions de la personne, et c’est ça qui porte l’enseignement.

L’histoire de Dhul Qarnayn n’est mentionnée qu’à cet endroit du Coran. Il a marqué son époque, c’était un homme pieux qui a laissé son empreinte. Et ALLAH ﷻ a choisi de mettre le focus non pas sur ses conquêtes de guerre, non pas sur les terres qu’il a traversées, mais sur la manière dont il a exercé le pouvoir qu’Il lui avait donné. Et c’est un pan qui est, je pense, extrêmement important aujourd’hui.

Dès lors qu’il y a plusieurs êtres humains, il y a un pouvoir qui s’installe. Et aujourd’hui, on sait que le pouvoir est une fitna, une épreuve. On sait que tout le monde n’est pas apte à diriger. Et malheureusement, très souvent, ce sont les moins bons qui s’y retrouvent — des gens qui savent pertinemment qu’ils ne sont pas compétents, qui s’entretuent pour le pouvoir, qui tuent pour le pouvoir, qui sont sans scrupule pour l’obtenir.

Et là, ALLAH ﷻ nous offre un contre-exemple magnifique — quelqu’un qui a du pouvoir, qui a conscience de pourquoi ce pouvoir lui a été donné, et qui sait comment l’employer.

Dhul Qarnayn dans le Coran : Un écho aux jeunes de la caverne 

Je trouve très beau que cette histoire soit la quatrième et dernière, parce qu’elle fait un miroir magnifique avec le premier récit — les jeunes de la caverne. Et d’ailleurs, la Sourate al-Kahf dans son ensemble est un spectacle de symétrie, de miroir, de cohésion.

Les jeunes de la caverne et Dhul Qarnayn avaient un point commun : c’étaient des gens qui avaient une position importante dans la société, une certaine richesse, ainsi qu’une certaine notoriété. Là où ils vont s’opposer — là où se situe l’effet miroir — c’est dans leur façon d’agir face à cette position.

Sourate Al Kahf : la fuite des jeunes de la caverne 

Les jeunes de la caverne ont fui le luxe pour sauver leur religion. Ils ont quitté leur vie aisée, leurs titres, la religion de leurs ancêtres et de leur pays pour aller vers la caverne. Et on pourrait se dire que c’était un peu égoïste. Mais en réalité, leur fuite a servi. 

Dans un premier temps, on a l’impression que ça n’a pas servi aux gens. Puis on réalise que l’effet a été démultiplié après eux, de génération en génération jusqu’à aujourd’hui. Le simple fait qu’ils aient dormi pendant 300 ans et se soient réveillés est un exemple pour le peuple dans lequel ils se sont réveillés, et pour tous les peuples après eux — au point qu’on lise régulièrement leur histoire dans la Sourate al-Kahf. Leur fuite a été une source d’inspiration immense.

Et si on réfléchit bien : si ils étaient restés, qu’est-ce qui se serait passé ? On les aurait exécutés. On les aurait oubliés. Peut-être même enterrés dans un endroit inaccessible. Ça aurait dissuadé les gens de rentrer dans la religion en se disant : regardez comment ils ont fini, eux qui étaient des jeunes de bonnes familles aisées. Rester aurait donc été pire. La fuite a fait d’eux des héros.

Le miroir avec Dhul Qarnayn 

Dhul Qarnayn, lui, c’est l’inverse. Il ne fuit pas. C’est lui qui va trouver les peuples là où ils sont. Il use de son pouvoir, de sa richesse, de ses connaissances, de sa notoriété — pour le bien. Lui aussi a eu un impact immense, mais en se déplaçant vers les gens.

Et c’est une leçon importante pour nous. 

► Parfois, il faut délaisser le pouvoir, délaisser l’autorité pour impacter. C’est le cas des jeunes de la caverne. 

► Et d’autres fois, il ne faut pas faire de modestie malsaine — il faut prendre le flambeau, il faut se tenir droit là où ALLAH ﷻ t’a positionné. Si Dhul Qarnayn avait eu une attitude de fuite — qui suis-je pour aller enseigner aux autres comment suivre leur religion ? Je ne suis qu’un serviteur d’ALLAH ﷻ, je reste à ma place — il aurait fauté. Parce que justement, être serviteur d’ALLAH ﷻ, c’est déjà beaucoup. Et c’est précisément pour ça qu’il devait agir.

Là où ALLAH ﷻ t’a positionné, là où Il t’a permis de te mettre debout — reste fermement debout. C’est ce que Dhul Qarnayn a fait.

