Le hadith
Et le Prophète ﷺ va nous surprendre un peu. Parce que quand on parle de constance, on imagine tout de suite la contrainte, serrer les dents, en faire toujours plus, être poussé à bout. Le Prophète ﷺ nous dit presque l’inverse.
Certes, la religion est facilité. Et personne ne l’endurcit sans qu’elle ne prenne le dessus sur lui. Alors visez juste, approchez-vous du but, et réjouissez-vous. Et aidez-vous dans vos adorations du matin, de l’après-midi, et d’un peu de la fin de la nuit.
Rapporté par al-Bukhârî et an-Nasâ’î, d’après Abu Hurayra رضي الله عنه.
Ad-dînu yusr — la religion est facilité
Ce n’est pas une jolie formule instagrammable. C’est un principe qu’ALLAH ﷻ énonce Lui-même dans le Coran. Dans la Sourate al-Hajj, Il dit : et Il ne vous a imposé aucune gêne dans la religion. Dans la Sourate al-Baqarah, la célèbre ayah 286 :
ALLAH n’impose à aucune âme une charge au-delà de sa capacité.
Et concrètement, dans les règles, il n’existe pas une seule obligation qui dépasse ta capacité. Quand tu ne peux vraiment pas faire quelque chose, soit ça tombe, soit c’est remplacé par quelque chose de plus simple. Si tu ne peux pas faire tes ablutions à l’eau — parce que tu es malade, ou qu’il fait trop froid, ou qu’il n’y a pas d’eau — il y a le tayammum. La religion ne te met jamais devant un mur. Elle t’ouvre toujours une porte. Le Prophète ﷺ l’a dit lui-même : j’ai été envoyé avec la voie pure et facile.
Un avertissement
Mais avant de donner le remède, le Prophète ﷺ pose un avertissement. Personne ne l’endurcit sans qu’elle ne prenne le dessus sur lui. Endurcir la religion, c’est vouloir la surpasser en rigueur — tirer sur la corde plus fort qu’elle ne le demande.
Imagine quelqu’un dans un élan qui décide de lire le Coran en entier chaque jour, de jeûner en permanence, de passer toutes ses nuits en prière. Le Prophète ﷺ nous dit clairement : tu ne tiendras pas. Tu vas t’épuiser, et tu vas t’arrêter.
Et c’est là que ça devient triste. Parce que souvent, la personne qui s’est imposé une méthode intenable ne se contente pas de ralentir quand elle réalise qu’elle est allée trop loin. Elle bascule dans l’autre extrême. À force d’avoir trop tendu, elle lâche tout. Une corde trop tendue ne s’étire pas — elle craque.
Les anciens avaient un mot pour ça : al-munbat — celui qui a tellement forcé qu’il n’a ni parcouru la route ni ménagé sa monture. Il n’arrive nulle part.
Le remède
Ensuite vient le remède, en deux mots : saddidû wa qâribû — visez juste, approchez-vous du but. Comme pour dire : tu ne vas pas atteindre la perfection — n’exige pas la perfection de toi. Mais tu vises bien, et tu t’approches. La direction compte plus que la perfection.
Et une mise en garde sur le juste milieu — parce qu’il peut être mal compris. Le juste milieu, ce n’est pas ce que moi je ressens comme étant raisonnable. Celui qui en fait trop se croit au centre. Celui qui en fait trop peu aussi. Le vrai repère, c’est l’exemple du Prophète ﷺ et de ses compagnons. C’est ça la mesure.
Et le yusr — la facilité — n’a jamais voulu dire fermer les yeux sur les interdits. Ça n’a pas non plus voulu dire s’imposer des choses qu’ALLAH ﷻ ne nous a pas demandées jusqu’à l’épuisement. Le yusr, c’est entre les deux : tenir ses obligations, éviter les interdits, et pour le reste — le surplus sur base volontaire — rester dans ce qu’on peut porter.
Une promesse
Puis il dit : absharû — réjouissez-vous. Reçois la bonne nouvelle. Fais ce que je viens de te dire, vise juste, avance régulièrement, sois serein — et tu y arriveras. C’est une promesse.
