Les ayat qui ont motivé l’épisode
وَٱتْلُ عَلَيْهِمْ نَبَأَ إِبْرَٰهِيمَ إِذْ قَالَ لِأَبِيهِ وَقَوْمِهِۦ مَا تَعْبُدُونَ قَالُوا۟ نَعْبُدُ أَصْنَامًۭا فَنَظَلُّ لَهَا عَٰكِفِينَ قَالَ هَلْ يَسْمَعُونَكُمْ إِذْ تَدْعُونَ أَوْ يَنفَعُونَكُمْ أَوْ يَضُرُّونَ قَالُوا۟ بَلْ وَجَدْنَآ ءَابَآءَنَا كَذَٰلِكَ يَفْعَلُونَ قَالَ أَفَرَءَيْتُم مَّا كُنتُمْ تَعْبُدُونَ أَنتُمْ وَءَابَآؤُكُمُ ٱلْأَقْدَمُونَ فَإِنَّهُمْ عَدُوٌّۭ لِّىٓ إِلَّا رَبَّ ٱلْعَٰلَمِينَ ٱلَّذِى خَلَقَنِى فَهُوَ يَهْدِينِ وَٱلَّذِى هُوَ يُطْعِمُنِى وَيَسْقِينِ وَإِذَا مَرِضْتُ فَهُوَ يَشْفِينِ وَٱلَّذِى يُمِيتُنِى ثُمَّ يُحْيِينِ وَٱلَّذِىٓ أَطْمَعُ أَن يَغْفِرَ لِى خَطِيٓـَٔتِى يَوْمَ ٱلدِّينِ رَبِّ هَبْ لِى حُكْمًۭا وَأَلْحِقْنِى بِٱلصَّٰلِحِينَ وَٱجْعَل لِّى لِسَانَ صِدْقٍۢ فِى ٱلْءَاخِرِينَ وَٱجْعَلْنِى مِن وَرَثَةِ جَنَّةِ ٱلنَّعِيمِ
Et récite-leur la nouvelle d’Ibrahim : Quand il dit à son père et à son peuple : « Qu’adorez-vous ? » Ils dirent : » Nous adorons des idoles et nous leurs restons attachés ». Il dit : « Vous entendent-elles lorsque vous les invoquez ? Ou vous profitent-elles ? Ou vous nuisent-elles ? » Ils dirent : non, mais nous avons trouvé nos ancêtres agissant ainsi. Il dit : que dites-vous de ce que vous adoriez, vous et vos vieux ancêtres ? Ils sont tous pour moi des ennemis, sauf Rabb al-‘âlamîn — Celui qui m’a créé, et c’est Lui qui me guide. Et c’est Lui qui me nourrit et me donne à boire. Et quand je tombe malade, c’est Lui qui me guérit. Et c’est Celui qui me fera mourir, puis me redonnera la vie. Et c’est de Lui que je convoite le pardon de mes fautes le jour de la rétribution. Mon Seigneur, accorde-moi sagesse et savoir, et fais-moi rejoindre les gens de bien. Fais que j’aie une mention honorable sur les langues de la postérité, et fais de moi l’un des héritiers du jardin des délices.
Sourate ash-Shu’arâ, versets 69 à 85.
Ibrahim عليه السلام face à son peuple
Ce passage parle de beaucoup de choses. Ibrahim عليه السلام commence par blâmer son peuple, son père, de suivre aveuglément ce que les anciens faisaient — en mal, bien sûr, parce que tout n’est pas à reproduire. Ce n’est pas parce que quelque chose a été fait dans le passé qu’on doit forcément le reproduire.
C’est vrai que naturellement, l’être humain a tendance à dupliquer ce qui a été fait avant lui. C’est difficile de couper avec une habitude installée sur des générations.
Ibrahim عليه السلام appelle ici à l’intelligence de ces gens. Il pose la question : mais est-ce que quand vous parlez à ces idoles, elles vous répondent ? Est-ce qu’elles vous nuisent en quelque sorte ? Est-ce qu’elles vous profitent ?
La ruse d’Ibrahim عليه السلام
On connaît l’épisode de sa vie où, pendant une festivité où toute la ville était occupée, il va briser les idoles et poser la hache sur la plus grande, qu’il a laissée intacte. Quand les gens découvrent le désastre et le suspectent, sa réponse est limpide :
Demandez à la plus grande des statues, c’est peut-être elle qui les a cassées.