Le concept de sabab — la corde

ALLAH ﷻ dit :

وَءَاتَيْنَـٰهُ مِن كُلِّ شَىْءٍۢ سَبَبًۭا

wa âtaynâhu min kulli shay’in sababâ — et Nous lui avons donné un sabab à toute chose.

Ce mot est cité trois fois dans ce passage. Alors prenons le temps de comprendre ce qu’il signifie vraiment.

Une signification linguistique

Sabab, dans la langue arabe, a pour première définition : une corde. 

Une corde, par définition, est tendue — attachée aux deux bouts. Elle sert à aller d’un point A à un point B. Si le bout de la corde n’est pas attaché, si elle traîne par terre, elle ne sert plus à rien. Mais une corde tendue, bien attachée — c’est quelque chose qui est nécessaire. Quand tu saisis une corde, c’est que tu as besoin d’aller quelque part.

Donc le sabab, c’est à la fois une corde, un moyen d’arriver à quelque chose, et quelque chose de nécessaire. On peut le traduire par ressources. Quand ALLAH ﷻ dit qu’Il lui a donné un sabab dans toute chose, ça veut dire : dans plusieurs domaines, dans plusieurs compétences, Nous lui avons donné une corde, un moyen, quelque chose de nécessaire. 

Un mouvement continu

Et ensuite vient le verbe fa’atba’a sababâ. Ce verbe ne signifie pas simplement il suivit. Atba’a — c’est le fait de faire suivre une chose par une autre, d’ajouter, d’insister, de se conformer, de persévérer. Donc la compréhension juste serait : il a fait suivre une ressource par une autre. Il a utilisé ce qu’ALLAH ﷻ lui avait donné pour créer de nouvelles ressources à partir de là. Et avec ces nouvelles ressources, il créait encore d’autres choses. Il y a une notion de perpétuité, de mouvement continu.

La réussite de Dhul Qarnayn, un objectif ? 

Beaucoup de personnes voient le succès comme une finalité. Une fois qu’on l’a atteint, on s’arrête là et on célèbre. Alors qu’avec Dhul Qarnayn, le million — pour prendre un exemple — n’est pas l’objectif. Le million est un moyen. Il va utiliser ce million pour produire des choses à partir de là, pour aider, pour guider, pour avancer. Et ce qui sort de ça va bénéficier à plein d’autres gens, qui à leur tour vont pouvoir faire fructifier encore davantage.

C’est très différent de l’approche où le succès est vu comme une finalité — où une fois qu’on l’a atteint, on cherche à le multiplier pour soi, à ériger son nom, à bâtir sa réputation, à ce qu’on se souvienne de soi. Dhul Qarnayn ne fonctionnait pas comme ça.

Et les ressources qu’ALLAH ﷻ nous donne ne sont pas forcément matérielles. Si je suis créatif, si j’ai le don de l’écoute, si j’ai de la patience, si j’ai telle ou telle compétence — ce sont des ressources que je peux employer. Et ALLAH ﷻ attend de nous que nous les exploitions pleinement. Une ressource — matérielle ou immatérielle — qu’on n’exploite pas, c’est du gaspillage. Et c’est une injustice envers ceux pour qui ALLAH ﷻ avait destiné qu’on utilise ces ressources.

Dhul Qarnayn, lui, utilisait chaque ressource qu’ALLAH ﷻ lui avait donnée à 360 degrés. Il ne laissait rien sans que ça ne serve à autrui.

Les prophètes qui ont fait de même

Dans le Coran, plusieurs personnes ont fonctionné avec ce même mode opératoire.

► Le prophète Sulayman عليه السلام et son père Dawud عليه السلام — qui avaient la royauté, la richesse, l’autorité, la science, et qui étaient aussi prophètes. 

► Le prophète Yusuf عليه السلام — qui s’est érigé par sa connaissance, sa patience, sa sagesse, jusqu’à gouverner le pays et avoir entre les mains les richesses de l’Égypte.

Et ce qui est beau avec tous ces hommes-là, c’est que leur pouvoir et leur richesse ne bénéficiaient pas uniquement aux gens qui partageaient leur foi ou leur culture. C’était bénéfique à tous ceux qui les côtoyaient. L’Égypte au temps de Yusuf عليه السلام n’était pas musulmane — ils étaient idolâtres. Et pourtant, Yusuf عليه السلام n’a pas fait le tri. Il n’a pas dit : je sauve seulement ceux qui ont ma foi. Il a réfléchi dans la globalité.

