Pourquoi le Coran est descendu ?

Temps de lecture estimé : 6 min

Aujourd’hui, je me dis que ce serait bien de se poser la question : pourquoi le Coran est-il descendu ? Qu’est-ce qu’ALLAH ﷻ attend qu’on fasse de ce livre ? La réponse est écrite noir sur blanc dans une ayah. On ne peut pas faire plus simple, plus clair.

Sommaire
كِتَابٌ أَنزَلْنَاهُ إِلَيْكَ مُبَارَكٌ لِّيَدَّبَّرُوا آيَاتِهِ وَلِيَتَذَكَّرَ أُولُو الْأَلْبَابِ

Un livre mubarak que Nous avons fait descendre vers toi, afin qu’ils méditent ses ayat, et que les doués d’intelligence se rappellent.

Sourate Sâd, verset 29.

Le contexte de la ayah

Tu sais que j’aime regarder où tombe une ayah dans sa sourate. Sourate Sâd est une sourate mecquoise. Juste avant ce verset, ALLAH ﷻ raconte les histoires de prophètes — Dawud عليه السلام, Sulayman عليه السلام, Ayyûb عليه السلام — leurs épreuves, leur patience, leur retour constant vers ALLAH ﷻ. C’est leur dénominateur commun.

Et après tous ces récits, ALLAH ﷻ pose comme une conclusion. Comme s’Il disait : ce livre, Je l’ai fait descendre pour ça. 

→ Pour qu’on le médite. 

→ Pour qu’on s’en rappelle. 

Ce n’est pas un petit détail posé là par hasard. C’est une déclaration d’intention. Et c’est le livre lui-même qui dit à quoi il sert. On ne peut pas faire plus précis que ça.

Les mots de la ayah

Mubârak —  مُبَارَكٌ — béni

Tu reconnais la racine : baraka. Un bien qui déborde, qui continue, qui reste. Et le Coran est mubârak par excellence — c’est Lui-même qui le dit. C’est un bien dont la source ne tarit jamais. On peut y revenir mille fois, il nous donnera encore. Mais cette baraka ne se libère pas toute seule. Et c’est là qu’on rentre en jeu — et la ayah le dit dans la foulée.

Liyadabbaru —  لِّيَدَّبَّرُو 

li : pour que. Ce livre est descendu pour qu’on le médite. La clé qui va ouvrir la baraka du Coran, c’est justement le tadabbur. C’est aussi simple et aussi fort que ça.

Le mot tadabbur vient de la racine dabara, qui donne dubur — ce qui est derrière, la fin des choses, l’arrière. Faire le tadabbur d’une ayah, c’est littéralement aller voir ce qu’il y a derrière les mots. Où est-ce qu’ils mènent. Quelles sont leurs conséquences. Ce n’est pas rester en surface — c’est passer de l’autre côté, regarder les rouages.

► Je ne peux pas appliquer quelque chose que je ne comprends pas.
► Je ne peux pas comprendre si je n’ai pas essayé de chercher “derrière” ce qui apparaissait en surface. 

Âyâtihi —  آيَاتِهِ —  Ses ayat. 

Et ayah, ça veut dire aussi signe, miracle. Chaque ayah est un signe. Chaque ayah pointe vers plus grand que nous. On ne s’arrête pas au “panneau de signalisation” : on regarde ce qu’il indique et c’est à ce moment-là qu’on retrouve notre chemin.

Wa liyatadhakkara — وَلِيَتَذَكَّرَ —  et pour qu’on se rappelle. 

La racine du dhikr. Et c’est là que quelque chose de beau s’ouvre : rappeler, ça suppose qu’on savait déjà. Le Coran ne fait pas qu’ajouter des informations nouvelles dans ta tête. Il réveille quelque chose qui était déjà là — quelque chose qui dormait dans ta fitra, dans ta nature première. On ne peut pas rappeler quelque chose qui n’était pas déjà là. Et c’est pour ça que l’un des noms du Coran, c’est al-Dhikr — le Rappel.

Dans la même lancée, ALLAH ﷻ indique qui doit se rappeler. 

Ulul albâb —  أُولُو الْأَلْبَابِ —  les doués d’intelligence

Mais c’est plus complet que seulement les doués d’intelligence… Albâb est le pluriel de lubb — le noyau, le cœur du fruit. Ce qu’il y a de plus profond, de plus intime dans le fruit. Toute l’information du fruit est dans le noyau — on peut le planter et faire repousser quelque chose. On ne peut pas faire ça avec la chair.

Ulul albâb, ce ne sont pas seulement des gens intelligents. Ce sont les gens du noyau — ceux qui ne restent pas sur l’écorce des choses, ceux qui vont à l’essentiel. Et ça colle exactement à notre thème : le Coran nous dit lui-même de ne pas rester sur son écorce — la simple lecture — mais d’aller jusqu’au noyau.