Et eux, entre eux, reconnaissent qu’il dit la vérité — ils savent que ce n’est pas la grande idole. Mais il les met dans une situation impossible : soit ils admettent que leurs idoles n’ont aucune force, soit ils maintiennent l’absurde. Et c’est là qu’ils choisissent de continuer à blâmer Ibrahim عليه السلام plutôt que d’admettre la vérité.
C’est ce qui se passe quand on est dans la négation, quand on ne veut pas admettre la vérité, quand on se voile face aux faits. ALLAH ﷻ, tout au long de notre vie, nous met face à des réalités logiques, réalistes, en attendant qu’on se réveille, qu’on suive ce qui est sain pour l’entendement.
Et on a l’impression que ce passage n’a pas vraiment de rapport avec la maladie — mais il en a.
Les réponses du peuple
Ibrahim عليه السلام pose ses questions, les met devant leurs faits.
Est-ce qu’elles vous entendent quand vous faites des doua, quand vous ramenez des offrandes ?
Est-ce qu’elles vous profitent ?
Est-ce qu’au moins elles ne vous nuisent pas ?
Et ils répondent non, pour tout ce qu’il a cité. Elles ne nous nuisent pas, elles ne nous profitent pas, elles ne nous entendent pas. Et pourtant, ils maintiennent : nous avons trouvé nos ancêtres faire comme ça.
Et Ibrahim عليه السلام leur répond alors quelque chose de très fort. Il dit :
ils sont tous pour moi des ennemis, sauf Rabb al-‘âlamîn.
Et attention, dans la traduction littérale, ce n’est pas des ennemis qu’il dit — c’est un ennemi. Comme s’il disait : tout ce paquet de choses qui ne vont pas, toutes ces idoles, tous ces gens — je les mets tous dans un seul panier, et ça, c’est un ennemi, face à mon Rabb.
Ça me fait penser à la formulation de Moussa عليه السلام, quand lui et son frère s’adressent à Pharaon : nous sommes le messager. Comme pour dire qu’au moment de proclamer la grandeur d’ALLAH ﷻ, on est un. Mais dans le cas de Moussa عليه السلام, c’était pour maximiser, pour honorer l’unité. Ici, avec Ibrahim عليه السلام, c’est pour tout rabaisser — pour dire : tout ça, c’est un ennemi unique, dérisoire, face à mon Seigneur, le Rabb des univers.
Et là, au cas où ces gens n’avaient pas compris qu’ALLAH ﷻ est plus grand que tout ça, Ibrahim عليه السلام le rappelle en citant Son attribut suprême : Rabb al-‘âlamîn.
L’énumération des bienfaits
Et là, il commence à énumérer.
C’est Lui qui m’a créé, et c’est Lui qui me guide.
ALLAH ﷻ m’a créé — Il ne va pas me créer et me laisser perdu. S’Il me crée, Il m’a forcément donné les outils pour me guider. Et c’est valable pour tout le monde. C’est comme une première leçon — en philosophie, on apprend je pense, donc je suis . Moi, j’ai envie de dire : je suis créé, donc je suis guidable. La guidance est disponible. Je la prends ou je ne la prends pas, mais elle est là.
Vos idoles, à vous, vous les fabriquez — et elles ne vous servent à rien. Vous les fabriquez, vous les cassez. La preuve, je n’ai plus besoin d’en casser. Vous devez les protéger, les dépoussiérer. C’est ridicule.
Ensuite : c’est Lui qui me nourrit et qui me donne à boire. Ibrahim عليه السلام cite des choses vitales. La guidance d’ALLAH ﷻ est indispensable pour survivre et vivre sur la route du paradis. Parce qu’il y en a plein qui restent vivants, mais qui ne sont pas sur la route du paradis. Et dans la guidance, il y a tout : la santé, la spiritualité, les relations familiales, les finances, l’éducation, l’habillement.
Tout y est inclus.
Ce n’est pas un hasard si Ibrahim عليه السلام parle de la guidance avant de parler de la nourriture et de la boisson. Tout suit un ordre logique. La nourriture et la boisson sont vitales — si je ne peux pas étancher ma soif, calmer ma faim, je ne pourrai rien faire d’autre. Il y a la nourriture de l’âme, il y a la nourriture du corps.
