Le secret des prières qui changent une personne

Temps de lecture estimé : 10 min

Pourquoi la prière compte-t-elle autant ? Quelle est la différence entre une prière que l’on a vraiment vécue et une prière dont on se souvient à peine ? Parfois, on sait que l’on a prié, mais on ne se rappelle plus la sourate récitée, ni même les invocations dites. Il faut alors passer à autre chose.

Sommaire

La prière, solution à toute épreuve

Le Prophète ﷺ parlait parfois du Dajjal avec ses compagnons. Il leur disait que le Dajjal serait la plus grande épreuve que la terre connaîtra.

Ce qui m’a toujours étonnée, c’est ce que les Compagnons ne demandent ni sa taille, ni son apparence, ni sa couleur, ni où il se cache en ce moment, ni quand il viendra. Ils demandent autre chose. Ils disent : 

« Ô Messager d’ALLAH ﷻ, ce jour durera comme une année. Est-ce que les prières d’une seule journée nous suffiront ? »

Je vous invite à lire ce hadith en entier.  

Devant la pire des épreuves, leur premier réflexe est de penser à la prière. Ils avaient compris une chose que nous avons tendance à oublier : la prière est la solution. Ils se demandent si une journée de prière suffira, parce qu’ils ont compris que les solutions se trouvent dans la salat.

Si l’on part de cela, la salat est logiquement la solution à toute épreuve. C’est un lien direct avec ALLAH ﷻ. Nous la faisons cinq fois par jour, auprès de Celui qui tient tout et qui est en charge de tout. Quand on lit le Coran, on constate qu’il donne à la salat une place qu’il ne donne à aucune autre action de cette manière.

La prière, la première chose sur laquelle on sera interrogé

Le Prophète ﷺ a aussi dit que la première chose sur laquelle le serviteur sera jugé, au Jour de la résurrection, c’est la prière. On sera interrogé sur sa validité, sur sa complétude, sur le fait que tout y a été bien accompli. Et de cela découle le reste. Si la salat est altérée, le reste en sera entaché. C’est pourquoi nous devons être concentrés.

La prière qui purifie

Avant d’aller plus loin, je vous laisse avec le verset qui a motivé cet épisode :

قَدْ أَفْلَحَ ٱلْمُؤْمِنُونَ
ٱلَّذِينَ هُمْ فِى صَلَاتِهِمْ خَـٰشِعُونَ

« Ont certes réussi les croyants, ceux qui, dans leur prière, sont recueillis. » 

(Sourate Al-Mu’minun, 1-2)

Ce verset nous évoque beaucoup de choses. Il faut voir la prière comme ce qui nous nettoie de l’intérieur.

Le Prophète ﷺ a comparé les cinq prières à une rivière qui coule devant la porte de quelqu’un. On peut s’y laver cinq fois par jour. Il a demandé : « Resterait-il la moindre saleté sur lui ? » Personne ne répondra qu’il resterait quelque chose.

Le Coran dit quelque chose de proche, dans la sourate Hud, verset 114 : 

« Accomplis la prière aux deux extrémités du jour et à certaines heures de la nuit. Les bonnes actions effacent les mauvaises. »

La vraie prière est censée nous détourner de la turpitude et de tout ce qui est blâmable.

Je trouve que l’on ne fait pas souvent le lien entre les deux. On se dit : j’ai fait ma prière. Mais en quoi cette prière agit-elle sur le reste de ma journée ? Il faut garder cette question.

Cela donne une belle jauge pour se juger soi-même. Si notre prière ne nous retient de rien, si elle ne change rien à notre quotidien, à notre semaine, à notre mois, à notre année, alors nous sommes exactement la même personne qu’avant. On finit la prière et l’on se dit : à quoi cela a-t-il servi ? Si je n’ai pas été préservé de certaines choses, et si je n’ai pas réussi certaines choses dans l’adhan, cela sert à quoi ? C’est une question difficile, mais elle est utile.

Le khushu’ dans la prière

Revenons au verset d’Al-Mu’minun. 