Et il termine avec l’image du voyageur qui a une longue route devant lui. Celui qui veut tout faire d’une traite épuise sa monture, épuise ses compagnons, s’épuise lui-même — et finit par s’arrêter beaucoup plus longtemps que prévu. Alors que le voyageur sage avance aux heures les plus fraîches, se repose, et un jour réalise que toute cette grande distance est derrière lui — sans l’avoir sentie.
Le calcul de la constance
Et ça mérite qu’on s’y arrête, parce que c’est peut-être la partie la plus fascinante.
On prie cinq prières par jour. Sur une année, ça fait environ 1 800 prières. Si on te disait aujourd’hui : rattrape 1 800 prières — tu te sens comment ? C’est impossible. Et pourtant, étalées sur l’année, tu ne les sens pas passer.
Une personne qui prie de 10 ans à 60 ans aura fait autour de 90 000 prières, soit plus d’un million et demi de raka’at. Si on te posait ce chiffre maintenant et qu’on te disait de le faire d’un coup — jamais. Mais découpé sur 50 ans, un peu chaque jour, tu ne le sens pas.
Prends un médecin. Dis-lui : examine 120 000 patients, rédige leurs dossiers, fais leur suivi. Infaisable. Et pourtant, 10 à 15 patients par jour sur toute une carrière — il les dépasse, ces 120 000. Sans jamais avoir eu l’impression de porter une montagne.
C’est ça la constance. La grande quantité ne fait plus peur quand elle est découpée en petits morceaux quotidiens. Ce petit peu que tu fais chaque jour avec le Coran te paraît peut-être dérisoire — mais additionné sur une vie, c’est une montagne que tu auras gravie sans t’en rendre compte.
Les actes les plus aimés
Et pendant que je te parle, il y a un autre hadith qui doit te revenir. ‘Aïsha رضي الله عنها rapporte que le Prophète ﷺ a dit :
Les actes les plus aimés d’ALLAH ﷻ sont les plus constants, même s’ils sont peu nombreux.
Ces deux hadiths se répondent parfaitement. Le premier nous dit de ne pas nous surcharger. Le deuxième nous dit pourquoi : parce qu’ALLAH ﷻ préfère la petite quantité qui tient sur le temps à la grande quantité d’un seul jour.
C’est pour ça qu’Il a mis les prières réparties sur la journée — pas un lot d’un coup par saison.
Le piège du tout ou rien
Il y a une petite voix qui dit : si je ne peux pas lire le Coran pendant une heure aujourd’hui, autant ne rien faire. C’est exactement le piège que ces deux hadiths nous aident à éviter.
Dix minutes par jour valent mieux qu’une heure de temps en temps. Celui qui fait une heure le lundi et n’en reparle plus pendant une semaine — ce n’est pas le néant, mais ce n’est pas le meilleur. Celui qui prend dix minutes chaque jour fait une heure dans la semaine aussi — mais répartie. Et c’est ce qu’ALLAH ﷻ préfère.
Il faut trouver un acte petit, que tu peux tenir tous les jours. Pas un exploit. Une chose. Si je la fais tous les jours, je tiens — je fais ça.
Et il y a même une version de ce hadith où le Prophète ﷺ répète deux fois le même mot — saddidû saddidû — la modération, la modération. Comme pour bien nous faire rentrer ça. On ne vise pas l’exploit en routine. On vise la constance. Et vous atteindrez le but — c’est sa promesse.
Qu’ALLAH ﷻ nous raffermisse dans la religion avec constance et avec facilité — comme Il nous l’a promis à travers Son Prophète ﷺ.
يَا مُقَلِّبَ الْقُلُوبِ، ثَبِّتْ قَلْبِي عَلَى دِينِكَ
Yâ muqallib al-qulûb, thabbit qalbî ‘alâ dînik.
Ô Toi qui retournes les cœurs, affermis nos cœurs sur Ta religion.
► Je suis Oustadha Zaynab. Depuis plus de 10 ans, j’accompagne les femmes dans leur relation au Coran — pour qu’elles ne se contentent pas de le lire, mais qu’elles le vivent. Qu’il devienne un repère, une boussole, une présence dans leur quotidien. C’est possible pour toi aussi, bi idhnILLÂH ﷻ.