Et c’est exactement pareil pour Sulayman عليه السلام — on a le récit de la reine de Saba, où on voit comment il a utilisé ses ressources pour dépasser les frontières et amener les gens vers la religion. Il aurait pu se dire : j’ai des armées à mon commandement, j’ai toutes les richesses que je veux, je m’arrête là. Mais si Sulayman عليه السلام a un nom aujourd’hui, ce n’est pas à cause de ses richesses. C’est à cause de ce qu’il en a fait.

Et si tu regardes bien les gens dont on se souvient — ce ne sont pas forcément ceux qui étaient les plus riches ou les plus puissants. Ce sont ceux qui ont touché les cœurs. Et ceux dont le cœur a été touché vont cultiver le souvenir de ces personnes. Pas le souvenir de leur personne en tant que telle — mais le souvenir de la bonne action qu’ils ont accomplie, pour qu’elle perdure et serve d’exemple.

Le dénominateur commun entre tous ces hommes — Dhul Qarnayn, Yusuf عليه السلام, Dawud عليه السلام, Sulayman عليه السلام — c’est qu’ils pensaient grand, qu’ils pensaient en termes d’impact global, et qu’ils pensaient dans la globalité de l’humanité.

La première halte de Dhul Qarnayn

Dans ses expéditions, ALLAH ﷻ mentionne trois haltes de Dhul Qarnayn. La première lui présente un peuple isolé, sans ressources au sens où ce ne sont pas des puissances, des gens qui vivent avec leur propre code, leur propre culture, en dehors des grandes civilisations.

Habituellement, dans l’histoire, quand un conquérant arrive vers ce type de peuple, deux scénarios se dessinent. Soit il y a des ressources naturelles à exploiter et il les prend — on sait comment ça se passe. Soit il n’y en a pas, et c’est la population elle-même qui devient la ressource — à asservir, à exploiter.

Dhul Qarnayn ne fait ni l’un ni l’autre. ALLAH ﷻ lui propose deux options : châtier ou user de bienveillance. Et avant de trancher, il prend le temps d’étudier les habitants — leurs comportements, leurs habitudes, leurs cultures, leurs manières. Et ensuite, il établit l’ordre.

Sa réponse est simple et juste : ceux qui font le mal seront sanctionnés selon la loi d’ALLAH ﷻ. Et ceux qui font preuve de bien trouveront chez lui la bienveillance. Et après leur départ, ALLAH ﷻ leur demandera aussi des comptes.

C’est très logique. Il y a le mal, il y a l’avertissement, la punition si nécessaire — et il y a l’encouragement du bien. Pas de généralisation, pas d’application du même traitement à tout le monde. Il opère une distinction.

Et ALLAH ﷻ est satisfait par cette réponse. Parce que c’est exactement ainsi qu’Il a éduqué cet homme.

Comment s’inspirer de Dhul Qarnayn dans nos vies ?

Avant d’aller plus loin, je voudrais qu’on s’arrête sur ce que ça veut dire pour nous — dans notre quotidien, dans nos interactions.

Quand on arrive quelque part — un lieu de travail, une nouvelle famille par alliance, une ville où on vient s’installer, une communauté — il faut arriver en aidant, en contribuant, en investissant. Et ça veut dire : 

  • Faire abstraction de nos préjugés, de nos réalités à nous. 
  • Accueillir les réalités de là où on arrive. 
  • Prendre en compte les besoins réels des gens — pas ceux qu’on croit être bons pour eux.

Parce que l’erreur que beaucoup font, c’est d’arriver avec leurs préjugés, leurs généralisations. Les gens de telle culture, c’est comme ci. Les gens de tel pays, c’est comme ça. Et là, on arrive avec ça dans la tête, et on applique un traitement qui ne correspond pas aux réalités des gens qu’on est censé aider.

Si quelqu’un arrive dans une entreprise censé être consultant, leader, coach — et qu’il ne prend même pas le temps de faire un audit, de poser des questions, d’aller voir les conditions de travail, d’observer qui est à quel poste et pourquoi — et qu’il arrive directement avec dans mon entreprise on fait comme ça, il ne sert à rien. Et même s’il vient gratuitement, personne n’accepte de se faire diriger ou de se faire définir ses besoins à sa place.

En prenant exemple sur Dhul Qarnayn, c’est l’inverse. Je rentre dans une entreprise, je regarde comment les gens travaillent, j’observe qui est au bon poste, je détecte les bonnes graines. Il y a des gens qui semblent être des perturbateurs — mais c’est peut-être juste qu’ils ne sont pas au bon poste. 

Un bon consultant, un bon manager, voit ça. Et quand vient le moment de recadrer ou de réorienter, il le fait sur la base des réalités de l’entreprise — pas de celles de son entreprise à lui.