Les Mu’minun sont ceux qui ont réussi après un dur labeur. Ce n’est pas une simple réussite, et ce n’est pas la chance du débutant.

► La première caractéristique qu’ALLAH ﷻ donne à ces gagnants est le khushu’. Nous en avons beaucoup parlé. Le khushu’ est le recueillement, la présence du cœur, l’humilité des membres. C’est le fait d’être vraiment devant ALLAH ﷻ, en sachant que l’on est là. Il y a dedans une humilité, une crainte révérentielle.

Le corps se détend, il se pose : c’est la tuma’nina dont nous avons parlé lundi. Le cœur aussi doit être là, éveillé et présent. Il faut les deux ensemble : la tuma’nina et le khushu’. Il y a le corps et le cœur, et ce sont deux parties d’une même action.

Ce qui est remarquable, c’est qu’ALLAH ﷻ ne dit pas : « Ceux qui prient ». Tout le monde peut prier. Il dit : ceux qui, dans leur prière, sont en état de khushu’, de recueillement. La réussite ne tient donc pas seulement au fait de prier, mais à la manière dont on prie.

Cela me fait penser à l’adhan. Nous l’entendons tous les jours, mais nous ne le méditons pas. 

Quand il dit : 

« Hayya ‘ala as-salah »,

venez à la prière, quelqu’un peut le faire. 

Puis il ajoute :

« Hayya ‘ala al-falah »,

venez à la réussite. Ce n’est pas n’importe quelle réussite. 

Lorsqu’on lit la sourate Al-Mu’minun, on voit que c’est comme un commentaire, un tafsir, de ce vers quoi l’adhan nous appelle. Les gagnants, ceux qui ont le falah, sont décrits par plusieurs étapes, et la première est la salat. Tout est clair, et il n’y a aucune ambiguïté.

L’opposé du khushu’ : l’insouciance

Pour que nous comprenions bien, ALLAH ﷻ nous montre aussi l’exact opposé. Dans la sourate Al-Ma’un, il emploie un autre mot que la réussite : le malheur. Il dit :

« Malheur à ceux qui prient, ceux qui sont insouciants à l’égard de leur prière. »

On ne peut pas s’arrêter à « malheur à ceux qui prient ». Il faut lire la suite, car ALLAH ﷻ nous prévient, et Il nous console aussi.

ALLAH ﷻ ne dit pas « malheur à ceux qui sont distraits dans leur prière ». 

Il dit « insouciants à l’égard de leur prière ». 

Si l’on avait dit « distraits dans leur prière », cela voudrait dire que nous sommes tous en danger, car n’importe quelle distraction, n’importe quelle pensée qui nous traverse pendant la prière, nous placerait dans cette catégorie. Or ce n’est pas le sens.

La distraction passagère, qui nous fait partir dans nos pensées, peut arriver à tout le monde, même au meilleur d’entre nous. Si ALLAH la condamnait, nous serions tous perdus. Ce que vise le verset, c’est l’insouciance à l’égard de la prière elle-même. C’est bâcler la prière, la repousser, la voir comme une corvée : « Il faut que je la fasse, je ne peux pas aller dormir tant que je ne l’ai pas faite. » On le voit chez ceux qui la traitent comme une corvée : soit ils la font vite pour qu’elle soit finie, soit ils la retardent le plus possible.

Il y a aussi l’insouciance qui consiste à se moquer de la prière, à penser qu’elle n’est pas utile. Pour cette attitude, peu importe qu’elle soit bien faite ou non, cela ne nous concerne pas.

La distraction passagère peut diminuer la récompense de la prière. Mais l’insouciance, le fait de n’avoir presque rien à faire de la prière, de la retarder ou non, vide la prière de l’intérieur. Elle la vide de son sens, de son corps et de son cœur. C’est de cela qu’il faut se protéger. C’est pour cela que lire et comprendre ce que l’on récite est important.

