Ne pas parler à deux quand on est trois

Temps de lecture estimé : 5 min

Aujourd’hui, nous allons parler d’un aspect de l’éthique du Prophète ﷺ qui peut paraître anodin, mais qui a un impact bien plus profond qu’on ne le pense dans nos relations sociales. C’est le fait de ne pas parler à deux quand on est trois.

Sommaire

Le hadith sur le fait de ne pas parler à deux quand on est trois

Le Prophète ﷺ a dit, dans le sens :

Si vous êtes trois, que deux d’entre vous ne tiennent pas de conversation privée à l’exclusion du troisième, jusqu’à ce que vous soyez en groupe, afin que cela ne l’attriste pas.

Rapporté par al-Bukhari et Muslim.

Ce hadith est d’une simplicité apparente. Mais il y a une énorme sagesse derrière. Il nous invite à prendre en compte les émotions des autres, à éviter de blesser involontairement une personne présente en l’excluant d’une conversation, en créant un sentiment de gêne.

Préserver les cœurs

Parmi les sagesses de ce hadith, il y a le fait de préserver les cœurs.

Le Prophète ﷺ était quelqu’un d’extrêmement attentif aux sentiments des autres. Il savait qu’exclure quelqu’un, même involontairement, peut provoquer de la tristesse, un sentiment de rejet ou de doute.

Cette attention aux détails d’une relation est une leçon pour nous tous. Même des gestes ou des paroles qui paraissent insignifiants peuvent avoir un impact émotionnel intense sur quelqu’un.

Et parmi les autres sagesses de ce hadith, il y a le fait de ne pas commettre d’injustice dans une relation. L’injustice peut exister même dans les plus petites interactions. Quand on discute à deux en laissant de côté la troisième personne, on crée une dynamique déséquilibrée. Le simple chiffre le montre déjà : à trois, deux parlent et un est seul. C’est déséquilibré. On se sent facilement exclu. Toute personne qui a vécu cette situation sait que c’est inconfortable.

Une éthique qui dépasse la simple conversation

Ce conseil du Prophète ﷺ va bien au-delà d’une simple conversation. Il faut regarder tous les cas de figure.

Parler une langue que la troisième personne ne comprend pas

Même quand on est plus de trois, ce n’est déjà pas agréable. Alors quand on n’est que trois et que deux parlent une langue que le troisième ne comprend pas, ça ne se fait pas — et déjà dans l’entendement, ça ne se fait pas.

Le Prophète ﷺ nous a rappelé que deux personnes ne doivent pas tenir une conversation en excluant le troisième. Et quelle exclusion plus prononcée que de parler, en présence de quelqu’un, dans une langue qu’il ne comprend pas ? Ce n’est même pas se mettre légèrement à l’écart en laissant la possibilité de participer — là, la personne ne peut même pas comprendre de quoi il s’agit. Même si elle voulait rire, proposer quelque chose, ajouter une remarque, elle ne le pourrait pas.

Pire encore, ça ouvre la porte à tous les wasawis que Shaytân aime susciter — tous ces chuchotements et suggestions qu’il adore glisser dans l’esprit de la troisième personne. Peut-être que ces deux personnes sont en train de parler de toi. Et juste cette pensée est horrible — même si en réalité, elles parlaient d’une anecdote de leur pays commun, sans aucun rapport avec la troisième personne. Mais dans ce cas, pourquoi ne pas la partager avec elle, ou la garder pour un autre moment ?

Des comportements qui excluent sans même parler 

Se chuchoter, échanger des regards de connivence, des private jokes silencieuses, un clin d’œil que deux personnes comprennent et pas la troisième. Ça ne se fait pas non plus. Une conversation ne se limite pas aux mots — elle se joue aussi dans les regards.

Nous sommes la communauté de l’ihsân, et le Prophète ﷺ attend de nous l’excellence. On ne se contente donc pas du mot à mot, on ne prend pas les choses de manière superficielle en se disant il a juste dit qu’il ne fallait pas parler. On est plus intelligents que ça — et il sait qu’on l’est. Il a toujours respecté notre niveau d’intelligence.

Laisser quelqu’un en dehors d’une conversation importante 

Cela vaut aussi pour les groupes plus larges. Pourquoi le Prophète ﷺ a-t-il précisé jusqu’à ce que vous soyez en groupe ? Parce que dès qu’il y a une quatrième personne, la troisième est moins exclue — elle peut échanger avec elle. 