La troisième halte de Dhul Qarnayn :  le peuple et Yajuj wa Majuj

La troisième halte est peut-être la plus instructive.

Dhul Qarnayn arrive vers un peuple qui a du mal à se faire comprendre. ALLAH ﷻ dit qu’ils peinaient à se faire comprendre dans leur langage. Ça signifie que c’était une langue qui n’obéissait à aucun des codes des autres langues — pas de famille commune, pas de racine partagée. Comme quand on parle français, on peut retrouver des repères en entendant l’espagnol, l’italien, le portugais — parce que ce sont des langues latines. Ou en arabe, un dialecte fait écho à un autre. 

Mais ici, rien de tel. C’était une langue entièrement à part — ce qui laisse penser que ce peuple était coupé du monde, peu éduqué, primitif par bien des aspects.

Et pourtant, Dhul Qarnayn fait l’effort de comprendre leur langue. Il stationne avec eux. Il évalue leurs besoins.

Et eux lui soumettent une demande :

Les Yajuj et les Majuj sèment le désordre sur terre. Est-ce qu’on pourrait t’accorder une récompense — un salaire, un tribut — pour que tu construises une barrière entre eux et nous ?

Cette demande est très simple. Ils ne demandent pas une muraille, pas une tour. Une barrière. Juste quelque chose qui les retienne. Et ils proposent quelque chose en échange — parce qu’ils comprennent que ce genre d’aide a généralement un prix.

La réponse de Dhul Qarnayn est immédiatement désarmante. Il dit :

Ce que mon Seigneur m’a réservé vaut mieux que vos dons.

Autrement dit : je n’ai pas besoin de votre salaire. Ce qu’ALLAH ﷻ m’a donné me suffit largement. Gardez ce que vous avez.

Et ensuite, il dit : 

Aidez-moi avec votre force, et je construirai un grand rempart entre vous et eux.

Regarde ce qu’il vient de faire. La première chose qu’il dit après je n’ai pas besoin de votre salaire, c’est : aidez-moi avec votre force. Il les valorise. Il leur dit : vous avez quelque chose à apporter. Ce n’est pas moi qui vais tout faire à votre place.

Il aurait pu tout faire lui-même — il avait les soldats, les compétences, les ressources. Il aurait pu arriver et dire : laissez-moi faire, je gère. 

Mais non. Il dit : montrez-moi comment vous faites. Apportez-moi vos matières premières. Aidez-moi. Parce que c’est votre pays, ce sont vos réalités, ce sont vos ressources.

Et là, ces gens qu’on pourrait regarder comme un peuple arriéré qui ne sait même pas construire une simple barrière — Dhul Qarnayn ne les a pas jugés sur ça. Au contraire. Il a dit : vous avez de la force. Utilisez-la. Et tout de suite, ils vont se dire : ah oui, c’est vrai — ça, je sais le faire. Cette matière, je sais où la trouver.

Il leur demande d’apporter des blocs de fer. Peut-être qu’ils ne savaient même pas exactement ce qu’était du fer — alors il leur montre, leur explique à quoi ça ressemble, où le trouver. Et eux vont partir rassembler les blocs. Ensuite, il leur enseigne comment chauffer le fer, comment couler du cuivre fondu dessus, comment assembler le tout. Il est ingénieur, architecte, pédagogue — tout à la fois. Il retrousse ses manches avec eux et agit.

C’est une mission pédagogique. Il leur apprend la matière, il leur apprend où la trouver, il leur apprend comment l’utiliser. Et eux repartent avec une compétence qu’ils n’avaient pas avant son arrivée.

Ce qu’il ne fait pas — et qui est tout aussi important

Dhul Qarnayn ne laisse pas une armée derrière lui. Il ne prend pas leurs ressources naturelles, ne demande pas qu’on grave son nom sur la muraille, ne réclame pas de taxes et ne prétend pas gouverner.

Il aurait pu. En effet, Dhul Qarnayn avait tout le pouvoir nécessaire. Il aurait pu dire : après tout, je vous ai construit ça, vous m’avez vu à l’œuvre, vos ressources sont maintenant les miennes en échange. C’est ce qu’ont fait beaucoup de puissances dans l’histoire — des conquérants qui arrivent, qui prennent les ressources naturelles, qui imposent leur langue, leur mode de vie, leur gouvernance, sous prétexte d’aider — et qui repartent en laissant des populations fragilisées, des conflits qui durent des générations.