Lecteur ou compagnon du Coran ?

L’imam al-Sa’di رحمه الله disait que le plus grand bienfait qu’ALLAH ﷻ nous a donné, c’est ce Livre. Et la façon de tirer profit de ce livre, c’est de méditer ses sens, de faire le tadabbur, de le comprendre — pas seulement, comme il le formulait, “faire courir les lettres sur la langue.” La baraka du Coran se récolte dans la compréhension, pas dans la vitesse de lecture.

Et ALLAH ﷻ pose Lui-même la question ailleurs, dans la Sourate Muhammad :

أَفَلَا يَتَدَبَّرُونَ الْقُرْآنَ أَمْ عَلَىٰ قُلُوبٍ أَقْفَالُهَا

Ne méditent-ils donc pas le Coran ? Ou y a-t-il des verrous sur leurs cœurs ?

C’est une question — et c’est aussi un reproche. Celui qui ne médite pas le Coran prend un chemin qui mène à quelque chose : un cadenas sur le cœur. Et personne ne souhaite s’entendre dire ça. C’est la personne qui récite sans jamais méditer — les mots passent, elle reste en surface, elle n’ouvre jamais la porte. Elle arrive devant la maison, mais la porte reste fermée. Et la clé pour rentrer, c’est le tadabbur.

La lecture, la porte d’entrée du Coran

Je veux être claire : je ne rabaisse pas du tout la lecture ou la mémorisation. Réciter le Coran, c’est une grande adoration. Chaque lettre est récompensée — le Prophète ﷺ l’a dit. Viser une khatma, mémoriser, travailler son tajwîd — tout ça est aimé d’ALLAH ﷻ et récompensé.

Ce que je veux déconstruire, c’est l’idée qu’une fois qu’on a lu ou mémorisé, le travail est terminé. Non. En fait, le chemin vient peut-être juste de démarrer.

Pour rester dans les métaphores : 

  • la récitation, c’est la porte d’entrée de la maison. 
  • le tadabbur, c’est la pièce centrale — celle où on accède après être entré. 

On ne peut pas passer sa vie sur le pas de la porte et croire qu’on a visité la maison. 

La ayah est claire : ce Livre est descendu pour qu’on en fasse le tadabbur. S’arrêter au pas de porte, c’est passer à côté de la raison pour laquelle le Coran est venu.

Méditer le Coran : comment commencer ?

Méditer peut paraître intimidant. Mais intimidant ne veut pas dire réservé aux savants. C’est une des plus grosses erreurs que j’entends.

Premièrement : ralentir

Quand on veut regarder derrière les choses, on ne va pas vite. On ne prend pas de grands passages. On peut commencer par une seule ayah — et une ayah, c’est énorme.On réduit donc la quantité.

Deuxièmement : relire

On ne la lit pas qu’une seule fois. On la lit, on s’arrête, on la relit, on recommence — suffisamment pour pouvoir lui poser une question simple : qu’est-ce que cette ayah me demande aujourd’hui ? C’est fascinant de se poser cette question, même sur des passages qui parlent de peuples passés, de tyrans, de l’enfer. Ça me concerne — sinon ALLAH ﷻ ne me la porterait pas à connaissance. Mais qu’est-ce qui est attendu de moi ?

Troisièmement : laisser la parole atterrir

On ne débite pas des quantités de texte sans écouter la réponse. Si on voit le Coran comme un compagnon — un meilleur ami — et que cet ami nous parle, on l’écoute. On lui laisse le temps de nous atteindre. On ne fait pas un monologue. La bonne question n’est pas combien de pages j’ai lues cette semaine ? — pour ce type de lecture. 

C’est : est-ce qu’il y a une seule ayah que j’ai réussi à mettre en application ? Est-ce qu’il y a un avant et un après ?

Qu’ALLAH ﷻ nous compte parmi ceux qui ont saisi la baraka du Coran. Parmi ceux qui font le tadabbur régulièrement, durablement. Parmi les ulul albâb — les gens du noyau. Et parmi ceux sur qui le Coran se sent — comme un parfum.

Âmeen yâ Rabb al-‘âlamîn.

► Je suis Oustadha Zaynab, et voilà plus de 10 ans que j’enseigne aux femmes le Coran. En effet, ce qui m’importe, au-delà de la mémorisation du Coran, c’est que mes sœurs vivent avec le Coran, que leur relation avec le Coran ne soit pas superficielle, mais bien chargée d’émotions. Tout cela, je le souhaite pour toi également, et je te le dis : c’est possible ! Pour cela, j’ai notamment fondé la Maison des Salihaat, une plateforme d’enseignement accessible toute l’année dans laquelle on étudie, verset après verset, les beautés du Coran.

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