La quiétude dans la prière

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La salat est un pilier, et un pilier doit toujours être vérifié, pour s’assurer qu’il est bien renforcé. C’est la base de toute construction. Si le pilier ne va pas bien, le reste ne peut pas aller bien non plus.

Sommaire

Le hadith et son contexte

Au temps du Prophète ﷺ, un homme entre dans la mosquée et prie. Puis il vient s’asseoir, non loin du Prophète ﷺ. Le Prophète ﷺ le regarde et lui dit :

« Retourne et prie, car tu n’as pas prié. »

L’homme repart, sans poser de question. Il refait sa prière, puis revient s’asseoir. Le Prophète ﷺ lui dit alors exactement la même chose. Puis une troisième fois, à l’identique.

Ce hadith est rapporté par Abu Huraira, dans Sahih Muslim.

Trois fois cet homme prie sous les yeux du Messager ﷺ, et il lui répète : tu n’as pas prié. Ce n’est pas anodin. Ce n’est pas : ta prière est incomplète, tu as mal prié, tu pourrais mieux faire, tu as oublié ceci. C’est : tu n’as pas prié. Entendre cela est choquant.

Au bout de la troisième fois, l’homme est dépassé, et on peut le comprendre. Pourtant, il ne demande pas : pourquoi me dis-tu cela ? Qu’est-ce qui manque à ma prière ? Il répond calmement, avec humilité : « Par Celui qui t’a envoyé avec la vérité, je ne sais pas faire mieux que cela. Alors enseigne-moi. »

Il nous montre ce qu’il faut faire dans ce genre de situation : demander à apprendre.

Ce qui manquait à sa prière

Le Prophète ﷺ lui apprend alors à prier, de A à Z. Ce qu’il lui enseigne est exactement ce qui manquait à sa prière. Ce qui manquait n’était ni le nombre d’inclinaisons, de prosternations, de redressements ou de sujud, ni les formules à réciter. Le Prophète ﷺ a montré ce qui manquait à sa salat, et qui manque clairement à beaucoup de nos prières.

Qu’est-ce qui manquait à cet homme ? Les savants l’ont identifié : c’est la tuma’nina. Il faut la considérer comme un pilier. Dans la salat, ce n’est pas un petit détail.

Écoute comment le Prophète ﷺ enseigne. Selon la suite du hadith, il dit : ensuite, incline-toi, jusqu’à être apaisé dans l’inclinaison. Puis redresse-toi, jusqu’à te tenir bien droit. Puis prosterne-toi, jusqu’à être apaisé dans la prosternation.

Tout est là. Le mot clé est : « jusqu’à ce que tu sois apaisé ». Être posé, immobile, bien installé. Tu reconnais sans doute la racine : c’est la tuma’nina, le calme, la quiétude. 

Ce terme est de la même racine que nafs al-mutma’inna, l’âme apaisée, qui désigne l’état final des âmes lorsqu’elles arrivent au Paradis.

La tuma’nina dans la prière

Dans la salat, il s’agit donc du moment où tu t’arrêtes vraiment, dans chaque position. C’est ce qu’expliquent les savants, sur la base de la parole du Prophète ﷺ. C’est le moment où, en reprenant tous les membres du corps, le dos, les mains, les genoux, tout le corps se pose et se détend, le temps que chaque membre retrouve sa place.

Ce petit instant d’immobilité est celui où tu es vraiment présent.

Une image pour comprendre

Il existe aussi des positions où l’on laisse le dos, les membres, les jambes et les bras se détendre. Je me rappelle un exercice de sophrologie, lors de séances de préparation à l’accouchement, pour la gestion de la douleur. Avant de parler de douleur, on était allongée, et la sophrologue nommait chaque membre : détends tes épaules, détends tes yeux. L’image était de faire comme si l’épaule, ou le membre dont elle parlait, cherchait à toucher le sol, la terre. Nous faisions cela membre par membre. Quelqu’un qui nous regarde de l’extérieur ne verrait pas la différence, car on est allongée de la même façon. Mais nous, nous le ressentons.

Si l’on met cela en pratique, on le vérifie. Il arrive qu’en prosternation, on garde les épaules contractées, le dos contracté, les coudes et les bras tendus. Il suffit alors de faire ce déclic : étendre les épaules, étendre le dos, étendre tout cela. Le dos prend alors sa place. C’est là que l’on commence à goûter à la quiétude. Le subhanallah que l’on dit trois fois n’est plus le même. On se rappelle aussi que la prosternation est une position où les invocations sont exaucées. Il faudrait en profiter.