La ayah qui évoque la maladie
Et après, il parle de la maladie. Et là, il dit :
et quand je suis malade, c’est Lui qui me guérit.
Contrairement aux autres tournures — c’est Lui qui m’a créé et qui me guide , c’est Lui qui me nourrit et me donne à boire — ici, la formulation change. Au milieu de cinq ayat qui parlent de ce qu’ALLAH ﷻ fait pour nous, pile au milieu, il y a une exception. Et quand ALLAH ﷻ fait ça, c’est pour nous envoyer un message.
Si ça avait suivi la même construction que les autres, ça aurait été : et c’est Lui qui me rend malade, et c’est Lui qui me guérit. Mais ce n’est pas ce qu’il dit. Il dit : et quand je tombe malade, c’est Lui qui me guérit.
Il y a là une forme de respect envers ALLAH ﷻ. La sonorité n’est pas la même, le sens n’est pas le même entre c’est Lui qui me rend malade et je tombe malade . Le résultat est peut-être identique — je suis malade à la fin — mais ce n’est pas pareil. Quand on dit il m’a rendu malade , on inclut quelqu’un d’autre, et on se défait de sa propre responsabilité. Quand on dit je suis tombé malade , il n’y a que moi. Il y a une part de c’est mon fait.
La maladie n’est pas une punition d’ALLAH ﷻ.
Ce n’est pas une malédiction. Ce n’est pas un mauvais sort.
J’entends assez souvent des personnes qui tombent malades et tout de suite, c’est il faut revoir ta foi — ou bien c’est la personne elle-même qui se blâme : qu’est-ce que j’ai fait de mal ?
Si la maladie était une punition, comment expliquer le prophète Ayyoub عليه السلام, malade pendant plus de quarante ans, lui qui était le protégé d’ALLAH ﷻ ? C’est dans la maladie qu’il a été le meilleur. Si c’était une punition, elle ne ferait pas ressortir le meilleur de quelqu’un — la punition, c’est un coup final, c’est quelque chose de définitif. ALLAH ﷻ parle de punition pour l’enfer. Ça ne veut pas dire qu’Il ne réprimande pas les gens dans la vie aussi, mais la maladie ne rentre pas dans cette catégorie.
► Comment expliquer un enfant qui naît avec une maladie génétique, détectée avant même sa naissance ? Il serait puni avant même d’être arrivé ? Non.
Notre Mohammed ﷺ est tombé malade. Les prophètes sont tombés malades. Les gens pieux tombent malades. Ils n’ont pas été punis.
Pour nous, qui ne sommes pas des prophètes, la maladie est une information de qualité. Et même si elle arrive, elle reste une rahma d’ALLAH ﷻ. Parce que si on n’avait pas ce signal d’alerte, on continuerait — dans notre rythme, notre alimentation, nos relations — sans jamais s’arrêter. Et au moment où on mourrait, on découvrirait qu’on faisait fausse route. Et la première question qu’on poserait, ce serait : pourquoi tu ne m’as pas arrêté ?
La maladie vient nous corriger
La maladie vient corriger ce qui a été cité auparavant — dans le sens inverse de l’énumération. Quand je tombe malade, c’est Lui qui me guérit — il y a là une notion de responsabilisation.
Quand je rééquilibre, Il me guérit.
Et en remontant : c’est Lui qui me nourrit et me donne à boire — donc quand la maladie nous informe sur un déréglement, ça peut être lié à la nourriture et à la boisson.
Et nourriture et boisson, c’est plus large qu’on ne le pense. Ce n’est pas seulement ce qu’on mange — c’est comment on le mange, à quelle heure, à quelle fréquence, en quelle quantité, pour quelle raison. Les nourritures émotionnelles : bonne nouvelle, on mange ; mauvaise nouvelle, on mange ; contrarié, on mange. On ne se rend pas assez compte de l’impact de tout ça.
Et en remontant encore : c’est Lui qui m’a créé, c’est Lui qui me guide. Est-ce que j’ai entretenu ce qu’Il a créé ? Si mon problème n’est pas dans l’alimentation, peut-être qu’il est dans la guidance — est-ce que je suis au clair sur ma santé, ma spiritualité, mes relations, ma manière de consommer, d’éduquer mes enfants, d’étudier ? Si je n’apprends pas quelque chose de nouveau régulièrement, je rétrograde. Le corps ne sait pas stagner. L’âme ne sait pas stagner. Soit on avance, soit on recule.
