Le hadith d’Anas ibn Malik رضي الله عنه
Anas ibn Malik dit :
« J’ai servi le Prophète ﷺ pendant dix ans. Jamais il ne m’a dit : pourquoi tu as fait cela ? ou : pourquoi tu n’as pas fait cela ? »
-Hadith rapporté dans Al-Bukhari et Muslim.
C’est vraiment impressionnant.
Quand on prend le temps d’analyser, on se dit que se retenir de dire “pourquoi tu as fait ci” ou “pourquoi tu n’as pas fait ça”, ce n’est pas évident.
Ce sont des questions qu’on prononce plusieurs fois dans une journée, que ce soit avec notre maisonnée, nos collègues, nos amis.
On questionne souvent l’action :
Pourquoi tu as fait, ou pas fait ?
Pourquoi tu as dit, ou pas dit ?
Pourquoi tu es allé, ou pas allé ?
Remettre le hadith dans son contexte
Anas ibn Malik avait environ dix ans quand il a commencé à servir le Prophète ﷺ.
Il est le fils d’Umm Sulaym رضي الله عنها, qui fait partie des premières femmes de Médine converties à l’islam.
Elle a emmené son fils au Prophète ﷺ, quelques temps après sa migration à Médine. Et elle lui a, en quelque sorte, confié son fils. Elle le met à son service. S’il a besoin d’aider pour quelque chose, qu’il le fasse. Et d’un autre côté, il pourra être éduqué par le Prophète ﷺ.
Anas a continué de servir le Prophète ﷺ pendant environ dix ans, quasiment jusqu’au décès du Prophète ﷺ. Il était très jeune quand il a été confié par sa mère au Prophète ﷺ.
Et il faut se dire que pendant ces dix années, il a eu l’opportunité de vivre quotidiennement auprès du Prophète ﷺ, de l’observer, de le servir.
Les hadiths rapportés par Anas ibn Malik sont donc très fins, très axés sur le comportement du Prophète ﷺ dans son milieu naturel, auprès de sa famille, là où il est le plus à l’aise.
Une éducation par la rahma, même avec un enfant
Ce hadith met en lumière plusieurs qualités.
On peut parler de bienveillance, de tolérance , parce que le Prophète ﷺ ne réprimandait jamais Anas ibn Malik. Et ces questions-là peuvent être une forme de réprimande, pas toujours, mais parfois.
Même lorsqu’Anas commettait des erreurs, ou ne faisait pas forcément ce qui était attendu, le Prophète ﷺ ne le réprimandait pas. Ça montre sa patience, sa compréhension.
Il ne critiquait pas, il ne blâmait pas inutilement, et en particulier un enfant.
Et là, le fait que ce soit rapporté par quelqu’un de très jeune montre la portée de l’exemple. Parce que déjà, ce n’est pas évident de passer une journée sans dire “pourquoi ceci, pourquoi pas cela”. Mais avec des enfants, c’est encore plus fréquent.
Pourquoi tu as mis tes chaussures comme ça ? Pourquoi tu n’as pas fait ça ? Pourquoi, pourquoi, pourquoi ? On le fait beaucoup. Et après, on se plaint que nos enfants sont dans l’âge du “pourquoi”. Et si on regarde bien, nous aussi, on le fait. Eux, ils veulent comprendre, ils sont en apprentissage. Et si en plus ils nous voient fonctionner comme ça, sur leurs actions, ce n’est pas évident.
Au lieu de se concentrer sur les erreurs, le Prophète ﷺ choisissait d’enseigner par l’exemple, par la rahma. Et c’est exactement pour cela qu’ALLAH ﷻ l’a envoyé.
La rahma plutôt que l’agacement
Le Prophète ﷺ comprenait que tout le monde n’a pas le même niveau de responsabilité, ni le même niveau d’expérience. Donc plutôt que de s’énerver face à une erreur, il adoptait une approche de compassion, de rahma.
Et ça montre l’empathie profonde dont il savait faire preuve envers les autres, quel que soit leur statut.
Parce que là, il avait un jeune sous sa responsabilité, beaucoup plus jeune que lui. S’il avait voulu mal se comporter avec lui, le frapper, qui aurait protégé ce jeune Anas contre le Prophète ﷺ ? Personne.
