Ce que le Coran nous dit sur la baraka 

Temps de lecture estimé : 8 min

En ce moment, je trouve qu’on réfléchit tous à ce qu’on veut accomplir. Nouvelles résolutions, nouvelles routines, objectifs de l’année — on remplit des cases, et c’est bien. Mais il y a une question qu’on se pose beaucoup moins souvent : la baraka dans tout ça ?

Parce que tu peux avoir une année parfaitement organisée, les voyages planifiés, les enfants, les activités — et ce planning peut être totalement vidé de baraka. Et pour moi, c’est ça le vrai enjeu d’une rentrée.

Sommaire

Un rappel sur ce qu’est la baraka 

La baraka, c’est trois idées à la fois.

  1. D’abord, une augmentation qui dépasse ce que tu attendais — un petit geste qui porte des fruits démesurés par rapport à ce qu’un être humain peut calculer.
  2. Ensuite, quelque chose qui continue — comme la pluie qui revient encore et encore, un bien qui coule et recoule.
  3. Enfin, quelque chose qui s’installe et qui ne repart pas — comme le chameau qui s’agenouille et refuse de bouger. 

Et le mécanisme central : tu agis au nom d’ALLAH ﷻ, tu dis Bismillah, et ton effort — minuscule — se remplit d’une force qui n’est pas la tienne. C’est Lui qui multiplie. Nous, on n’a fait que poser la première pierre.

Un verset qui évoque la baraka 

وَلَوْ أَنَّ أَهْلَ ٱلْقُرَىٰٓ ءَامَنُوا۟ وَٱتَّقَوْا۟ لَفَتَحْنَا عَلَيْهِم بَرَكَـٰتٍۢ مِّنَ ٱلسَّمَآءِ وَٱلْأَرْضِ وَلَـٰكِن كَذَّبُوا۟ فَأَخَذْنَـٰهُم بِمَا كَانُوا۟ يَكْسِبُونَ

Si les habitants des cités avaient cru et s’étaient prémunis, Nous leur aurions certes ouvert les bénédictions du ciel et de la terre. Mais ils ont démenti — alors Nous les avons saisis pour ce qu’ils acquéraient.

Sourate al-A’râf, verset 96.

Le contexte de la ayah

Pour bien la comprendre, il faut savoir où elle tombe dans la sourate. On est dans un long passage qui raconte les peuples d’avant — le peuple de Nuh, de Hud, de Salih, de Lut, de Chouaïb عليهم السلام. Des cités entières qui ont traité leurs prophètes de menteurs.

Et juste avant notre ayah du jour, ALLAH ﷻ décrit sa manière de les avoir éprouvées — d’abord par la difficulté, ensuite par l’aisance. Les deux sont une épreuve. Et le piège, c’est que l’aisance les a rendues insouciantes au lieu de les rendre reconnaissantes. Quand tout allait mal, elles ne se sont pas tournées vers ALLAH ﷻ. Quand tout allait bien, elles L’ont oublié.

Et là arrive notre ayah — comme une fenêtre, comme une ouverture sur ce qui aurait pu être. ALLAH ﷻ ne dit pas seulement : voici ce qui les a détruites. Il dit : et si. Et ce silaw — est prononcé par ALLAH ﷻ. C’est un et si divin. Et si cette ayah nous a été révélée, si on peut la lire aujourd’hui en 2026, c’est qu’elle nous est adressée à nous aussi.

Les mots de la ayah

Tu connais mon amour pour la langue arabe et la minutie avec laquelle ALLAH ﷻ choisit chaque mot.

Ahl al-qurâ — les habitants des cités. 

→ La racine qariya, c’est le rassemblement. 

→ C’est le même mot qui donne le bassin où l’eau se rassemble, et aussi l’hospitalité, l’endroit où on rassemble et accueille le voyageur.

→ Une cité, c’est un lieu où les gens et les provisions se rassemblent. 

→ Et la baraka aussi, c’est du bien qui rassemble et qui reste.

Âmanû — ils ont cru. 

→ La racine de la foi en arabe donne aussi amîn — la sécurité — et amâna — le dépôt de confiance. 

→ Celui qui croit confie son dépôt à ALLAH ﷻ et reçoit en retour la sécurité dans son cœur. → La foi, ce n’est pas juste une idée dans la tête. C’est un lien de confiance avec ALLAH ﷻ qui nous sécurise de l’intérieur.