C’est une responsabilisation. ALLAH ﷻ a dit : je te fournis la nourriture, la boisson, la guidance. Si je ne te fournis pas d’oxygène, je ne peux pas te blâmer de mal respirer. Mais si je t’ai donné tout ça et que tu déséquilibres, ce sera à toi de rectifier le tir.
Et ensuite, Il donne la guérison.
Et tout de suite après, il parle de la mort et de la résurrection — sans rien entre la maladie, la guérison et la mort. Comme pour dire : tout se résume à ça. Tu es équilibré, ta vie est correcte. Dès que tu déséquilibres, tu auras des épreuves. Et les épreuves servent à la fois à nous rééquilibrer et à nous faire évoluer.
La métaphore de la machine à écrire
Il faut imaginer la route vers le paradis. Et nous, on ne fait jamais la ligne droite — on va à droite, à gauche, on est sollicités de partout.
Shaytân est sur le bord de la route, il nous interpelle sur plein de domaines, tout le temps il essaie de nous retarder. Même la personne la mieux guidée a entendu Shaytân parler à un moment donné — même si elle n’a pas cédé. Et ce simple arrêt pour l’écouter nous déséquilibre.
L’épreuve vient nous recalibrer. Ça me fait penser aux machines à écrire d’autrefois — tu tapes, tapes, tapes, et puis le rouleau atteint le bout de la ligne, il faut le remettre droit, tac, tac, tac. C’est l’image qui me vient : les épreuves, c’est ALLAH ﷻ qui nous dit remets-toi sur le chemin . Il y a ceux qui acceptent et qui se remettent sur le chemin. Et il y a ceux pour qui l’épreuve ne change rien, parce qu’ils n’ont pas la bonne manière de l’aborder — et qui continuent sur une autre ligne, qui mène ailleurs.
La rétribution finale
Et puis Ibrahim عليه السلام parle de la mort, et tout de suite après, de la résurrection :
c’est Lui qui me fera mourir et c’est Lui qui me redonnera la vie.
C’est terminé, plus de chance possible. Et Il redonne la vie pour une grosse correction d’examen : Yawm al-Qiyâma, le Jour du Jugement. Et chacun ira là où sa manière de mener sa vie l’a destiné — paradis ou enfer.
Et il rajoute : et c’est Lui dont je convoite le pardon de mes fautes le jour de la rétribution. Ibrahim عليه السلام ne cite pas énormément de choses dans son discours contre les idoles. Il n’a pas parlé de richesse, de chance, de superstition. Il a cité peu de choses, mais de grandes choses — et la santé en fait partie. Est-ce un hasard ?
Pourquoi cette formulation différente ?
Cette ayah, au milieu de l’énumération des bienfaits, est la seule qui exprime cette notion de responsabilité. Tous les autres bienfaits sont attribués exclusivement à ALLAH ﷻ — et la maladie est présentée comme une condition de l’être humain, une expérience qui l’invite à réfléchir et à se réévaluer.
Les savants nous disent qu’il s’agit d’un rappel à notre part de responsabilité. La maladie peut être perçue comme un message, un signal qu’un déséquilibre s’est installé dans notre vie — pas seulement dans notre alimentation ou notre corps, mais dans notre vie tout entière. Et l’examen consiste à détecter où est le problème.
Ce déséquilibre peut être physique, émotionnel, spirituel. La maladie devient une expression audible, visible, de ce que notre corps, notre esprit, notre âme gardait en silence. Un langage qu’ALLAH ﷻ nous invite à décrypter.
La maladie comme ni’ma
J’aimerais qu’on puisse voir la maladie comme une ni’ma — un bienfait déguisé. Elle nous invite à prendre du recul, à ralentir, à nous écouter. Combien de fois dans notre vie on s’est pris dans une spirale d’activité sans se soucier de notre santé, de notre sommeil, de notre alimentation, sans bouger, sans équilibre ?
La maladie, avec ses douleurs et ses désagréments, peut aussi être une pause — une pause imposée par ALLAH ﷻ qui nous oblige à réfléchir, à Lui demander la guérison, à nous tourner vers Lui et vers nous-mêmes.
