Il est rapporté par le compagnon Abū Mūsā al-Ash‘arī رضي الله عنه que le Prophète ﷺ a dit :
Le croyant qui récite le Coran est semblable au cédrat : son parfum est agréable et son goût est agréable.
Le croyant qui ne récite pas le Coran est semblable à une datte : elle n’a pas d’odeur mais son goût est doux et sucré.
L’hypocrite qui récite le Coran est semblable au myrte : son parfum est agréable mais son goût est amer.
L’hypocrite qui ne récite pas le Coran est semblable à la coloquinte : elle n’a pas d’odeur et son goût est amer.
→ Le cédrat, est plus connu. Il appartient à la famille des agrumes, avec un parfum doux, légèrement acidulé et sucré. → La datte n’a pas besoin d’être présentée. → La myrte a un parfum agréable mais un goût amer. → Quant à la coloquinte (ou coloncinte), elle n’a pas d’odeur et son goût est amer, au point que certains la considèrent comme toxique et non comestible. Cela rend l’association avec l’hypocrite qui ne récite pas le Coran encore plus frappante.
C’est tout l’art de la parole du Prophète ﷺ : les métaphores sont précises, parlantes et riches de sens. Lorsqu’elles viennent de lui ﷺ ou d’ALLAH ﷻ dans le Coran, elles deviennent de véritables trésors.
Ce hadith nous donne une boussole pour observer l’état de notre cœur par rapport au Coran. Il mentionne quatre parfums, quatre goûts, pour quatre profils différents.
Le message central est le suivant : avec le Coran, tu es toujours gagnant, mais pas de la même manière.
1 – Le croyant qui récite le Coran
Le premier profil est celui du croyant qui récite le Coran. Il est comparé au cédrat, avec un parfum et un goût agréables.
Les savants expliquent que dans ce hadith, le goût renvoie à l’intérieur de la personne, à ce que le Coran produit dans son cœur. Le parfum correspond à l’extérieur, à ce qui se manifeste autour de lui lorsque cela se traduit en actes.
→ Le Coran :
purifie le cœur,
adoucit le caractère
affine la lucidité.
Cela reste à l’intérieur, comme le goût. Puis, au fur et à mesure, cela se diffuse à l’extérieur :
dans la maison,
auprès des enfants,
des collègues,
de l’entourage.
Les autres perçoivent davantage de :
rahma,
pudeur,
justice,
ihsan .
Lorsque tu lis le Coran chaque jour, page après page, tout ton environnement s’en trouve embelli.
Qu’ALLAH ﷻ nous compte parmi ces personnes. Amîn ya Rabb al-‘alamin.
2 – Le croyant qui ne récite pas le Coran
Le deuxième profil est celui du croyant qui ne récite pas le Coran, ou très rarement. Il reste croyant, mais il lui manque ce lien régulier.
Il est comparé à la datte : elle n’a pas d’odeur, mais son goût est agréable et sucré. Le goût agréable renvoie à une foi bien présente à l’intérieur, mais qui ne se diffuse pas vers l’extérieur.
L’impact est faible, car cela reste interne. Sur le long terme, cet état n’est pas viable et finit par poser un problème.
Lorsque la lecture du Coran reste uniquement intérieure, sans se diffuser vers l’extérieur :
l’énergie diminue,
la patience diminue,
la baraka diminue.
L’intérieur est présent, alhamdulillah, mais l’extérieur n’en bénéficie pas. Cela finit par créer un déséquilibre.
Le message à retenir est le suivant : tu es croyante, alhamdulillah , mais il serait dommage de te priver de ces rendez-vous réguliers avec le Coran.
→ Même un court moment quotidien, dix ou quinze minutes, donne cette « odeur » à ta foi, celle du croyant que le Prophète ﷺ a comparé au cédrat.
Qu’ALLAH ﷻ fasse basculer les personnes de cette catégorie vers la première, celle du croyant qui récite le Coran.
3 – L’hypocrite qui récite le Coran
Le troisième profil commence par une invocation : qu’ALLAH ﷻ nous préserve. Il s’agit de l’hypocrite qui récite le Coran. Cela peut surprendre, car il récite malgré tout.
Ce profil est comparé au myrte : une bonne odeur, mais un goût amer. Certaines traductions mentionnent le basilic, mais l’idée reste la même : un parfum agréable et un goût amer.
Le goût amer renvoie à un intérieur corrompu. Les savants décrivent l’hypocrite comme quelqu’un qui affiche l’islam à l’extérieur, mais qui ne l’applique pas lorsqu’il n’est pas exposé aux gens. Il ne craint pas ALLAH ﷻ, et ses actions intérieures ne sont pas celles d’un musulman.