Wa attaqaw — et ils se sont prémunis. 

→ C’est la taqwâ

→ On la traduit souvent par la crainte d’ALLAH ﷻ — mais la racine dit se protéger, mettre un bouclier

→La taqwâ, c’est placer une protection entre toi et ce qui pourrait te nuire. 

→ Les compagnons disaient que c’est comme marcher sur un chemin plein d’épines en relevant son vêtement pour ne pas se blesser — de l’attention, pas de la terreur. 

→ D’autres savants expliquent que c’est la crainte de décevoir ALLAH ﷻ. 

La fatahna — Nous aurions ouvert. 

Fataha, c’est l’ouverture — comme al-Fâtiha, comme fath la victoire, ça donne aussi miftâh la clé. 

→ A noter : ALLAH ﷻ ne dit pas Nous leur aurions donné. Il dit Nous aurions ouvert. Comme on ouvre des vannes. C’est un flux dont Il parle — une fois ouvert, ça continue de couler.

Barakât — le pluriel de baraka

→ Des flux multiples, variés, renouvelés. 

→ Et le fait que ce soit indéfini — pas les barakat mais des barakat — dit que c’est indéterminé, illimité. Si on reprend la définition : ça reste, ça continue, c’est abondant, ça déborde, c’est plus que ce qu’on attendait..

Min as-samâ’ wa al-ard — du ciel et de la terre. 

→ Ce qui descend — la pluie, le secours d’ALLAH ﷻ, la sérénité, la lumière dans le cœur. 

→ Et ce qui monte — la récolte, le fruit de notre effort, ce qui sort de la terre. 

→ Deux directions. Comme pour dire que là où tu te trouves, entre le ciel et la terre, la baraka peut t’atteindre de partout. Elle ne t’échappe pas.

Baraka dans le Coran : ce qu’en disent les savants

Trois choses à retenir.

Première chose : l’ordre compte. Il y a d’abord l’îmân — la foi, le lien intérieur — et ensuite la taqwâ, sa traduction dans les actes. L’un sans l’autre ne suffit pas. 

► L’imam as-Sa’di رحمه الله a remarqué que c’est justement la combinaison des deux qui ouvre les portes du bien.

Deuxième chose : le contraste des deux moitiés de la ayah, sur lequel insiste l’imam Ibn Kathir رحمه الله. 

► D’un côté : la foi, la taqwâ, les portes qui s’ouvrent. 

► De l’autre : le démenti, et ALLAH ﷻ qui saisit. 

Et ce qui donne le vertige, c’est que c’est le même ALLAH ﷻ. Le même ciel. La même terre. Ce qui change, ce n’est pas la ressource — elle ne manque jamais. Ce qui change, c’est la réponse de l’être humain. Son cœur. C’est ça la clé — pas le trésor qu’ALLAH ﷻ donne.

Troisième chose : la fin de la ayah — pour ce qu’ils acquéraient. At-Tabarî رحمه الله relie la saisie d’ALLAH ﷻ à leurs propres actes. Ce ne sont pas des victimes d’un sort arbitraire. Ces âmes récoltent ce qu’elles ont semé.

La baraka n’est pas attachée aux circonstances

Il y a une autre ayah que j’aimerais poser à côté de tout ça. C’est dans la Sourate Maryam, quand le prophète ‘Issa عليه السلام parle dans son berceau. Il dit :

وَجَعَلَنِي مُبَارَكًا أَيْنَ مَا كُنتُ

Et Il m’a fait béni où que je sois.

Mubârak — béni. Et ayna mâ kuntu — où que je sois. Tu entends ce que j’entends ? La baraka n’est pas attachée à un lieu, ni à une richesse, ni à un statut. Elle est portable. Tu peux être béni dans une petite maison comme dans un grand palais. 

► Parce que la baraka tient à ta relation avec ALLAH ﷻ — pas à tes circonstances.

Baraka et argent : y-a t-il un lien ?

Certains ont une lecture matérielle de la baraka. Il faut le dire clairement : la baraka n’est pas une garantie de s’enrichir

Il y a des prophètes qui ont vécu dans la pauvreté tout en étant profondément bénis. Il y a des femmes vertueuses qui ont eu très peu sur le plan matériel et une immense baraka. 

Confondre la baraka avec la richesse seulement, c’est rabaisser ce don d’ALLAH ﷻ au niveau d’un rendement — avec notre mesure d’humains. Ça ne marche pas.