Dhul Qarnayn fait le contraire. Il repart en ayant fait de sorte que c’est eux qui ont construit — avec leur force, avec leurs matières premières, avec leurs mains. 

Et ce qu’ils ont appris, ils peuvent maintenant le transmettre : à leurs enfants, àleurs voisins, à d’autres peuples. 

Ainsi, le bien se propage.

La solidité de cette construction est telle — d’après les tafsirs — qu’elle est toujours érigée aujourd’hui. Et parmi les signes de la fin des temps, il y a la sortie de Yajuj et Majuj quand cette muraille s’effondrera. Qu’ALLAH ﷻ nous en préserve.

Un enseignement sur la transmission

Il y a quelque chose d’autre que j’aimerais souligner. Dhul Qarnayn ne s’est pas contenté de construire la barrière qu’ils lui avaient demandée. Il a donné des compétences.

Et c’est un fléau aujourd’hui : les gens ont peur de donner. Ils ont peur que si j’enseigne ça à quelqu’un, il va me dépasser. C’est aberrant. La science — les compétences — est la seule chose qui, quand on la donne, ne diminue pas chez soi. Au contraire, elle se démultiplie.

Quand on enseigne, on ancre encore plus son propre savoir. Celui qui reçoit est au début du chemin — il doit encore cultiver, appliquer, comprendre, transmettre à son tour. Alors que celui qui a enseigné a gagné — en stabilité, en profondeur, en hauteur de vue.

Ce qui diminue notre savoir, ce n’est pas de le transmettre. C’est de décider d’arrêter d’apprendre. D’arrêter de se perfectionner. Et surtout d’arrêter de transmettre — parce que là où la chose se perd, c’est quand on part avec elle. Quand on l’a transmise, elle ne nous appartient plus qu’à nous — elle appartient à tous ceux à qui on l’a donnée. Et on est riches ensemble. Alors, pourquoi s’en priver ?

Dhul Qarnayn : ce qu’il faut retenir 

  • Dhul Qarnayn a reçu le pouvoir comme une épreuve — la plus grande fitna depuis la nuit des temps. Et il l’a surmontée en s’en remettant toujours et entièrement à la justice d’ALLAH ﷻ.
  • Il a gagné toutes ces nations par le cœur. Sans armée laissée sur place. Sans taxes réclamées. Sans son nom gravé nulle part. La première phrase qu’il prononce quand il répond à ces gens, c’est : j’ai meilleur auprès d’ALLAH ﷻ que ce que vous pouvez me donner. Pas j’ai conquis telle et telle terre. Pas j’ai tel et tel pouvoir. Non. Il ne parle que d’ALLAH ﷻ.

Et par cette seule phrase, il fait une dawah — un appel. Ces gens qui ne connaissaient peut-être pas ALLAH ﷻ, qui avaient l’air d’un peuple primitif, éloigné de la civilisation — ils entendent cet homme puissant, juste, qui fait l’effort d’apprendre leur langue, qui ne veut pas leur salaire, qui leur demande de participer, qui les valorise — dire que ce qu’il a auprès d’ALLAH ﷻ vaut plus que tout le reste. Et forcément, ça va entrer dans leurs cœurs. Ils vont aimer ALLAH ﷻ d’une manière indirecte — parce que c’est Lui que cet homme sert, et cet homme est magnifique.

► C’est comme ça que Dhul Qarnayn a gagné des nations entières. Non pas par la force. Non pas par la domination. Mais par le cœur.

Sa simple présence suffisait. Sa bienveillance et sa justice aussi. Et son travail — les mains retroussées avec le peuple — suffisait.

Qu’ALLAH ﷻ nous aide à l’incarner dans notre quotidien — dans nos familles, nos entreprises, nos communautés, avec toute personne que nous croisons, quelle que soit sa culture, sa religion, sa langue, ses habitudes.

Qu’ALLAH ﷻ fasse que nous mettions nos ressources — toutes celles qu’Il nous a données — au service de l’humanité, au service des gens, et au service de Sa voie.

Qu’Il nous compte parmi ceux qui pensent grand, qui pensent dans la globalité, et qui utilisent ce qu’Il leur a confié pour que le bien se propage et dure bien après leur départ.

Âmeen.

► Je suis Oustadha Zaynab. Depuis plus de 10 ans, j’aide les femmes à apprendre et à aimer le Coran. Mon but ? Que chaque sœur vive vraiment avec le Coran, qu’elle le ressente profondément et qu’il devienne un repère dans sa vie. Et toi aussi, tu peux vivre cette expérience.
Oui, c’est possible, bi idhnILLĀH !

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