L’extérieur de l’hypocrite est séduisant. Il peut avoir :
une belle récitation,
une belle mémorisation,
une belle voix,
une apparence agréable,
un comportement serviable.
Il donne l’image d’un « bon musulman », mais son intérieur est amer : sans obéissance réelle à ALLAH ﷻ , ni de vérité morale lorsqu’il est seul.
Ce hadith constitue une alerte : on peut impressionner avec le Coran sans être transformé par lui. Le Coran ne doit pas servir l’ego, il doit guérir le cœur. Si son impact reste extérieur, sans changer l’intérieur, c’est très grave.
Qu’ALLAH ﷻ nous préserve d’être dans cette catégorie.
4 – L’hypocrite qui ne récite pas le Coran
Le dernier profil est décrit comme pire encore : l’hypocrite qui ne récite pas le Coran. Il est comparé à la coloquinte : sans odeur et au goût amer. Certains agriculteurs ou spécialistes disent même qu’elle n’est pas comestible, qu’elle est toxique.
Rien ne profite, ni à l’intérieur ni à l’extérieur. Il n’y a aucun bénéfice.
L’axe du hadith montre que, par le Coran, même celui qui n’agit pas correctement peut parfois dégager quelque chose de positif. Quelqu’un peut être inspiré en le voyant lire, ou être touché par la beauté de sa récitation.
Certains savants expliquent même que le non-croyant peut ressentir un apaisement extérieur lié à cette « odeur » qui se dégage de la récitation du Coran.
Mais le véritable objectif est intérieur :
une foi sincère,
l’obéissance à ALLAH ﷻ,
la cohérence entre l’intérieur et l’extérieur.
La preuve est que le croyant et l’hypocrite qui lisent le Coran partagent une caractéristique commune : une odeur agréable vers l’extérieur.
Cela montre que l’élément essentiel est l’intérieur.
Le lecteur du Coran est toujours gagnant
Le lecteur du Coran est toujours gagnant. Le seul véritable perdant dans les quatre profils est le quatrième : l’hypocrite qui ne récite pas le Coran.
Le Coran apporte toujours un bénéfice, même chez un non-croyant. Il y a toujours un effet, même minime, même extérieur.
Un bénéfice même extérieur
Je me rappellerai toujours d’une camarade de classe au collège. Un jour, pendant la récréation, j’écoutais mon récitateur préféré, Cheikh Basfar, pour préparer mes sourates du lendemain.
Elle était assise à côté de moi, puis elle m’a rejoint en disant qu’elle avait mal au ventre.
Je lui ai proposé un écouteur, en lui disant que l’écoute pouvait apaiser. Elle a accepté. Après la sonnerie, elle m’a dit :
« Tu sais, tout à l’heure, quand tu m’as donné l’écouteur, j’ai senti que j’avais de moins en moins mal au ventre, et maintenant je n’ai plus mal. »
Je lui ai répondu que cela ne m’étonnait pas, car c’était le Coran.
Cette anecdote illustre ce hadith : la lecture du Coran a toujours un bénéfice, même lorsqu’elle est simplement écoutée, même par quelqu’un qui n’est pas musulman.
Peut-être que c’était la seule fois de sa vie qu’elle a écouté du Coran. Cela m’a touchée, et plus de vingt ans plus tard, je m’en souviens encore.
Le bénéfice demeure, et il ne faut pas le négliger.
Le Coran appelle à faire plus
Ce hadith nous invite à faire davantage. Le véritable « gagnant » est celui qui bénéficie intérieurement et extérieurement.
Les savants expliquent que ce hadith prouve que la finalité du Coran est la mise en pratique. C’est l’application qui permet de combiner le bénéfice intérieur et le bénéfice extérieur.
Pour pouvoir mettre en pratique, il faut qu’un travail intérieur ait été fait. Ensuite, cela transparaît à l’extérieur. Il est rare d’avoir une mise en application qui reste uniquement interne.
Un apaisement nécessaire
Une écoute occasionnelle peut apaiser. Une lecture occasionnelle peut apaiser. Cela réduit le stress et cadre l’âme. C’est quelque chose d’indispensable à intégrer.
Le vrai succès, cependant, est intérieur : lorsque le goût devient doux, lorsque tu obéis à ALLAH ﷻ, que tu changes réellement sur le long terme, que tu tiens dans l’épreuve.
Plus tu progresses, plus ton comportement dans l’épreuve devient exemplaire, et plus l’épreuve devient bénéfique.
L’épreuve devient comme un examen qui te fait grandir, plutôt qu’un examen qui te terrasse et que tu subis en reproduisant les mêmes erreurs. Lorsque tu avances, tu tires un bénéfice de l’épreuve précédente, et tu progresses.