La différence entre un geste et une prière

Ce moment où chaque membre retrouve sa place fait exactement la différence entre une prière et un enchaînement de gestes. C’est ce que le Prophète ﷺ a reproché à cet homme. Il ne lui a pas reproché de ne pas avoir fait les gestes. Il lui a reproché la manière dont il les avait faits.

L’homme du hadith faisait tous les mouvements. Il n’en diminuait aucun. Il s’inclinait, il faisait son ruku’, il faisait son sujud. Mais il ne s’arrêtait pas vraiment. Le Prophète ﷺ le reprenait à chaque fois. Certains savants expliquaient qu’il picorait sa prière.

Si l’on regarde les mots du Prophète ﷺ, il n’a pas dit : ta prière est imparfaite, elle n’est pas comme elle devrait être, il lui manque ceci. Il a dit : tu n’as pas prié. Tu n’as pas prié du tout. Ce n’est pas du tout la même chose. Cette formulation montre que la suite, la façon de faire qu’il lui a expliquée, et la différence elle-même, reposaient sur la tuma’nina.

La tuma’nina fait donc partie des conditions pour que la prière soit accomplie. On dit souvent : mieux vaut faire que parfaire. Ici, même le fait n’est pas accompli. On ne parle même pas de la perfection.

priere en groupe

Le pire des voleurs

Dans la continuité, le Prophète ﷺ a eu des mots très forts sur cette façon de picorer la prière. Il dit que le pire des voleurs, celui qui dérobe, c’est celui qui vole dans sa propre prière.

Ce hadith est rapporté par Ahmad, et il est authentique (sahih). Il est transmis par Abu Qatada, le célèbre compagnon. Le Prophète ﷺ le dit devant ses compagnons, qui sont surpris. Ils demandent : comment peut-on voler dans sa prière ? Il répond : cette personne n’accomplit pas complètement son inclinaison, ni sa prosternation.

Au début, lorsqu’il demande : savez-vous qui est le pire des voleurs ? Les compagnons pensent à de vrais vols, à des gens qui dérobent les biens des autres. Quand on pense au vol, on pense souvent au voleur et à la personne volée. Mais le Prophète ﷺ répond autrement. La personne se vole elle-même. Il n’y a même pas de tierce personne. Les compagnons n’auraient pas pu le deviner. Et il parle de voler dans la prière, ce que l’on n’imagine pas.

Le pire vol, dit-il, est celui que tu commets contre toi-même : te dérober à toi-même ta salat, te dérober ta prière.

C’est comme une image que l’on rogne. Quelques secondes rognées, et ces quelques secondes nous privent de la tuma’nina. On rogne les secondes qui feraient de la prière une prière vivante, celle où le Prophète ﷺ dirait : tu as prié. Et encore, on ne parle même pas de prière parfaite. On parle d’une prière accomplie.

Ce qu’il faut faire concrètement dans la prière

Lorsqu’on entend tout cela, il ne faut pas repartir avec le seul poids du reproche. Il faut aussi la solution. La différence entre une prière valide et une prière vide ne tient ni aux heures, ni au temps passé, ni à une grande science. Il suffit de quelques secondes à ajouter à chaque fois.

Dans chaque position, tu t’arrêtes. Tu laisses ton corps se poser. Le Prophète ﷺ a expliqué comment faire l’inclinaison, comment faire la prosternation, comment se relever. Il faut laisser au corps le temps de se détendre et de se poser. Ensuite, tu dis tranquillement ce que tu as à dire dans chaque position, avant de passer à la suite. 

Nous en avons déjà parlé : le subhanallah qui se transforme en un subhanallah où l’on n’entend plus rien, où l’on ne comprend plus ce que l’on dit. Cela ne devrait plus exister.

Il s’agit donc de cinq, dix, quinze secondes de plus. On est immobile, et l’on ajoute la tuma’nina à chaque étape de la prière. Il suffit de sentir que tu y es, dans cette position. 

Pouvoir se détendre, être bien, tout en venant au rendez-vous et en saluant le Roi, Malik al-Mulk, le Souverain, celui qui détient toute la royauté. La royauté n’est qu’entre Ses mains.

Si l’on peut avoir tout cela en même temps, c’est dommage de venir à ce rendez-vous sans être détendu, sans être bien. On a fait des gestes, mais on ne se rappelle même plus combien de raka’at on a faites, ni ce qu’on a dit. C’est dommage.

Demander à apprendre

Apprendre à prier n’est pas réservé aux enfants de sept ans. Il faut être honnête avec soi-même et se demander : quand ai-je appris à prier pour de bon ? Souvent, cela remonte à l’enfance. La dernière fois que l’on a vraiment appris, revu, corrigé sa prière, c’était il y a longtemps.