Trois clés pour nourrir le khushu’

1 – Prier à l’heure

On croit souvent que la prière est difficile en elle-même. C’est faux. Ce qui la rend lourde, la plupart du temps, c’est de la repousser. Quand elle est retardée, c’est là qu’elle devient pesante. 

La prière est légère quand elle est accomplie au début de son temps. Plus on retarde, plus le cœur s’alourdit. Il finit par se sentir comme une montagne à soulever, pour aller prier. Prie à l’heure, et tu verras la prière redevenir légère. 

Quand on a demandé au Prophète ﷺ quelle était l’action la plus aimée d’ALLAH, il a répondu : la prière accomplie à son heure.

2 – Traiter la distraction pour ce qu’elle est, une attaque

Un compagnon, Uthman ibn Abi al-As, est venu se plaindre au Prophète ﷺ : le diable s’était glissé entre lui et sa prière, et tout était brouillé. Le Prophète ﷺ lui a répondu que c’est un diable qu’on appelle Khinzab. Lorsqu’on le sent, on cherche refuge auprès d’ALLAH, et l’on crache légèrement trois fois vers sa gauche. 

Il nous enseigne que la distraction n’est pas une fatalité. Il ne faut pas se dire : je suis distrait, c’est fini, mais plutôt agir tout de suite. La distraction se combat. Il y a une solution.

3 – Remplir sa prière de sens

C’est celle que je préfère. La plupart d’entre nous récitons toujours les mêmes trois ou quatre formules. Le reste du temps, si l’on demande à notre cœur où il est, il voyage ici, il erre là-bas. Pourquoi ? Parce que le cœur se sent vide, et il cherche de quoi s’occuper. Penser à autre chose est alors logique.

Le Prophète ﷺ nous a laissé une richesse : 

  • des invocations d’ouverture, 
  • des invocations pour l’inclinaison, pour la prosternation, 
  • des invocations à dire entre les deux prosternations. 

On peut en apprendre de nouvelles, les varier, et surtout comprendre ce que l’on dit. Si la prière est pleine de dhikr compris, un dhikr que l’on a le temps de méditer, la distraction ne trouvera ni porte ni place pour s’installer.

On dit qu’on déteste le vide. Autant le remplir de choses que l’on a choisies, plutôt que de se laisser remplir par des choses que l’on n’a pas décidées. Sinon, c’est le Diable qui tient le micro.

Le repos du Prophète ﷺ dans la prière

Je voudrais finir par là où le Prophète ﷺ plaçait la prière. Pour nous, elle est souvent une case à cocher. Pour lui, elle était un refuge, son moment de repos, son « me time » de la journée. Quand on parle de lui dans les récits, c’est toujours la prière qui revient.

Il disait : 

« La fraîcheur de mes yeux a été placée dans la prière. » 

Les Arabes employaient cette expression pour parler d’un grand repos, d’un grand apaisement, d’une grande joie, du plus grand bonheur. La qurrat al-‘ayn est la prunelle de l’œil, ce qui apaise le regard.

Nous, il nous arrive de nous dire, en finissant la prière : « Ça y est, c’est fini. » Lui, c’était l’inverse. Quand il arrivait à la prière, il disait : « Enfin, j’y suis. Enfin, je suis arrivé. » Il n’essayait même pas d’imaginer la fin de la prière. Nous avons du travail, mais il y a de l’espoir.

Quand on connaît la concentration du Prophète ﷺ, on comprend mieux le récit de son ascension, la nuit du Isra’ et du Mi’raj. Il a été élevé dans les cieux les plus hauts et il a vu des merveilles qu’aucun œil n’avait vues. 

Dans la sourate An-Najm, ALLAH ﷻ décrit son regard : 

« Son regard n’a ni dévié, ni dépassé la mesure. » 

Au milieu de toutes les beautés du Paradis qu’il a visitées, il est resté focalisé sur son Rabb. Cela m’a toujours touchée. Si son regard, là-bas, au Paradis, était ainsi, imaginez son recueillement ici-bas, sur son tapis de prière.