C’est quand on est malade qu’on commence à se concentrer vraiment sur soi. Et ce n’est pas de l’égoïsme — c’est ALLAH ﷻ qui nous invite à regarder ce qu’on ne voulait pas regarder, volontairement ou pas.
La maladie nous enseigne :
le sabr,
la patience constante,
la résilience,
la rahma,
la compassion.
Elle nous rapproche de notre Rabb. D’ailleurs, pendant la maladie, les doua effectuées sont mustajâb — exaucées. Le malade qui invoque, pour lui ou pour les autres, ALLAH ﷻ l’exauce en priorité. Dans les moments de faiblesse et de dépendance, on réalise à quel point on a besoin d’ALLAH ﷻ.
En arabe, la racine du mot maladie — marad — porte des nuances profondes qui vont au-delà du physique. Elle englobe la maladie du corps et la maladie du cœur, intimement liées. On peut la comprendre comme un état de déséquilibre, de perturbation, qui vient d’un éloignement de l’axe d’ALLAH ﷻ — entraînant une confusion intérieure. D’ailleurs, dans le Coran, ALLAH ﷻ parle bien plus souvent de la maladie du cœur que de la maladie du corps.
Le corps : un dépôt sur lequel nous n’avons pas le pouvoir final
Le corps obéit à ALLAH ﷻ. C’est peut-être la seule chose qui nous appartient sur laquelle on n’a pas vraiment de pouvoir. On aimerait pouvoir dire à son foie, son cœur, ses reins : arrête, range-moi ces boutons. Mais on ne peut pas. Et ni le pouvoir, ni la notoriété, ni l’argent n’y changent rien. La maladie ne regarde pas le portefeuille. Elle ne regarde que le message qu’ALLAH ﷻ a envoyé.
Le comportement à adopter face à la maladie, c’est de l’accepter — comme on accepte l’épreuve. Si on ne l’accepte pas, la guérison ne peut pas opérer. Quand on n’accepte pas, on se comporte comme une victime — et la victime attend que ce soit l’autre qui se remette en question. Mais ALLAH ﷻ ne nous doit rien. C’est nous qui Lui devons des choses.
Il y a un grand bénéfice spirituel dans la manière dont on accueille la maladie. Plutôt que de la vivre comme une injustice, on peut apprendre à l’accepter comme un moment de purification et de rapprochement d’ALLAH ﷻ. Le Prophète ﷺ nous a enseigné que toute douleur, même la piqûre d’une épine, est une purification, une expiation de péché pour le croyant. En quoi serait-ce une punition ? Et si on fait preuve de sabr, on récolte des récompenses en plus.
L’exemple de Ayyoub عليه السلام
Je t’invite vraiment à étudier la vie du prophète Ayyoub عليه السلام , qui a perdu la santé, ses biens, ses enfants. Il ne lui restait que son épouse. Alors qu’il était un prophète très riche, respecté, qui organisait des repas pour les pauvres, mêlant riches et pauvres sans distinction.
Et ça lui a valu des critiques. Les gens disaient : c’est facile pour lui de faire la charité quand on a autant d’argent — où serait son mérite sans ses richesses, sans ses enfants, sans sa santé ? Et ALLAH ﷻ lui a tout retiré, l’un après l’autre. Et Ayyoub عليه السلام n’a pas arrêté. Il a fait encore mieux qu’avant. Et c’est devenu une réponse pour les dénégateurs. À la fin, après de longues années, ALLAH ﷻ lui a tout rétabli — et son peuple a cru.
Aucune situation n’est irréversible tant que la mort n’est pas arrivée. Tout est réversible jusqu’à ce moment-là.
Sur les maladies dites « chroniques »
Le Prophète ﷺ nous a dit qu’ALLAH ﷻ n’a envoyé aucune maladie sur Terre sans son remède. Il faut avoir l’humilité de se dire qu’on n’a simplement pas encore trouvé le remède — pas que la maladie est incurable. Je sais que certains confrères ou consœurs ne sont pas d’accord avec ça, mais Rasûlullâh ﷺ a dit qu’il n’y a pas de maladie sans remède — donc je m’y tiens.
Souvent, ce qui est chronique a un lien avec le mode de vie, l’hygiène de vie globale : l’alimentation, la mobilité et l’exercice physique — le Prophète ﷺ encourageait la vie active et valorisait la force physique. Notre corps n’est qu’un moyen de locomotion vers le paradis, pas une finalité en soi.