L’objectif : devenir le cédrat
L’objectif, en lisant ce hadith, est de devenir le cédrat mentionné en premier : le croyant qui récite le Coran et qui le met en application. Celui dont le goût et le parfum sont agréables.
Comment y parvenir ?
Le Prophète ﷺ nous donne la méthode :
réciter,
comprendre,
agir.
La récitation mène à la compréhension, la compréhension mène à l’action, et cela facilite l’apprentissage par cœur, le tadabbur et l’application. C’est cela qui purifie la personne.
S’auto-évaluer
En lisant ce hadith, un exercice s’impose naturellement : se situer. Trois questions permettent de s’auto-évaluer :
Est-ce que je récite chaque jour, même quelques minutes ?
Est-ce que ma récitation change mes choix (mes prières à l’heure, délaissement des paroles futiles, etc.) ?
Est-ce que mon entourage ressent l’odeur de ma récitation : suis-je plus fiable, suis-je plus adoucie, ai-je plus de rahma… ?
Ces questions permettent de mesurer la progression, même minime.
Des combinaisons révélatrices
Je m’étais fait des combinaisons avec ces questions :
Si la réponse à la première est oui, mais non à la seconde : « attention aux myrtes ».
Si la réponse à la seconde est oui, mais non à la première : « tu es une datte, ajoute un peu de récitation pour parfumer ta datte et te rapprocher du cédrat ».
Si les trois réponses sont oui : « félicitations, tu es passée au stade du cédrat, continue et protège ce qu’ALLAH ﷻ t’a accordé ».
Qu’ALLAH ﷻ fasse que nous atteignions le niveau du cédrat. Qu’Il nous compte tous dans cette catégorie.
Choisir d’être le cédrat
Le Prophète ﷺ nous a appris que le Coran profite toujours. Il nous a montré la meilleure part : une récitation qui embaume ta vie et un cœur au bon goût.
Ce bon goût et ce bon parfum viennent de la récitation, de la compréhension et de la mise en application par des actions concrètes.
Aujourd’hui, j’aimerais te dire : choisis d’être le cédrat.
Lis,
Médite,
Applique,
Laisse ALLAH ﷻ parfumer ta vie.
Si tu t’engages dans tout cela avec yaqîn , avec confiance en ALLAH ﷻ et une intention sincère, ALLAH ﷻ se chargera de diffuser ce parfum.
Un parfum qui se propage
Ce parfum ira loin :
dans ta lignée,
auprès des personnes que tu côtoies,
et même auprès de personnes auxquelles tu ne t’attendais pas.
Certaines ne sont pas encore musulmanes et le deviendront peut-être. Tu ne sais pas, c’est peut-être ton parfum qui sera arrivé jusqu’à elles.
Rien n’est laissé au hasard. Remarque que le Prophète ﷺ n’a pas dit :
« le croyant qui prie les surérogatoires » ou « le croyant qui donne tout en aumône ».
Il a dit : « le croyant qui récite le Coran ».
Si tu te comptes parmi les croyants et que tu récites le Coran régulièrement, même assise dans ton salon ou dans ta chambre, tu es sur la bonne voie vers le cédrat.
Eviter les caractéristiques de l’hypocrite
Ce qu’il faut éviter, c’est de remplir les caractéristiques de l’hypocrite.
Le Prophète ﷺ a dit que parmi les signes de l’hypocrite : lorsqu’il parle, il ment ; lorsqu’il promet, il trahit ; lorsqu’on lui confie un dépôt, il le trahit ; lorsqu’il débat, il est de mauvaise foi.
Qu’ALLAH ﷻ nous préserve d’en remplir une seule.
Les compagnons se posaient régulièrement cette question. Lorsque le Prophète ﷺ parlait des hypocrites, même ‘Umar رضي الله عنه craignait d’en faire partie, alors qu’il était l’un des plus proches du Prophète ﷺ puis un calife. Cela montre l’importance de l’introspection.
Un savant expliquait que le fait de se demander si l’on est hypocrite est un signe positif : celui qui se pose cette question ne l’est généralement pas.
À l’inverse, celui qui ne se la pose jamais devrait s’inquiéter.
Qu’ALLAH ﷻ nous préserve et nous compte parmi les gens du Coran. Le Prophète ﷺ a dit que les gens du Coran sont les gens d’ALLAH ﷻ et Ses proches.
Qu’ALLAH ﷻ fasse que nous fassions partie de ceux qui lisent le Coran chaque jour, qui l’appliquent, et qui ont un bon goût et une bonne odeur. Amîn, Rabb al-‘Alamin.