Nous ne pouvons pas atteindre cela d’un coup, et il ne faut pas se fixer ce genre de contraintes. Mais nous pouvons au moins faire une chose : arrêter de « picorer » comme le décrivait le Prophète ﷺ, qui comparait ceux qui prient trop vite à un coq qui picore le sol de son bec. Nous ne devons pas être ainsi. Ensuite, nous franchissons les états petit à petit.

S’interroger sur sa propre prière

Pour finir, il faut ramener tout cela à sa propre salat. Je vous propose de vous poser une question, celle que l’on trouve dans un verset de la sourate Al-Ma’un : 

est-ce que ma prière me retient de quelque chose, ou est-ce qu’elle déteint vraiment sur mon quotidien ?

Si la réponse est non, ce n’est pas la prière qui est en cause. Le problème vient du lien que je mets dans la salat.

Ensuite, choisissez un élément parmi les trois clés :

  • prier à l’heure, au début du temps de la prière, plutôt que de la repousser ;
  • chasser la distraction au lieu de la subir, plutôt que de se dire : c’est fatal, je suis distrait, et puis c’est tout ;
  • ajouter une invocation nouvelle, à réciter par exemple entre les deux prosternations, et la mettre en pratique.

Je conseille de commencer par prier à l’heure. C’est la base, et ce n’est pas le plus difficile. Puis on ajoute petit à petit. Imagine une semaine où tu as prié toutes tes prières au début de leur temps, et non seulement à leur heure, mais au premier tiers du temps imparti. Je suis sûre que la prière sera légère cette semaine-là.

Si tu le faisais déjà, c’est parfait, et tu peux valider ce qui vient d’être dit sur la légèreté de la salat. Si tu ne le faisais pas encore, qu’ALLAH te facilite pour que tu le fasses. Je n’ai aucun doute que tu le feras si tu es arrivé jusqu’ici en écoutant ces paroles. ALLAH ne rappelle jamais quelqu’un sans le rendre capable d’agir selon ce rappel. Le plus difficile, c’est pour celui qui n’y a jamais été exposé. Une fois qu’on y a été exposé, on peut le faire. Le reste dépend de nous, et ALLAH nous facilite les choses.

Il faut se rappeler qu’il y a, d’un côté, ceux qui ont réussi, qui ont le khushu’, et de l’autre, ceux qui sont insouciants à l’égard de la prière. Entre les deux, ce n’est pas une question de talent particulier, ni une question de temps. C’est une décision. Il s’agit d’être présent au rendez-vous, cinq fois par jour, à l’heure.

Avant de te laisser…

Quand quelqu’un nous donne rendez-vous, nous savons qu’il est agaçant d’attendre quelqu’un qui arrive en retard. Imagine une personne qui arrive à la fin de la plage horaire que vous aviez prévue, entre midi et quatorze heures, alors qu’elle vient à treize heures cinquante. 

Vous n’aurez pas le temps de parler, pas le temps de manger, tout sera bâclé. Et plus elle retarde, plus l’arrivée est lourde, parce qu’elle sait qu’elle est en retard et que vous l’attendez depuis longtemps. Est-ce qu’on ferait cela à un être humain, tranquillement, comme si de rien n’était ?

Là, il s’agit d’un rendez-vous fixé par le Seigneur des mondes. Nous allons vers ALLAH ﷻ, nous allons prier. Retiens donc ceci : prier, ce n’est pas enchaîner des gestes. C’est venir se présenter, répondre présent. Et quand on répond présent, on le fait de la meilleure manière : on vient à l’heure, on est présentable, on vient avec un minimum de préparation. D’où l’importance du dhikr et de la prière remplie de sens. Ce rendez-vous est important. Je ne suis pas venue bredouiller, les mains dans les poches.

Qu’ALLAH ﷻ nous accorde le khushu’ dans la salat, et qu’Il fasse de la prière la fraîcheur de nos yeux, comme Il l’a accordé au Prophète ﷺ. Âmine, ya Rabbi.

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