Comment gérer la maladie ?
Les actes d’adoration
Le dhikr, la prière, le jeûne — tous les actes d’adoration jouent un rôle sur notre bien-être. La salât n’est pas qu’un acte de dévotion : elle favorise la souplesse, la circulation sanguine, offre des pauses régulières dans la journée. ALLAH ﷻ intervient dans notre santé — par le jeûne, par la zakat qui rééquilibre nos finances, par la prière qui nous fait nous lever cinq fois par jour. On ne pourra jamais Lui reprocher de ne pas être intervenu.
Entre ces moments-là, qu’est-ce qu’on fait ? Ça, c’est notre responsabilité.
Agir sur le stress
Le stress chronique a des effets délétères profonds. Il peut être à l’origine de toutes les maladies — pas que toutes les maladies viennent du stress, mais le stress peut toutes les déclencher. Le Prophète ﷺ nous a encouragés à gérer nos émotions, à pratiquer la gratitude, à s’en remettre à ALLAH ﷻ — le tawakkul. La recherche scientifique montre qu’un stress chronique élevé :
affaiblit le système immunitaire,
augmente le risque de maladies auto-immunes,
accélère le vieillissement cellulaire.
Les sources de stress aujourd’hui sont innombrables — même les réseaux sociaux en regorgent. Il faut couper avec les relations qui ne nous servent à rien, dans les deux sens. Les gens bien ne manquent pas sur terre — il faut aller les chercher.
Une boule au ventre, une gorge serrée en présence de quelqu’un, ce n’est jamais normal — quelle que soit la personne. Notre santé est prioritaire. Allah nous demandera des comptes sur nous-mêmes, pas sur les autres.
L’entourage du malade
Pour terminer — la personne malade est entourée par des gens, et le comportement de cet entourage compte énormément.
Le Prophète ﷺ a dit :
Celui qui rend visite à un malade est immergé dans la rahma d’ALLAH ﷻ jusqu’à son retour chez lui.
Hadith rapporté par Muslim.
Ce simple geste nous élève.
Le Prophète ﷺ était un modèle de rahma dans la visite au malade :
Il parlait avec des mots réconfortants,
Il encourageait la personne,
Il priait pour sa guériso,
Il s’asseyait près du malade, se penchait vers lui, le touchait parfois doucement sur l’épaule ou la tête, pour manifester une proximité sincère.
Il faut rester positif et attentif aux besoins du malade — éviter de lui rappeler constamment son état, l’aider à garder espoir, lui rappeler la patience et la récompense de son épreuve.
On peut lui rappeler ce hadith qudsi magnifique où ALLAH ﷻ dit :
Ô fils d’Adam, je suis tombé malade et tu n’es pas venu me rendre visite.
Et la personne répond : mais comment, alors que Tu es Rabb al-‘âlamîn ?
Et ALLAH ﷻ répond : un tel est tombé malade. Si tu lui avais rendu visite, tu M’aurais trouvé auprès de lui.
Et il faut éviter ce que faisaient certains visiteurs maladroits — comme dans l’anecdote de ‘Umar ibn al-Khattâb رضي الله عنه, qui aurait dit à un visiteur qui ne faisait que lui raconter des histoires sombres de maladies similaires : quand tu partiras d’ici, ne reviens plus me voir. Si ce qu’on a à dire n’est pas plus beau que le silence, il vaut mieux se taire — comme le rappelle le Prophète ﷺ : celui qui croit en ALLAH ﷻ et au Jour dernier, qu’il dise du bien ou qu’il se taise.
Il faut aussi observer la discrétion et la juste mesure :
ne pas imposer une présence trop longue ou trop intrusive,
s’adapter aux besoins réels de la personne — certains ont besoin de silence et de présence calme, d’autres ont besoin qu’on remplisse l’espace de parole. On s’adapte à elle, pas à nos propres préférences.
faire des doua pour la guérison de la personne, du début à la fin de la visite.
On se rappelle ce hadith authentique, rapporté par Bukhari et Muslim : aucun d’entre vous ne peut être un véritable croyant tant qu’il n’aime pas pour son frère ce qu’il aime pour lui-même. Et quand on fait une doua pour quelqu’un, un ange est mandaté par ALLAH ﷻ pour nous répondre la même chose.