La baraka peut être : 

  • une sérénité 
  • un temps qui suffit alors qu’il ne devrait pas suffire. 
  • Un cœur apaisé. 
  • Un foyer où tout le monde s’entend bien, où les cœurs communiquent. 

Qu’est-ce que c’est ça à côté d’autres choses matérielles ?

Comment avoir la baraka dans sa vie ?

Une vie pleine n’est pas la même chose qu’une vie moubaraka. Tu peux cocher toutes les cases et n’avoir aucune baraka. Tu peux aussi avoir peu, et voir ce peu s’étaler, prendre de la place, suffire, et même te donner des fruits au-delà de ce que tu aurais pu imaginer.

Alors quelques réflexions à emporter.

Première question à te poser avec sincérité : est-ce que tu cherches à remplir ta vie comme la société te demande de le faire — ou est-ce que tu cherches à la faire bénir ?

Deuxième réflexion : où est-ce que tu veux que la baraka s’ouvre cette année ? Dans ton temps ? Ta subsistance ? Ta relation avec tes enfants ? Ton lien au Coran ? Tout ça est légitime — mais il faut le nommer. La ayah parle d’ouverture. Une porte, on l’ouvre. Mais encore faut-il savoir devant quelle porte on veut frapper.

Troisième réflexion — un peu à contre-courant : la clé, ce n’est pas travailler plus. On cherche la baraka dans l’optimisation, les méthodes, la productivité. Alors que la ayah place la baraka ailleurs — dans l’état du cœur. Dans l’îmân et la taqwâ. Et ça, ça chamboule tout.

Et une mise en garde pour finir : c’est souvent quand tout va bien qu’on oublie ALLAH ﷻ. Ces cités qui ont été perdues — il ne parle pas de cités pauvres. C’était des cités dans l’aisance. Elles ont été perdues par l’abondance, pas par la difficulté. 

Donc une rentrée qui démarre fort, une année qui s’annonce belle — ça peut être le moment le plus dangereux pour ta baraka. Reste vigilant, vigilante. Surtout dans l’abondance.

Un exemple concret de baraka

J’ai envie de te raconter quelque chose — pas pour parler de moi, mais pour te montrer à quoi ressemble la baraka quand elle nous suit.

En 2020, avant la création de Coran de Mon Cœur, j’avais une petite classe. Quelques sœurs. Dans la salle d’une mosquée. Pas de projet. Pas de plan. Aucune envie de développer quoi que ce soit. J’enseignais le Coran à un groupe de femmes — c’est tout.

Et ce petit groupe a grandi. Tellement grandi. Des femmes que je ne rencontrerai peut-être jamais, dans des pays où je n’irai peut-être jamais, qui se sont mises à écouter, à apprendre, à revenir apprendre. Baraka.

Aujourd’hui, il y a tout un cheminement autour du Coran pour des sœurs comme toi — et je suis toujours seule à enseigner. Pas un institut avec plein de professeurs. Une femme. Et pourtant… Le calcul ne tient pas. Une petite classe dans une mosquée ne devient pas tout ça par l’effort d’une seule personne. C’est mathématiquement impossible.

Et c’est exactement ce dont on parle depuis le début : une petite chose à qui ALLAH ﷻ donne de porter des fruits au-delà de tout ce qu’on aurait pu imaginer. Ça porte un nom. Et tu le connais maintenant.

Baraka.

Une dou’a pour la baraka

J’aime bien transformer les ayat en invocations. Alors celle-là, j’ai envie de la transposer en doua — en combinant la ayah de la Sourate al-A’râf et la parole de ’Issa عليه السلام dans la Sourate Maryam :

Rabbana, iftah ‘alayna barakât min as-samâ’ wa al-ard, wa ij’alna mubarakîna ayna mâ kunnâ.

Ô notre Rabb, ouvre-nous les barakats du ciel et de la terre — et fais de nous des êtres bénis où que nous soyons.

Et pour résumer, trois mots à retenir cette semaine :

La baraka s’ouvre — elle ne s’arrache pas. Sa clé, c’est la foi et la taqwâ — pas la quantité. Et elle est portable — tu peux être béni là où tu es, au moment où tu le demandes.

Qu’ALLAH ﷻ mette beaucoup de baraka dans tout ce que tu entreprends.

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