Donc là où il était face à la vulnérabilité même, il a agi avec la distinction qu’on donnerait à un adulte respectable.
C’est énorme, la leçon qu’on peut en tirer.
Critiques et reproches : un réflexe trop fréquent
Comme je disais : pas de reproche. Pas de “pourquoi tu as fait cela”, “pourquoi tu n’as pas fait ça”.
Et ça montre une éducation positive, logique, qu’on applique aux plus petits, et aux gens de la maisonnée, même quand ils sont grands.
Le Prophète ﷺ privilégie cela plutôt que la critique.
La critique, c’est quelque chose qu’on fait trop souvent. Et elle n’est pas forcément constructive. Même quand elle est constructive, comment on le dit ?
Comment ça se fait que le Prophète ﷺ, il y a 1400 ans, ait quitté ce monde en déposant ces valeurs-là, et que nous, parfois, par notre comportement, on retourne à des valeurs antérieures à sa venue ?
Si les gens de l’époque de Rasulullah ﷺ nous voyaient aujourd’hui, c’est nous qu’ils traiteraient de “Moyen-Âgeux”.
Ils diraient : vous avez régressé.
On obtient plus par la douceur que par la dureté
Par ses actions, le Prophète ﷺ montre un caractère moral exceptionnel. Une manière de traiter les gens avec rahma, avec distinction. Il est toujours dans l’éducation, dans l’apprentissage.
Il montre qu’on obtient par la rahma, par la gentillesse, par la douceur, ce qu’on n’obtient pas avec la dureté et la rigidité . Et encore moins avec des enfants.
Et tout ça a eu une influence positive sur Anas ibn Malik. Ça l’a profondément marqué. Il est devenu un grand compagnon, respecté, et il a rapporté de nombreux hadiths relatifs à la personnalité du Prophète ﷺ et à son comportement plein de rahma.
L’impact psychologique du “pourquoi”
J’aimerais faire un aparté sur l’impact psychologique du fait de recevoir des questions comme “Pourquoi tu as fait ça ?” ou “Pourquoi tu n’as pas fait ça ?”
Je ne suis pas psychologue, mais avec des recherches, on trouve des choses intéressantes. Et selon le ton, le contexte, et la relation entre les personnes, ce n’est pas la même chose.
Il faut se dire que ces questions-là, la plupart du temps, peuvent être perçues comme des reproches, comme des critiques. Ça peut générer plusieurs effets.
La sensation d’être jugé
Ce sont des accusations implicites. Quand quelqu’un demande pourquoi une action a été faite ou non, il sous-entend souvent que quelque chose n’a pas été fait correctement. Et ça peut entraîner cette sensation d’être critiquée en permanence.
Ça peut aussi affecter la confiance en soi, quand c’est mal fait.
L’anxiété et le sentiment d’insécurité
Si une personne est régulièrement confrontée à ce genre de questions, elle peut développer une anxiété de performance, une peur de mal faire.
L’idée d’être constamment interrogée, remise en question, peut créer un stress permanent. Or, le stress est censé être ponctuel. Il est censé durer quelques secondes, quelques minutes, pas une éternité.
Et à force, la personne peut anticiper un reproche à chaque action. Et ça peut finir par nuire à sa capacité à agir de manière autonome. À prendre des décisions sans crainte.
C’est ça le problème : la crainte.
La crainte de “qu’est-ce qu’il va dire ?” “qu’est-ce qu’elle va me dire ?”
Il y a des gens, ils ouvrent la bouche, on se prépare déjà. On lève presque les yeux au ciel, et on se dit : qu’est-ce qu’elle va me dire encore ?
Sa phrase va commencer par un reproche. C’est jamais fait comme la personne veut, et même quand c’est fait comme elle veut, il y a toujours quelque chose à dire.
Ces gens-là, malheureusement, on les fuit. Et quand on ne peut pas les fuir parce que c’est des proches, c’est dur de vivre avec.
Qu’Allah nous préserve d’être des gens dont les autres craignent la langue, le comportement, les gestes.
Le sentiment d’incompétence
C’est une des pires choses qui puisse arriver.