Les invocations recommandées en cas de maladie
اللَّهُمَّ رَبَّ النَّاسِ أَذْهِبِ الْبَأْسَ، اشْفِ أَنْتَ الشَّافِي، لاَ شِفَاءَ إِلاَّ شِفَاؤُكَ، شِفَاءً لاَ يُغَادِرُ سَقَمًا Allahumma Rabb an-naas, adh-hib al-ba’s, ishfi anta ash-shaafi, laa shifaa’a illa shifaa’uk, shifaa’an laa yughaadiru saqamaa. « Ô Allah, Seigneur des gens, éloigne le mal et guéris, car Tu es Celui qui guérit. Il n’y a de guérison que Ta guérison, une guérison qui ne laisse subsister aucune maladie. » (Rapporté par Al-Bukhari et Muslim)
بِسْمِ اللهِ الَّذِي لاَ يَضُرُّ مَعَ اسْمِهِ شَيْءٌ فِي الأَرْضِ وَلاَ فِي السَّمَاءِ وَهُوَ السَّمِيعُ العَلِيمُ Bismillahi alladhi laa yadurru ma’a ismihi shay’un fil-ardhi wa laa fis-samaa’i wa huwa as-samee’u al-‘aleem. « Au nom d’Allah, Celui dont rien ne peut nuire en ce monde ni dans les cieux. Il est l’Audient et l’Omniscient. » (Rapporté par Abu Dawud et At-Tirmidhi)
لَا بَأْسَ طَهُورٌ إِنْ شَاءَ اللَّهُ Laa ba’s, tahoorun in shaa’ Allah. « Pas de souci, ce sera une purification, si Allah le veut. » (Rapporté par Al-Bukhari)
أَسْأَلُ اللهَ العَظِيمَ رَبَّ العَرْشِ العَظِيمِ أَنْ يَشْفِيَكَ As’al Allah al-‘Azheem Rabb al-‘Arsh al-‘Azheem an yashfiyaka. « Je demande à Allah le Grand, Seigneur du Trône immense, de te guérir. » (À réciter sept fois, rapporté par Abu Dawud et At-Tirmidhi)
بِسْمِ اللهِ (ثَلَاثًا) أَعُوذُ بِاللهِ وَقُدْرَتِهِ مِنْ شَرِّ مَا أَجِدُ وَأُحَاذِرُ (سَبْعَ مَرَّاتٍ) Bismillah (trois fois) A’oodhu billaahi wa qudratihi min sharri maa ajidu wa uhaadhiru (sept fois). « Au nom d’Allah » (trois fois), puis : « Je cherche refuge auprès d’Allah et de Sa puissance contre le mal que je ressens et que je redoute. » (sept fois) (Rapporté par Muslim)
Avant de te laisser…
La maladie est une condition humaine inévitable. Elle est aussi un rappel de notre totale dépendance à ALLAH ﷻ. Elle nous rappelle, comme dans l’histoire d’Ayyoub عليه السلام, que la véritable guérison vient d’ALLAH ﷻ, et que chaque épreuve a un sens et une fin.
Si on accueille la maladie avec îmân, avec sabr, avec hamd — la gratitude constante — alors elle devient un moment de purification, un renouveau spirituel. Un ravalement de façade, pour le dire de manière brute.
Tout comme Ayyoub عليه السلام a été récompensé pour son sabr, qu’ALLAH ﷻ accorde à toute personne malade qui écoute ce podcast, et à toute personne de notre communauté à qui ces mots seront transmis, la patience constante, la guérison qu’il a reçue — une guérison qui lui a apporté plus que ce qu’il avait avant.
Qu’ALLAH ﷻ fasse que chaque épreuve soit une porte vers Sa rahma, une porte vers Son paradis, une porte vers la proximité et l’intimité avec Lui. Il n’y a rien de plus précieux que ça.
Qu’ALLAH ﷻ nous accorde, en tout cas, que la seule issue de cette maladie soit de faire partie de ceux à qui Il dira un jour : ô toi, âme apaisée, sois satisfaite et agréée, entre parmi Mes serviteurs et entre dans Mon paradis. Yâ Rabb. Âmeen yâ Rabb al-‘âlamîn.
Si ce sujet t’a plu, je t’invite à lire l’article complet sur Ayyoub :