La prière est pourtant la première chose sur laquelle on sera interrogé. C’est là que tout sera pesé, mesuré, vérifié. Cette première question détermine beaucoup de choses. Si c’est la première chose sur laquelle on sera interrogé, et si le Prophète ﷺ a pris le temps de nous enseigner comment la faire, alors il n’y a pas de honte à reprendre les bases de la salat. On reprend les bases d’un geste que l’on accomplit cinquante fois par semaine. Personnellement, je le fais chaque année, au minimum. Ce n’est pas une honte, et je trouve bon de le dire.

Celui qui veut corriger sa prière, la parfaire, reprendre ses bases, doit renouveler son intention. C’est le fondement.

Je pense qu’une fois par an, c’est très bien de revoir, de recommencer, de relire, de revérifier. Est-ce que je sais comment corriger une erreur dans la prière ? Si j’ai oublié un élément, ou si j’ai ajouté quelque chose que je ne devais pas ajouter, est-ce que je sais comment rectifier ? Où se fait la rectification : avant le tachahhud, après le tachahhud, avant le salut final, après le salut final ? Est-ce que je sais le faire ?

Il y a aussi les situations particulières. 

  • Comment je prie en voyage ? 
  • Comment je prie dans une journée ordinaire ? 
  • Quand j’arrive alors que la prière a déjà commencé, à quel moment j’entre ? 
  • L’imam s’est déjà relevé de l’inclinaison, ou il est en sujud : comment je fais, comment je rattrape ?

Tout cela s’apprend. Cela commence au moment où l’on fait ses ablutions. Et crois-moi, cela vaut la peine de revoir à chaque fois.

Cela nous donne aussi de l’humilité. Je ne sais pas bien l’expliquer, mais si l’on a bien compris, on ne se dit jamais : c’est bon, je l’ai déjà fait, qu’est-ce que je vais apprendre de plus cette fois-ci ? Ce ne sont pas de simples révisions. Il y a toujours quelque chose que l’on peut mieux faire. Ne serait-ce que la détente des membres dont parle ce hadith. J

La longueur ne fait pas la quiétude

Il faut préciser ce que l’on entend par tuma’nina. Il ne s’agit pas de longueur. On ne nous demande pas de faire des prières interminables. On peut prier une prière courte, légère, en récitant des sourates plus courtes, et qu’elle soit très bien accomplie, voire parfaitement accomplie, avec tous ses piliers. Ce n’est donc pas une question de durée. C’est une question de savoir si je me suis accordé ces temps d’immobilité, pour accueillir la tuma’nina, la quiétude, à chaque étape.

Une prière courte mais posée vaut bien mieux qu’une longue prière où l’on a picoré, comme l’a décrit le Prophète ﷺ. Il est donc possible de prier longtemps sans vraiment prier. Il ne faut pas confondre prier longtemps et prier vraiment. C’était une précision importante.

Pour ta prochaine prière…

Tu auras forcément une prochaine prière, car notre vie se situe entre deux prières. Chaque fois que tu parles avec quelqu’un ou que tu fais quelque chose, tu es entre deux prières. Au moment où tu lis cet article, tu es peut-être entre l’asr et le maghrib, ou entre le maghrib et le isha, etc. 

Pour la prochaine prière, pose-toi vraiment la question. Arrête-toi dans chaque position, juste quelques secondes de plus. Laisse ton corps et tes membres se poser, comme le Prophète ﷺ nous l’a transmis. Puis regarde la différence. Demande-toi : pour une fois, ai-je vraiment l’impression d’avoir prié ?

Je crois que c’est peut-être ce qui manque lorsqu’on se relève de la prière en se disant : je n’ai rien ressenti en particulier. On a l’impression de ne pas avoir été vraiment présent. C’est un sentiment amer. On a prié, mais on n’est pas satisfait, et l’on ne ressort pas apaisé. Ce n’est pas le cas pour tout le monde. Mais si tu te poses vraiment, tu verras que tu es dedans.

L’invocation d’Ibrahim عليه السلام

Je termine avec une invocation qui se trouve dans le Coran, prononcée par notre père Ibrahim عليه السلام. Elle figure dans la sourate qui porte son nom, la sourate Ibrahim, une magnifique sourate. Dans la deuxième partie de cette sourate, il y a tout un passage où il formule de nombreuses invocations.

Il dit : 

« Fais de moi quelqu’un qui accomplit la salat, ainsi que ma descendance. Notre Rabb, accepte mon invocation. »

Nous savons qu’ALLAH ﷻ a accepté son invocation. La preuve : nous ne cessons de reparler de la prière. C’est la preuve que son invocation a été exaucée. Faisons en sorte que cela continue, en honorant cette invocation, cette demande de notre père Ibrahim عليه السلام.

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