Ces questions peuvent vraiment nous amener à douter de nos capacités. Quand quelqu’un demande constamment : « Pourquoi tu as fait ça ? », ça peut induire ce sentiment d’incompétence
Et sur le long terme, ça diminue l’estime de soi.
Surtout si la personne n’a pas l’occasion de se justifier ou d’expliquer son choix. Parce que parfois, ce sont des questions où on n’attend même pas de réponse. Quelle que soit la réponse que tu donnes, tu as tort. Ou quelle que soit la réponse, ce n’est pas justifiable. Et ça, c’est double peine.
La réticence à prendre des initiatives
Si une personne est constamment interrogée sur ses actions, ses choix, elle peut devenir réticente à essayer, à prendre des initiatives, à tenter de nouvelles choses.
Et pourtant, c’est ce qui est demandé à un être humain sur cette terre : agir, se développer, avancer.
Mais la peur des reproches peut conduire la personne à éviter toute situation dans laquelle elle pourrait être critiquée. Et ça freine son développement personnel. Parfois même son développement professionnel.
Le blocage émotionnel
La personne peut se sentir incomprise, ou mal aimée. Et elle peut cesser d’exprimer ses émotions, ses opinions, ses pensées, ses besoins.
Pourquoi ? Par peur d’être questionnée encore et encore, et remise en question encore et encore.
Le ressentiment et la distanciation
Sur le long terme, toutes ces questions peuvent être perçues comme des reproches injustifiés. Et ça peut engendrer un éloignement.
La personne questionnée se sent incomprise, agressée. Et ça crée une distance émotionnelle. Ça peut aller jusqu’à des conflits dans la relation. Et c’est inutile.
Parfois, la seule chose qu’on reproche à quelqu’un, c’est ça :
« Tu es tout le temps en train de me remettre en question. Tu es tout le temps en train d’interroger ce que je fais. Tout le temps. C’est invivable. »
Dans un couple, c’est invivable. Ça peut être un motif de séparation. Dans une relation parent-enfant, c’est très dur aussi. Il faut faire très attention, en tant que parent. Ça peut tout gâcher.
La rupture de confiance
Le personne peut développer une mentalité défensive, à force de toujours se justifier. Toujours chercher à se protéger. Et ce n’est pas naturel à la base.
Si tu vois quelqu’un qui justifie tout le temps ce qu’elle dit, qui met des nuances en permanence, il se peut que ce soit quelqu’un qui a été conditionné comme ça. Il y a toujours une explication, toujours.
Et parfois, ça amène ces gens-là à :
se renfermer,
éviter de discuter ouvertement,
fournir le minimum d’explications, pour éviter de susciter plus de questions, plus de “pourquoi tu as fait” et “pourquoi tu n’as pas fait”.
Toujours choisir la rahma pour ne pas mettre les gens dans la gêne
Le Prophète ﷺ, comme le rapporte Anas ibn Malik رضي الله عنه, nous a montré un comportement exemplaire : éviter ces types de questions, souvent perçues comme des critiques.
Et ça nous rappelle l’importance de la rahma dans la relation, avec n’importe qui. Avec n’importe qui.
Rahma ne veut pas dire être un imbécile. Ça veut dire faire preuve de largesse, de rahma, d’amour naturel envers l’être humain.
Ne pas mettre les gens dans la gêne : le challenge
Essaie d’observer, dans cette journée qui commence, ta manière d’interagir avec ta famille, tes enfants, ton conjoint, ton épouse, tes collègues.
Toutes les personnes avec qui tu as une interaction aujourd’hui.
Et si tu sens l’envie de dire “pourquoi”, prends le temps de t’arrêter. Demande-toi :
► Qu’est-ce que j’allais demander ? ► Est-ce que mon “pourquoi” était utile ?
Très souvent, le “pourquoi” qu’on demande, on a déjà la réponse.
Par exemple : au lieu de dire « Pourquoi tu as rangé comme ça ? », si ça ne te plaît pas, tu modifies. Et au lieu de poser une question “pourquoi”, tu dis : « Moi, j’aime beaucoup quand c’est rangé comme ça. Tu ne trouves pas que c’est beau quand c’est rangé comme ça ? » .
Voilà la traduction version rahma de : « Pourquoi tu l’as rangé comme ça ? »
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