Mais il existe aussi des cas où, dans un groupe de cinq ou six, une personne en particulier est exclue d’une discussion importante. Ça existe. Et ce n’est ni bien, ni bon. Ça ne nous grandit pas — c’est bas.

Et à l’ère du numérique ?

Transposons ça à aujourd’hui. Dans un contexte moderne, ce hadith peut s’appliquer — ou non — d’une manière encore plus prononcée. Je pense notamment à nos téléphones portables. Il est courant d’être dans une conversation en face à face tout en écrivant à quelqu’un d’autre.

Et il y a les groupes — WhatsApp, Telegram, etc. Des situations où trois personnes échangent, mais où deux d’entre elles tiennent des propos avec des mots-clés, des sous-entendus, des non-dits que la troisième ne peut pas comprendre, parce qu’il lui manque des informations qu’on ne lui donne pas. C’est encore pire, parce que c’est virtuel.

À l’ère de l’hyperconnexion, on est dans une époque d’inattention aux sentiments des autres. C’est de plus en plus courant. Et pourtant, ce hadith vient nous remettre les pendules à l’heure : chaque interaction est une opportunité de cultiver la rahma et la justice. Être juste, c’est ne pas exclure.

Des conseils pratiques 

Quelques pistes concrètes pour appliquer ce hadith :

Quand on est à trois, assure-toi que chacun se sente inclus. Il ne s’agit pas forcément de se concentrer activement sur chaque personne, mais au minimum de ne pas en exclure une.

Si tu dois parler à quelqu’un en privé, fais-le dans un autre contexte. N’attends pas que vous soyez à trois. Et même dire devant la personne on en parlera plus tard, en privé — ça ne sert à rien non plus, ça l’exclut tout autant. Mieux vaut simplement dire j’en parlerai plus tard sans préciser pourquoi devant elle.

Si tu dois parler une langue étrangère, pitié — traduis, même brièvement, ce que tu dis à la troisième personne présente. Tu peux dire une expression ou une anecdote dans ta langue d’origine parce qu’elle a plus de sens ainsi — mais traduis tout de suite après. Inclus les gens. Ne tiens jamais une conversation entière dans une langue que tu sais pertinemment que la personne en face ne comprend pas.

Ça vaut aussi pour les dialectes — y compris dans les conférences, les prêches, les rassemblements. Même quand la majorité de l’assemblée comprend l’arabe dialectal, il peut y avoir des Pakistanais, des Anglais convertis, des Maliens, des Nigériens, des personnes d’Asie qui ne comprennent pas. On évite. 

Si on cite l’arabe littéraire — Coran, hadiths — c’est une langue universelle pour la communauté. Mais même là, si certains risquent de ne pas comprendre, on traduit. Et la langue maternelle d’un petit groupe en présence de quelqu’un d’extérieur ? Ça ne se fait pas. Même si la personne dit ce n’est pas grave, je comprends un peu — ne le faites pas quand même.

Dans les groupes virtuels, on s’assure aussi de ne pas exclure quelqu’un sans raison valable — ignorer ses messages, sauter ses posts, ne répondre qu’aux autres. On arrête ça aussi.

Avant de te laisser…

Une question à se poser : est-ce que dans mes interactions, je fais tout pour préserver l’intégrité, les cœurs et la dignité des autres ?

Cette semaine, ce peut être un bel exercice de mettre en pratique ce hadith — être attentif à ses paroles, ses gestes, ses interactions. Et ne pas hésiter à le partager avec ceux qui ne le connaissent pas, parce que même s’il est connu, il n’est visiblement pas encore assez appliqué.

Qu’ALLAH ﷻ fasse de nous des modèles de rahma et de justice dans nos relations.

Âmeen yâ Rabb al-‘âlamîn.

► Je suis Oustadha Zaynab. Depuis plus de 10 ans, j’aide les femmes à apprendre et à aimer le Coran. Mon but ? Que chaque sœur vive vraiment avec le Coran, qu’elle le ressente profondément et qu’il devienne un repère dans sa vie. Et toi aussi, tu peux vivre cette expérience.

Oui, c’est possible, bi idhnILLĀH !

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